‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1928Chapitre 336 sur 336 · SÉNÉGAL · texte numérisé non relu

SÉNÉGAL

M. DIAGNE

KIu au premier tour de scrutin. — 5 A 75 voix.

Electeurs,

C est pour la quatrième fois que je viens briguer vos suffrages.

Quatorze ans durant vous m'avez donné votre confiance que j'ai, de mon côté, justifiée en mettant toute ma volonté au service d'une politique d’union et de concorde pour la défense des intérêts généraux du Sénégal et de TA, O, F.

Voilà quatre ans passés que, dans une vision nette de tous les intérêts, la politique de passion a fait place entière ici à celle du travail dans le calme et dans l’ordre.

L Administration, qui a aussi ses responsabilités, les a mises eu action combinée avec les miennes, et les organismes économiques et sociaux de la colonie s'en sont trouvés plus à 1 aise pour œuvrer dans la plus utile des collaborations. Indigènes et européens à tous les degrés du monde social, y ont trouvé les meilleurs avantages. Ainsi, par delà les divergences de vues, ou les compétitions d intérêts particuliers et de personnes, mon autorité s est accrue auprès des pouvoirs publics métropolitains et locaux*

C est cette autorité que je vous demande en renouvelant mon mandat,

\ ous aurez, pour cela, à choisir entre une politique d'apaisement et de travail — celle que je représente et dont les bienfaits n’échappent à personne — et celle que mon adversaire vous promet sou» âf\ . , ‘ ,T ^ prnr]-lrr un

masque au dernier moment, pour uomïer le change. 1 1 " -

\ otei pour moi, c est continuer, dans la voie du progrès P oeuvre coloniale de la France. Voter pour mon adversaire communiste, c’est briser 3e progrès par un recul vers la dissociation de cetie meme œuvre coloniale, et installer ici une atmosphère criminelle, anti-sociale et anti- française de luttes ^fratricides. Indigènes et européens en seraient les victimes fatales, pour le seul profit de quelques agitateurs blancs et noirs qui vivront des ruines de tous.

Vous ne Je voudrez pas.

Depuis 1014, j’ai suivi pas à pas Je programme que je m’étais tracé avec votre confiance. Et dans la dernière législature, j'ai obtenu :

1° Dana Tordre économique :

Le maintien du régime douanier qui sauvegarde équitablement depuis si longtemps les intérêts combinés de la colonie et de la métropole ;

Le renouvellement du privilège d'émission de la Banque de l’Afrique occidentale, celle-ci devant à 1 avenir partager ses bénéfices avec les colonies du groupe, et dans des

proportions pouvant aller jusqu'à 75 0/0 au profit de nos budgets locaux. A cet avantage inédit s’en ajoute d'autres ; avance gratuite d’une somme de dix millions destinée à la caéation d’un crédit agricole dont profiteront les cultivateurs indigènes, à l’organisation de laboratoires de recherches scientifiques, etc.*. ; création de quatorze mille actions dont profiteront seuls les habitants européens et indigènes français des colonies du groupe.

Pour bien montrer les avantages de la nouvelle loi, obtenue contre des efforts désespérés d’une coalition d intérêls particuliers dressés à la fois contre la Banque et les colonies, les bénéfices de 1925 ont été de 26 millions sur lesquels 13 millions auraient été dans les caisses de nos budgets locaux si la loi avait été votée alors.

C est dire, contrairement à*ce qu’affirment nos adversaires, que, loin d’avoir desservi les intérêts de la colonie, je les ai exclusivement servis P

Enfin j’ai mis toute mon autorité à défendre les intérêts dont les Chambres de commerce ont la charge ; et, présentement l'importante question des semences d'arachides a trouvé en moi le concours le plus effectif, pour contrebaUre les risques graves que peut courir notre agriculture locale, et, par voie de conséquence, le commerce qui constitue la hase de notre activité économique.

2n Dans l’ordre social :

La création réalisée de l'Office des habitations à bon marché fait entrer dans la voie pratique le lotissement des terrains collectifs des lébous qui, par le bénéfice d’un habitat moderne et sain, seront garantis plus efficacement contre les maladies épidémiques qui , chaque année, déciment nos compatriotes de la presqu’île du Gap- Vert.

G est aussi la sauvegarde assurée de tous les éléments de population, et du port de Dakar, métropole maritime de l’Â. O. F.

L’Office des habitations à bon marché, par son caractère général d’utilité publique, est d ailleurs un organisme qui est chargé d’assurer l’assainissement de toutes nos villes et escales, dans un ordre de priorité qui range les quartiers de Rufisque, de Saint-Louis avec ses faubourgs notamment, sur le même pied que Dakar et Corée.

La loi sur les accidents de travail va bientôt recevoir son application dans les colonies de 1 F., et les modalités de cette application seront réglées par des arrêtés du Gouver¬

neur gcnerak^Ainsi seront évitées îes complications des règlements d’administration publique, au bénéfice même des ouvriers et employés de toute catégorie et de toute origine.

Demain les retraites pour la vieillesse pourront assurer aux travailleurs fatigués par î âge une compensation à leur vie de labeur. — — -

Les syndicats et associations profeGaionn r^. gui rrnfHii ihnTj k n m h TTii uÎÎmii franeak, doivent avoir un premier devoir ; celui d’éduquer nos travailleurs indigènes à une solidarité qui ne devra pas exclure de son action la discipline morale qui aboutit au respect des droits de fempôyeur comme de l’employé.

3° Dans l’ordre intellectuel :

L’enseignement, de 1914 à ce jour, et plus exactement depuis quelques années, a vu ion développement s’élargir et s’élever si bien qu'à côté des nombreuses écoles primaires, quoique insuffisantes encore, deux établissements d'enseignement secondaire, un lycée et uu collège prospèrent et mènent au baccalauréat.

L’école de médecine indigène, mon œuvre tout comme le lycée de Saint-Louis, crée la pépinière d’aide-inédecins qui participent de plus en plus, avec l'école des sages-femmes, au salut de la race dans toute I À, O. F.

L'école professionnelle Blanchot, œuvre récente mais d’avenir certain, se place à côté des résultats acquis.

Tout cela ne fut atteint et ne durera que si îa collaboration loyale, qui unit PAdmînistration supérieure de TA. 0, F. et de la colonie, le Conseil colonial et toutes les assemblées

élues y compris les Chambres de Commerce, et le député, s’épanouit de plus ;en plus dans Tordoniiaiiae d’une paix publique propice au travail.

4* Dans Tordre administratif:

Tous les fonctionnaires et agents, a quelque titre que ce soit, m’ont toujours vu défendre avec ténacité leurs justes intérêts matériels et moraux, collectifs ou individuels, et tout récemment encore h roccasion des relèvements de traitements.

La Fédération des fonctionnaires Fa reconnu en recommandant ma. candidature.

Le 12 avril de Tannée dernière, mes amis et moi adhérions à un programme d’union avec nos adversaires d’alors obligés d’abandonner, pour incapacité notoire, la municipalité de Saint-Louis,

Les signataires s'engageaient^ conjuguer leurs efforts pour la réalisation au Sénégal du programme du parti répu bïrca i ra-so cialisLe, en poursuivant notamment :

1° La mise en valeur du Sénégal sur ses propres ressources ;

2° L’application pratique du principe de la loi du 9 avril 1898 sur les accidents du travail ;

3° L’application de la législation relative aux habitations à bon marché ;

4° L’institution du crédit agricole dans la colonie ;

5° L'extension do renseignement public à tous les degrés ;

6° L’aménagement du fleuve et de la barre du Sénégal et des ports de Saint-Louis ^ Dakar, Rufisque, Kaolack et Ziguinchor ;

7* La construction des chemins de fer du Djoloff, du Baol et de la Gasamance ;

8° L'extension des garanties judiciaires, tant au profit des citoyens que des sujets français habitant les territoires de la colonie ;

9’ La rémunération équitable en considération du mérite et du rendement de, chacun^

10° Et, d’une façon générale, à travailler à T évolution rationnelle, politique, sociale et économique du Sénégal.

Ce programme, qui depuis 1914 est nôtre, est en voie active ds exécution. Or, il se trouve que deux individualités, parmi celles qui l’acceptèrent, se dressent aujourd'hui contre lui ut on tendent lui substituer les hérésies communistes.

B te c leurs cl u Sé n égal ,

Nous vous demandons de rester fidèles h notre programme, et de le faire triompher le 22 avril prochain.

Vive la France l

Vive la République !

Vive le Sénégal !

Buaise DIâGNE

Député sortant.

Ancien ! Haut Commissaire de la République dans l’Ouest africain français. Ancien Go m mis saire général des effectifs coloniaux et des troupes noires. Président de la Commission de FÀÏgérie, des colonies et pays de protectorat à la Chambre des Députés.

Membre de la Commission de l’armée à la Chambre des Députés.

COCHINCHIJNE

M. OUTREY

Elu au deuxième tour de scrutin. — 1*657 voix*

Mes chers Concitoyens,

Pour la première fois, depuis quatorze ans que je siège à la Chambre, une législature entière s'est écoulée sans que je sois venu visiter mon collège électoral pour lui rendre compte de mon mandat et recueillir ses desiderata,

NJla fallu, vous n'en doutez pas, de très graves raisons pour m'empêcher d'accomplir ce qne^^yais toujours considéré jusqu'ici comme un impérieux devoir. Aucun d entre vous n'ignore, etr-^et, que j'ai été retenu durant de longs mois au chevet d une compagne enlevée à mon affection après une lente et cruelle agonie.

Plus tard, après rïion interpellation du 18 mars 1927 dont j'aurai à vous parler longuement au cours de la période électorale qui va s'ouvrir, j ai pensé qu il était plus conforme aux véritables traditions parlementaires de rester à Paris, où je pouvais, en toute

Taîres, mon contrôle de député sur les affaires de la colonie, qué^cïi^vënîr ici étaler pubhquement sous les yeux des populations indochinoises et des fonctionnaires, tant français qu'autochtones, placés sous les ordres du chef de la colonie, les désaccords et les profondes divergences qui me séparaient de lui, au double point de vue politique et administratif* II y avait là pour moi et pour le dépositaire des pouvoirs de la République en Indochine une question de dignité*

Je n'aurais pas davantage, et pour le même motif, accepté de me trouver dans ce pays au moment ou y J arrivait la Commission chargée d’enquêter sur les affaires du Darlac, et paraître de la sorte vouloir influencer par ma présence les membres de cette Commission* dont je savais que l’opinion ne pouvait, après l’étude sur place, que se trouver en plein accord avec la thèse que j'avais soutenue à la tribune de la Chambre* Les événements se sont d’ailleurs chargés de me donner raison* Les conclusions du rapport officiel rédigé par les Commissaires enquêteurs paraissent à ce point troublantes, pour celui qui tout récemment encore représentait la France en Indochine, que, afin de sauvegarder son autorité et le prestige de ses fonctions, le Gouvernement n'a pas cru devoir rendre publiques ces conclu^ sions, alors cependant que le rapport est depuis plusieurs mois déjà entre ses mains. Par

deux fois, cependant, M. Léon Perrier a éLé contraint de reconnaître, devant la Commission des colonies au Palais-Bourbon, que les membres de la mission Richard ont conclu à l’irrégularité de l'octroi de cette concession dont j’avais à la tribune dénoncé la scandaleuse attribution et fié tri la spéculation éhontée à laquelle elle donna lieu quelques jours à peine après la signature de l’arrêté qui l’accordait à un ami personnel du gouverneur général Varenne.

Une autre raison qui m’avait déterminé à ne pas quitter, ne fût-ce que pour quelques semaines seulement, mon banc de député, c’était la situation inquiétante, critique même, qu’avait créée en France la domination tyrannique exercée deux années durant sur les Ministres radicaux, par le parti socialiste demeuré jalousement à l’abri des responsabilités du pouvoir.

Enfin, l'avènement du Gouvernement d’Union nationale, dont je préconisais depuis longtemps la constitution, ne me créait-il pas, lui aussi, l'obligation rigoureuse de demeurer à la Chambre pour soutenir ce Gouvernement de mes votes ?

Qu’eussiez- vous pensé vous-mêmes de votre député si, dans de telles circonstances, il avait déserté son siège au Parlement pour venir se livrer ici à de vaines polémiques ou formuler des critiques qu’il lui était loisible de porter à la tribune ?

Mes chers Concitoyens,

Je suis au Cambodge où m'appelle le renouvellement de mon mandat de délégué au Conseil supérieur des colonies. Mon absence sera de courte durée, et je me retrouverai de nouveau parmi vous dans quelques semaines pour vous fournir tous les éclaircissements désirables sur mon action parlementaire, ainsi que sur mon attitude politique, laquelle s'est toujours inspirée du programme sanctionné il y a quatre ans par près de seize cents d'entre vous. Ce sera aussi pour moi le moment de soumettre à votre libre discussion le programme avec lequel je viens, pour la quatrième fois, solliciter vos suffrages.

Je me recommande, je vous Fai déjà dit, du Gouvernement d'union nationale, et nécessaire au relèvement de la France.

La tâche accomplie par ce gouvernement depuis sa constitution, est certes magnifique. Je considère néanmoins son maintien comme indispensable encore pendant toufs la législature qui \ a s ouvrir, si 1 on veut que soit complet et définitif le redressement financier du pays.

Je voudrais voir aussi cette union régner en Indochine entre Français d'une part et Français et Indigènes de 1 autre. Il n'y a pas d'autre moyen de faire aboutir la politique d entente et d étroite collaboration qui, seule, peut nous permettre de résoudre les graves problèmes qui se posent à l'htsuie i fi i V I f ' ~ i 1 » 1 min qn 1 \ ~ 1 m mi ]lnl|Hli> ih fuisu courir les pires dangers à la colonie, ces malentendus, ces déchirements douloureux provovoqués entre Européens et Annamites, par l'importation dans ce pays de procédés démagogiques qu'on n'avait jamais encore, ici du moins, rencontrés sur les marches du pouvoir*

A ce prix-là seulement, la paix sociale et la tranquillité publique renaîtront dans notre belle France d'Asie.

Fonctionnaires, colons, commerçants et industriels, Français comme Indigènes, vous avez tous, je ne l'ignore pas, de nombreuses et légitimes revendications à présenter. Bien des réformes en effet restent encore à accomplir en matière administrative, politique, sociale et économique.

yous trouverez un exposé complet de ces réformes dans le programme que je vais prochainement vous soumettre. Qu'il me suffise pour aujourd'hui, à l'occasion de cette première prise de contact, de vous dire qu il en est deux que je place au premier plan de celles à réaliser d'urgence: la désignation d'hommes parfaitement avertis des questions

d’Extrême-Orient et connaissant à fond Famé indigène pour diriger la colonie et les diffé rentes parties de TUmon indochinoise et la création d'un haut-conseil de 1 Indochine, con seil dont j'ai suggéré récemment la création à la tribune du Parlement.

Ces deux réformes ne sauraient aboutir qu’à une seule condition : 1 union de toutes le

bonnes volontés.

La mienne, je vous en donne la formelle assurance, ne sera pas en défaut.

Vive la Cochinchine 1 Vive f Indochine 1

Vive la République !

Ernest O ETRE Y

Député de ia Coehmchine*

Délégué au Conseil supérieur des £ûlonie&.

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