‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1928Chapitre 80 sur 336 · L. de MO U STI ER Conseiller général · texte numérisé non relu

L. de MO U STI ER Conseiller général

Vice-président de la Chamure d’agriculture.

Chevalier de la Légion d’honneur. — Croix de guerre* Candidat de l’Union nationale républicaine.

lre circonscription de BESANÇON.

M, Julien DURAND

Elu au deuxième tour de scrutin, — 5,342 voix.

En demandant à mes concitoyens de bien vouloir me renouveler le mandat qu’ils m'ont coufié, j’ai ia fierté de pouvoir rappeler qu’en 1908, il y a vingt ans, ils m’envoyaient, pour la première fois, siéger à l’Assemblée municipale.

Depuis cette époque, j’ai eu l’honneur de les représenter sans interruption, soit au Conseil municipal de Besançon, soit au Conseil général, soit au Parlement,

Après avoir vécu un passé politique déjà long, au cours duquel je n’ai pas varié, je continuerai à rester fidèle aux idées de justice, de progrès social et de laïcité que j’ai toujours défendues.

J'ai suivi de trop près, en qualité de président de la Commission du commerce et de F indu s trié de la Chambre, la vie économique du pays au cours de la dernière législature, pour ne pas me rendre compte que les conséquences de la guerre pèsent encore lourdement suc nous, que l'assainissement de nos finances n'est pas réalisé et qu’un immense effort doit être mené à bien pour F aménagement et le bon rendement de nos richesses nationales.

Nous avons besoin de paix à V intérieur comme à l’extérieur.

II faut donc poursuivre une politique de sagesse et de prudence, éloignée de toute surenchère démagogique et de toute expérience aventureuse ; mais soucieuse ne ne pas imposer aux seules masses laborieuses la rançon de notre relèvement.

J’ai montré^ en apportant pendant deux années mon concours loyal et persévérant au ministère de M. Poincaré, que je mettais au-dessus de tout les grands intérêts généraux de ia Nation.

Sans abandonner mon droit de contrôle, dont le libre exercice ne saurait être entravé par des engagements contraires k l'esprit même du régime parlementaire, je suis disposé h continuer l’œuvre entreprise et à soutenir un gouvernement de concentration laïque et républicaine, qui, s’appuyant sur une large majorité dont le parti radical serait l’axe, poursuivrait une action politique conforme aux directives générales que j’ai l’honneur de soumettre au corps électoral.

Poli tique extérieure :

Il ne suffit pas de désirer la paix, il faut la préparer, la consolider et la garder avec une tenace volonté.

Nous entendons assurer le développement de la politique de paix, qui, depuis 1924, a été marquée par la ratification et l’exécution du plan Dawes, ainsi que par les accords de Locarno.

Actuellement FAllemagne paie. Les versements sont celte année de 0 milliards, ils seront Fan prochain de 8 milliards.

Par les accords de Locarno, librement signés par FAllemagne et la plupart des nations européennes, le Rhin est devenu frontière internationale, des pactes d’arbitrage en cas de conflit sont intervenus.

La France doit poursuivre, au sein de la Société des Nations, Felîort courageusement entrepris par MM* Herriot et Aristide Briand pour multiplier les pactes régionaux, étendre Farbitrage obligatoire, rechercher avec FAllemagne les bases d’un rapprochement durable, par le règlement équitable des différends en suspens entre les deux pays, en compensant les avantages concédés par des garanties de sécurité*

Nous sommes malheureusement encore éloignés du but, qui est le règne de la paix en Europe et dans le monde.

Tant qu’il ne sera pas atteint, nous ne négligerons rien pour assurer la défense du territoire, en limitant au minimum indispensable la durée du service militaire actif. Nous veillerons à ce que touLes les conditions nécessaires soient réalisées pour que la classe 1928 fasse une année de service militaire*

Nous devons nous tourner vers l’avenir plutôt que vers le passé; cependant, pour juger Fœuvre accomplie avec notre collaboration et celle de nos chefs, il suffit de comparer 1 état de nos finances en 1924 et en 1928,

Nous avons trouvé en 1924 une dette accrue de 100 milliards depuis la guerre, un budget en considérable déficit, et une trésorerie tellement obérée, que lors de la constitution du Ministère Herriot, le solde créditeur du compte courant du Trésor à ia Banque n’ était que de 18 millions.

Nous laissons un budget en équilibre, un franc stabilisé en fait, la dette flot .ante partiellement consolidée et la dette à court terme convenablement aménagée *

Mais ce rétablissement a nécessité un énorme effort et les charges qu'il a imposées au contribuable ne sont pas équitablement réparties.

L'œuvre essentielle de la prochaine législature consistera à clarifier, simplifier et aménager notre fiscalité.

Pour y parvenir, il faudra :

Atténuer les charges qui, par les taxes indirectes et les impôts cédul aires, frappent trop lourdement les classes laborieuses du pays ;

Transformer méthodiquement et par paliers la taxe sur le chiffre d'affaires en taxes à la

à des abattements à la base mettant à l'abri des charges fiscales la portion des salaires, traitements et bénéfices commerciaux correspondant au coût de la vie.

Atteindre, selon des taux différents, les revenus de la fortune acquise, et ceux prove nont du travail ;

Atténuer les charges des familles nombreuses ;

Réprimer la fraude et tendre à ce que les administrations fiscales facilitent la tâche du contribuable de bonne foi.

Pour que ces améliora Lions puissent être réalisées, nous devrons veiller à l'équilibre de nos budgets et les voter avant le lCf janvier*

Notre monnaie devra être stabilisée au plus tôt, afin de donner au monde des affaires la sécurité des transactions*

Enfin, nous devrons poursuivre T amortissement de notre dette publiquô etda consolidation progressive de notre dette flottante et à court terme*

Il s’agit, en somme, de n ener à bien une politique de justice fiscale, d'allégements et de dégrèvements, sans que la masse des impôts actuels puisse être dépassée, et en écartant la formule actuellement irréalisable du prélèvement sur le capital*

La prospérité économique :

Aucune amélioration sociale n'est possible si les rendements du commerce, de l'industrie et de l'agriculture ne sont pas satisfaisants.

Pour y parvenir, il faut d’abord organiser rationnellement notre production, perfectionner notre outillage économique et tirer parti de notre domaine national en France et aux colonies,

11 faut ensuite que les richesses créées soient absorbées sur notre marché intérieur et notre marché extérieur*

Le niveau des salaires et des prix devra donc être tel que notre production trouve aisément preneur sur notre marché national; tandis que notre expansion commerciale à l'extérieur, et l'aménagement de nos colonies seront activement poussés.

Pour mener à bien cette grande œuvre, le Conseil national économique, dans lequel sont représentées toutes les forces productives du pays, ouvrières et patronales, devra prendre place dans notre mécanisme constitutionnel* 11 ne s'agit pas de créer, à côté de 'a représentation politique, une représentation professionnelle concurrente et le dernier mot devra toujours rester aux élus du suffrage universel ; mais la nature des problèmes les plus pressants est Lelle que les organismes purement politiques ne sauraient suffire à leur étude et à leur solution ,

Nous ne voyons pas d'inconvénients à ce que la rationalisation de notre production détermine la création de puissants groupements industriels et commerciaux, à la condition qu aucun privilège ne leur soit accordé au détriment de la moyenne industrie, du petit commerce et de l'artisanat*

Si nous ne consentons pas à aliéner les exploitations exercées* par la collectivité, nous

Procét

ne désirons pas voir se créer de nouveaux monopoles d'Etat* Il faut au préalable que la preuve ait été faite que ceux qui existent peuvent êLre industrialisés*

Par contre, l'Etat doit avoir un droit de contrôle sur tous les grands monopoles de fait, et, sans prétendre les absorber, participer à leur gestion et à leurs bénéfices, en utilisant les formes souples de la société anonyme*

La question sociale i

Cet effort serait vain si Tordre et la pai:; sociale n^é talent pas assurés.

L'ordre sera maintenu, malgré les perturbateurs et les égarés de la IIIe Internationale, qui acceptent d exécuter les ordres venus de Moscou.

Mais une paix sociale profonde ne peut être assurée que si les travailleurs ont leur pari dans la réorganisation de la production et des échanges, suivant une formule déjà ancienne reprise par la C, G* T. : « maximum de production, dans le minimum de temps, avec le maximum de solaire. »

Pour faire disparaître définitivement le dogme périmé de la lutte des classes, il faut avant tout porter remède aux conséquences des risques qui menacent la vie du travailleur, celle de sa famille*

Il faut en outre que le salariat évolue, sans secousses, vers des formes meilleures, par le développement des contrats collectifs, Tinstitution du contrôle ouvrier, et la participation des travailleurs aux bénéfices et à la gestion des entreprises, sans que le rôle indispensable du chef puisse être mis en discussion.

Es Limant que la mission de T élu est souvent d'arbitrer les intérêts qui s'opposent, nous ferons appel à la sagesse des travailleurs pour que le syndicat ne soit ni un instrument politique â la disposition d'un parti, ni une arme de combat constamment tournée contre la production nationale* Le syndicat, pour être fort, doit être ouvert à tous* Il doit contribuer au développement de Tent reprise, pour en faire bénéficier ses adhérents.

Le rôle du syndicat ainsi précisé, nous défendrons les libertés syndicales, tout en maintenant et développant les améliorations acquises aux travailleurs ;

Maintien de la loi de huit heures ;

Application de la loi sur les assurances sociales ;

Modification de la loi sur les accidents du travail, conformément au texte voté par la Chambre ;

Ratification des conventions internationales du travail ;

Organisation légale des congés obligatoires et payés;

Développement des contrats collectifs ;

À travail égal, salaire égal, quel que soit le sexe;

Institution de délégués ouvriers à la sécurité*

La vie chère :

Pour éviter les conséquences du coût élevé de la vie, le seul moyen est de faire coïncider le niveau des prix avec celui des salaires, traitements et pensions.

Maïs ce serait une course à l’abîme si les prix montaient sous la pression de causes artificielles.

Les impôts indirects, Télévatïon du prix des transports, des tarifs douaniers drun protectionnisme exagéré, des manœuvres de spéculation, et le nombre excessif des intermédiaires, sont les causes profondes d'un mal qu’il s'agit de résorber par des améliorations constantes ou d'énergiques mesures de défense*

Je suis intervenu en ce sens à plusieurs reprises au cours de la dernière législature, notamment lors de la discussion du dernier additif douanier, et poursuivrai énergiquement cet effort.

No 3814

Le logement :

La crise du logement ne peut être conjurée que par une politique vigoureuse de la construction, facilitant, encourageant, et dans certains cas subventionnant, l'édification de constructions nombreuses et saines.

Les lois sur les loyers ont constitué des moyens empiriques pour traverser une période difficile et éviter les perturbations sociales que causerait l'expulsion de lamilles ne pouvant trouver d'abri.

Mais si des précautions doivent être prises pour éviter des abus ou des situations douloureuses, l'équité, comme l intérêt social, doivent nous conduire vers un équilibre normal entre les revenus et les charges de la propriété foncière, au besoin avec participation financière de l'Etat pendant une période de transition.

Ce délicat problème devrait être traité par un office central de l'habitation, qui aurait en même temps à suivre l’application de la loi sur la propriété commerciale, et à remédier, s'il y a Heu, aux imperfections que la pratique pourrait révéler*

Son rôle essentiel consisterait à lutter contre le fléau des taudis, qui contribue si malheureusement au développement de l'alcoolisme, de la tuberculose et de Tes prit de révolte.

L’hygiène publique ;

Notre faible natalité s'accompagne d’une mortalité infantile contre laquelle nous sommes loin d’avoir réalisé l’effort des autres pays. H faut y remédier à tout prix, et développer la lutte entreprise contre la tuberculose, à laquelle d’admirables dévouements se sont consacrés sans qu’il soit mis à leur disposition des moyens efficaces*

La ^anté des enfants de nos écoles doit être préservée par des visites périodiques et des conseils fournis gratuitement aux parents. Ici encore, l'initiative privée a pris les devants et devra être secondée,

La jeune mère doit être aidée et protégée, avant et après l'accouchement, quels que soient ses antécédents*

Les victimes de la guerre :

L'Etat français a contracté vis-à-vis dea victimes delà guerre l'obligation de réparer les dommages qu’elles ont subis. Il doit s'y conformer.

Si notre sollicitude s'adresse par dessus tout aux grands invalides, nous reconnaissons pleinement les droits de tous les mutilés, des réformés, des veuves et des ascendants. Nous nous elfnrcerons d'aménager leur situation aux variations du coût de la vie, sans oublier que toute dépense nouvelle entrai oe une augmentation des charges de tous les contribuables, et en recherchant nos possibilités financières dans des plus-values ou des

Les fonctionnaires ;

Ils ont droit à une rémunération équitable de leur travail, qui ne leur fasse pas supporter les conséquences de la dévalorisation du franc.

Nous avons voté les augmentations de traitements et les réajustements de pensions qui composaient, aussi bien au Parlement q u'a l'Assemblée départementale. Nous examine^ nxns toujours avec attention et bon vouloir leurs revendications.

No-us acceptons qu'ils donnent la forme syndicale à* leurs associations. Mais la recan^ naissance du syndicat n'irnpHquc nullement celle du droit de grève, ou la possibilité d’ua arrêt concerté du travail. Puisque le fonctionnaire est à l'abri de la plupart des risques qui pèsent sur la classe ouvrière, la marche des grands services publics ne saurait être à la merci d’un mouvement corporatif.

Confiants dans le haut sentiment du devoir qui les anime, nous collaborerons de bon cœur avec eux pour concilier la défense de leurs intérêts légitimes avec l’accompl îss e ment réguliers de leurs fonctions*

Les agents des établissements militaires et des compagnies de chemins de fer :

Les ouvriers et employés de nos établissements militaires trouveront en nous l'appui qui ne leur a jamais fait défaut, notamment en ce qui concerne le salaire national.

Nous n’avons sur la situation des cheminots qu’une action indirecte, mais que nous nous sommes efforcé de rendre efficace. Nous y sommes parvenu dans une mesure importante en ce qui concerne les traitements et les nouvelles retraites* Un effort est encore à accomplir en ce qui concerne l’augmentation de la retraite servie aux veuves et îa retraite des anciens cheminots avec lesquels nous resterons eu liaison,

La laïcité et féeole :

Nous voulons la paix religieuse ; nous respectons scrupuleusement toutes les convictions et nous estimons que les Français ont mieux à faire que d’ouvrir une nouvelle période de discussions et de querelles philosophiques*

Nous demandons le maintien du statut laïque actuel, nous sommes disposé à l’appliquer dans le plus large espriL de libéralisme ; maïs nous ne saurions admettre qu’il fût porté atteinte à la laïcité de l’Etat et de l’Ecole.

Nous voulons consolider notre école laïque, la développer, la prolonger, rendre effective l’obligation scolaire, ouvrir enfin à tous ceux qui le mériteront par leur intelligence et leurs efforts, sans distinction de fortune, l’accès à renseignement secondaire et à l’enseignement supérieur. C’est là ce que nous entendons par l’Ecole unique : il ne s’agit donc ni de créer un monopole, ni de couler tous les cerveaux dans le même moule sous Je contrôle oppressif de l’Etat, mais de supprimer la plus cruelle des injustices, la plus préjudiciable a la Nation.

L’enseignement technique, de première importance pour le développement de nos industries locales, devra être le prolongement naturel de renseignement primaire, a vec une bonne organisation de l'orientation professionnelle*

Les intérêts régionaux :

En collaboration confiante avec toutes les organisations ayant pour but de faire connaître et aimer notre région, en lui conservant son caractère de vieille province française, nous conserverons à notre ville tous ses attributs de capitale de notre Comté, en résistant énergiquement à toute tentative portant atteinte à ses organismes administratifs, universitaires, militaires ou judiciaires.

Nous avons obtenu qu’aucune décision définitive n’intervint en ce qui concerne la direction postale, la question sera suivie avec ténacité*

Nous continuerons à nous tenir à la disposition de nos industriels et commerçants pour la défense des intérêts de leurs corporations respectives.

Nos industriels horlogers, dont nous avons l'honneur d’être le conseil depuis de longues années, savent qu’en toute circonstance nous serons heureux de collaborer avec eux.

Les agriculteurs des communes rurales de la circonscription, comme les maraîchers de îa banlieue bisontine, ont des intérêts que nous avons toujours défendus en les conciliant avec ceux de la cité ; nous leur apporterons notre concours pour toutes questions concernant l’électrification, les adductions d’eau . l’entretien des routes et chemins, leurs œuvres de mutualité et de prévoyance*

Le Gouvernement de demain :

La constitution de ce gouvernement dépendra évidemment du résultat des élections. 4 cet égard, on peut émettre des vœux, on ne peut avoir de certitude*

Toutefois, il est à prévoir que dans la future Chambre, aucun parti ne devant avoir, à lui seul, la majorité, il faudra avoir recours à une formation de concentration laïque et républicaine, que M* Poincaré, après ses déclarations récentes, serait parfaitement qualifié pour diriger.

S’il poursuit la politique que nous avons approuvée pendant ces deux dernières années, nous lui maintiendrons un appui que nous n’avons aucune raison de retirer : maïs chargé par nos mandants de contrôler des actes du Pouvoir exécutif, nous ne pouvons prendre d autre engagement que de soutenir une politique, en surveillant son application et en conservant notre complète indépendance*

Appel aux républicains :

Tel est notre programme, nous avons la convictions que toutes les forces démocratiques de ce pays peuvent s’y rallier : radicaux et radicaux-socialistes, républicains sans épithète respectant la laïcité de l’État et la neutralité de Técofe, démocrates plus audacieux, mais ayant le sens des réalités et disposés à se joindre à nous pour des réformes immédiates, et enfin ces jeunes qui, en dehors des formules vieillies, veulent exercer leur activité réalisatrice*

Nous faisons appel à tous en leur offrant pour garanties de notre bon vouloir, une expérience acquise par la continutité de longs services, une probité politique appuyée sur des convictions qui ri ont pas varié, et notre amour du pays qui nous a toujours guidés par dessus tout.

Si leur confiance nous renouvelle le mandat dont ils nous ont honoré, nous travaillerons de tout cœur à Faire de notre France, guérie de ses blessures, une grande nation prospère, pacifique, généreuse et forte*

Vive la France !

Vive la République laïque, démocratique et sociale 1

Jluen DURAND

Député sortant*

Président de la Commission du commerce et de l'industrie de la Chambre.

Avocat à la Cour d'appel de Besançon.

2e circonscription dû BESANÇON.

M. BAUDOIN-Bü GNET Elu au premier lour de scrutin. — 5.685 voix.

Mes chers Concitoyens,

Les élections de 1928 ont une gravité toute particulière : vous aurez à dire si le grand français qu est M. Raymond Poincaré, Président du Conseil, pourra ou non poursuivre l’œuvre de redressement économique et financier qu’il a si heureusement entreprise en juillet 1926. r

Mais en me présentant devant vous, j’estime qu’appelé à solliciter vos suffrages, et conseiller général depuis six années, je dois vous exposer, en même temps que"5 mon programme économique et politique, l’œuvre que j'ai pu précédemment réaliser au sein de rassemblée députe mentale,

J ai été appelé successivement par la confiance de mes collègues à certains des postes les plus importants du conseil général.

Membre de la commission d’administration, je suis entré à l'Office d’habitations à bon marché.

Au sein de la commission départementale, je me suis intéressé aux secours dévolus tant aux particuliers qu'aux communes.

Membre de l’Office agricole départementaï, j’ai dû me préoccuper de tout ce qui concernait cet important organisme.

Délégué du conseil général au Comité départemental des mutilés et réformés du Doubs, j ai eu le souci constant de tous nos camarades éprouvés par la guerre,

SUI ^ *n*tiative de M. le président du Conseil d^arrondissement de Besançon que j’ai été invité par la majorité des maires de la deuxième circonscription de Besançon à défendre la politique d’union nationale.

Estimant qu’il était indispensable d’aider à parachever l’œuvre entreprise par M. Poincaré, je n ai pas cru devoir me dérober à l’honneur qui m’était fait.

Aussi bien, je ne suis pas un inconnu pour vous. Issu d’une vieille familles de cultivateurs, de Bolandoz, où je suis né et possède toujours ma résidence, je représente au conseil général le canton d’Àmancey,

Ma profession d avocat à la cour de Paris m’a déjà permis de rendre de nombreux services au département; elle m’ouvre toutes les portes dans les ministères où la centralis a tî on administrative nécessite fréquemment des interventions.

La politique d’union nationale a donné de tels résultats qu’il paraît absolument indispensable de la continuer. Seule elle peut permettre la réalisation du programme qui incombe à la prochaine législature et que j’ai l’honneur de soumettre à votre approbation.

Défense nationale et sécurité extérieure :

La France veut îa paix.

Nous voulons tous une France grande et forte, pacifique, mais capable de se défendre contre de nouvelles agressions.

L’organisation défensive de notre frontière de Test doit précéder l'évacuation de Ja Rhénanie, Une loyale collaboration avec la Société des Nations rf exclut pas l'application rigoureuse et efficace du traité de Versailles, avec toutes les garanties qu'il offre pour notre sécurité nationale.

Politique intérieure :

Profondément républicain, je demeure convaincu de la nécessité d'appliquer le grand principe d'égalité inscrit dans la Déclaration des droits de l'homme, et j’estime qu’on ne saurait refuser au progrès de la démocratie le levier puissant d une généreuse et féconde émulation entre ses membres.

C'est pourquoi je suis fermement attaché à la liberté d'association et à la liberté d'enseignement et je me déclare partisan résolu de la révision des lois d'exception et de Y application du droit commun à tous les citoyens. Je considère en outre qu'il fauL stimuler les jeunes intelligences ; la création d'un Office national des bourses doit offrir aux plus aptes }e légitime accès à tous les degrés de l'enseignement, en' affirmant le souci constant d’un idéal de justice et de fraternité.

Politique agricole :

L'agriculture constitue le meilleur de la richesse de notre Eranche- Comté. Les questions agricoles seront donc au premier plan de mes préoccupations.

Membre de l'Office agricole départemental et président de l'Association des présidents de comices du Doubs, j'ai, depuis plusieurs années, joué un rôle très important dans la vie agricole de l'arrondissement.

Les agriculteurs, pour être une force, doivent être organisés. Cette organisation ne se réalisera que par la transformation, actuellement en cours, des comices agricoles en comices syndicaux, et parla multiplication des associations agricoles: syndicats, assurances mutuelles, coopératives, etc.

La limitation de la durée des heures de travail ne peut s'appliquer à l'agriculture.

Le cultivateur, pour pouvoir développer sa production, devra être mis à même :

De se procurer facilement les matières premières (politique des engrais, poliLique des transports} ;

De faire entendre ses revendications par la représentation professionnelle de ses intérêts et par un pouvoir plus actif ainsi qu'un budget donnés aux chambres d'agriculture

La désertion des campagnes doit être enrayée- Le maintien des jeunes générations à ia terre se fera : par le développement de l’enseignement agricole scolaire et postscolaire : par un meilleur aménagement des conditions d'habitation, de travail, de vie ; l'extension des réseaux électrique, téléphonique et télégraphique, L amélioration des voies de communications et des moyens de transports (routes, chemins de fer d'intérêt local, autobus, etc.), par le développement du crédit agricole, par l'adaptation de la législation du travail aux conditions spéciales de l'agriculture.

Le cultivateur, imposé au point de vue fiscal, notamment aux bénéfices agricoles et â 1 impôt foncier, souffre de la façon dont ces impôts sont perçus. Par la révision du cadastre, je m efforcerai d'obtenir une plus juste répartition des charges fiscales sans vexations ni réquisitions.

Enfin la question des bouilleurs de cru retiendra toute mon attention, le régime qui les gouverne devra être amélioré et simplifié.

Politique sociale :

J’aurai un égal souci des intérêts des ouvriers et des agriculteurs*

A la démagogie révolutionnaire il faut opposer une véritable politique sociale, fondée sur le respect de la propriété individuelle et qui ne pourra se réaliser que ^ par une générale et loyale collaboration du capital et du travail.

Mise en œuvre de k loi sur les assurances sociales.

Institution légale des allocations familiales obligatoires.

Application judicieuse de la loi de huit heures dans les entreprises industrielles*

Développement de l'apprentissage professionnel.

Développement des mesures d'hygiène.

Construction de logements ouvriers.

Garantie de la liberté syndicale*

Participation rationnelle des ouvriers aux résultats de l'entreprise.

Développement de la législation en faveur des familles nombreuses.

Assimilation des mutilés du travail aux muLilés de guerre.

Telles sont les principales questions sociales sur lesquelles portera mon attention. Politique économique et financière :

La réalisation de ce programme nécessite des ressources financières, qui sont eîksmêmes conditionnées par I1 union nationale et la stabilité politique.

Ces ressources, augmentées des annuités du plan Dawes, doivent permettre, après un meilleur aménagement des dépenses publiques, un développement des grands travaux, une augmentation de Toutillage national et une mise en valeur rationnelle, de notre merveilleux domaine colonial.

Pour aboutir à réduire certains impôts directs et aussi certains impôts indirects qû frappent lourdement les familles nombreuses, il faut s'occuper de créer des ressources.

Aucune de celles-ci ne peut être demandée à un supplément d’impôt, car le régime fiscal doit être simplifié et allégé, notamment en ce qui concerne les commerçants. La suppression d’emplois inutiles, un meilleur aménagement des biens du domaine national, 1 achèvement de notre redressement économique et financier doivent les fournir.

Elles devront d'ailleurs s’accompagner d’un programme d’économies, sans que cependant soit sacrifié aucun de ceux qui possèdent des droits sur la nation.

La situation de tous les éprouvés de la guerre, réformés, mutilés, anciens prisonniers de guerre, devra être maintenue et même améliorée par la mise en œuvre de l’Office du combattant,

Ainsi se présente mon programme. Je ne vous fais pas de promesses : je préfère vous donner les directives qui guideront mon travail.

Programme d ordre, d union, d apaisement, de liberté — programme français avant tout — définitivement opposé à tout programme de désordre, de discorde, de haine, de contrainte, inspiré par la lutte de classe et soutenu par l’or étranger.

Avec moi, le 22 avril, vous ferez triompher la vieille devise républicaine : Liberté, Égalité, Fraternité.

Et tous d'un meme cœur, nous crierons :

Vive Besançon-Campagne !

Vive la nation !

PiEHRE BAUDOIN-BUGNET

Avocat à la cour de Pari».

Conseil ltr général du Doubs,

Chevalier de la Légion d’honneur* — Croix de guerre.

Candidat d'union nationale républicaine*

Circonscription de MONTBÉLIARD ,

M. RUCKLIN

Elu au deuxième tour de scrutin, — J 1.368 voix.

La fédération socialiste (S. F. I. 0.) du département du Doubs présente aux suffrages des électeurs de I1 arrondissement de Montbéliard le citoyen René Rucklin, Docteur en droit, avocat au barreau de Belfort, adjoint au maire de Belfort.

Rucklin est un enfant du pays, dont il connaU les besoins et les aspirations.

Né à Belfort, il a toujours vécu dans la région, exerçant son activité tant à Montbéliard qu’à Belfort même.

Il était inscrit au barreau de Montbéliard en 1914 lorsque la guerre éclata. II n'a cessé depuis de longues années de garder le contact avec la population du pays de Montbéliard, parmi laquelle il jouit de la sympathie et de l'estime générales.

Une fois élu, Rucklin d’ailleurs fixera définitivement sa résidence à Montbéliard,

René Rucklin est un enfant du peuple. Il revendique avec fierté* l'honneur d’être le fils d’un humble fonctionnaire qui ne possédait pour toute fortune, pour élever ses six enfants, que les cent sous par jour qui représentaient son traitement de commis des douanes.

René Rucklin a dû de pouvoir poursuivre ses études, aux sacrifices surhumains de ses parents ainsi qu'à une bourse nationale et à une bourse communale grâce auxquelles il est entré au lycée de Belfort.

Ses études secondaires terminées, Rucklin n'hésitait pas à accepter les humbles, humiliantes et dures fonctions de pion au lycée Louis-Ie-Grand, à Paris, surveillant pendant la nuit, dans un dortoir, les enfants de la bourgeoisie, tandis que pendant la journée il gagnait sa vie en donnant des leçons et suivait les cours de la faculté de droit.

Sorti de la Faculté de Paris avec le grade de Docteur en droit, Rucklin sJest consacré de toutes ses forces à la défense des humbles et à îa cause meme du peuple.

Enfant du peuple, Rucklin est demeuré dans le peuple pour lutter avec lui.

Les douze années d'aetion militante au service de la classe ouvrière et du parti socialiste, dont il a le droit de s’enorgueillir, constituent pour lui les plus beaux états de services et lui ont valu l'affection profonde de tous ceux qui l'ont vu à l'œuvre.

Le parti socialiste est fier de son candidat. Il attend avec confiance que les travailleurs le plébiscitent par une majorité écrasante.

La Commission exécutive de la Fédération socialiste du Doubs.

Aux Électeurs de l’arrondissement de Montbéliard.

Citoyens,

Le parti socialiste m’a fait l'honneur insigne de me désigner comme candidat de la démocratie socialiste aux élections législatives prochaines dans l'arrondissement de Montbéliard.

Les élections prochaines empruntent à la gravité des circonstances une importance toute particulière.

hll

Lq, socialisme, doctrine de justice sociale et de fraternité humaine, qui poursuit obstinément ravinement, dans le domaine économique, de la République, limitée actuellement au domaine politique seulement, .et.de la souveraineté des travailleurs dans l'ordre écono^ inique comme dans Tordre politique, n’est pas seulement l'expression suprême des aspirations profondes de la démocratie ; il est aussi une doctrine de réalisations immédiates.

Aussi le programme quil soumet aux suffrages des électeurs embrasa e-t-il tous les problèmes de Tbeure présente.

Programme politique et constitutionnel :

Le parti socialiste se propose de corriger et de rajeunir la conception traditionnelle du parlementarisme par l’exercice aussi fréquent que possible du referendum*

Il poursuit également la réalisation de la pleine égalité civile et politique des sexes.

Il demeure fidèle à la représentation proportionnelle intégrale, sans prime ni panachage, qui permettra seule l’expression exacte et sincère de la volonté populaire*

Le parti socialiste ajoute à ce programme d’ordre général trois revendications particulières destinées à libérer notre législation de textes scandaleux qui la déshonorent et notre vie publique de débats douloureux qui entravent l'activité du Fadement , savoir :

a) L'abrogation des lois scélérates ;

b) L’amnistie générale en matière politique ;

c) La suppression des conseils de guerre et des cours martiales.

Programme de législation du travail :

Le parti socialiste réclame avec la C. G, T. :

1 *■ — Jfinterd iction Remployer les enfants avant l’âge de 14 ans dans les établissements industriels et commerciaux*

2* — L’i 11 tangibilité de la limitation de la loi de 8 heures.

3. — Le droit pour les travailleurs -salariés à un congé annuel payé et non récupérable en 'heures supplémentaires.

4. — La révision dans un sens plus large encore que le texte récemment voté par la Chambre de la loi sur les accidents du travail.

5. — La -participation du personnel à l'élaboration des règlements d’ateliers et de-taules eutrepr i ses i n d us t ri el les c t c o mm erei a les .

6* La réorganisation de l'inspection du travail.

7. — La ratification sans réserve des conventions adoptées par la conférence internationale du travail. i

8. — L’ extension du droit syndical aux travailleurs de l’Etat, des départements, des communes,

ib — La révision de la loi récente sur les assurances sociales avec une large participation financière de l’Eta L et la majoration immédiate de l'allocation accordée par l’Etat aux vieux travailleurs pensionnes par application delà loi sur les retraites ouvrières et paysannes de 1910.

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