M* BOUSQUET, U* R, D
Elu au premier tour de scrutin. — 5.050 voix.
Mes chers Compatriotes,
Loin de moi les promesses banales et les utopies.
Devant la crise économique qui se présente à nous aujourd'hui comme une terrible menace, il faut des actes, des réalisations.
Le sort de notre agriculture est en danger : baisse sur le cheptel, baisse sur les céréales et les fourrages, baisse sur les bois, etc.
A cette baisse exagérée, il faut apporter un remède, car la ruine du paysan entraîne inévitablement celle du pays.
N’oublions jamais ce que disait un grand Ministre : « Labourage et pâturage sont lea mamelles de la France: »,
Des lois de protection de la production rurale sont à l1 étude. Il est indispensable que ces lois soient votées dans le plus bref délai possible. C’est là le désir du Président Tardieu, et si, comme tout permet de l espérer, les électeurs envoient à la Chambre une majorité d’union nationale, ce vote ne saurait se faire attendre longtemps.
Par ce moyen, par d’autres améliorations des conditions d’existence dans nos campagnes, on pourra éviter l’exode des ruraux vers les villes,, où, grossissant le nombre des sans Travail, ils ne trouvent souvent pour toute fortune que la misère et la maladie, sinon la mort prématurée.
Ce quia pu être fait pour les viticulteurs chez nos voisins des départements du Midi doit etre fait pour nos si intéressantes J population s agricoles* Leur dur labeur sera ainsi récompensé par un bénéfice normal permettant, avec une existence aisée, l’éducation des enfants, les soins pour la maladie et la sécurité pour la vieillesse.
Le développement de l'électricité, actuellement en voie de réalisation dans nos campagiiies doit être poursuivi sans arrêt, et je m’efforcerai d’obtenir du Parlement les subventions les plus fortes afin que noire pays jouisse non seulement de la lumière indispensable, mais profite aussi de 1 énergie nécessaire dont nos artisans ont le plus grand besoin ; ainsi aidé par les moteurs, leur travail moins pénible aura plus grand rendement, et, par conséquent^ bénéfice plus important.
Comme eux, les ouvriers ont droit à toute ta sollicitude des pouvoirs publics, et je mettrai tout mon effort à endiguer le chômage actnel et à obtenir le perfectionnement des lois d’hygiène, d1 assurances et de prévoyance sociales* Œuvre des dernières législatures, ces lois ont déjà apporté une amélioration au sort du travailleunr, amélioration cependant nettement insuffisante à l’heure actuelle, à cause de leur mode d’application défectueux.
De même, la législation concernant les mutilés du travail doit être refaite. Il est, en effet, inadmissible que pour enrichir quelques actionnaires, les mutilés ne touchent que la moitié de 1 incapacité qui leur a été reconnue par les tribunaux.
Tous les citoyens français, mais cependant d’une façon plus spéciale, les commerçants, les industriels, et certaines professions libérales, sont écrasés d’impôts, de taxes, et soumis à un véritable régime d’inquisition.
Là aussi, il y a oeuvre utile à faire. Si certaines de ces charges ont eu leur raison d'être aux jours où la Patrie était en danger, où chacun devait contribuer de toutes ses forces et par tous les moyens à la Défense nationale, cette raison n'existe plus aujourd'hui* Une révision entraînant une diminution notable du fardeau onéreux qui accable le contribuable doit être menée à bonne fin au cours de la prochaine législature, par une politique d’économies et de compressions des dépenses ; suppression des gros emplois inutiles à traitements scandaleux, rationalisation du travail et encouragement à la main-d'œuvre française trop brimée aujourd'hui par la concurrence étrangère*
On a beaucoup médit du fonctionnarisme en France, et on a souvent tourné en ridicule « cette Administration que l'Europe nous envie su
Il est évident qu’une basse démagogie voudrait fonctionnariser la France entière. Ce serait là un abus, plus qu'un abus, une sottise.
Je parlais tout à l'heure de la suppression des gros emplois inutiles à traitements scandaleux* Je le maintiens*
Mon estime et ma sympathie n'en vont pas moins aux petits employés, cheville ouvrière dé notre organisation sans laquelle rien de ce qui existe en France ne serait possible* Pour eux, je suis partisan d'une échelle normale d'avancement répondant au travail fourni, permettant d'arriver à cette retraite qui, au lieu de n'être qu’une simple aumône, soit telle qu’ils puissent jouir d'une vieillesse confortable, juste récompense d’une vie de labeur et de dévouement à la chose publique.
Anciens combattants de toutes armes et de toutes classes, mes camarades des tranchées, mutilés, mes frères de sang versé ei de souffrances, prisonniers, qui avez subi la torture de la captivité et des geôles allemandes, et vous aussi, victimes moins connues mais non moins douloureuses : veuves de guerre, orphelins, pupillesde la nation, ascendants, je n'oublierai jamais le mot du grand Clemenceau : « Ils ont des droits sur nous » et je continuerai d’être comme par le passé le défenseur acharné de vos trop justes et si légitimes revendications, Vous trouverez toujours en moi le soutien et l'appui nécessaires à votre sainte cause*
Ce qu’il faut faire pour l’amélioration du sort de nos concitoyens ne doit pas faire oublier ce qui doit être fait pour la Lozère, pour la France et pour nos libertés*
Un des plus beaux par ses sites, par ses curiosités naturelles, un des plus intéressants par son passé, un des plus pauvres, hélas, par la difficulté des communications, la rigueur de ses hivers et l’ignorance qu'ont de lui les étrangers, le département de la Lozère doit attirer tout spécialement l'attention des pouvoirs publics.
Mon but, dans cet ordre d’idées, sera d'obtenir, avec une intensification des moyens de transport, les encouragements nécessaires et effectifs aux efforts faits par nos compatriotes, une large publicité pour nos beautés et nos richesses à mettre en exploitation, une large part pour nous dans le plan d'outillage national avec subventions pour nos petites stations balnéaires et nos centres climatiques* Encouragements aussi pour nos sociétés sportives et aménagement de sports d'hiver, qui, aux jours d’un climat rigoureux, attirant chez nous l'étranger, permettront à nos compatriotes de compenser le manque à gagner occasionné par la neige et le gel*
Sur le plan de la politique extérieure, il nous faut une sécurité complète. Nous avons1 connu les horreurs de la guerre et aucun de nous ne veut que ce terrible fléau s'abatte à nouveau sur notre patrie. Je voterai donc au Parlement toutes les mesures compatibles avec la sécurité et l’honneur de la France dans la prudence, la loyauté et la juste exécution des traités.
Enfin, et mon passé est là pour en répondre, je veux une stricte application de la liberté de conscience, de la liberté religieuse et de ia liberté d'enséignement* J'entends que les enfants de toutes les écoles soient traités sur un même pied d'égalité et jouissent tous des mêmes avantages. La France se doit de faire ce qu'ont fait depuis longtemps des pays neutres ou protestants et une loi de répartition proportionnelle scolaire que nous désirons tous doit être proposée et votée dans les plus brefs délais*
Ainsi les pères de famille, responsables au point de vue juridique de leurs enfants, pourront leur donner l’éducation de leur choix et les élever selon les saines traditions de leurs aïeux, sans être obligés, comme aujourd'hui, de payer en quelque sorte un double impôt.
Tel est le programme succinct de travail, d'ordre, d’économies, d’amélioration du sort de mes compatriotes, de paix sociale, intérieure, extérieure et religieuse que je me propose de défendre au Parlement, si vous me jugea digne d’être votre représentant.
Comme j'ai confiance en vous, ayez confiance en moi.
Docteur Edouard BOUSQUET
Chevalier de la Légion d’honneur.
Croix de guerre*
Conseiller général.
Conseiller municipal de Mende,
Candidat d'union nationale républicaine.