M. AUDIFFRED
Élu au 1" tour de scrutin.
Mes chers concitoyens,
l’aî accepté la candidature qui m’a été offerte par les délégués des communes delà première circonscription de Roanne.
Je pourrais me dispenser de vous adresser une profession de foi. Après vingt-cinq ans de luttes soutenues ensemble, vous connaissez suffisamment mon attachement à la République, mon désir d’accueillir les citoyens qui viennent à elle loyalement et sans arrière pensée, ma ferme résolution de combattre ses adversaires de jour eu jour moins nombreux et plus impuissants.
La République, sortie plus forte des crises nombreuses qu’elle a traversées, défie maintenant toutes les attaques.
Qui pourrait, du reste, contester les services qu’elle a rendus aupaysï
La dernière législature, malgré tous les obstacles qu’elle a dû surmonter a été féconde comme ses devancières.
Les Chambres ont incorporé dans le budget ordinaire les dépenses extraordinaires de la guerre, de la marine, et les garanties d’intérêts des compagnies de chemins de fer, payées précédemment à l’aide d’emprunts; elles ont opéré, sur les prix de transport des voyageurs et des marchandises en grande vitesse,
des dégrèvements favorables à l’industrie et à l’agriculture. Des lois importantes sur l’assistance médicale dans les campagnes, sur le recrutement de l’armée coloniale par voie d’engagement volontaire, sur la protection det enfants mineurs, des femmes, ont été votées; d’autres non moins utiles ont été préparées. C’est pendant cette législature que la France, sortant de son isolement a vu une grande nation lui donner des témoignages, non équivoques, de son amitié ; que les débats sur la politique coloniale, si irritants jusque-là, ont cessé de diviser les représenlanta de la nation*
J’ai collaboré de mon mieux au travail parlementaire : j’ai défendu utilement les intérêts du tissage, — les représentants de cette indnstrie ont bien
voul U me le dire ; — j’ai é té assez heureux pour faire voter des amendements favorables à l’agriculture, relatifs à l’organisation sanitaire du bétail fj’ai provoqué, avec 1 assentiment de la Chambre, une étude qui se poursuit actuellement dans tous les départements, par les soins des commissions météorologiques, sur l’influence des reboisements, sur la diminution des orages à grêle. J’ai fait voterun amendement à la loi sur les Caisses d’épargne. Comme rapporteur de la loi sur les sociétés de secours mutuels, comme membre de la Ligue nationale de la mutualité, comme vice-président d’une Commission extra-parlementaire instituée au Ministère de l’Intérieur, j'ai collaboré à l’œuvre des amis de la Mutualité qui recherchent les règles scîentiflqnes qui doivent assurer la prospérité des institutions de prévoyance.
La prochaine Chambre devra s’appliquer à résoudre les problèmes sociaux industriels et agricoles qui vont de nouveau et plus impérieusement que par le ^ de politique pure étant à peu près tranchées — solliciter
1 activité des législateurs. Elle devra rechercher les meilleurs moyens de mettre
en valeur notre vaste domaine colonial. Elle devra aussi étudier les questions
relatives a l’assiette et à la répartition de l’impôt. Toutefois, s’il est nécessaire op rer à cet égard des réformes, il importe de savoir que c’est surtout en favorisant 1 accroissement de la production nationale, en diminuant les causes de estruction des produits créés, que l’on allégera véritablement les charges des coninbuables. °
A& ! ‘contrairement à l’opinion généralement accréditée, quela place des députés n est pas seulement au Palais-Bourbon, où, du reste, ils siègent trop longtemps, au grand dommage de la stabilité gouvernementale. Ils ne doivent pas limiter leur action à la préparation et au vote des lois; ils doivent aussi avec autorité qu’ils tiennent de leur mandat, faire connaître les avantages qu’on peut tirer des lois nouvelles, en s’efforçant de mettre en mouvement l’initiative pnyèe SI lODgtempa coïïiprinaée dans cb pays.
Quatorze siècles de monarchie nous ont habitués à tout attendre de l’État, volontiers de 1 État ce que nos pères disaient du roi ; « Si l’État san républicain nous a donné la liberté, l’instruction,
/.fsi-? ^ ^ ®S3oc,iation syndicale; il favorise les découvertes scientifiques par des 1 s considérables, il a mis à notre disposition un important outillage de che-
“rt? ports, de routes, de chemins vicinaux; il nous ap-
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Nous pouvons lui demander d’accroître encore cet outillage, de doter plus
largement le budget de la science, source de tous les progrès, de multiplier les facilités qu’il nous procure, de donner des encouragemenis et des subventions pour stimuler les initiatives individuelles, de nous assurer la collaboration de ses fonctionnaires, mais non pas d’agir pour nous, d’épargner pour nous, d’être prévoyant pour niius. Ce serait faire un rêve chimérique et nous préparer de funestes désillusions.
A la France, qui a fait de si grandes choses depuis vingt ans, il convient de tenir un langage viril.
Les députés doivent dire et répèterjque, si de bonnes lois peuvent beaucoup pour la prospérité publique et l’amélioration du sort de chacun, l’action individuelle des citoyens soit isolés, soit groupés en associations estie plus puissant facteur du progrès social.
C’est ainsi que j’ai compris mon rôle depuis que j’ai l’honneur de vous représenter. C’est ainsi que j’entends encore le remplir, en ami dévoué, refusant de vous faire des promesses vaines, mais désireux de servir efflcacement vos intérêts.
Je vous disais en 1889 que la prochaine législature verrait les masses électorales se rallier de plus en plus à k République : l’événement a confirmé ces prévisions. Ce mouvement d'adhésion ira encore s’accentuant à l’avenir; nous devons le favoriser, pour hâter la réconciliation de tous les Français sous le drapeau de la République librement et loyalement acceptée, et travailler à la prospérité et à la grandeur de la Patrie.
H. ADDIFFRED.
2^ circonscription de ROANNE.