‹ [Programmes, professions de foi et engagements électorauxChapitre 150 sur 266 · MARNE (HAUTE · texte numérisé non relu

MARNE (HAUTE

Circonscription de CHAUMONT, M. BOÜRLON DE ROUVRE,

Élu au 2® tour de scrutin.

Messieurs et chers concitoyens,

J’ai l’honneur de solliciter de nouveau vos suffrages.

N’ayant jamais été, quoi qu’on dise, adversaire de la forme républicaine, j’ai eu le sentiment très net, dès mon arrivée à la Chambre, que le Gouvernement républicain seul était désormais possible en France ; partisan résolu de la stabilité et de Tordre, je n’aî pas hésité à défendre les ministères contre les adversaires du Gouvernement et contre les hommes qui prétendaient l’entraîner sur la pente dangereuse aboutissant au socialisme révolutionnaire.

Si le suffrage universel croit devoir me renouveler i’expression de sa confiance, je ne cesserai de faire appel à tous les dévouements pour former à la Chambre une majorité de gouvernement décidée à suivre une politique tolérante, mais nettement et loyalement républicaine, à étudier les améliorations qu’il convient d’apporter à notre système économique et linancîer, à faire aboutir les réformes nécessaires.

La République n’est plus menacée que par ceux qui compromettent la religion dans les violences de la politique. Respectueux de la liberté de conscience, mais résolu à défendre les droits de i’État, en maintenant les lois qui les consacrent, je demande à tous les bons citoyens de s’unir pour donner au Gouvernement le concours le plus dévoué, aûn de travailler à la pacification sociale et religieuse et à l’étude des grandes questions qui passionnent le pays.

La Chambre, dont le mandat expire, a eu la lourde tâche d’établir de nouveaux tarifs douaniers qui, nous Tespéroos, donneront à notre agriculture si éprouvée, aide et protection. Grâce à nos efforts, elle a maintenu le droit des bouilleurs de cru, et la Chambre nouvelle devra la suivre daus cette voie ; elle a voté quelques lois excellentes, parmi lesquelles celle qui exonère nos jeunes soldats du service des colonies. Elle a eu la satisfaction de voir notre situation

à l’étranger améliorée par des alliances qui nous permeltenl d’envisager l’avenir avec confiance.

La Chambre que le pa^s va oommer aura à remplir de hautes imssions: elle contribuera k rélection du Président de la République ; i^râce à runlon de tous ceux qui sont attachés aux principes conservateurs de toute société, elle devra fonder uu grand parti républicain de gouvernement qui pourra étudier les réformes que la Chambre actuelle, dépourvue d’une majorité véritable, n’a

pu faire aboutir. ^ '

Au point de vue financier, il convient d'apporter la plus grande économie dans la gestion des deniers publics ; il faut que uos représentants s’abstiennent de demander à chaque instant des dépenses supplémentaires qui ne correspondent à aucune augmentation de revenus. ^ .

Je voterai les dégrèvement qui, à la suite de remaniements d impôts, pourront être proposés en faveur des cultivateurs et des vignerons. Je demanderai, comme je l’ai déjà fait pour les vignes, que toute terre reconnue momentanément improductive, pour autre cause que l’impéritie de son propriétaire, soit exemptée d’impôt pour l’année courante.

Au point de vue social, je dirai aux ouvriers que, 'si le socialisme ou le collectivisme sont un danger pour la Patrie, la bonne et équitable solution des questions sociales est, au contraire, uu gage d’avenir : en respectant absolument la liberté du travail, je voterai les lois qui me paraîtront de nature à améliorer la situation sociale -du travailleur. J’aurai toujours pour objectif d’assurer l’alliance féconde du travail et du capital, au lieu de semer entre eus des germes de discordes qui se traduisent, sous la forme de grèves ou de chômages, par des pertes incalculables. '

Au point de vue économique, j’ai voté les lois de protection pour notre agriculture et notre industrie, couformément au mandat que vous m’aviez donné. Nous aurons à remédier à une situation regrettable produite par la rupture de nos relations commerciales avec une nation amie et qui a eu un fâcheux contre-coup sur notre industrie coutelière : le Gouvernement a renoué des négociations avec les pays où se fait notre commerce d exportation et je ne manquerai pas de soutenir les intérêts de notre industrie.

Partisan de protéger le travail national contre l'envahissement des ouvriers étrangers, membre de la Commission chargée d’étudier cette grave question, j’ai dû me borner à voter la loi présentée par la Commission, votée par le Sénat et promulguée il y a quelques jours, les traités existants s’opposant pour quelques années encore à l’application d’une mesure que je prends reugagement de voter à l’expiration des conventions qui nous lient.

La prochaine Chambre aura à développer la loi -sur les syndicats, à proclamer la liberté d’association, à organiser les sociétés de prévoyance et de secours mutuels et le crédit agricole.

La création de caisses d'assurances contre les accidents et de caisses de retraites pour les travailleurs, l’établissement de Chambres d’agriculture, la réforme des droits qui pèsent sur les petites successions doivent également faire l’objet de lois nouvelles.

Messieurs el chers concitoyens,

J’espère que vous voudrez bien reconnaître quo je suis resté fidèle à ia politique de modération large et tolérante dont l’affirmation m’avait valu votre confiance, que j’ai servi vos intérêts avec le plus complet dévouement.

Si vous m’appelez encore une fois à l’hoimeur de vous représenter, je ne négligerai rien pour faire triompher le programme que je soumets à votre approbation: apaisement des partis sur le terrain politique et religieux, réconciliation de tous les Français sous une République réparatrice, travailleuse, économe, honnête, ouverte largement aux hommes sincères et de bonne volonté. Je croirai alors avoir répondu à la confiance que vous m’avez toujours témoignée et servi avec tout mon cœur la Démocratie, la République et la France,

BOURLON DE ROUVRE, député sortant.

Mes chers concitoyen?,

L'accueii qm vous avez fait à ma candidature m’impose le devoir de continu^ la lutte.

renvoie l^expression de ma recoonaissance à ceux d’eutre vous qui but bien voulu me renouveler le témoignage de leur confiance. Ils me resteront fidèles, car J’ai la convîclloîi de répondre aux idées de la très grânde majorité dès électeurs de notre arrondissement, éminemment sage et modéré.

 ceux qui oüi cru devoir porter leurs suffrages sur deux candidats dont je ne puis que respecter les convictions, je dirai :

Aujourd'hui, vous êtes en présence de deux politiques :

La politique radicale'Sûcialiste, qui ne peut vous soumettre qu'uii programme d’opposition systématique, de lutte religieuse, d’utopies irréalisables,

La politique de gouvernèment, nettement républicaine, mais tolérante, que je représente, et qui permettra à vos mandataires dé s’adonner à l’étude des réformes rinantûères, économiques et sociales, que le pays exige avêc une invincible perBévérance,

Voulez-vous d’une politique qui énerve Taction gouvernementale, par des crises ministérielles continuelles, qui perpétue les discordes et lès haines? ne votez pas pour moi; je ne saurais vous suivre dans cette voie.

Si, au contraire, vous vouiez m’aider à faire triompher dans l’arrondissement de Chaumont une politique d'ordre, de stabilité et d'apaisement, vous ra’acxiorderez vos suffrages.

Us m’autoriseront à vous donner la mesure de mon dévouement, en m’associant à toutes les décisions dé naturé à protéger nos cultivateurs, nos industriels et nos ouvriers français, sans oublier nos vignerons dont tous les droits devront être respectés.

Enfla, mes chers concitoyens, si vous me réservez vos suffrages, j’apporterai au Gouvernemeat le concours le plus énergique, afin que désormais tous les bons citoyens — au lieu d’épuiser leurs forces dans des luttes atériles — travaillent d’un commun accord à la prospérité et à la grandeur de la patrie et de la République.

Agréez, mes chers concitoyens, la nouvelle expression de mon entier dévouement,

EOURLON DE ROUVRE, député sortant.

Circonscription de LANGRES.

M. Léon MOÜGEOT,

Élu au l" tour de scrutin.

Messieurs les électeurs.

Candidat désigné, à l’unaDÎmité, par vos délégués réunie, le 6 août dernier, en Congrès souverain, je viens solliciter vos suffrages.

Mon programme, vous le connaissez.

Je l’ai développé devant le Congrès; je Fai développé devant vous, toutes les fois que j’ai pu avoir la bonne fortune de me mettre en communication directe avec le corps électoral.

Il ne saurait donc y avoir entre nous, ni incertitude surceque vous êtes en droit d’attendre de moi, ni équivoque sur les engagements que je prends vis-àvis dé vous.

H ne faut promettre que ce qu’on est sûr de tenir.

A ce titre, je vous promets, si vous me faites l’honneur de me choisir pour votre député, d’être un mandataire fidèle, actif et honnête.

Ceci dit, mes chers concitoyens, laissez-moi vous exposer, en peu de mots, mes vues sur les questions politiques, économiques et sociales qui sont à l’ordre du jour.

En politique, je suis républicain, républicain sans épithète.

N admettant ni les sectes, ni les petites chapelles, je n’excommunie personne. Je tends la main à tous les hommes de bonne foi. Mais j’estime qu’il faut redoubler de vigilance à l'égard des chefs des anciens partis, qui sous le masque d’une adhésion plus ou moins sincère à la République, ne cherchent qu’à entrer dans la maison pour en chasser ceux qui Font bâtie.

Je respecte les droits de la conscience : mais l’État doit être neutre en matière confessionnelle. De son côté, l’Église ne doit pas s’ingérer dans les choses

delà politique : nous sommes liés, elle et nous, par un contrat, ie Coricordat ; il s'agit d^en tirer de part et d'autre le meilleur parti possible pour Tapaisement des esprits.

Il ne faudrait recourir à Pexpédieot suprême de la séparation que s’il nous était démontré définitivement que l'accord ne peut se faire sur le terrain d’une tolérance mutuelle entre TÉglise et l’État, Et alors oû agirait sans danger pour la République, car tout le pays serait avec le Gouvernement, à quion ne pourrait reprocher de se défendre même énergiquement.

Je ne suis pas socialiste.

Non pas que je méconnaisse Fimportance des questions sociales! A mes yeux, elles dominent l'heure présente. Mais j*en cherche la solution dans une toute autre voie que la voie néfaste où ceux qui s'appellent socialistes voudraient engager la nation.

Les doctrines du collectivisme nous conduiraient à une épouvantable tyrannie : elles anéantiraient les conquêtes les plus précieuses de la Révolution,

Je n'en veux à aucun prix.

On doit arriver à améliorer le sort des travailleurs :

Par la diminution et une répartition plus équitable des charges publiques, l'impôt devenant proportionnel à la fortune ;

Parle développement de Finstmetioù populaire, de Pesprît d’association, des idées d’épargne et de prévoyance s

Par la création des caisses de retraite pour la vieillesse;

Et, enfin, par la mise en valeur aussi complète que possible du domaine national, au moyen de voies de communications nouvelles et de débouchés plus nombreux.

Pour cette vaste tâche, le capital et le travail, loin de se traiter en frères enuemls, doivent se prêter un mutuel appui.

Je serai un défenseur résolu, vous n’en doutez pas, des intérêts de Pagriculture et de la viticulture.

Le droit des bouilleurs de cru aura an moi un champion convaincu et infatigable.

En ce qui concerne Pagricultare, je m’attacherai à faire diminuer les charges qui pèsent sur elle, et à lui donner les ressources qui lui manquent pour se relever.

Dans ce double but,

D'unè part, je poursuivrai énergiquement la création du Crédit agricole;

D'autre part, je m’associerai à toute combinaison permettant de supprimer le principal de l’impôt foncier.

En attendant cette suppression, je resterai partisan d'une sage protection accordée aux produits agricoles, dans la mesure compatible avec les nécessités de la consommation.

Enfinj je demanderai la réduction du service militaire à deux ans.

Cette mesure rendrait à Fagriculture, qui manque de bras, plus de cent mille jeunes gens, dont la présence à la caserne ne me paraît nas absolument indispensable.

Elle m'y paraît d'autant moins indispensable que, résolument hostile à la

politique d’expansion colomalcj je tiens à ce que la France garde toutes ses forces intactes pour la défense de la pairie, si jamais elle était menacée.

En prévision d’une éventualité quij je l’espère, ne se réalisera pas, je suis partisan de ralliance avec la Russie.

Nous trouvons d’ores et déjà, dans les bons rapports qui unissent les deux notions, une garantie contre les velléités de ceux qui seraient tentés de nous chercher noise*

En résumé, mes chers concitoyens, je me présente à vous en enfant de votre pays, né et élevé au milieu de vous, ambitieux, je le confesse, de voua servir et de défendre vos intérêts de mon mieux, comme j’ai servi et défendu ceux de la ville de Langres, dont je suis maire depuis près de six ans.

Si mon langage et mes idées ont su vous agréer, vous me confierez, le 20 août, rhonneur de vous représenter.

î’ose espérer rie pas vous en faire repentir.

Vive k République 1

Léon MOUGEOT, avocat, maire de Langres, Secrétaire de la Société d’agriculture de rarrondissement.

Circonscription de VASSY.

M, Albin ROZET,

Élu au 1®^ tour de scrutin.

Messieurs et chers concitoyens,

Je viens solliciter Flionneur de représenter de nouveau vos idées et vos intérêts an Parlement* Je le fais avec d’autant plus de confiance que fai l’entière conviction d’être resté ûdèle à ce que j’appellerai notre commun programme.

Ce programme aux aspirations si patriotiques, si libérales et si légitimes* se trouve réalisé dans ses parties essentielles.

Français, nous souhaitions ardemment à notre France républicaine des sympathies extérieures plus réelles et plus efficaces. Elle a su conquérir, par sa sagesse et sa force, la puissante amitié que vous savez î aujourd’hui elle n’est plus isolée.

Républicains, notre vœu le plus cher était l’union de tous les citoyens dans une république pacifiée. Le nombre des dissidentB diminue chaque jour. Les partis monarchiques n’existent pins, et le parti clérical se survit à peine ; assagis par les conseils de leur chef suprême, tous les catholiques raisonnables ont désarmé* Je salue les progrès de Papaisement et de la tolérance avec une joie

d'autant |>liis vive que j’ea ai été, vous ne rignorez pas, le promoteur eu Haute- Manie.

CuUivaleiirs etiûdustnels, travailleurs de la terre et de l’usiné, nous demandions que les produits français fiissent eflîcacement protégés contre la concurrence élrangére, La nouvelle loi douanière, l’événement économique le plus considérahle de ce temps, a satisfait l’attente du pays. Soit à la Commission des douanes, dont je faisais partie, soit à la Chambre, vous n’avez oublié ni mes votes, ni mes diHConrs, ni mes démarches pour assurer à tous lés produits hautmarnais, la juste protection qu’ils réclamaient.

Tous les produits français sont protégés: seul le travailleur français personnellement ne Test pas encore. C’est un malheur que je déplore profondément, mais auquel, quoi qu’on en dise, f! est impossible de remédier sùrTheüre. Des traités, que nous ne pouvons ni dénoncer ni éluder, nous lient pour quelques années encore. Notre liberté recouvrée, soyez çertams que je m’era presserai de voter les mesures les plus capablés de défendre le travailleur français' contre l’ouvrier étranger. En attendant, la seule conduite parTemëntaire raisonnable et pratique, ce n’est pas de mettre en minorilé des ministres qui, comme gouvernement, sont tenus de respecter la signature de la France, mais d’exiger d’eux que tous les travaux publics soit autant que possible réservés à la main-d’œuvre française.

Viticulteurs, nous réclamions le maintien des droits des bouilleurs de cru. Le Parlement les a respectés.

Les scandales financiers sont de tous les temps et de tous les régimes; le régime républicain est le seul qui n’en puisse être ébranlé, La correction, j’allais dire la dignité de mon attitude, ne vous a point échappé dans cette affaire du Panama, si vainement exploitée contre (a République ; pour l’honneur du Parlement et du pays, mais surtout pour l’épargne française si effroyablement dilapidée, j’ai constamment réclamé îa lumière, et ce n’est pas vous qui blâmerez votre élu d’avoir traversé cette boue, le front haut et les mains propres, en votant toujours sans liaîne et sans passion.

Le meilleur des gouvernements ne peut durer qu’à la condition de s’améliorer sans cesse. Que de choses ont été faites, et la plupart bien faîtes, depuis vingt ans! C’est peu cependaut auprès de ce qui reste à faire.

Électeurs!

Je ne suis ni an rallié ni un résigné : dès ma jeunesse, avant d’ètre électeur, j’étais républicain. Je ne regarde pas en arrière. Je suis de mon temps, partageant ses idées et ses aspirations j absolument convaincu que Porganisation et le triomphe delà démocratie peuvent seuls procurer ce bien suprême, la paix sociale.

Plus libre et plus instruit, le travailleur réclame une existence moins précaire. Pour qu’il ait sa juste part d’aisance, il ne s’agit pas de supprimer la propriété et le capital, mais de les démocratiser, c’est-à-dire de les rendre chaque jour plus accessibles au plus grand nombre.

11 faut que, par ïa diminution des droits d’achats, le travailleur des champs puisse devenir plus aisément propriétairo. 11 faut que le propriétaire et le fer-

mier puisseot, par i’institutioE du crédit agricole, tirer de la terre le meileur parti possible : tous les enfants de la France propriétaires ou exploitants d’une parcelle du sol français, quoi de plus juste et de plus pacificateur?

Il faut que les travailleurs industriels, réunis en sociétés coopératives reconnues capables de posséder, puissent aborder les grandes entreprises et faire valoir eux-mêmes leurs économies : l’on n'est jamais plus ardent à l’ouvrage que lorsqu’il s’agit de faire fructifier son propre capital.

Il faut enfin qu’une caisse des retraites ouvrières, alimentée par l’épargne individuelle, par le patronat et par l’État, assure la pais des derniers jours. La vieillesse indigente du travailleur est un spectacle indigne d’un pays comme la France.

Dne démocratie est et doit être toujours en travail de réformes. le suis, et vous êtes avec moi, pour tous les progrès démocratiques et contre tous les désordres démagogiques. C'est pourquoi je compte sur vos suffrages comme vous pouvez CO lïi P ter sur mes services.

Agréez^ Messieurs et chers concitoyens, rassurancè de tout mon dévouement.

Vive la République!

A, ROZET, député sortant,

Membre du Conseil général de la Haute-Marne, Candidat républicain.

EXTRAIT n'UN DISCOURS DE M. AOIK EoZET.

Exammi dupvogramrm de 1889.

Pemettez-moi, maintenant, de passer à d'autres sujets etd*examinef avec vous les principaux points de mon programme de 1889 et les solutions qui leur ont été données depuis quatre ans.

Uarmée cdioniak exclusivement composée de volontaires.

Tout d'abord, j’ai le grand plaisir de constater que mes principaux desiderata concernant Forganisatlon de Tarmée coloniale ont été réalisés. Cette armée, en ce qui concerne Mément français, se recrute maintenant exclusivement par des volontaires. J’avaia prévu et souhaité et j’ai voté le principe de cette importante réforme, qui supprime désormais les mauvais numéros et n’expose plus des jeunes gens incapables de faire un service utile aux colonies à s’y rendre contre leur volonté ou celle de leurs parents.

Ministère civil des colonies.

Le ministère civil des colonies, réclamé par tous ceux qui désirent voir de Tunité, de l’économie, de Pespril de suite et d'initiative régner dans le grand service des colonies, où tant d’argent peut être gaspillé sans résultat si les Chambres n’ont pas en face d’elles un chef suprême et seul responsable, n’a pas

été créé par l’ancienne Chambre. Mais la question a mûri depuis quatre ans, lo nombre des opposants à cette utile création diminue chaque jour, et je crois qu’il est permis, sans présomption, d’espérer que la prochaine législature votera le Ministère civil des colonies. Je suis convaincu, pour ma part, que ce nouveau ministère, centralisant les services et pouvant, avec une autre autorité qu’un simple sous-secrétaire d’Etat, prévenir et aplanir les difficultés, diminuerait sérieusement les chances d’expéditions lointaines, qui, bien souvent, sé sont trouvées engagées, pour ainsi dire, spontanément et en quelque sorte contre la volonté du Parlement.

Marine.

Je ne m’appesantirai pas sur la marine. J'ai grand’pear que les abus admi> nistratifs signalés i! y a quatre ans n’aient point disparu : les bureaux sont rou» tiniers et tenaces, et le ministère de la marine a malheureusement un peu plus changé de titulaire que les autres.

Le maînîim du privUbge des bouilleurs de cru.

Je constate avec une grande satisfaction que je remets à nos bouilleurs de cru de rarrondissement de Wassy leur « privilège » intact et tel qu’il existait il y a quatre ans. Les régions intéressées au maintien de ce droit si légitime peuvent être satisfaites de leurs représentants; nous avons lutté pendant bien des mois, et enfin la gabelle a été battue. Espérons qu’il eu sera de même de 1893 à

Les bois d'allumettes.

Les propriétaires, marchands de bois et ouvriers bûcherons de la Haute- Marne me permettront aussi de leur rappeler qu’à ma demaude, formulée à la tribune de la Chambre lors de l’établissement du monopole des allumettes, M. le ministre des finances a pris l’engagement de réserver autant que possible au bois français les commandes des manufactures de l’Etat. Certains aménagements industriels à exécuter dans ces établissements, notamment la création do fenderies de bois d’après un système perfectionné qui, il y a quatre ans, n’existait pas encore, n’ont pas permis jusqu’à présent de n’acheter que du bois français; mais il y a tout lieu de penser, étant donné les travaux que je crois être en cours d’exécution, que d’ici très peu de temps le bols français seul sera utilisé pour la confection des allumettes françaises.

Ouvriers étrangers, i

Comme en 1889, je suis toujours d’avis qu’une taxe peut être établie sur les ouvriers étrangers aussitôt que finiront les traités actuels. Les récentes déclarations de M. le ministre des affaires étrangères, à la tribune de la Chambre, permettent d’espérer qu’en 1897, lorsque le traité avec la République sud-africaine prendra fin, il sera possible d’apporter ce nouveau remède à la concurreuco étrangère contre la main-d’œuvre française.

Lois militaires et scolaire*

La loi militaire est maintenant entrée dans les mœurs; inutile de s’y étendre longuement. Quant à la loi scolaire, je me suis expliqué très catégoriquement à son sujet, dans une lettre publiée le ^6 mars dernier. Je û’ai donc pas à, revenir sur des déclarations inspirées par un républicanisme aussi convaincu que réfléchi et tolérant, et qui me paraissent de nature à satisfaire tous les esprits pondérés.

Les finances*

Enfin venons aux finances*

L’impôt foncier a été diminué de 13 millious.

Les dégrèvements sur les chemins dé fer eu Ont atteint près de 80*

Les patentes ont été révisées dans un sens démocratique.

Et, outre cela, la Chambre a mcorporéau budget ordinaire 231 millions pris sur les budgets extraordinaires.

Aussi, à la séance de la Cbambro du 12 juillet dernier, M. le rapporteur général du budget de 1894, parlant au nom du parti républicain et s’adressant au pays, pouvait-Ü dire, au milieu d’applaudissements répétés :

« Juge-moL Je te rends ton budget unifié, je te rends certains impôts allégés et une ressource qui, demain, peut mettre tes finances au rang des premières du monde, Maiatenani, je comparais devant toi. Prononce ton arrêta »

Un financier célèbre disait autrefois :

« Faites- moi de bonne politique et je vous ferai de bonnes finances- »

Nous venons de dire ce qu’étaient nos finances. Maintenant parlons un peu politique et peut-être k trouverons-nous meilleure encore*

La politique*

Ainsi que je le prévoyais, il y a quatre ans, la République est sortie triomphante de Pépreuve de 1S89 et le parti de la dictature a été écrasé comme il méritait de Pétre.

rapaüemmL

ün grand, un immense désir d’apaisement a suivi cette commotion intérieure, Tune des plus redoutables que la République ait eu à subir depuis sa fondation.

Le Gouvernement et les Chambres ont compris la volonté de repos, de concorde et de paix sociale qui entraînait notre patrie et, depuis lors, en toute circonstance, ils ont cherché à la satisfaire,

Les ralliés*

Sans que rien fût abandonné des droits légitimes de la société civile et laïque, l’accalmie s’est faite au point de vue religieux; et, au point de vue polios

tique, les ralliés sont nés. Il n’est pas un républicain sérieux qui ne se réjouisse de leur venue parmi nous et qui ne soit disposé é faire bon accueil aux recrues de bonne foi. Un grand orateur a dit un jour : i< Il faut se soumettre ou se démettre, n Les ralliés se sont soumis; nous ne pouvons, en toute sincérité, leur demander de se démettre, c’est-à-dire de renoncer à leurs droits de citoyens français, mais les républicains de la veille ne sont nullement obligés de choisir parmi eux les ministres ou même les députés.

Ancien partisan de cette politique de paix, de concorde civile et d’union républicaine qui parait avoir définitivement triomphé aujourd’hui dans les conseils du Gouvernement et au sein de la majorité, j’ai soutenu avec dévouement et indépendance les divers cabinets qui, depuis quatre ans, ont été à U tête des affaires, persuadé qu’en agissant de la sorte je ne faisais qu’exécuter la volonté républicaine de mes électeurs de i’ arrondissement de Wassy.

J’agirai de même à la prochaine Chambre si, comme j’eo ai l’espoir, vous voulez bien m’y envoyer.

Ce que fera la future Chmîbre.

Je souhaite que cette législature fasse aboutir, entre autres réformes;

La loi sur les caisses de retraites pour les ouvriers;

La loi sur le crédit agricole ;

La loi sur les assurances contre les accidents. En ce qui concerne cette loi, il s’agît, bien entendu, d’assurances obligatoires dans leur principe, mais avec liberté absolue de s’adresser aux compagnies existantes et non à l’Etat.

Je souhaite que les sociétés coopératives soient favorisées et que les frais de justice soient diminués,- ainsi que ceux pour l’achat et la vente des immeubles.

Je souhaite, enfin, que les impôts n’augmentent pas et que l’on fasse le plus d’économies possible, de 1893 à 1897.

Nos rapports mte7-nation&ux. Rome et la Russie.

Messieurs,

Grâce à la politique modérée dont je vous parlais tout à l’heure, la République française a en ce moment l’ayantage d’Étre en bons rappoçts avec la plupart des puissances étrangères- Le langage élevé tenu au Vatican et les manifestations de la Russie en sont la preuve.

Coup d’ceü sur l'avenir.

Paisible et respectée, sftre d’elle-môme et confiante dans l’avenir, la France républicaine n’a qu’à se laisser vivre en poursuivant chaque jour davantage son idéal démocratique de réformes, de progrès et de liberté et en attendant, comme le disait Gambetta, la justice immanente de l’histoire.

Vive la République!

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