‹ [Programmes, professions de foi et engagements électorauxChapitre 178 sur 266 · PYRÉNÉES-ORIENTALES · texte numérisé non relu

PYRÉNÉES-ORIENTALES

Circonscription de CÉHET, M» Jules PAMS,

Élu au 1"" tour de scrutin*

Mes chers coucitoyees.

Quand j’eus Phonneur, en 1839, de solliciter, pour la première fois, vos libres suffrages, mon programme se résumaU en deux mots : Révision, réformes*

Je n’ai rien à changer à ce programme.

Les événements qui se sont produits pendant les quatre dernières années ont prouvé combien il est urgent de modifier la CôüsLiuuion de 1875 pour permettre à la République de réaliser les progrès réclamés par la démocratie. La Chambre des députés, nommée directement par le peuple, doit avoir le dernier mot dans toutes tes questions mléres&ant les finances du pays et les réformes économiques que le peuple demande*

On ne saurait ajourner plus longtemps le vole dhine loi sur les associations, qui doit précéder la séparation des Églises et de FÉtat. Nous devons, en effet, sortir de la situation pleine d’équivoques et de conflits créée depuis près d’un siècle par le système actuel de relatloos existant entre les Églises et FÉtat.

L’œuvre de protection des produits nationaux commencée par le vole des tarifs de douane n’est pas terminée ; les libre-échangistes ne dése'^pérent p?s de revenir sur les faits accomplis et veulenl, par ia conclusion de traités de commerce permettant de favoriser les nations étrangères à notre détriment, annihiler les résultats si péniblement acquis. Je serai leur adversaire très résolu.

Le système d’impôts qui pèse sur nous est absolument inique. Rempli d'inégalités, il frappe trop les classes laborieuses. Le salaire de Fouvrier ne doit pas être grevé ; il est indispensable à son existence. Les taxes de conBommalion sur les denrées alimentaires, les boissons hygiéniques, les objets de première nécessité doivent disparaître. Ce n’est point par des palliatifs, par des remanie-

menîs de taxes existantes que l'on peut remédier à ia situation actuelle et établir l’impùt sur des bases démocratiques.

La réforme complète de notre système actuel, vieux de plusieurs siècles, s’impose.

La centralisation excessive dont souffre la France est trop puissante ; elle paralyse les forces vives du paya et, en même temps qu’elle augmente les charges du budget, elle empêche trop souvent la solution des affaires dans le sens des aspirations populaires. Les pouvoirs des conseils municipaux et des conseils généraux doivent être débarrassés des entraves qui les entourent. Je voterai toutes les lois qui auront pour effet d’accroître leur puissance et leur activité.

L'action de l'État sur les compagnies de clieminsde fer, sur les mines, sur la Banque de France, doit être vigoureusement renforcée ; tous mes efforts tendront à faire profiter les travailleurs de ces forces sociales, qui devront nécessairement revenir un jour à la nation. Un contrôle actif devra spécialement être établi sur la gestion des compagnies de chemins de fer, afin de les obliger, d’une part, à réaliser les améliorations si vivement désirées par les populations et à assurer à leur personnel si intéressant une situation moins précaire et mieux en rapport avec les services rendus, et, d’autre part, à diminuer le fardeau sans cesse croissant que uous impose le régime des conventions.

Je voterai les lois sociales ayant pour but l'amélioration du sort des travailleurs, des petits employés, des instituteurs, des douaniers, des facteurs, des gardes forestiers, des cautouniers, des inscrits maritimes, etc. Je voterai l’élévation du chiffre des petites retraites, la loi sur les retraites ouvrières, la suppression du régime des prestations en nature, la loi sur l’hygiène du travail et les habitations ouvrières, la loi organisant l’assistance publique dans les campagnes, en un mot, toutes, les lots humanitaires qui, sous l’égide de la République, conduiroüi les classes laborieuses, complètetnent et définitivement émaucipèes, àla réalisation de leurs revendications légitimes.

Cituyens,

Si j’ai l'honneur d’être votre élu, je serai le mandataire de toutes les communes de l’arrondissement de Céret, sans préférence d’aucune sorte. Vous eu avez pour garant mes voles au Conseil général. Je prends l’engagement formel de ne jamais porter atteinte aux droits acquis par les chefs-lieux d’arrondisseineut etde canton et, au contraire, d’aider de toutes tnes forces à leur prospérité. En agissant ainsi, j’obéirai aux sentiments de toute ma vie et je resterai fidèle à mon ardent désir de voir unies dans une même communauté les patriotiques populations de la montagne et du littoral de notre cher arrondissement.

Vive la Bépubiique I

Jules PÂMS.

circoBScription de PERPIGNAN, M. Édouard ROLLAND,

Élu au tour de scrudUt

Dis couns-pno GRAMME ûe M. E. Rolla^nd,

Le citoyen Édouard Rollapd remercie les électeurs du canton Ouest d'ètre venus BJ nombreux entendre ses explications, li compte sur la bieiiTeillaùce de Tauditoire pour lui rendre la tàcLe plus facile.

« Arrivé, dit-il, au terme de ma mission, au moment de rouverture de la période électorale, convaincu d^avolr consciencieusement rempli mon mandat, j'ai cru de mon devoir de me présenter devant vous et de vous rendre compte de mes actes. Vous jugerez, vous apprécierez et vous direz, le 20 août, par vos votes, si j*ai mérité votre confiance et si j^ai fait mon devoir. ments^)

Le progiwnme économique^

« Mon programme de 1889, avec lequel j'ai été élu, poursuit le citoyen Rolland, comprenait deux parties : la partie économique et la partie politique. Parlons d'abord de la partie économique :

<t 11 y a quatre ans, nous étions tous des protectionnistes acharnés, bien décidés à empêcher la concurrence étrangère. Nous le sommes encore aujourd'hui. Je n^ai pan besoin de vous dire, jour par jour, de quelle façon j'ai voté, vous avez pu suivre quoi idiennement, dans les journaux, votre représentant, dans raccomplissement de son mandat. Vous saTez donc la part qu'il a prise à défendre les idées de protection en honneur en Roussillon,

« Vous n'ignorez pas, citoyens, que la lutte a été chaude. Nous avions affaire à des adversaires redoutables, soutenus par une presse fortement organisée. Toutes les questions concernant le tarif douanier ont été longuement débattues, article par article ; il a fallu combattre avec opiniâtreté pour arracher les droits protecteurs à nos ennemis les libre- écliaDgi^tes, Grâce â notre fermeté, à notre énergie, à notre vigilance, nous avons obtenu un peu plus que ne nous donnait le tarif du Gouvernement,

a J'ai aidé de toutes mes forces à obtenir ce résultat et, si nous n'avons pas obtenu davantage, ce n'est pas de ma faute. J'ai pris part à la discussion dn tarif douanier et j'ai fortement insisté, à la tribune, pour obtenir des droits protecteurs plus élevés en faveur des produits du RoussillQn. {Applaudisemmts, )

<i Malgré leur défaite, les libre-échangistea n'ont pas désarmé. Jls sont toujours à l'alTât, profitant de toutes les occasions. Ils ont essayé de faire voter le traité franco-suisse. C’était une façon d’ouvrir une brèche par où serait bientôt passé le tarif douanier. On demandait aujourd’hui d'abaisser les droits sur les tissus, on l’aurait demandé le lendemain pour les vins. Toujours fidèles au poste nous avons vu la manœuvre et nous l’avons déjouée. Vous savez que je n’ai pas hésité à monter à la tribune pour demander le rejet du traité franco-suisse, qui a été repoussé.

« Nous avons ainsi enlevé au Gouvernemeutet aux libre-échangistes le désir de revenir à la charge. Au point de vue de la protection douanière de la France, je puis ie dire hautement, j’ai fait tout mon devoir; j’ai fidèlement tenu mes promesses. » {Bravos prolongés.)

Le programme politique.

Le citoyen Édouard Rolland continue ainsi :

« Au point de vue politique, on connaît mon passé. Pai toujours été un fidèle soldat de la démocratie et nul ne me contestera ma qualité de républicain.

x En 1889, nons étions cinq candidats. Tous avaient des étiquettes plus ou moins ruunante.s, moi je n’en ai pas voulu. Je me suis contenté de me dire : candidat républicain, tout court. J’ai déclaré que je serai radicalement républicain, que je serai socialiste par mes votes et non par des épithètes. On a vu que j’ai tenu parole. [Applaudissements rÈpélés.)

« Je serai toujours avec ceux qui vont continuellement en avant dans la voie du progrès. J’ai pu lire, dans des journaux locaux, que c'était, de ma part, une tactique de marcher avec le parti avancé. De cette façon, disait-on, je pouvais conserver les opportunistes et amadouer les socialistes.

« C’est vouloir me faire jouer une comédie indigne de mon caractère, indigne d'un honnête homme. (Applaudisscmcjits.)

U Jamais je ne servirai mes adversaires contre mes amis; jamaisj eue tromperai personne. Si j’ai voté avec les députés les plus avancés de la Chambre dans les diverses questions politiques, si j’ai voté les réformes sociales, c’était pour satisfaire ma conscience, pour satisfaire mes aspirations, mes idées, mes convictions et je voterai toujours ainsi. )» (.IpplandMîonente.)

Le programme.

Le citoyen Édouard Rolland aborde l’exposé de son programme ;

«Le programme économique, dit-il, reste toujours le même. Je prends l’engagement formel de persévérer dans la défense des intérêts de notre pays, car nous ne larderons pas à être attaqués. Ce n'est pas ici, en Roussillon, que l’on me demandera de me départir de mon rigorisme protectionniste. La France était, jusqu’ici, une vache à lait que les nations étrangères étaient habituées à traire depuis un temps trop long. Cette situation a cessé. Il ne faut pas qu’elle se renouvelle. Les calamités qui sa sont abattues sur nous, les maladies qui

déciment nos ïDagoifiques vignobles, et qu^il faut combattre à grand renfort d^argènt, ne nous permettent plus d^êire généreux,

H Nos vins restent invendus dans dos caves ou se vendent h vil prix. Il oe faut donc pas encore les déprécier davantage en ouvrant la porte à la coocurrence étrangère. Au contraire, cette porto doit rester fermée et nous devvms voir si, à Tintérieur, en faisant la guerre aux vins artificiels, en faisant supprimer les droits d’octroi, en dégrevant de toutes les charges les boissons hygiéniques, il ne nous sera pas, enfin, possible d'assurer à nos excellents vins un écoulement facile à des prix rémunérateurs.

Lo programme, économique reste donc ce qu'il était. 11 faut toujours lutter pour le protectionuisme et, si ou demande môme uae augmentation du tarif protecteur, eh bieni fen suis,

« Je n’éprouve pas d’embarras sur le programme politique* Je soutiendrai toujours les revendications ouvrières, les réformes de Timpot, des frais de justice, des droits de succession, je pousserai à Tétude des questions sociales.

« Vous savex que, dans la Chambre dont les pouvoirs vienDent d’expirer, une minorité de députés avancés, dont je m’honore de faire partie, s’est acharnée à faire voter des lois tendant à améliorer le sort des ouvriers. Quelques-unes ont abouti, comme celles sur le travail des femmes et des enfants employés dans l’industrie, sur les accidents dont les ouvriers sont victimes, sur l’assistance obligatoire des ouvriers.

a Quelques autres de ces lois ouvrières ont été amendées par le Sénat. D’autres, enfin, sont restées sur îe chainier, comme celle sur l’assîstance dans les campagnes qu’il faudra reprendre d’arrache-pied, car les ouvriers agricoles de nos villages ont droit à toute notre sollicitude comme les ouvriers de l’industrie. Quelque costume qu*il porte, quelque travail qu’il fasse, quelque point du territoire qu’il habite, Touvrier a droit à notre protection.

w Aussi, je n’hésiterai pas à voter toutes les réformes qui seront proposées en sa faveur. Il faut aller toujours de l’avant, car le progrès est inceasant dans toutes les branches de ractivilé humaine, et il faut mettre la législation en harmonie avec ces progrès.

a C’est vers les réformes que doU se porter l'efTort de quiconque se dit républicain, car la République et le progrès doivent être toujours unis. U République doit marcher sans cesse en avant, car, sans cela, ce ne serait pas k République. Je le dis hardiment, on ne peut pas être républicain sans être socialiste. {Applaudissemmls prolongés^)

Cl Parmi les réformes capitales, que le peuple attend avec le plus de juste impatience, est celle del’impdL. Du groupe parlementaire, d’abord très restreint et qui est devenu très nombreux, dont j’ai fait parti© dès le début, s’est mis à étudier consciencieusement la réforme de l’impôt sous toutes ses faces, et, de ses délibérations, est sorti un projet, que i’ai travaillé à élaborer, et qui est connu sons le nom de projet Maujan.

« Ce projet considérable comprend un ensemble de réformes utiles (parmi lesquelles se iruuvait en priocipe la réforme des boissons venue en discussion et qui a malheureusement échoué), qu’il est indispensable de voter : il faut une ûûuvelle évaluation de la propriété bâtie, (un grand nombre de maisorîB et de

propriétés ayant perdu de leur valeur et payant les mêmes impôts qu’au temps da la prospérité), la réforme du cadastre, l’impôt sur îes propriétés de luxe, sur le reveou, etc* »

Le citoyen Rolland donne des explications très claires sur ces diverses réformes, ainsi que sur la réduction des frais de justice, trop onéreux jusqu’icî, et sur Fextension de îa compétence des juges de paix.

IncidenL

M* Parés, représentant de commerce, ancien professeur d’anglais à Saint- Louis-de~Gonzague, interrompt Forateur au sujet de la nouvolle évaluation des propriétés bâties qu’il réclamait pour faire payer les riches et dégrever les pauvres,

« Si îa République, dit M, Parés, n*a pas trouvé le temps d’évaluer contre les riches, elle a évalué contre les miséreux {Âpplaudimments). Elle Ta fait contre les ceuvres religieuses qui se dévouent aux pauvres, les petites sœurs, les sœurs de l’Assomption*** (Protc^tatiom, Huées, cris: A bas les calotinsi) Les catholiques, poursuit M. Parés, ont toujours fait des œuvres généreuses* {Lang m-

(E Le citoyen Polland répond queM* Parés met sur le comptede la République tontes les mauvaises choses qui exislent* Il a tort, car la plupart des lois qui nous régissent ont été faites par les monarchies,

« Elles sont mauvaises pour la plupart* Aussi, la République s’occupe tous les jours de les améliorer* {Applaudissements.)

« En ce qui concerne les miséreux, que vous accusez les républicaîtis d’oublier, poursuit le cîtoyen Rolland, je vous ferai observer qu’un amendement, que j’ai signé avec plusieurs de mes collègues, parmi lesquels sont Edmond Bartîssol, Escanyé et Emile Brousse, a été déposé à la Chambrer tendant à réduire dé 50 pour 100 les cotes sur les petites propriétés ayant moins d’un hectare. Cet amen de ment a écïïoué, ayant rencontré tine oppositioQ inconcevable.., »

Le citoyen Émile Droupse : « Chaque fols que les républicains proposent des réformes, la-droite vote contre* h {Applaudmemmîs redoublés.)

Le citoyen Rolland : <( La République aura eu l’honocur d’entreprendre les réformes depuis longtemps réclamées par le peuple* Vous vous êtes fait, monsieur Parés, Fa vocal éloquent des associations religieuses* Eh bien, voici ma façon de penser sur leur compte : Je suis juste, parce que je suis répubHcaio* Aussi, je demande qu’on leur applique le droit 'commun* (Longs applaudis'* semenis.)

« Ainsi, parlons, si vous le voulez, des biens de mainmorte. Les congrégations reçoivent des dons, achètent rarement et ne vendent jamais rien* Un pauvre diable perd son père, il doit payer, pour hériter du patrimoine, de forts droits de succession* Un congréganiste mourait: la communauté ne payait aucun droit de succession* On a Fait cesser cet abus*

« C’est cela, peut-être, qui vous indigne. Tant pis pour vous. C’est cela que noos maintiendrons, {Triple salve applaudissements. Pmdant quelques minutes la salle entüre acclame le citoyen Rolland.)

La re^iêion et les ralliés*

L^orateur poursuit :

«Toutes les branches de l’impôt sont susceptibles d’être modifiées, pour les faire concorder avec l’esprit de justice qui doit être la base des institutions républÎGames,

t{ Malheureusement, quelques-unes de ces réformes sont arrêtées par le Sénat, et ici j'arrive à une question importante t La révision.

(t En 1S89, tous les candidat'i étaient révisionnistes. Je Tétais aussi, mais apparemment d’une autre façon que les royalistes. Ceux-ci réclamaient la révision afin de pouvoir mettre en cause, dans un congrès, la forme dn gouvernement et profiter d’une surprise pour glisser, à la tête de la nation, un monarque de leur choix. ^

« De cette révision, moi je n’en veux pas. C’est une duperie. Je ne consentirai jamais à ce qu’on remette en cause Texistence de la République, que je place au-dessus de tout, car la République est le gouvernement naturel d'une démocratie. Elle nous a assez coûté pour Tavoir, nous ne la laisserons pas escamoter par sur prise. [Applaudissements*)

« Je veux la révision, en ce qui concerne la modification des attributions du Sénat, qui a les mêmes pouvoirs que la Chambre au point de vue législatif, ce qui ne doit pas être.

« Le Sénat a laissé en panne des lois mûrement étudiées au Palais-Bourbon. lî en a amputé d’autres et les a rendues informes, comme la réforjne des boissons.

« Padmets que le Sénat puisse donner des conseils, faire des observations. Mais lorsqu’une loi aurait été votée par la Chambre pendant deux fois, malgré les remontrances du Sénat, elle devrait être exécutoire. En matière de finances, la Chambre devrait aussi toujours avoir le dernier mot. Eu résumé, je voudrais rogner les ongles du Sénat, pour ne pas être exposé à ses coups de griffe. (Tîtra et applaudissements*}

Parlant ensuite de Tévolutioo des ralliés, le citoyen Édouard Rolland dit :

« Il y en à qui accueillent les ralliés a bras ouverts. D'autres, comme M. Dupuy, disent qu’ils ne sont pas des ralliés, que ce ne sont que des résignés. Pour moi, je ne vais pas si loin parce que je ne crois pas à leur résignation. Ce sont des loups déguisés en bergers, qui, fatigués de rester impuissants dehors, ne seraient pas fâchés d’entrer dans la maison pour y apporter le trouble.

« Vous les voyez, ils demandent de modérer les lois scolaire et militaire, c’est-à-dire, en termes plus francs, leur non application. Or, la loi scolaire et la loi militaire sont Thonneur et la force de la République, et, loin d’y renoncer, j'estime que nous devons les appliquer encore plus vigoureusement. [Âpplaudîssemmts*)

Ces ralliés vont vile en besogne. Ils se disent républicains depuis quelques jours seulement et voudraient déjà que nous les placions à la tête du parti, dans toutes les hautes fonctions.

« Mais, je ne suppose pas qu’au régiment ce soit parmi les recrues que Ton

prenne les gradés. S’ils veulent un grade, qu’ils donnent d’abord des preuves de leur sincérité, qu’ils gagnent la confiance des électeurs et ceux-ci leur donneront des galons. {Applaudissemenis,]

M Telles sont, mes chers concitoyens, les idées que je professe. 3e garderai toujours, si je suis réélu, la même attitude. Je défendrai avec la môme opiniâireté, le même dévouement, la même énergie, les intérêts du département, et, en particulier, ceux de la première circonscription de Perpignan.

« Je serai toujours au premier rang pour défendre la République et les réformes sociales. Voilà ce que j’avais à vous dire. Si vous êtes contents de moi, vous le direz au 20 août. Convaincu d’avoir fait tout mon devoir, j’attends votre réponse avec une entière confiance. » {Àpplaudisscmenis prolongés.)

Le discours du citoyen Édouard Rolland a été écouté avec beaucoup d’attention. Son langage ferme et énergique a produit une profonde impression sur l’auditoire.

Reconnu exact; E. ROLLAND.

2° circonscription de PERPIGNAN, M. Émile BROUSSE,

Élu au 2® tour de scrutin.

Électeurs,

J’ai supporté, pendaut la période électorale, toutes les injures et toutes les diffamations, parce que je comptais sur le souvenir de mes compatriotes, dont j’avais souvent défendu les intérêts à la tribune.

Je n’ai pas voulu me jeter dans la mêlée des concurrents qui m’attaquaient avec virulence ; je n’ai pas voulu porter contre qui que ce soit la moindre accusation.

Je croyais que le bon sens public ferait promptement justice du tumulte organisé avec audace et des calomnies répandues à profusion.

De nombreux citoyens ne se sont pas prononcés et m’ont mis en ballottage pour un bien petit nombre de voix.

Je suppose que ma longue hésitation à accepterune candidature si contraire aux intérêts de ma famille a refroidi le zèle de beaucoup de mes amis.

On a fait croire que je voulais me faire prier, tandis que je cédais aux sollicitations réitérées des élus de la circonscription, dans le seul intérêt de la viticulture menacée.

On a menti en disaut que je ne voulais pas remplir mon mandat avec dévouement i mes déclarations ont été falsifiées sans vergogne.

3e donne ma parole d'honneur que je n’ai accepté la candidature que pour soutenir la lutte suprême contre la concurrence des vins espaguols, ayant le 31 décembre, époque à laquelle FEspagne cherchera à obtenir rabaissement des tarifs OU devra rompre complètement avec notre pays.

Quant à mon mandat, je le remplirai comme je le faisais ayant Fouverture de la période électorale. Je conserverai mon titre d'avocat, ainsi que d’autres conserveraient leur titre d’ingénieur ou d’architecte, pour des occasions excepliaonelles.

Tous mes votes, depuis douze ans, sont essentiellement radicaux et socialistes ; personne n’a osé les attaquer. Que me reproche-t-oo ?

Mon nom n’a jamais été avili dans le scandale de Panama; j’ai reçu les éloges de tous les journaux pour mon attitude droite et loyale, comme rapporteur général de Penquéte Wilson. Les accusations anonymes portées contre ma dignité ont été démenties par le rapporteur, M. Pbilipon, et par M. Desmous, président de la Commission d’enqucte. Je n’ai aucune responsabilité à sobir.

On a soulevé contre moi la haine de certains travailleurs en prêleDdant que je les opprimais. Les communes du Soleret de Trouilîas ont protesté avec indignation, dans le vote de dimanche dernier, contre ces dires volontairement mensongers.

J’arrive le prerpier de tous les candidats, avec tine majorité considérable. Qu’espère-t-on en formant contre moi une alliance sans nom 7 Veut-on me décourager et m’éloigner de mon devoir î

Ma candidature n’est plus la mienne.

Elle appartient au parti républicain, qui désire le progrès par les réformes politiques et sociales.

Elle appartient à tous les viticulteurs qui demandent dés lois de protection contre la fabrication des vins artificiels et qui veulent F écrasement de F importation étrangère.

Elle appartient aux commerçants, aux ouvriers, aux travailleurs, qui ne peuvent rien sans le relèvement dans la production roussilionnaise et dont le sort est lié à celui des viiicuïteurs.

Au lieu de faillir, je sens en moi uue force nouvelle. Mes douze années de services rendus au pays natal me donneront le courage d’aller partout où cela Serait nécessaire pour fouler aux pieds la calomnie et pour démasquer les coalitions réactionnaires.

Quand ou a devant soi la tourbe de Catilina, perdue de dettes et chargée de vices, on doit marcher contre elle pour défendre la République.

Vive la République I

Émile BROUSSE, député sortant.

Président du conseil général.

Cîrconscriptioa de PRADES.

M. F. ESGANYÉ,

ÉUi au 1®^ tour de scrutin.

Chers concitoyens,

Il y a deux ans et demi, après l’élection de M. Édouard Vilar au Sénat, tous m’avez couBé le mandat de vous représenter à la Chambré des députés.

Je vous en ai été très reconnaissant.

Aujourd’hui, je viens avec confiance vous demander le renouvellement de ce mandat.

Vous me connaissez depuis longtemps. Vous avez toujours vu en moi un démocrate sincère, un disciple fervent des principes de 1789, qui, dans tous les actes de sa vie politique, s’est inspiré de sa foi républicaine et de son dévouements nos institutions.

Je me suis attaché à représenter aussi fidèlement que possible l’opinion de la grande majoritédes électeursrépublicains de l’arrondissement. Toutes les fois, en effet, que j’ai eu à me prononcer sur une question importante, je me suis demandé ce que pensait et ce que ferait cette majorité.

Les besoins et les aspirations de l’arrondissement n’out jamais cessé de me préoccuper. Je me suis fait leur interprète auprès des pouvoirs publics, et j’ai servi tous les intérêts légitimes, dans la mesure du possible.

Mais il est une mission plus haute encore pour les représentants do la nation J eîle consiste à contrôler la direction de la politique générale, extérieure et intérieure, ainsi qu’à participer à l'élaboration des lois.

A cet égard, je ne puis vous donner ici qu’üu aperçu des travaux de cette législature,

La dénonciation des traités de commerce et le tarif général des douanes ont été son œuvre principale. Ces lois douanières, protectrices du travail tiational, agricole ou industriel, sont la conséquence des vœux réitérés du pays.

L'expérience seule pourra démontrer si les lois sur le crédit agricole et populaire, qui viennent d'être adoptées par la Chambre des députés, seronfde nature à remédier d’une manière sensible aux souft'rances de l’agriculture. Il appartient maintenant au Sénat de se prononcer.

La sollicitude du Parlement pour les ouvriers des villes et des champs s’est manifestée par de nombreux projets et prépositions de loi, relatifs à l’assistance publique, ainsi qu’aux institutions de prévoyance et do secours. Plusieiirs sont déjà définitivemenl adoptés. A ce point de vue, il reste encore beaucoup à faire.

Malgré les charges que l’iutérêt supérieur de la défense nationale impose à

nos budgets, des dégrèvements très appréciables ont en lieu, en ce qui concerne ;

L’impôt foncier sur la propriété non bâtie ;

Les frais de justice;

Et les transports des voyageurs et des denrées en chemin de fer,

La paix maintenue^ nos protectorats consolidés, l’apaisement, qui se fait de jour en jour dans les esprits, au profit de la République, sont des résultats qui peuvent faire supporter quelques agitations passagères, dont aucune nation, d'ailleurs, n’est exempte. Les écarts de la liberté seront toujours moins nuisibles que le silence dégradant du despotisme,

11 serait téméraire de tracer un programme complet des travaux que devrait accomplir la législature nouvelle. On doit toujours faire la part de Timprévu.

Mais je dirai, en quelques mots, ce que je pense et ce que je veux relativement à quelques points èsseutiels,

J1 faut s’appliquer h maintenir la paix, sans oublier cependant que la patrie a été mutilée, en conservant, au contraire, le ferme espoir que les enfants qui en ont été détachés rentreront dans le giron maternel.

Pour ma part, je ne consentirai point à affaiblir notre puissance militaire^ car, indispensable, le cas échéant, pour la défense matérielle du territoire, ohé nous donne à tout instant une action moraie coosidérable dans toutes les questions qui s'agitent en Europe et dont la solution importe à nos intérêts ; elle noua aide à faire respecter notre pavillon sur les mers et à protéger nos nationaux dans le monde entier.

Je veux que tous les dégrèvements qui seront possibles soient opérés au profit de PagricuUüre,

Une nouvelle réduction des tarifs de chemios do fer, prévue par les conventions de 1883, etFassurance nationale agricole contre les fléaux atmosphériques, question pleine d’actualité, dont l’utüité apparaît de plus en plus à tous les yeux, seraient pour les campagnes un véritable bienfait.

Quant aux réfannëa sociales, elles ont toujours éveillé en mol la plus vive sollicitude lorsqu’elles ont eu pour but de répartir i’impôt d'une manièrë plus équitable, et de poursuivre cette œuvre de Justice et de solidarité qui doit réaliser de plus en plus les principes de notre grande Révolution,

Je resterai fidèle aux réformes proposées par la commission Manjan, dont je fais partie,

A l’égard des questions de personne, je suis et serai toujours conciliant. Aujourd’hui, les institutions républicaines sont presque unanimement acceptées. Je n’ai pas oublié cependant ce que me disait le regretté Pierre Lefranc : « Ouvrons à deux battants la porte de la République, mais gardons-nous d’en livrer les clefs à l’ennemi de demain. »

Dans la sphère des intérêts locaux, je me bornerai à rappeler que nous supportons, comme département frontière, des chargés très lourdes, et qu’il serait juste que l’État nous accordât, â titre de compensation, certains avantages ; des garnisons, des routes stratégiques et des achats de chevaux.

— 7ÜS —

Ciiers concitoyeas,

Le sentiment de mes devoirs, mon attjicliement à la République, mon affection pour la grande patrie, la France, et pour ma petite patrie, le département des Pyrénées-Orientales, m’ont rendu facile l’exercice d’un mandat qui, consciencieusement rempli, exige, à raison de ses occupations multiples, parfois pénibles, beaucoup de zèle, d’attention et d’assiduité.

Si vous me faites l’honneur de m’élire de nouveau, je serai demain ce que j’étais hier, ce que je suis à présent : un enfant do Roussillon et do Gonflent, dévoué è ses compatriotes et à la République.

Vive la République 1

F. ESCANYÉ, député.

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