M. PEYTRAL
Elu au l®' tour de scrutin.
{Démisswnnah'e.)
2® circonscription de MAHS&ILLE.
M. Auguste BOUGE,
Élu au 2* tour de Bcrulia.
Chers concitoyens.
Elu, en 1889, député de Marseille, j’ai conscience de m’être rendu digne.de ce titre, et de vous avoir, au cours de ces quatre années, représentés avec honneur toujours et avec courage quelquefois. Ma vie parlementaire n’a pas été désœuvrée. Intérêts généraux, intérêts marseillais, intérêts privés même, lorsqu’ils étaient légitimes, je n'ai rien négligé. l’avais, envers les travailleurs de ma circonscription, des devoirs plus particuliers et plus étroits; les pêcheurs de notre littoral, les ouvriers et ouvrières de la manufacture des tabacs savent si je les ai remplis.
Ce n’est pas que je me dissimule, qu’à ce point de vue, il ne reste beaucoup à faire. Des revendications légitimes attendent une solution urgente; ne serait-ce que celles des employés de nos grandes administrations, des mécaniciens et chauffeurs de nos chemins de fer, par exemple, que je m’efforcerai de faire aboutir avec le dévouement et la persévérance que j’ai montrés dans les occasions précédentes. Dans un ordre d’idées plus général, vous connaissez la part que j’ai prise aux lois sur l’enseignement et à toutes les améliorations apportées à la situation des employés de l’État, de ceux des Postes et des Télégraphes en particulier.
Après cela, n’ai-je pas, sans fausse modestie, le droit de me réclamer, auprès de vous, de mon assiduité, de mou zèle, du travail accompli? Parlerai-je de mon attitude politique demeurée sans défaillance, conforme aux principes radicaux que j’ai soutenus toute ma vie? Reconnue par tout le monde, la République ne lutte plus aujourd’hui pour l’existence. La question politique est reléguée au second plan, et la question des réformes sociales est devenue la question principale et brûlante.
C’est sur le terrain du socialisme que la lutte se porte partout en France et, plus spécialement, dans la deuxième circouscription. C’est sur ce terrain que mes adversaires m’offrent et que j’accepte la bataille. Le socialisme ne consiste pas, pour moi, dans la suppression du capital ; il consiste à reconnaître le capital et à lui demander tous ies sacrifices compatibles avec son existence même, au point de vue universel, et avec les conditions particulières qui lui sont imposées par la concurrence étrangère, au point de vue national. Le socialisme consiste dans ces réformes possibles et prochainement réalisables qui s’appellent : la réforme de l’impôt, la création de caisses de retraite pour la vieillesse, les lois sur les accidents pendant le travail, et sutout le développement de la mutua-
lité, qui est, à mon avis, la mine la plus féconde et encore însulïisamment exploitée des réformes mûres et tangibles.
Il y a, sans doute aussi, au sujet de la participation de l’ouvrier aux bénéfices du patron, une réforme à étudier et une expérience à faire. Cette expérience, il incombe é TÉtat, qui est le plus puissant des patrons, de l’essayer avec ses ouvriers dés diverses manufactures. Mais la réalisation de ces réformes, je ne l’attends que du progrès pacifique et du concours de tous les citoyens. Loin de faire appel à la lutte des classes, loin de vouloir jeter les citoyens les uns contre les autres, je veux, au contraire, rapprocher les Iclasses et réunir les citoyens.
Nos adversaires prétendent avoir trouvé la formule de la suppression des inégalités et des souffrances, inséparables de l’humanité, et de l’établissement, entre tous les hommes, de l’égalité des salaires et des richesses. Cette formule s’appelle collectivisme. Le collectivisme se résumejdans l'expropriation des possédants actuels au profit de la masse. La suppression du capital! voilà le remède à tous les maux, voilà le'but, et, pour l’atteindre, le suffrage universel n’est que le moyen transitoire jusqu’au jour où l’on pourra faire appel, à coup sûr, à la révolution et à la violence. Le collectivisme n'est, pour moi, qu’une théorie dangereuse qui, si elle pouvait se pratiquer jamais, n’aurait d’autre conséouence que de généraliser et de rendre obligatoires pour tous le malaise et la misère.
Les mieux "convaincus de l’imposture de ces théories sont ceux-là mêmes qui les préconisent et qui, pour l’assouvissement de leurs ambitions personnelles, ne craignent pas de faire appel aux passions les plus malsaines mises en mouvement par l’ignorance. le suis donc nettement anticollectiviste.
Les collectivistes, à Marseille et ailleurs, ne vont pas sans les internationalistes. Vous avez tous gardé le souvenir des manifestations récentes si hautement réprouvées par l’opinion publique. J’aime invinciblement mon pays; les internationalistes peuvent être sûrs de me trouver toujours en face d’eux. Donc, la question est nettement posée.
Vous avez à choisir entre un homme qui veut le progrès et la solution des problèmes sociaux par la voie pacifique et ceux qui ne craignent pas de proclamer que, pour accélérer la question sociale par eux embrouillée et dénaturée avec préméditation, il ne suffit plus de la guillotine et qu'il faut en revenir aux bateaux à soupape. Vous avez à choisir entre ceux qui ont reçu Liebkneich à la mairie de Marseille, qui, daus une délibération récente, insultaient l’armée nationale, en l’homme qui, depuis 1870, a servi et aimé son
pays.
Vive la France ! Vive la République 1 <
Auguste BOUGE.
Pkofession de foi de M. Bouge.
Le candidat réclame la répartition plus équitable de l’impôt, l'amélioration des lois sur les syndicats, sur les accidenta du travail, la création d’une Caisse de
reîraiiea pour la vieillesse^ la parücipatioû de l’ouvrier aux bénéfices du patron, en commençant Texpérience par l’État, la suppression du régime ultra-protectionniste et le retour au libre écliange; rétablissement du canal du Bhûne à Marseille ; la liberté la plus absolue pour les industries honorables qui demandent m régime libéral pour s^aflirmer dans la voie du progrès; la lutte contre les monopoles en général et la solution de la question du gaz, conformément aux décisions des Congrès de Lyon et de Nancy ; révision de la loi des patentes; application de patentes entières pour les déballages même temporaires; diminution progressive des impôts par la bonne gérance des deniers publics, réforme du régime des boissons hygiéniques dans le sens le plus libéral; réforme de ia loi sur les faillites, et surtout de la loi sur les liquidations judiciaires, suppression des syndics de faillites ; règlementation des dommages-intérêts à accorder pour retard en matières de transports et abaissement des tarifs de chemins de fer ; abaissement des taxes postales.