CALVADOS
Arrondissement de BAYEUX.
M. le baron GËBARD,
Elu au l" tour de scrutin.
Je me présente, pour ia quatrième fois, à vos suiïrages j depuis douze ans, vous m’avez honoré d’un mandai que je vous propose de me conserver et que, grâce à Dieu, Je me sens encore la force de remplir.
Pendant cette dernière législature, avec mes collègues de la droite, j'ai souvent protesté par mes votes contre l'augmentation croissante des dépenses, Nous nous sommes efforcés aussi d’écarter de nouvelles charges dont quelques-unes, vous le savez, auraient porté une grave atteinte aux intérêts de notre région, et les pétitions que vous avez signées en grand nombre ont certainement contribué â vous en exempterjusqu’ici.'
Si les tarifs douaniers que nous avons votés n’ont pas, malheureusement, favorisé l'agriculture autant qu’on pouvait la désirer, votre mandataire ne devra pas moins continuer à en demander l'application, et sa principale préoccupation sera d'appuyer les mesures propres à assurer l’intégrité du commerce des beurres, cette ressource si importante pour notre arrondissement,
Vous devez espérer, et j’espère avec vous, que la nouvelle Chambre, moins occupée de politique que de l’examen impartial de sages budgets vraiment équilibrés, se montrera soucieuse de ramener dans le pays l’ordre, la confiance et la moralité : de récents et tristes événements doivent lui en faire sentir plus que jamais le besoin.
Quel que soit le résultat du scrutin du 20 août, je vous resterai toujours reconnaissant, Messieurs et chers concitoyens, des preuves d'estime et de confiance que vous m’avez si longtemps accordées.
Baron GÉRARD, député sortant,
Conseiller général du canton de Balleroy.
circonscription de CASN.
M. Georges LEBBET,
Élu au 1“ tour de scrutin.
Mes cbers concitoyens,
Candidat désigné à l’unanimité par une réunion d’électeurs républicains de la première circonscription de Caen, j’ai l’honneur de solliciter vos suffrages en faveur do ma candidature, •
Je me présente à vous comme profondément dévoué à la République et comme partisan résolu d’une politique de concorde et de progrès.
Je considère la forme républicaine comme l’expression définitive de la volonté nationale. Depuis sa fondation, la République a fait dans l’opinion des progrès considérables ; par les services qu’elle a rendus au pays, elle s’impose dès maintenant à l’adhésion de tous lés Français. Il appartient à vos représentants d’appliquer les principes démocratiques sur lesquels elle repose.
Pour que ce but puisse être atteint, il faut un gouvernement stable, ferme, pénétré de la haute mission qui lui incombe et capable de réaliser, avec l’appui d’une majorité républicaine homogène et éclairée, les réformes et les améliorations trop souvent réclamées en vain par le corps électoral. Cette majorité, le suffrage universel la donnera à la République; il assurera ainsi aux débats parlementaires le calme, la dignité, l’esprit de suite qui font les travaux sérieux et les résultats féconds ; il marquera la ûu des coalitions des groupes extrêmes qui rendent tout gouvernement impossible et jettent le trouble dans le pays.
A l’extérieur, je veux la France grande et respectée ; nous devons veiller avec un soin jaloux sur nos armées de terre et de mer qui sont la sauvegarde de la paix; sans chercher à augmenter un domaine colonial, que je considère comme nécessaire à l’expansion de la France, mais qui est suffisamment étendu, j'estime que le Gouvernement doit s’appliquer à le faire valoir. Mais l’honneur et les intérêts de la France lui imposent lé devoir de ne laisser, sur aucun point du globe, porter atteinte à son prestige. L’heureuse issue de l’affaire du Siam montre ce que peut l’attitude éuergique d’un gouvernement appuyé par le Parlement et disposant d’une grande armée nationale.
A l’intérieur, je suis partisan d’une politique fondée sur la justice, la modération et le respect de tous les droits. Plaçant au-dessus de tout la liberté de conscience, je veux le respect des croyances religieuses, le maintien et l’application loyale du Concordat.
La loi militaire de 1889 consacre le principe démocratique d’égalité; les lois scolaires qui assurent à tous les citoyens la bienfait de l’instruction, sans porter atteinte aux convictions de chacun, sont le fondement indestructible du
stiiïrage ttniverseK Cea lom font partie du patrimoiDe inaliénable de la République; avec tous les rèpubiicaiüSj Je suis prêt à les défendre contre toute aileinte,
Nos finances réclament rordre^ la clarté, réconomîe qui sont les conditions indispensables d^un bon et sincère équilibre budgétaire. Seules, des réformes sérieuses pourront alléger notre situation financière et répartir plus équitablement l'impôt suivant les facultés des contribuables. Je suis, par mon enseignement de la w Science financière n à la Faculté de Droit, préparé à les étudier* La question de la suppression des octrois, déjà posée devant le Parlement, n'a pas échappé à mon attention; il faut, à mon avis, pour arriver aux moyens de la résoudre, s’aitaclier à ces trois idées; assurer aux travailleurs la vie à bon marché, — conserver aux villes les ressources nécessaires au fonctionnement de leurs services, — ménager les droits acquis du personnel.
L'industrie et le commerce et tous les intérêts qui s’y raUachont ont droit à la constante sollicitude du Gouvernement, M’inspirant, au point de vue économique, des besoins de notre région, j e m’attacherai à soutenir, à défendre et à protéger dans la circonscription le travail national*
L'agriculture, dans ce pays, se présente sous presque toutes ses formes : culture des céréales, du colza et du pommier, exploitation herbagérs, élevage, industrie chevaJine. Plus que jaman, à la suite d'une année malheureuse comme celle-ci, elle a besoin d’être aidée, soutenue et protégée. Je suis prêt à défendre et, au besoin, à provoquer les mesures législatives nécessaires au maintien de ses droits et au retour de sa prospérité*
La soliioitude de la République pour les travailleurs s’est manifestée déjà par le vote des lois sur les syndicats professionnels, sur les sociétés de secours mutuels, sur la caisse nationale de retraite pour la vieillesse, sur les prud'hommes, 11 faut faire plus encore, le voudrais voir réaliser, sous Pégide de la liberté, par le développement de la muLnaUté, des sociétés ouvrières, de la participation aux bénéfices, etc*, le principe démocratique de solidarité et de fraternité.
La loi du 26 mars 1891 et les dispositions générales de nos lois me semblent iusuflisantes à réprimer la mendicité et le vagabondage; j'estime qu’il ^serait nécessaire de les re viser.
Je n’ai pas besoin d'ajouter que vos intérêts locaux et les intérêts commerciaux et maritimes de la région auraient eo moi un zélé défenseur. Je m'efforcerai d’ailleurs d’appliquer en toute circonstance les règles de modération, d’équité et da fermeté auxquelles j’ai essayé jusqu’ici de conformer ma conduite comme maire de la ville de Caen,
Au dedans, la République avec l'ordre, le calme, la sécurité et le progrès, par la stabilité gouverne mentaîe ; au dehors, k pais avec l’honneur, avec le respect des droits, de l’infiuence et de la dignité de la patrie*
Voilà ce que je veux pour la France,
Vive la République !11
Georges LEBRET, professeur à la Faculté de droit, avocat à la cour d’appel, maire de la ville de Caen.
2® circonscription de CAEN.
M. Henri LEG0UX-L0N6PRÉ, Élu au l'"' tour de scrutin.
Messieurs et chers concitoyens,
En parcourant vos communes, j’ai été heureux d’entrer, ainsi que je vous l’avais promis, en relations plus intimes avec vous.
Je m’honore d’être un enfant du paysetd’avoir consacré, depuis vingt ans, une grande partie de mon temps à la défense des intérêts agricoles de notre département et, pins particulièrement encore, à ceux de la deuxième circonscription de Gaen. J’ai, en outre, l’avantage d’être en excellents termes, depuis de longues années, avec vos cinq conseillers généraux, et je prends l’engagement de les aider, de mon mieux, dans la continuation des services qu’ils vous rendent chaque jour avec tant de dévouement.
Je connais tous vos intérêts, et j’ai été d’autant plus à même de les servir déjà que le Gouvernement m’a nommé, il y a douze ans, membre du Conseil supérieur de l’agriculture, où J’ai pris part, depuis cette époque, à toutes les délibérations importantes qui ont eu lieu lers des crises agricoles, et à l’occasion de la discussiun des traités de commerce.
Votre circonscription est la plus importante de France, au point de vue de l’élevage du cheval de guerre, et, pour cette raison, une de celles qui reçoivent du Gouvernement de la République les subventions les plus importantes. Je crois pouvoir direqtie mes efforts ont contribué à vous permettre de fournir à l’armée de meilleurs produits, et é mieux justifier ce que le pays attend de vous pour la défense nationale.
Si les ressources de cet élevage vous ont aidé à mieux supporter les crises récentes, tout aussi préjudiciables à l’ouvrier qu’au cultivateur, les travailleurs de nos campagnes n’en ont pas moins été profondément atteints; aussi, ces derniers seraient-ils de ma part l’objet d’une sollicitude toute spéciale. Je me consacrerais à la défense de leurs intérêts, et m’associerais, dans le Parlement, à toutes les mesures pouvant améliorer leur sort.
Je pourrais aussi, ai j’avais l’honneur de vous représenter, mettre à votre disposition les relations nombreuses que j’ai contractées dans les différentes fonctions que le Gouvernement et l’Administration m’ont souvent fait l’honneur de me confier.
Je suis dévoué à la République, à laquelle, d’ailleurs, tous les partis semblent se rallier; elle seule, en effet, peut nous assurer l’ordre, la sécurité et la paix.
Placé CD dehors de toute coterie, je suis assez indépendant pour combattre tous les révolutionnaires, assez libéral pour exiger le respect de toutes les croyances religieuses, ce qui ramènera l’apaisement définitif dans les esprits. Dans cet ordre d’idées, je tiens à déclarer que je ne suis pas partisan de la séparation de l’Eglise et de l’État, et que je voterais le budget des cuites comme, d’ailleurs, le Parlement n’a jamais cessé de le faire. , i , .
Je yeux donc une république sage, modérée, ferme et tolérante à la foisi dans laquelle l’étude assidue de toutes les questions utiles, ouvrières et autres, assurera, dans notre chère patrie, la prospérité nationale.
Je soutiendrais l’établissement de droits destinés à protéger tous nos produits agricoles ce qui intéresse au plus haut degré notre travail régional, et j’appuierais les mesures susceptibles d’augmenter les encouragements à nos races bovines et autres, de maintenir un prix rémunérateur pour le cheval de remonte et de favoriser la culture de toutes les graines oléagineuses.
Je voterais aussi contre la suppression du privilège des bouilleurs de
Votre circonscription n’est pas seulemement agricole; elle est également maritime, puisqu’elle renferme deux ports, Courseulles et Ouistreham , qui est en quelque sorte l’avant-port de Caen. Je n’oublierai pas, quand il s’agira d’en assurer la prospérité et le bon fonctionnement, que, si les grands ports sont nécessaires à un pays pour lutter contre l’étranger, il n’est pas moins utile de se préoccuper de la conservation et do l’entretion des ports secondaires, qui facilitent l’écoulement de nos produits en échange deceuxdont nous avons besoin.
L’importance chaque jour croissante de nos stations balnéaires, si nombreuses sur notre littoral, ne peut manquer d’attirer mon attention toute particulière sur les intérêts de nos braves marins, qui trouvent dans le séjour des étrangers fréquentant nos plages des ressources précieuses.
Soyez assurés, d’ailleurs, que, si je sollicite l’honneur de vous représenter à la Chambre, ce n’est point dans le but d’y occuper une sinécure: si vous voulez bien me confier cette haute mission, j’entends y consacrer tous mes instants, toutes mes forces, toute ma bonne volonté.
Autant je suis l’ennemi décidé des dépenses inutiles et des gaspillages, autant je serai, en toute circonstance, heureux de m’employer pour obtenir le concours de l’État aux différents travaux d’intérêt général dont l’utilité sera reconnue, et notamment pour les établissements communaux, maisons d’écoles, églises, etc.
En un mot, si je suis votre élu, tous mes efforts tendront à justifier votre confiance, et je termine en vous priant. Messieurs et chers concitoyens, de recevoir l’expression de mes sentiments les plus dévoués.
Henri LEGOOX-LONGPRÉ, Membre du Conseil supérieur de l’agriculture, chevalier de la Légion d’honneur et du Mérite agricole.
Circonscription de FAXjAISEÎ.
M, Cil. PAULMIER,
Élu au 1"^ tour de Bcrutin.
Messieurs et chers concitoyens,
Vous allez être appelés le 20 août à élire vos députés. J’ai l’honneur de solliciter de vous le renouvellement du mandat qu’à deux reprises différentes vous avez bien voulu me confier.
Le pays, fatigué de luttes stériles, demande à ses représentants de laisser de côté toutes discussions vaines et irritantes, pour s’occuper exclusivement des réformes et des affaires qui i’intéresseut, telles que :
L’allègement des impôts. fonciers;
La diminution des frais de justice, celle des droits de mutation qui pèsent si lourdement sur les petites successions;
L’organisation du Crédit agricole ;
Les questions des: octrois, des prestations et des caisses do retraites ouvrières, etc., etc.
Fidèle interprète de ce besoin d’apaisement, hotre désir est d’assurer à la France une ère de .concorde et de paix à l’ombre du drapeau national, sans discuter la forme du Gouvernement.
Mais nous voulons à la tête du pouvoir des hommes libéraux, économes et honnêtes. Nous ne voulons pas revoir les scandales dti Panama, succédant au scandale Wilson.
Nous voulons im budget s’équilibrant par des économies et non par des emprunts et des impôts nouveaux. . . .
Nous voulons la liberté pour tous, à l’abri de la loi, et nous ne voulons pas voir pour certaines associations toutes les tolérances, pour les autres' toutes les persécutions.
Nous voulons un Gouvernement fort, décidé à lutter contre les empiètements du socialisme et les revendications de l’anarchie.
Nous voulons l’amélioration du sort des classes ouvrières par un ensemble . de lois sachant mettre en harmonie le travail et le capital.
Vous avez pu constater, en suivant les débats parlementaires, que mes votes ont toujours été émis avec une pleine liberté et une entière indépendance. J’ai contribué à la chute du ministère Ribot,le jour où il a affirmé sa volonté de porter atteinte au droit des bouilleurs de cru. J’ai soutenu le ministère Dupuy, le jour où il a résisté aux inirigues révoluiionnaires.
C’est vous dire que je ne me laisse guider, en toutes circonstances, que par vos intérêts et le bien du pays.
Je n^ai pas à vous rappeler, mes chers concitoyens, les discours que j'ai ^prononcés, les votes auxquels je me suis associé pour défeûdre la cause des bouilleurs de cru, de Fagriculture et de ^élevage.
Si, comme je Vespère, vous croyez que j’ai fidèlement rempli mon mandat, vous me continuerez votre confiance, et je vous en témoignerai ma reconnaisaance en redoublant pour vous de zèle et de dévouement.
Vive la France 1
Cil. PA13LMIER, Conseiller général, maire de Bretteville-sur-Laize, Député sortant.
Circonscription de LISIEUX, M. le comte de COLBEHT-LAPLACE, Élu au î*'' tour de scrutin.
Messieurs et chers concitoyens,
Me présentant Fan dernier au Conseil général, Je disais aux électeurs du canton dUrbec :
« Plébiscitaire et rallié d’avance à une république où la loi constitutionnelle et les principales lois seraient directement sanctionnées par le peuple, je ne crois pas aux bienfaits du régime d^ autocratie parlementaire sous lequel nous vivons.
« Avec lui les responsabilités restent souvent obscures et il n*a pas, comme on nous Pannonçait il y a quinze ans, apaisé les questions sociales; maiSj après m^êlre expliqué sur ce poitit je dois également dire que, lorsqu’il s’agit d^administration et d’affaires, je ne conçois pas plus Topposition que les amen de parti pris, n
Ma manière de voir n’a pas changé, je dois seulement, sollicitant de vous Phonneur de vous représenter dans TAssemblée législative, uVétendre davantage sur les tendances et opinions poliliques que je viens une fois de plus soumettre à votre haute approbation.
Je ne veux point d’équivoque, je ne suis pas républicain sans épithète ; car une négation ne suflit point, pour définir un régime politique, je ne tends la main ni aux radicaux, ni aux opportunistes, je ne marche ni à des partis usés, ni à des instiLuLions qui, avec leurs complications et leurs apparences faussement démocratiques et faussement libérales, permettent à des pouvoirs occultes tels que ceux des loges maçonniques et des coteries, de gouverner la France
presque sans contrôle, depuis une quinzaine d^anaées. — Ce n^est pas pour une pareille organisation que j ^oserais vous demander de renoncer même prüvisoî" rement, aux garanlies que tant d'autres peuples cherchent dans le principe de ^hérédité monarchique.
La Constituante de 1789 avait proclamé la séparation des pouvoirs : le régime actuel en est la négation. — Avec la faculté de renverser les ministèros sur des interpellations, nos Chambres ont tout pouvoir de pénétrer dans tous les détails d*exécution et d'administration et de diriger sonveraînement les affaires qui relèvent le moine du mandat législatif dont elles sont investies * d'autre part, par exemple^ si, pendant sept ans, nous avons été si souvent menacés an sujet des houilleurs de cru, c^est parce que plusieurs des ministres des finances ont pu intervenir personnellement dans les débats parlementaires et peser dans les Chambres, contre les droits des récoltants, de tout le poids de leur autorité ministérielle.
Si Ton ne veut pas que le président de la BépuMique soit l'élu direct du peuple, qu’on le fasse nommer par les Conseils départementaux, par des éleo teurs spéciaux, comme en Amérique, mais surtout qu'on ne le fasse pas élire, comme aujourd'hui, par le Parlement, dans les conditions qui en font l'obligé sinon Thomme-lige de celuLci-
Que dans la république nationale le Parlement soit armé de tous les pouvoirs nécessaires pour empêcher fe pouvoir exécutif de sortir de ses attributions î mais que, dans le cadre qui lui sera tracé par la loi constitutionnelle, celui-ci soit libre d'agir sans avoir à craindre de tomber s'il ne se prête pas à rémission de quelques valeurs à lots ou s'il refuse des places aux protégés de quelques gros bonnets parlementaires.
Telles sont les réformes politiques qui me paraissent le pins désirables dans rintérêt de notre pays ; mais je ne dois pas me borner à cee considérations; il y a quatre ans, en effet, une partie considérable des ouvriers de nos villes et de nos manufactures ont bien voulu m’honorer de leurs suffrages, j'ai été très sensible à ce haut témoignage d'estime et de confiance de leur part et dont je ne me crois pas indigne.
Une des plus graves fautes de la troisième Répiibltqtîe a été, dans ses débuts, de vouloir nier la question sociale, — Telles n'étaieiit pas les traditions du gouvernement que j'avais l'honneur de servifil y a vingt-cinq ans, et la création des caisses de retraites pour la vieillesse et d'assurances en cas de décès ou d'accidents résultant des travaux agricoles ou industriels resteront, pour le régime napoléonien, des litres à la reconnaissance populaire.
11 est affreux de songer que la pauvreté peut infliger à d'honnêtes gens des souffrances que le code le plus barbare n'infligeratt pas à des criminels, et, diantre parf, il faut considérer que, s'il n’y avait pas d'avantage à être riche» nul ne s'occuperait de gagner de l'argent, — Que deviendraient alors Factivité humaine et par suite la civilisation elle-même?
C'est, je crois, en tenant compte de ces deux graves considérations que Pon pourra réaliser des progrès sérieux et donner peu à peu un équilibre stable au corps social, en améliorant le sort des classes pauvres.
Au point de vue agricole, je ne déserterai pas la tâché à laquelle je me suis
dévoué depuis sept ans, et, si je suis voire élu, je ferai mon possible pour faire adopter la proposition de loi suivante (prise en considération par la commission parlementaire le 13 juin dernier) : — Article unique, — Le cultivateur a le droit de jouir, chei lui, libreraent de ses récoltes*
L'exercieede ce droit, par rapport à Tun quelconque des produits de son bien ou de sa ferme, ne peut lui ôlre retiré que par une loi spéciale ou par voie d'expropriation.
Quel que soit votre verdict, messieurs et chers concitoyens, je vous resterai profondément reconnaissant de m'avoir appelé, pendant dix-sept années consécutives, à Phonneur de vous représenter ; et je vous prie, ainsi que tous les habitants de notre bel arrondissement, de croire à mes sentiments entièrement dévoués.
Comte de COLBERT-LAPLACE,
Maire de Saînt-JuIien-de-MaiUoc, Conseiller général, député sortant.
Circonscription de PONT-L’ÉVÈQUE.
M. Conrad de WITT,
Elu au 1*’' tour de scrutin.
Messieurs,
Vous m'avez fait, il y a quatre ans, le grand bouneur de renouveler mon mandat et de m’envoyer encore une fois vous représenter à la Chambre. La confiance que vous veniez de me témoigner m'imposait, plus que jamais, le devoir de m'inspirer de vos désirs comme de vos intérêts. Vous m'aviez nommé comme libéral et comme conservateur, défenseur des libertés politiques et delà liberté religieuse. Mes préférenties vous étaient connues, mais vous saviez bien que je ferais toujours passer le grand nom de la France avant les questions de parti.
Ce que j'ai été dans le passé, je le serai dans l'avenir. îl ne serait pas de ma dignité, il ne serait pas de la vôlre, de me voir changer la ligne politique que j'ai suivie jusqu'à présent. J'ai servi fidèlement vos intérêts, souvent avec quelque succès. Les, bouilleurs de cru le savent, La loi sur les boissons, qui devait porter un ai profond trouble dans nos intérêts agricoles, a été ajournée. A nous de prendre soin qu'elle le soit pour toujours.
J'ai constamment lutté contre la funeste action du parti autoriiaîre et radical qui a successivement imposé ses volontés à tous les ministères pendant ces
dernières années. J’ai ressenti, comme vous, les scandales du Panama, et j’ai été sans merci pour ces politiciens ^ui, abusant de leur mandat de député, ont voulu s’enrichir aux dépens de la fortune publique et de l’épargne privée.
Préoccupé, comme vous, de la crise sociale qui nous menace, j’ai toujours protégé et je protégerai toujours les véritables intérêts des travailleurs contre les revendications insensées et coupables des meneurs anarchistes qui prêchent Ja guerre civile.
Entre vous et moi les promesses sont inutiles, nous nous connaissons.
Croyez, Messieurs, k tous mes sentiments dévoués,
Conrad de WITT, député sortant,
Conseiller général du canton de Cambremer.
A Messieurs les Électeurs de l’arrondissement de Pont-l’Évêque :
Electeurs, mes amis, vous qui m’avez soutenu et fait triompher, vous qui ne vous êtes laissés ni intimider ni séduire par les promesses illusoires de la candidature officielle, je vous remercie.
Vous vous êtes affranchis, une fois de plus, de la tutelle administrative et vous avez affirmé le droit d’un peuple libre de choisir lui-même son représentant.
Conrad de WllT, député.
Val-Rîchér, ie 21 août 1893.
Circonscription de VIRE.
M. Iules DELAFOSSE,
Elu au 1" tour de scrutin.
Mes chers Compatriotes,
Le pays est appelé, le 20 août prochain, à renouveler sa représentation parlementaire. Si je n'ai pas démérité de votre confiance, je vous demande de me continuer le mandat que, quatre fois déjà, vous m’avez conféré.
Vous me connaissez maintenant assez pour que je n’aie plus besoin du concours des phrases auprès de vous. Les seuls titres qu’il me convienne d’invoquer, ce sont mes actes, mes paroles, mes votes. La conduite que j’ai tenue, la part que j’ai^rise aux délibérations du Parlement, les votes que j’ai émis sur les
plus graves questions de la politique contemporaitie vous répondent de ce que je suis et de ce que je ferai.
J'ai la volouté d^être demain ce quej'étais hier, c’est-à-dire un député invariablement ûdèle aux principes que j’ai proclamés à mes débuts, à Pordre, à la justice, au droit, à rhonneur, à la liberté, aux règles éternelles qui font les bons gouvernements et sauvegardent les sociétés.
Ces principes ont fait de moi Pirréconciliable adversaire des doctrines et des mœurs introduites dans la politique par le parti républicain. En revanche, la République n’a pas fait une bonne œuvre à laquelle je ne me sois associé. Libre à mes adversaires de méconnaître ou de calomnier ma conduite. Je crois pouvoir dire que les faits répondent pour moi. On m’a vivement attaqué, par exemple, il y a quatre ans, pour avoir prédit une augmentation des impôts. Vous savez maintenaat à quoi vous en tenir I Et vous le saurez mieux enccyre lorsque le déficit toujours croissant aura produit tous ses effets 1
On m’a reproché naguère, soit par ignorance, soit par mauvaise foi, d’avoir voté la suppression des bouilleurs de cru, La cause des bouilleurs est sauve. La loi qui les menaçait est morte avec la Chambre qui Pavait votée, et je puis aûirmer que fai contribué plus efLcacement que personne à préparer ce résultat- J’ai donc le droit dedire que j’ai bien compris et bien servi les intérêts particuliers de notre région. Pai servi de même les intérêts généraux de notre pays, et j’ai fait de mon mieux pour honorer le mandat que je tenais de vous.
Ainsi ferai-je à Pavenirj si vous me donnez encore le mandat de vous représenter.
Jules DELAFOSSE, député sortant,
Membre du Conseil général, maire de Pontfarcy, Chevalier de la Légion d’honneur.
M* Delafosse a publié Farticîe suivant ;
MA CAtmiDATUIlE.
Lé Réveil a annoncé, sans phrase, la semaine dernière, que je sollicitais des électeurs le renouvellement de mon mandat. Je pense que Je pourrais m’en tenir alrictemeut à cette annonce, sans offenser personno. Lorsqu’un homme poliüqpie peut montrer derrière lui un passé de quatre législatures, ü n'a plus de programme à faire connaître : c'est sa conduite qui le juge, et ses actes disent plus clairement et plus sûrement que ses déclarations ce qu'il est, ce qu’il vaut et ce qu’il fera.
J’accepte volontiers, quant à moi, ce verdict et Je crois, en effet, qu’on me jugera beaucoup plus sur ce que j’ai fait hier que sur ce que je pourrais dire aujourd’hui. En somme, il s’agit de savoir si j’ai ôté un bon député. Ce n’est certes pàs l’avis de mes accusaleurs ordinaires, mais précisément, parce qu’ils
sont des accusateurs, ce ne sont pas des juges. Les hommes qui sont capables de faire office déjugés ne fout pas de politique. La plupart sont des travailleurs qui se contentent de faire leurs propres affaires, et, comme leurs affaires sont solidaires de la direction gouvernementale, c'est à eux qu’il appartient de dire ce qu’ils attendent de leur député.
Il y a deux sortes de députés : ceux qui approuvent tout, les yeux fermés, et ceux qui contrôlent tout, parce qu’ils gardent leurs yeux onverts. Les premiers constituent une sorte de troupeau ministériel que le gouvernement, quel qu’il soit et quoi qu’il fasse, mène à la baguette. Ce sont eux qui ont approuvé, sanctionné, acclamé toutes les sottises, toutes les iuiquités, toutes les malversations commises par la république, depuis quinze ans. Avec un peu plus d’indépendance dans le caractère, et de clarté dans l’esprit, ils pouvaient la garder de beaucoup de mécomptes et épargner au pays de terribles épreuves.
l’appartiens à l’autre catégorie, à celle des députés que nos accusateurs ordinaires traitent de révolutionnaires, et qui ne sont, en réalité, que des indépendants. J’ai dû faire beaucoup d’opposition aux ministères successifs que fai vu passer devant moi, parce qu’ils ont commis beaucoup de fautes î mais j’ai conscience de n'en avoir jamais renversé un seul qui ne l’eût mérité. Par contre, j’ai contribué à sauver plus d’un cabinet en détresse, lorsqu’il défendait contre les assauts du radicalisme ou du socialisme quelques-uns de ces grands principes ou de ces grands intérêts d’État, sans lesquels la France serait vouée à l’anarcliie universelle. En d’autres termes, j’ai toujours approuvé ce que la République faisait de bon, mais j’ai combattu ce qu’elle faisait de mal, et comme cette dernière part, dans son œuvre, est plus large que l’autre, j'ai été souvent un député d’opposition. Mais je crois pouvoir assurer qu’une opposition raisonnée et juste comme celle que j'ai faîte valait mieux pour le pays, pour la République elle même, qu’une approbation systématique. J’en veux citer quelques exemples. Le plus grand désastre que nous ayons subi depuis la guerre de 1870, c est notre éviction de l'Égypte par l’Angleterre. J’ai prédit cette éviction, à l’heure même où la diplomatie anglaise commençait à nous enlacer et 4 nous pousser dehors. J’ai prédit la Un de cette politique imprudente, et j ai proposé au Gouvernement de la République un moyen absolument certain de le conjurer, sans qu’il nous en coûtât ni un homme ni un écu. Mes avis n’ont pas prévalu, et l’événement a démontré trop clairement depuis qu’ils étaient les
meilleurs. , , . .
J’ai fait une campagne systématique contre l’occupation militaire du Ton km . j’ai prédit, dès le premier jour, quelles en seraient les charges et les dangers, et leTonkin, qui nous a coûté déjà des milliers d’hommes et des millions d’or, reste une plaie toujours ouverte à notre flanc. La critique que j’avais faite de l’entreprise est restée bien au-dessous de la réalité.
Je me suis associé 4 l’opposition acharnée que l’opposition conservatrice, dans toutes les Chambres, a dirigée contre la politique financière du gouvernement républicain, contre les prodigalités, les dilapidations, le gaspillage, le déficit toujours croissant et la création d’impôts nouveaux pour le couvrir.^
l’aî combattu les lois oppressives que les républicains de parti considèrent comme les garanties fondamentales delà République, c’est-à-dire, la loi militaire
et la loi scolaire, d'abord, parce que toute oppression de la conscience est un crime ; ensuite, parce que l’interdiction de toute notion religieuse dans Técole me paraît être un immense danger social. Sans être clérical, c'est-à-dire, sans subordonner la politique à la religion, je considère que Téducation religieuse est le principe de toute morale individuelle et sociale et la meilleure sauvegarde de l'ordre dans les sociétés.
Pour les mêmes raisons, j’ai repoussé les prétendues réformeB Gocialigtes qui, sous prétexte d’améliorer la condition des travailleurs, les condamnent au chômage et à la misère, et ne sont, dans la réalité, qu’une provocation incessante au désordre et à Panarchie.
Eh bien, j’ai conscience d'avoir mieux compris et mieux servi Tintérôt du pays que les républicains ministériels quand même qui ont livré l’Égypte aux Anglais, poussé à la conquête et à Poccupaüondu Tonkin, approuvé le gaspillage des deniers de PÉtat, et tenté de les couvrir par des impôts nouveaux. Je n’ai ni regret ni remords de ce que j’ai fait dans les précédentes législatures, et si les électeurs me renvoient à la Chambre, je déclare bien haut que c’est pour y exercer mon mandat avec la même indépendance.
Je ne mets pas en cause la forme du gouvernement, parce que c’est, dans ma pensée, une question exclusivement réservée au suffrage universel, mais je tiens à dire que la République, en raison de ses origines et de ses affinités révolutionnaires, et des sectes diverses qui se réclament de son nom, a besoin, plus que tout autre gouvernement, d’être sévèrement contrôlée. Or, c'est une tâche qui convient mieux à des esprits indépendants qu’à ceux qui se font un titre de leur soumission à la politique d’un parti. C'est le rôle que m’avaient assigué les électeurs de rarroodissement de Vire; je Taî rempli de mom mieux: ils diront, dans leur conscience et leur liberté, s’ils veulent que je le continue.
Jules DELAFOSSE.