SAFRAN INE
dérivés diazoïques de la benzine et du toluène, est introduit dans une chaudière placée sur un bain-marie. On y ajoute de l’aniline et de la pseudo-toluidine, c’est-à-dire un excès du mélange des bases échappé dans la préparation de la fuchsine, et l’on oxyde le tout, en chauffant avec de l’acide arsénique. L’addition de cet excès de bases est essentielle. Celte oxydation doit demeurer incomplète. On arrête l’opération dès qu’une petite quantité prélevée sur la masse se dissout dans l’alcool avec une teinte violet- rouge. On transvase alors le produit dans une grande cuve en bois, placée à la partie supérieure de l’atelier et remplie d’eau, que l’on fait bouillir en y faisant barboter un courant de vapeur. Pour 1 partie de matière sortant de la chaudière et à laquelle son apparence poisseuse a fait donner le nom de « goudron », on emploie au moins 100 parties d’eau. Lorsque la matière colorante est dissoute, on fait passer le tout sur des filtres qui retiennent les matières résineuses et laissent couler la solution dans une cuve placée au-dessous de la première. Dans cette cuve, on complète l’oxydation en faisant bouillir la solution avec du bichromate dépotasse, dans la proportion de 1 partie de bichromate pour 5 parties de «goudron ». On prolonge l’ébuliition jusqu’à ce que la coloration rouge soit bien développée, puis on ajoute un lait de chaux en proportion suffisante pour neutraliser l’excès d’acide : il se forme un précipité d’arséniate de chaux, d’arsénite de chaux et d'hydrate de chrome, le tout coloré en noir par du noir et du gris d’aniline. On fait passer alors la liqueur
noir et d’apparence poisseuse. Les ouvriers le désignent sous le nom de « goudron » .
L'amidoazobenzol et le diazoamidobenzol sont isornériques, comme on l’a indiqué plus haut. Cette isomérie peut s’exprimer par les formules suivantes :
C6HS — Az C6HS — Az ^
C6Ils — Azlt / Az’ C«H* (AzH-) / Az’
Diazoamidobenzol.
Amidoazobenzol.
SAFRANINE.
bouillante sur des filtres doubles en coton croisé, qui sont superposés à des cuves placées en contre-bas de la précédente. Ces cuves reçoivent la solution de safranine qui est d’un rouge vif; le précipité noir reste sur les filtres. Pour achever la préparation, il ne reste plus qu’à précipiter la solution de safranine par le sel marin. On recueille le précipité et on le livre au commerce sous forme de pâte d’un rose un peu brunâtre.
Cette pâte se dissout dans l’eau pure en donnant une solution rouge-rose, qui présente un diehroïsme marqué. La matière colorante contenue dans cette solution se fixe directement sur la soie, par simple immersion de celle-ci.
Le procédé de préparation de la safranine, employé dans d’autres usines, diffère de celui qui vient d’être décrit, par diverses modifications ou variantes que nous allons indiquer.
On peut transformer le mélange des bases en composés diazoïques par l’action des vapeurs nitreuses. On engendre celles-ci en faisant tomber, au moyen d’un entonnoir à robinet, de la mélasse de glucose dans de l’acide nitrique. Le courant de vapeur nitreuse doit être conduit par un tube au fond
SAFRANINE.
du vase qui reçoit le mélange des bases, dont la température doit être maintenue à 20 ou 25 degrés, au moyen d'un courant d'eau froide 11 est nécessaire, lorsqu’on opère ainsi, de faire arriver le gaz avec précaution et de n’en point prolonger l’action trop longtemps. S’il en était autrement, la température pourrait s’élever, et la réaction, devenant trop vive, donnerait naissance à des vapeurs jaunes qui sont probablement du nitrophénol. 11 pourrait même survenir une inflammation.
On a aussi employé, pour la production des composés diazoïques, un mélange de nitrite de plomb et d’acide acétique cristallisable. Ce procédé a été abandonné comme trop coûteux.
Mode de formation et composition de la safranine.
La réaction qui donne naissance à la safranine n’est pas encore bien élucidée. D’après MM. Hofmann et Geyger, cette base est une tétramine de la composition C81Hî#Az4. 11 est difficile de la faire dériver, par oxydation directe, soit de l’amidoazobenzol, soit de l’amidoazotoluol ou de leurs isomères, tous ces corps ne renfermant que 5 atomes d’azote. Mais il faut se rappeler que, dans l’oxydation de ces composés diazoïques par l’acide arsénique, il est nécessaire de faire intervenir un excès d’aniline ou de pseudo-toluidine. Cette intervention d’un excès de base peut donner la clef de la réaction l.
1 On pourrait exprimer celle-ci par les équations suivantes, en admettant comme définitives les formules et les indications de MM. Hofmann et Geyger :
(1) 2C7H9Az -4- AzHO* = C14H15Azr’ -+- 2H*0.
Pseudo- Amidoazo-
toluidine. toluol.
(2) CuH,5Az5 -H C7H9Az + O* = Cs,H?0Az*+ 211*0.
Amidoazo- Pseudo- Safranine.
toluol. toluidine.
SAFRANINE.
En admettant que la composition de la mauvéine de Perkin soit exprimée par la formule C27Hn Az*, on pourrait considérer celte tétramine comme le dérivé phénylé de la safranine :
C21H20Az4 C*'H»(C8H») Az4.
Safranine. Phénylsafraninft
(mauvéine).
En effet, lorsqu’on chauffe la safranine avec de l’aniline, on la convertit en une matière colorante violette. Celle-ci pourrait être de la mauvéine, en supposant que la réaction donnât lieu à un dégagement d’ammoniaque1.
La safranine forme avec les acides des sels qui se décomposent par une ébullition prolongée. La plupart de ces sels sont solubles dans l’eau et dans l’alcool. Ils sont insolubles dans l’éther, qui les précipite de leur solation alcoolique.
Cette propriété peut être mise à prolit pour la purification des sels de safranine.
Lepieraiede safranine est insoluble dans l’eau, l’alcool et l’éther : il se dépose sous forme d’un précipité cristallin, lorsqu’on ajoute une solution d’acide picrique une solution de safranine.
On distingue assez facilement la safranine de la rosaniline par l’action des acides concentrés. Ceux-ci font virer au bleu la nuance de la première base ; avec la seconde, ils développent une teinte feuille morte.
1 C‘2,H-°Az4 + C6H5 . HâAz = C2'H« (C6HS) Az4 + AzH3,
Safranine. Aniline. Phénylsafranine.