CHAPITRE TII
SAFRANINE
Cette matière colorante offre une teinte [d’un magnifique rouge-ponceau tirant un peu sur l’écarlate. Signalée pour la première fois par M. E. Willm, elle a été introduite dans la pratique industrielle par M. Perkin en 1868. Elle remplace actuellement le carthame pour la teinture sur coton et sursoie.
Un grand nombre de procédés ont été indiqués pour sa préparation, et l’on doit à MM. Hofmann et Geyger des recherches importantes sur son mode de formation et sa constitution.
La safranine prend naissance par l’action successive de l’acide nitreux et d’un réactif oxydant sur les anilines lourdes ou queues d’aniline. D’après MM. Hofmann et Geyger, elle 11e saurait être produite ni avec l’aniline pure, ni avec la toluidine cristallisée, ni avec un mélange de ces deux bases. Ce serait la toluidine liquide ou pseudo-toluidine de M. Rosenstiehl qui lui donnerait naissance.
Aujourd’hui, on emploie, pour la produire, le mélange de bases qui distille dans la préparation de la fuchsine. Cette opération absorbe entièrement la toluidine cristallisée et laisse « échapper » une certaine quantité d’aniline et de pseudotoluidine (aniline lourde). Ce résidu est la matière première de la fahricalion de la safranine.
SAFRANWE.
Préparation de la safranine.
Voici comment elle s’exécute dans l’usine de M. Poirrier. Dans de grands vases cylindriques en fonte émaillée et qui sont placés dans un bain d’eau froide, on introduit le mélange de bases que l’on vient de mentionner en même temps que du nitrite de potasse obtenu par l’action de la chaleur sur le nitrate. On ajoute par petites portions de l’acide chlorhydrique, en ayant soin de remuer constamment et d’éviter autant que possible un dégagement de gaz azote par suite d’une réaction trop brusque1. Le produit de cette réaction, qui renferme les
1 Les corps qui prennent naissance dans cette réaction sont complexes. Laissant de côté la pseudo-toluidine, dont les transformations sous l'influence de l’acide nitreux sont analogues à celles qu’éprouve l’aniline, nous allons indiquer brièvement ces dernières transformations.
Par l'action prolongée de l’acide nitreux sur l’aniline, il se forme au diazobenzol :
CeHs (AzH2), HCl + AzH02=:2H20 + C«H5Az2Cl.
Chlorhydrate Acide Diazobenzol
d’aniline. nitreux. (Chiorure de).
Par l’action moins prolongée de l'acide nitreux sur l’aniline, celle-ci se trouvant par conséquent en excès, il se forme du diazoamidobenzol :
2 [C6II5 (AzH2)] + AzHO2 = C6!Mz2, C6Its (AzH2) + 2H20.
Aniline. Acide Diazoamidobenzol.
nitreux.
Mais, dans certaines conditions, le diazoamidobenzol peut se couvertir en son isomère Yamidoazobenzol, qui peut être obtenu, d’autre part, directement par l’action de l’acide azoteux sur une solution alcoolique d’aniline et par l’action de certains réactifs oxydants sur l’aniline.
Les trois corps qu’on vient de mentionner prennent naissance par l’action de l’acide azoteux sur l’aniline.
Dans l’opération industrielle qui est décrite dans le texte, c’est l’amidoazobenzol qu’on cherche à obtenir de préférence, mais les deux autres prennent naissance en même temps et en proportion plus ou moins grande. Il se produit aussi une certaine quantité de matières résineuses noires. Le produit qui sort des cuves est