INTRODUCTION
Il est un fait que les chimistes ont remarqué depuis bien longtemps.
Lorsqu'un cristal est en voie de formation, si l’on vient à troubler le liquide dans lequel il se forme et grandit par les dépôts successifs de la matière cristallisable, la formation de ce cristal est arrêtée ou déviée dans sa marche. Elle est arrêtée définitivement, et alors on a un avorton de cristal, si l’on veut bien me permettre l’expression, et ce que les minéralogistes contemporains, qui ont appliqué le microscope à l'étude des roches dont la nature avait jusqu'ici été méconnue, ont appelé un critallite.
Elle est déviée, et alors on peut avoir aprês la reprise de la cristallisation une seconde formation appartenant au type de la première ou dérivée.
Cette seconde production, surajoutée à la première, donne à l’ensemble un aspect assez irrégulier au premier
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abord, mais que les connaissances les plus simples en cristallographie permettent de reconstituer et de classer. À part les différences dont il faut tenir compte dans toute comparaison, ce qui se passe pour les corps inanimés se passe aussi pour les corps vivants végétaux ou animaux.
C’est l’étude des déviations organiques survenues à toutes les périodes du développement qui constitue le champ de la tératologie végétale et animale.
Il ne saurait être question de la première dans cette étude ; quant à la seconde, nous sommes obligé de dire que les recherches ayant porté surtout sur les vertébrés,
il ne sera réservé qu’une bien petite place à la tératologie
des invertébrés.
Les grands progrès qu’a réalisés Pembryologie dans cette seconde moitié du xix° siècle ont naturellement fait ressentir leur contre-coup sur toutes les sciences qui, de près ou de loin, se rattachent à elle. Et s’il est une branche des sciences naturelles dont l’avancement soit intimement lié à celui de nos connaissances sur le développement des êtres organisés, c’est sans contredit celle qui s'occupe de la tératologie.
La pénétration des phénomènes évolutifs qui se passent dans l’ovule avant, pendant et après la fécondation, à fait disparaître la plupart des inconnues du grand et mystérieux problème de la génération. C’est surtout aux recherches exécutées dans ces dernières années, sur les œufs d'animaux vertébrés et invertébrés, par des savants tels que Dareste, Fol, Hertwig, Selenka, que la science est redevable de certaines conquêtes dont l'importance est universellement reconnue et dont quelques points particuliers jettent un jour tout
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nouveau sur les déviations de l'évolution embryologique normale.
En effet, bien que nous ne sachions pas en vertu de quel mécanisme il se fait que, dans la grande majorité des cas, le résultat de la fusion du spermatozoïde et de l’ovule soit de donner naissance à un être semblable à l'un de ses générateurs, il arrive parfois que le plan de ce développement, que nous appelons normal, subit des modifications dont l'échelle peut s'élever depuis de simples variations à peine appréciables et qui demandent un œil exercé pour être reconnues, jusqu'aux écarts les plus monstrueux.
Entre ces limites extrêmes, la distance à parcourir est des plus longues.
Mais, est-ce bien là tout le domaine, et rien que le domaine de la tératologie ?
Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, au début même de l’existence de cette science dont il a été le premier coordonateur, voyant l'absence de ligne de démarcation nette entre l’anomalie simple et la monstruosité, s’efforçait de faire de cette dernière une classe à part en la caractérisant par cette donnée : déviation grave du type spécifique, compléxe, apparente à l'extérieur et congéniale; mais il n’en est pas moins vrai qu'il est absolument impossible, comme le fait fort bien remarquer Davaine (1), de dire où finit l’anomalie. et où commence la monstruosité. Il y à en réalité une sorte de transition insensible qui mêne de l’une à l’autre en passant par tous les intermédiaires. S’il en est ainsi, et si la différence qui existe entre l’anomalie et la monstruosité n’est qu’une question de plus ou de moins, nous ne voyons pas pourquoi on en
(1) Art. Monstres, du Dict. des sc. méd., 1875.
LE ds dissocierait l’étude et pourquoi on ne réunirait les observations faites sur les unes et sur les autres sous la rubrique générale de tératologie, faisant abstraction de la significatian un peu restreinte du mot lui-même au point de vue étymologique.
La tératologie sera donc pour nous ce qu’elle semblait être pour [. Geoffroy-Saint-Hilaire, d’après le titre de son ouvrage, le synonyme de science des anomalies. Et ce ne sera pas un des moindres titres de gloire des tératogénistes contemporains, à la tête desquels il faut placer M. Dareste, d’avoir contribué puissamment à établir sur cette large base, cette compréhension de la science dont nous sommes appelés à faire, pour ainsi dire, l’histoire depuis I. Geoffroy-Saint-Hilaire.
Nous croyons que, pour bien comprendre et analyser les progrès de la science qui nous occupe, il était d’abord de toute nécessité d’en poser les limites exactes. Et-sans nous enfoncer dans l’ornière de la tératologié descriptive pure dont nous nous contenterons de signaler les découvertes nouvelles, nous envisagerons notre sujet à un point de vue philosophique beaucoup plus élevé, par ce seul fait beaucoup plus intéressant.
Il ressort très clairement pour tous les esprits non prévenus, et même pour ceux qui sont le plus étrangers aux notions tératologiques, qu’il eût été prétentieux et trop long, le temps qui nous était accordé, étant limité, de vouloir faire une histoire complète de la tératologie en faisant rentrer dans le cadre des auteurs qui s’en sont occupés, toutes les anomalies nouvelles ou non, décrites et publiées depuis L. Geoffroy-Saint-Hilaire.
Un pareil travail qui, d’ailleurs, se serait sensiblement écarté du but visé par le titre de cette thèse, a été entre-