CONCLUSIONS
Si nous cherchons à résumer brièvement les idées générales qui ressortent de l'étude des progrès de la Tératologie depuis Is. Geoffroy-Saint-Hilaire, on verra que toutes les méthodes d'observation ont apporté leur contingent de faits à cette science; mais celle à laquelle les résultats semblent accorder la supériorité, c'est sans contredit l'observation basée sur l'embryologie et l'anatomie comparée. C’est par l’expérimentation embryologique, en effet, que nous avons vu Panum, Dareste, Lombardini, Fol, Varynski et Chabry, ces derniers surtout, refaire des monstres pour ainsi dire à volonté ; et c'est par l'anatomie comparée que nous avons vu tout récemment un de nos maîtres, M. Testut, expliquer la plupart des anomalies musculaires (anomalies simples) qu'on retrouve si fréquemment en anatomie humaine.
Sans nous laisser aller à un exclusivisme trop rigoureux, et que les faits ne justifient nullement, dans l'adoption des théories invoquées pour expliquer ia production des anomalies, nous avons Cependant montré que la théorie pathologique, c'est-à-dire celle qui attribue aux maladies survenues chez le fœtus une influence prépondérante dans la genèse des difformités, gagnait à ne pas être généralisée, et que les cas dans lesquels elleest réellement applicable sont plus restreints que ne l'ont pensé ses auteurs. Bien au contraire, la théorie des arrêts du développement, survenus à la période de non différenciation des éléments cellulaires explique, d’une façon très scientifique la grande majorité des anomalies complexes. Ces arrêts de développement peuvent au reste être provoqués par des causes diverses dont les unes échappent encore aux moyens d'investigation et dont les autres, ainsi que nous l'avons vu, ont été diversement interprêtées par les auteurs mentionnés plus haut,
A côté de cette théorie nous en avons développé une autre dont le père est Lamark et le vulgarisateur Darwin nous avons montré que cette théorie à laquelle se rattachent M. Testut et M. Duval (préface des Anomalies musculaires) explique mieux par la donnée de ce quid ignotum qu'on appelle l’atavisme, les anomalies simples et leur transmission dans l'espèce, ou même d’une espèce à l’autre.
Les monstruosités doubles nous ont arrêté longuement, et nous avons dû relativement à leur mode de formation, exposer de nombreuses théories, insistant surtout sur les plus récentes et les plus importantes, celles de Dareste, Rauber et Gerlach. Nous avons pu y voir que l'origine de cette monstruosité double semble devoir être recherchée dans une époque bien antérieure à celle des monstruosités simples.
Enfin, dans un dernier chapitre, nous avons repris l'étude de quelques causes tératogéniques moins certaines que celles dont nous avions déjà parlé, c'est ainsi que nous avons été amené à parler de l'hérédité et de l’évolution des monstres.
En terminant ce travail, dont nous sentons mieux que personne les imperfections, et, après avoir montré tout le parti que peut tirer la tératologie de l'embryogénie et de l'anatomie comparée, nous voudrions bien faire ressortir les liens de solidarité qui unissent toutes ces branches des sciences naturelles et l'appui réciproque qu'elles peuvent se prêter; on a pu en rencontrer des preuves nombreuses dans les pages qui précèdent. La découverte de la dualité primitive du cœur ; le beau Traité des anomalies musculaires du D" Testut, et enfin les communications faites par le D° Pozzi à la Société de Biologie (26 janvier et 16 février 1834), mettent assez le fait en lumière pour qu'il soit inutile d'y insister plus longuement.