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De l'évolution des monstres

Nous ne voulons point passer en revue toutes les conditions de-la vie et de la mort chez les monstres; nous nous contenterons de suivre les particularités bien connues de leur évolution. Cette évolution est facile à comprendre chez les monstres appartenant aux mammifères, car ils arrivent ordinairement jusqu'à la naissance ; c'est là d’ailleurs un fait qui tient à la nature de parasite de l'embryon des placentaliens. Maïs, pour Îles ovipares, il n’en est plus de même, et si jusqu'aux recherches des tératogénistes contemporains on n'avait eu que de rares occasions d'observer des monstres dans la classe des oiseaux et, pour prendre exemple le plus commode, chez le poulet, cela tenait à ce que les monstres, dans eette classe

de vertébrés, meurent de bonne heure ou n’atteignent le moment de l’éclosion que pour mourir. | Donc, chez les mammifères, les monstres atteignent ordinairement l'époque de la naissance, tandis que, chez les oiseaux, ils ne peuvent que très exceptionnellement arriver à cette période.

A quoi tiennent ces différences ? M. Dareste est arrivé, dans ses recherches, à penser que la cause de la mort, chez les poulets et, par conséquent, chez les oiseaux atteints de monstruosité, résidait dans l’allantoïde. C’est peut-être là aussi qu'il faut chercher la raison des différences que nous signalons plus haut. En effet, tandis que chez les oiseaux, l’allantoïde a besoin de s’étaler bien au large sur la face interne de Ja coquille pour fournir au nouvel être qui se développe les matériaux de sa respiration, chez les mammifères, au contraire, l’allantoïde, après s'être étalée sur toute la surface interne de l’œuf, semble faire le choix d’une place où elle s’hypertrophiera, tandis que toutes les autres portions se réduiront dans leur volume; et,comme nous savons que le placenta n’a pas de lieu d'élection dans l'utérus, nous sommes en droit d'en conclure qu’il se développe dans le point où il éprouve le moins de difficulté à s’accroître. Une fois constitué, il fournit au fœtus, qu'il soit entaché de monstruosité ou non, les éléments de sa respiration et de sa nutrition. (Nous ne parlons ici que des monstres autosites, car nous avons dit plus haut que les omphatosites et les parasites ne doivent leur existence qu'aux vaisseaux qu'ils reçoivent de leur frère jumeau et que leur sort est lié à l'intégrité de ces connexions vasculaires.) | Chez l'oiseau monstrueux, comme l'a souvent constaté M. Dareste, l’allantoïde éprouve un arrêt de développement, et cet arrêt s'explique encore ici par un arrêt de développement qu'a subi l’amnios lui-même à une époque antérieure. C'était là d'ailleurs un corollaire forcé de la théorie de M. Dareste. L'amnios ne se développant pas et provoquant, par ce fait, les diverses monstruosités dont le tératogéniste français lui attribue la cause, présente un orifice ou ombilic amniotique plus ou moins large, suivant les cas; cet ombilic est re-

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lié lui-même à l'enveloppe séreuse par un pédicule appelé pédicule amniotique ; lorsque l’allantoïde se développe, elle vient butter contre ce pédicule, qui lui oppose une barrière infranchissable. Il en résulte pour l'embryon une réduction considérable dela fonction respiratoire et, par la suite, l'asphyxie; c'est donc par l'insuffisance de développement de l'allantoïde que meurent les oiseaux monstrueux. Cette insuffisance n’est pas, dans tous les cas, sous la dépendance de l'arrêt du développement de l'amnios.

M. Dareste (1) a vu les deux faits se produire indépendamment l’un de l’autre; il a vu également dans un cas l'allantoïde se développer normalement, malgré des modifications marquées de l'amnios; mais, dans la grande majorité des cas, il est de règle de voir l'arrêt de développement de l'amnios suivi de celui de l’allantoïde, et, comme conséquence, l’asphyxie de l'embryon en résulter. Nous nous arrêterons là, en rappelant les observations que nous avons déjà citées sur l'arrêt de développement des îles de Wolff. Cet arrêt est aussi une cause de mort pour l'embryon, mais beaucoup plus antérieure en date.

S 4. — Des classifications.

On a répété à satiété qu’une bonne classification est l’indice des progrès d’une science : c’est qu'en effet la classification est un excellent guide pour le chercheur. La classification d'I. Geoffroy-Saint-Hilaire, à ce point de vue, a été un grand perfectionnement introduit dans la science tératologique. On a essayé de lui en substituer d’autres; malheureusement on n'a pas fait mieux. Nous voudrions bien ici exposer tout au long les diverses classifications qui ont été proposées depuis l'apparition du Traité de tératologie d’I. Geoffroy-Saint-Hilaire, mais le cadre restreint de ce travail nous oblige à ne donner que les indications de ces classifications.

La première en date est celle du vétérinaire Gurtl (Zand-

(4) Dareste. Comptes rendus, t, XCVII, p 1572, 1883.

buchh der Pathol, Anatomie der Haussängethiere. Berlin, 1832, vol. IT). ‘4

La seconde est celle d'Otto (Monstrorum sexentorum descriptio anatomica. In-fol. Breslau, 1841).

La troisième est celle de Bischoff (Article ENTWICKELUN- GEGESCHICHTE, ch. in Wagner, Æandworterbuch der Physiologie, Bd I. Brunswick, 1842).

La quatrième est celle de Vogel (Traité d'anatomie pathol. générale, p. 423. Paris, 1847).

La cinquième est celle de Vrolik, de l’article TÉRATOLOGIE du Cyclopædia by Todd, 1852.

La sixième est celle de Sangalli (77 punto cardinale delle altuali indagini anatomo-patologiche. Torino, 1860).

La septième est celle de Forster (Die Missbildungen der Menschen. Téna, 1861). Cet auteur en a fait une seconde dans son Trailé d'anatomie pathologique paru en 1865.

La huitième est celle de Davaine (article MONSTRES du Dict, encycl. des se. med., 1875).

Et enfin la neuvième et dernière est celle adoptée par Sante Sirena (article MosTRUOsiITA Nell Enciclopedia medica. Ser. 11, vol. I, p. 813. Milano, 1878).

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