‹ Progres des etudes relatives a l'Egypte et a l'OrientChapitre 20 sur 37 · HIMYARITE ET ETHIOPIE · texte numérisé non relu

HIMYARITE ET ETHIOPIE

La langue himyarite nu celle du midi de l'Arabie, dans laipielle nous ne possédons que des inscriptions dont le déchiffrement n’est pas encore très-avancé, a été en Allemagne l’objet de quelques travaux de Gesenius, de. Itcediger et d'Osiawder, et on possède surtout, de ce dernier, un beau travail posthume sur les inscriptions himyarites. En France, MM. Molli et Fulgence Fresnel ont rendu de grands services à ces éludes, en publiant les inscriptions de ce genre rapportées, par M. Th. Jos. Arnaud, de Saba el d’autres lieux 5 , et en essayant d’en interpréter «iiielques-unes. M. Fresnel avait déjà communiqué, dès i838, dans ses Lettres sur l'histoire des Arabes avant l'Islamisme, des détails fort curieux sur la langue ekliili ou himyarite moderne dont il a fait connaître un certain nombre de règles grammaticales, très-propres à servir de base à l’étude des inscriptions himyarites.

Grâce aux travaux de M. Fresnel, on peut dire maintenant avec certitude que c’est de la langue himyarite qu’est issu l’éthiopien

1 Journal asiatique, janvier - février, * Journal asiatique , scplenibre-oclobre

mars 1809. i 84 ô.

Pitou II iiS DES ÉTUDES SÉMITIQUES, ou le ghcz, (jiii existe encore comme langue savante en Abyssinie, et qui a été apporté en Afrique du midi de l’Arabie. On sait que la littérature ghez est toute chrétienne; elle a été peu cultivée en France, surtout dans ces derniers temps. Nous n’avons à nommer ici que le courageux voyageur M. Antoine d’Abbadic, qui nous a fait connaître dans ses lettres insérées au Journal asiatique une foule de faits nouveaux concernant l'Ethiopie et les diverses langues qu’on v parle. M. d’Abbadie a profité de son séjour en Abyssinie pour réunir la plus belle collection que l’on connaisse de manuscrits éthiopiens 1 . Son Catalogue renferme, dans a3 lt numéros, au moins les trois quarts de la littérature entière. On y trouve des traductions de la Bible, quelques œuvres des Pères grecs, et quelques chroniques relatives à l’histoire du pays. C’est d'après un de ces manuscrits que M. d’Abbadie a publié en éthiopien et accompagné d’une version latine l’ouvrage d’Hermas, auteur ecclésiastique du n' siècle de l’ère chrétienne, intitulé le Pasteur 1 . L'ouvrage de M. d’Abbadie a paru A Leipzig sous les auspices de la Société orientale d’Allemagne. M. le professeur Dillmann, connu par ses importantes publications sur la langue ghez, s’est chargé de l’impression et y a joint des notes et des corrections.

asstiuex.

Nous avons enfin à parler d’une découverte de haute importance, qui appartient à notre époque et qui a enrichi la famille sémitique d’une nouvelle langue dont, il y a vingt-cinq ans, on ne soupçonnait pas l’existence, et dont aujourd'hui nous possédons déjà quelques milliers de mots, ainsi que presque tout l’édifice grammatical. La France et l'Angleterre se partagent la gloire de celte découverte si grande, quoique incomplète, et nous osons dire que, si l’histoire et les arts doivent une égale reconnaissance aux

'Catalogue raisonné de» manuscrit* * llenntv fuistor, trthiopice nuneprimum

rthiapien* appartenant A Antoine d’Abbadie. edidit et (éthiopien latine rertit Antonius Pan» . 1809. m- 4 *. tlWbbndic (I.eipig. 1860, in-8 # ).

savants des deux pays, c'est à la France que revient la part principale dans la connaissance matérielle de la langue dont il s'agit et des régies grammaticales qui lui sont propres. On devine que nous voulons parler do la langue assyrienne, qu’ont révélée les nombreux monuments de Ninivc et de Babylone, couverts d'inscriptions qu’on appelle cunéiforme *, et dont les efforts réunis d’un petit nombre de savants français et anglais sont parvenus à trouver la clef. L’est une découverte qu’on peut comparer à celle des écritures égyptiennes, quoiqu’elle ait encore plus d’un progrès à faire. Le déchiffrement de l’écriture assyrienne s'est opéré d’une manière analogue à celui de l’écriture hiéroglyphique et démotique des Égyptiens; dans l’une et dans l’autre, l’analyse graphique d'un certain nombre de noms propres, écrits dans deux ou trois langues, dont l'une était connue, a servi de point de départ. Il a sulli d'un petit nombre d’années pour découvrir que l’écriture assyrienne n’était point alphabétique, mais quelle était syllabique et en partie idéographique; que la langue était une branche de la famille sémitique, mais qu’elle avait son caractère particulier qui la distinguait de toutes les autres langues sémitiques. I>es règles de cette langue sont trouvées en grande partie; l'interprétation des textes a révélé des faits historiques inconnus, et déjà l’on peut dire que des horizons sans bornes s’ouvrent pour la connaissance de l’histoire des plus grands empires d’Orient.

La France peut revendiquer une part très-considérable de cette œuvre commune. Botta, de Saulcv, Opperl , sont des noms désormais inséparables, dans lesquels se résument les résultats scientifiques que notre pays a su tirer jusqu’à ce jour de ce qu’on peut appeler la résurrection de l’Assyrie.

A M. Botta revient le premier honneur de. cette résurrection. En 1 8 63, le gouvernement français jugea à propos d’établir un consulat à Mossoul, situé sur lu rive gauche du Tigre, dans la contrée que la tradition désignait comme l'emplacement de l'ancienne Ninive; M. Botta lut choisi pour ce poste, et on lui donna

108 NlüUilÈS DES ÉTl'DES SÉMITIQUES,

la mission de rechercher les traces de la célèbre capitale de l’empire assyrien. On sait qu'après quelques recherches infructueuses dans les environs du village qui porte encore le nom de Ainouah , M. Botta, averti par un indigène, se décida à faire pratiquer des fouilles à Khorsabad , petit village situé sur un monticule au nord de Mossoul . et que ces fouilles eurent un résultat inespéré. M. Botta le premier eut la gloire d’oxhuiner le palais d'un roi assyrien. On peut lire les lettres de M. Botta sur ses découvertes à Ninive, adressées à M. Mohl, et publiées dans le Journal asiatique (i 843 et 186&), ainsi que son llapport, du es mars 18 A M. le Ministre de l’intérieur (ibid. février-mars < 8 & 5 ). M. Flandin avait été adjoint comme artiste A M. Botta; les magnifiques résultats obtenus et par le savant et par l’artiste furent plus tard publiés dans le grand ouvrage achevé en i 85 i et intitulé: Monument de Ainive, découvert et décrit par M. Botta, mesuré et dessiné jmr M. Flandin; outrage publié par ordre du gouvernement (Paris, f> vol. in-fol. ). M. Botta avait copié plus de deux cents inscriptions qui couvraient les murs du palais de Khorsabad; il ne s’était pas borné à la simple copie de ces inscriptions, il en avait soigneusement collationné un grand nombre, identiques entre elles, et il avait cru s’apercevoir que beaucoup désignés, en apparence trèsdivers, étaient, dans l’écriture assyrienne, employés indifféremment les uns pour les autres. Il rédigea le catalogue de ces signes équivalents et le publia dans une série d’articles du Journal asiatique (1867 et 1868), sous le titre de Mémoire sur (écriture assyrienne. Ce travail devait être plus tard d'un grand secours A ceux qui s’occuperaient du déchiffrement des inscriptions assyriennes.

M. de Saulcy, avec l’instinct paléographique qui le caractérise, ne pouvait manquer d’exercer sa sagacité sur ces inscriptions. M. Botta avait démontré l'identité graphique de la troisième écriture de Persépolis et de l’écriture de Khorsabad. eu appliquant le procédé qui conduisit Orolefend à reconnaître l’identité de ladite écriture de Persépolis et de celle de Babvlone. M. de Lnnvcnslern

avait fait un premier essai de déchiffrement, en déterminant quelques signes des inscriptions trilingues, dont il fit ensuite l’application aux inscriptions ninivites 1 , et ces premiers essais contenaient quelques bonnes observations. Il avait compris notamment que la langue assyrienne devait être sémitique. De son côté, M. de Longpérier, dans la Revue archéologique (18/17), s'était exercé sur les riches collections qui affluaient au Louvre; il avait déchiffré entre autres une légende royale qui se répète sur plusieurs monuments de Khorsabad, et où il avait reconnu le nom de Sargon, mentionné par le prophète Isaïe (ch. xx, v. i) s . M. de Saulcy publia, vers la fin de 186g, plusieurs brochures aulographiées sur les inscriptions cunéiformes et fixa particulièrement son attention sur l’écriture assyrienne. Il ne fit encore que pressentir le syllabisme de cette écriture, démontré plus tard par le docteur Hincks, et il commença à constater le sémitisme de la langue qu’elle servait à exprimer. Le colonel Kawlinson ayant publié enfin la partie assyrienne de la grande inscription de Béhistoun, dont jusque-là il avait été le possesseur exclusif, M. de Saulcy étudia ce texte important, auquel il appliqua la méthode qui avait fait le succès de ses précédents écrits, et il communiqua au Journal asiatique (février 1 856 ) sa Traduction de l’inscription de Béhistoun, à laquelle il joignit, dans le cahier de février-mars i 855 (p. 109 et suiv.), un Lexique de l’inscription assyrienne de Béhistoun, en y ajoutant toutes les expressions qu’il avait cru reconnaître dans les textes assyriens des Achéméuides publiés précédemment.

Les résultats obtenus par M. de Saulcy avaient préparé la voie aux assyriologues pour tenter d'aborder les inscriptions unilingues

1 Voyez Essai de déchijfhmenl de récriture assyrienne pour servir à l'explication du monument de khorsabad, par U. do Iaœwenstern, Paris, i845, in- 8 *. — Exposé des éléments constitutifs du système de la troisième éc r it ur e cunéiforme de Persé-

polis , par 1s. de Lœwenstem (Paris. 1 8 / 17 , in- 8 *).

* Cf. une Lettre de M. de I,ong|M$rit’r au Journal asiatique , novpmbi’e-d&cmbre 18 ' 17 , p. 53 0 et suiv.

Page 1