EXPOSÉ DES PROCHES
théologie, cette littérature u’est pas moins précieuse; plus qu’aucune autre, elle abonde en compositions de ce genre. Lorsqu’elle cesse d'être originale pour se parer de richesses étrangères, elle a le mérite de savoir se les approprier et celui de les reproduire sous la forme la plus fidèle.
Dans une haute antiquité, lorsque l’Arménie était unie par des liens pratiques très-étroits, par des croyances religieuses et une. civilisation communes, à l’empire perse, et formait une partie intégrante du groupe des nations iraniennes, elle possédait une culture littéraire dont le souvenir, quoique bien obscur aujourd’hui, n’est pas cependant tout à fait effacé. Toutes les productions que cette culture enfanta furent anéanties par le zèle exagéré et malheureux, mais peut-être nécessaire, des apôtres qui vinrent répandre dans ce pays les semences de la foi chrétienne; mais l’existence de ce primitif développement intellectuel est mise hors de doute par la perfection de la langue qu’ont employée les écrivains les plus anciens parmi ceux qui nous sont parvenus, et qui suppose une longue élaboration antérieure, par des fragments de poésie dont plusieurs sont d’une incomparable beauté, par des traditions et des légendes qui ont échappé à cette destruction générale.
Convertis à la foi de l’Evangile dans le commencement du iv* siècle, et instruits par les docteurs de la savante école de Césarée en Cappadocc, les Arméniens s’éprirent d'un amour passionné pour la langue de leurs instituteurs religieux et pour ses chefs-d'œuvre immortels. Ils accouraient , entraînés par une studieuse ardeur, dans les écoles les plus célèbres : à Alexandrie, h Athènes, à Constantinople et à Rome; ils y apprirent l’art que ne connut jamais aussi bien qu’eux aucune des nations orientales, l’art de bien dire et de bien écrire, la discipline de la pensée, les délicatesses du style et le sentiment du beau. Leur idiome se prêtait admirablement à l’i-
compositions historiques contemporaines P. Phakèdjian, de Vienne* un vol. in-ia» que les Arméniens continuent à mettre nu Vienne, jour, l’Histoire abrégée d'Arménie du
DES ÉTUDES ARMÉNIENNES, milation et A la traduction de ces grands modèles : car l'arménien, comme le grec, est un des rameaux les plus vigoureux, les mieux constitués de la souche indo-européenne; il rivalise avec le grec par la flexibilité et la variété de la structure phraséologique, l'abondance des expressions et la faculté illimitée de créer des dérivés et des composés.
Nous devons à ce culte des lettres grecques, si florissant chez les Arméniens, les nombreuses versions faites au tv' et au v' siècle sur des manuscrits préservés encore des altérations dont la main des copistes les a souillés dans le cours des âges, et la conservation de quantité d’auteurs dont le texte original est maintenant perdu. Il suffira de citer ici la Chronique d’Eusèbe, retrouvée à Jérusalem, et conservée aujourd’hui dans la bibliothèque du Séminaire arménien de Constantinople \ et une portion notable des traités de Philon *. Le catalogue de la bibliothèque du couvent patriarcal d’Ëdchmiadzin, dans la Grande-Arménie, paru depuis peu 5 , vient de nous apprendre que ce riche dépôt renferme encore d’autres trésors du même genre, et nous autorise à croire qu’une visite faite dans ce couvent et dans les monastères encore inexplorés de l’Arménie amènerait de nouvelles découvertes, peut-être celle d’un Diodore de Sicile complet, que nous savons avoir été traduit au V e siècle 1 .
* Parmi les textes anciens dont les Arméniens nous ont conservé la traduction, il ne faut pas oublier les fragments de la législation romaine antérieurs au code Théodosien, qu'a retrouvés un savant jurisconsulte, M. le sénateur Hubé de Saint-Pétersbourg, dans le code arménien compilé au xm* siècle par le docteur Mèkbilbar Koseh. code dont quelques chapitres ont été publiés en russe, d’après une version géorgienne. Il serait bien désirable d'avoir une traduction complète de ce curieux monument du droit arménien, faite sur le texte original.
1 Publiée deux fois et dans In même année, sous le titre de :
Euscbii Pamphili Grsariensis episcopi chronicontnpartitum grœco-anncno-latinum , opéra J. Aucher Ancyrani. Venetiis, 1818, a vol. in-6°.
Eunebii Cœsariensis et Samvelis presbyteri Anietuix chronica , Anftelu» Maint et Johannes Znhrabius edidemnt , Mediolani.
1818. iü-6*.
* Philonit Hebræi paralipoinena armenn , per J. -B. Aucher. a vol. in- A*. Venise.
* In-6*, Tillis, 1 863 .