‹ Progres des etudes relatives a l'Egypte et a l'OrientChapitre 28 sur 37 · EXPOSÉ DES PROGRÈS · texte numérisé non relu

EXPOSÉ DES PROGRÈS

A peine introduit dans le domaine de la philologie comparée, l'arménien s’est révélé aux adeptes de cette science toute nouvelle comme un de ses plus puissants moyens d'investigation , comme l’un des plus antiques rameaux de la famille aryenne, contemporain de la formation du zend et du sanskrit védique. C’est ce que l’on peut inférer déjà des essais de MM. Windischmann , Bôlticher (Paul de la Garde), Fr. Muller de Vienne, Spiegel, Justi, Bopp 1 , et de ceux plus récents et plus complets de M. Patkanoff de S'-Pétersbourg , ainsi que des leçons que M. Ed. Dulatirier fait sur ce sujet depuis deux ans à l’Ecole des langues orientales de Paris. Transcrit d’abord, comme le zend, avec une des variétés du caractère syriaque; puis au v' siècle, et sans doute par une influence chrétienne, adapté à l'alphabet grec avec les modifications et les additions nécessaires, l'arménien s'olfre depuis lors à nous sous celle dernière forme graphique qui peut être considérée comme relativement moderne. Grâce aux travaux déjà accomplis, celte couche superficielle a été entamée; la constitution archaïque de la langue, les lois de sa formation, sa corrélation avec les vieux dialectes iraniens, au groupe desquels elle se rattache étroitement, ont été constatées. Le jour viendra peut-être où , ramenée ainsi par induction à son étal primitif, elle pourra servir de clef à tout un système d’inscriptions cunéiformes jusqu’ici indéchiffrables, et déjà son utilité pour l’élucidation des textes zends et pehlvis, si peu nombreux et encore si obscurs, n’est plus douteuse.

1 M. Bopp, dans la a* édition de sa Grammaire comparée, dont un jeune professeur de talent . M Michel Bréal , imprime en ce moment une traduction h Paris, a introduit l'arménien dans le cycle des langues qui sont l'objet de scs investigalions, et, a ce point de vue, il attribue avec raison une haute valeur à cet idiome.

C'est de la part du savant linguiste allemand une intuition instinctive plutôt

qu'une appréciation raisonnée , car maintes fois il se trahit, dans son livre, comme expérimenté dans la connaissance de In nomenclature et des régies grammaticale de l'arménien , et ce qui est incroyable, mais rigoureusement vrai, il a a Imisquelquefois, pour les besoins de In cause, des paradigmes imaginaires, et forgé les pins fâcheux barbarismes.

Pour mesurer le point oit est parvenue l’élude de la littérature arménienne en France, dans ces dernières années, il esl indispensable de partir de plus haut. Les premières tentalhos des Européens pour acquérir la connaissance de la langue qui sert d’expression à cette littérature, datent de près de six siècles. Elles furent d’abord et exclusivement dirigées vers un but de propagande religieuse et dans l'intention de ramener un clergé dissident à l’unité avec l’Eglise latine. Le dominicain fra Bartolomeo de Bologne, envoyé en i 3 1 G dans le Levant par le pape Jean XXII en qualité de missionnaire, vint fonder un couvent à Meraga, sur les confins de l’Arménie et de la Perse, et apprit l’idiome de ces deux pays. Les travaux de ce religieux et de ses auxiliaires et successeurs ne produisirent que des traductions de traités de théologie scolastique, alors en vogue en Occident, traductions que dépare un style barbare, et qui n’eurent d’autre résultat que d’engendrer des disputes stériles et des désordres au sein de la nation que l’on voulait attirer à l’unité. Pour trouver une continuation de l'apostolat de fra Bartolomeo, il nous faut franchir un intervalle de trois siècles et nous transporter au xvn', époque où Francesco Bivola, professeur de langues orientales au collège ambrosien de Milan, publia à Paris (î 633) un dictionnaire arménien, simple ébauche dont l’exécution littéraire est aussi défectueuse que l’exécution typographique. Ce livre fut suivi de ceux du jésuite français Villolle, missionnaire en Orient, qui composa en arménien divers ouvrages d’instruction chrétienne ou de controverse religieuse, et un dictionnaire ( 171 3) supérieur à celui de son devancier, mais où il a confondu sans discernement les mots usités dans les auteurs classiques et ceux employés par les écrivains de la décadence.

lin coup d’œil jeté en passant sur la petite colonie arménienne qui vint, vers cette époque, se fixer à Marseille et qui avait pour chef l’évèque Osgau , nous la montre établissant dans cette ville une presse d’où sortirent plusieurs ouvrages ; mais ces publications ayant été dénoncées à Louis XIV comme contraires à l’orthodoxie

catholique, le grand roi ordonna l’expulsion d’Osgan et de ses collaborateurs. Us se réfugièrent dans un pays voisin, patrie de la tolérance et de la liberté politique et religieuse, en Hollande. C’est à Amsterdam qu'Osgan imprima l’édition priucept de Moïse de Klioren et relie de la Bible, avec des types dont la beauté n’a pas encore été surpassée, et en a consacré définitivement l’usage.

Sans nous arrêter à tous les arménistes des deux derniers siècles que la France peut revendiquer, soit parce qu’elle leur a donné le jour, soit parre qu’elle a été le théâtre où s'est exercée leur activité, nous passerons à l’abbé Villefroy, professeur d’hébreu au collège de France, le fondateur de 1 école des capucins hébraïsauls. On lui doit le catalogue raisonné des manuscrits arméniens de la Bibliothèque impériale, travail qui prouve avec quel soin et avec quelle intelligence des textes il avait lu les ouvrages qu’il passe en revue. \ illefroy est le premier qui ait entrevu la valeur historique de la littérature arménienne , et ce ne fut pas sans profit que l’illustre Fréret, dans la discussion de l’une des questions chronologiques qui avaient été l’écueil de Scaliger et de Pétau, recourut à l’expérience philologique du docte abbé 1 .

Itéservées d’abord à servir d’auxiliaire pour la propagande religieuse ou l’exégèse biblique, les études arméniennes enfin sécularisées ne prirent rang dans l’enseignement public et officiel qu'en 1811, année où fut fondée une chaire spéciale à l’Koole des langues orientales vivantes, grâce à l’initiative empressée de Langlès, alors président de cette école. Celui qui fut pourvu de ces fonctions était un Arménien originaire d’Ourfa, l’ancienne Kdesse, que les vicissitudes de la fortune avaient transplanté à Paris. M. Chahan de Girbied (Dcliahan Dchërbcdian) se distinguait par une intelligence assez développée et active; il ne manquait pas d’instruction en ce qui touche l'histoire et la littérature de son pays; du reste, il était

1 Mémoire surl’annéc arménienne, dans dans les Mémoires de l’Académie des le t. XII, p. 187, «les Otëuvres complète# inscriptions et Mles-lcltres, I, M\. p.s. de Fréret, édition de l'an IV (.796), et

dénué, comme la plupart des Orientaux, de l’esprit de critique dans le sens que nous autres Européens attachons à cette expression, et plus familiarisé avec la langue vulgaire de l’Arménie qu’avec l’idiome ancien et savant, qui est aux dialectes modernes ce que le latin est aux dialectes romans. Ces qualités et ces défauts sont empreints dans la volumineuse grammaire qu’il lit paraître en 1 8a3 , et où il a condensé avec peu de méthode les travaux des deux Pères Mékhitaristes Michel Tchamitch et Gabriel Avédik’ian; mais dans l’absence de tout autre livre élémentaire de ce genre en France, celui-ci avait un caractère d'utilité relative qu’il serait injuste de méconnaître. Parmi les monuments de l’antiquité grecque que les Arméniens se sont appropriés, est la grammaire de Denys de Thrace, composée très-probablement à Rome, où l’auteur enseignait du temps de Pompée et de César. Cette version, accrue d’additions destinées à la mettre eu harmonie avec la langue à laquelle on essayait de l’imposer, remonte au v° siècle. Cirbied découvrit dans deux manuscrits de la Bibliothèque impériale un fragment de cette version, plus étendu que le débris du texte original inséré par Fabricius dans le tome Vil de sa Bibliothèque grecque , et en enrichit la collection des Mémoires de la Société des antiquaires de France, dont il était membre.

A côté de Cirbied et dans le même ordre d’études, mais avec une incontestable supériorité, se révéla un homme qui appartient, par le temps où il vécut, à la période de ces études antérieure à la nôtre, et en même temps à la période contemporaine par la publication récente de ses œuvres posthumes. Je veux parler de Saint- Martin, le premier qui ait fait entrer la littérature arménienne dans la voie large et féconde de ses applications historiques. Dans la physionomie scientifique du docte académicien, il faut distinguer deux traits tout à fait dissemblables : celui de l'instiuct philologique ou de l'interprétation grammaticale des textes, très-faiblement dessiné, et le trait qui caractérise le polygraphe et l'érudit magnifiquement accentué. Jamais en effet une critique pénétrante

et judicieuse ne mit plus habilement en oeuvre les matériaux recueillis dans le cours d'une lecture immense et les réminiscences d’une puissante mémoire. Le livre par lequel il débuta ( »8i8 et 1819), ses Mémoires historiques et géographiques sur Y Arménie, est une œuvre magistrale par l’ampleur et la sûreté de l’érudition, par une habileté consommée à confronter les sources arméniennes avec toutes les sources étrangères auxquelles l’auteur avait accès. Malgré quelques erreurs de détail et les progrès accomplis dans ces derniers temps, ce livre est resté et restera toujours comme un modèle à suivre et à consulter.

Le même mérite, et à un degré peut-être supérieur, recommande tout ce qui est sorti dans la suite de la plume de Saint-Martin : et ses notes sur les treize premiers volumes de son édition de Y Histoire du Bas-Empire de Lebeau, édition malheureusement interrompue par sa mort; et ses recherches sur l'histoire de la Mésène et de la Characène ( 1 838 ); et son Histoire des Arsacides, dont les fragments rassemblés et mis en ordre par feu M. Lajard (i 85 o) font amèrement regretter l'inexorable fatalité qui n’a pas permis à l’auteur d’achever son œuvre et de la produire lui-même au jour.

S’il est vrai que les natures même les mieux douées ne sauraient être complètes en tout et atteindre à une perfection absolue, la gloire de Saint-Martin ne peut être obscurcie par sou infériorité, dont nous faisons ici l’aveu, dans les questions purement philologiques. Les textes qui composent le second volume de ses Mémoires sur l’Arménie laissent beaucoup à désirer pour la correction; ceux qui parurent quelques années plus tard 1 valent beaucoup mieux sans doute ; mais cette amélioration est due a la coopération , que du reste il 11e dissimule pas, d’un ancien Père mckhitariste,

1 i* Choix de fable* de I arlan (i 8 a 5 ); Léon fl I accordé en t*iS8 à la république

q* h' lé 'fie du patriarche saint N erses le de Gènes , et publié dans les Notices et

Gracieux sur la prise d*Edesse par les mu - extraits des manuscrits , L XI, i r ’ partie,

sulmnns (18*1*1). et 3 “ Privilège du roi p. 97-119.

le docteur Zohrab, qui, après avoir quitté ses confrères de Venise, était venu se fixer à Paris.

Le nom de ce dernier est inscrit en tète d’une publication qui, en dehors du but religieux dans lequel elle fut conçue, n’est pas sans avoir un certain intérêt philologique: c’est le Nouveau Testament qu’il publia (1898) pour le compte de la Société biblique de Londres, en accompagnant le texte ancien du v e siècle d’une traduction dans le dialecte vulgaire des Arméniens de Turquie, ou dialecte occidental. Cette forme moderne de la langue, qui tend à s’épurer maintenant de tous les alliages de mauvais aloi qui s’y sont mêlés par l'introduction de mots étrangers, et turcs principalement, et ù passer aujourd’hui à l’état d’idiome cultivé et littéraire, est très-utile à connaître, parce qu’elle nous offre, comme tous les dialectes populaires, une foule d’expressions et de particularités grammaticales que l'arménien ancien a rejetées ou perdues.

L’ordre chronologique, qui n’est pas toujours celui de l’amélioration et du progrès, amène devant nous un arménisle, Levaillant de F)orival,qui a pour principal titre son long exercice du professorat dans la chaire où il avait succédé à Cirbied.Laseulede ses productions dont il vaille la peine de parler est la traduction d’un auteur qui a mérité le surnom de Père de l’histoire arménienne, Moïse de Khoren, qui vivait au v* siècle. Cette version très-littérale, mais plate et délayée, est tout ce qu’on peut imaginer de plus opposé à l’original, chef-d’œuvre d’élégance, de concision et de vigueur, pour le style et la pensée. Mais ce n’est pas tout : les erreurs de sens y sont fréquentes, et l’on doit convenir qu’elles étaient difficiles à éviter dans les conditions où se trouvait Levaillant. Il faut en effet une somme d’érudition peu commune, et qu’il était loin de posséder, pour se prendre corps à corps avec le plus savant de tous les écrivains arméniens, et interpréter le livre où il a consigné et condensé des notions de provenance très-variée : les antiques traditions de l’Arménie et de la Perse, les vieux chanta épiques et populaires de

Bon pays, et les renseignements empruntés à des ouvrages grecs ou

syriens dont plusieurs ne sont pas arrivés jusqu'à nous.

Dans la liste des arménistes français de cette époque figure avec distinction M. Eugène Boré, qui, encore très-jeune, entreprit de parcourir la partie ouest et nord de la Grande-Arménie, et qui nous a donné une agréable et instructive relation de son voyage dans cette région , qui n’avait pas été visitée avant lui. Le même savant a doté la collection de Y Univers pittoresque d'une description de l'Arménie, description succincte, destinée à mettre à la portée des gens du monde des notions contenues dans des livres dont l’accès leur est fermé. M. Boré eût imprimé à ses travaux sur la contrée qui était devenue l'objet de ses prédilections un caractère de plus en plus scientifique, si d’autres occupations n’avaient tout à coup détourné son attention et son activité ailleurs, en l’appelant à une vocation non moins haute, non moins méritante, celle de l’œuvre des Missions apostoliques en Orient.

Cependant l’enseignement de l'arménien, négligé, semblait pencher vers sa décadence. Frappé de cet état de dépérissement qui menaçait l’une des plus belles branches de la littérature orientale , et le déplorant profondément, M. Éd. Dulaurier prit la résolution de l’en faire sortir. Laissant à des successeurs formés par ses leçons et ses écrits le soin de continuer le cours de langue et de littérature malaye et javanaise dont il était le créateur, il se voua avec courage à des études toutes nouvelles pour lui. L’occasion était favorable : un grand établissement, le collège arménien Samuel Moorat, venait d’être fondé à Paris, grâce à la munificence de l’homme dont il a reçu le nom, par les Pères mèkhitaristes de Venise, qui en prirent la direction. M. Dulaurier se mit sous la discipline de ces maîtres expérimentés, qui lui prodiguèrent, avec la plus bienveillante libéralité, leurs conseils et leurs leçons. Pour les recherches historiques qu'avait en vue l’élève de ces doctes religieux, la Bibliothèque impériale et les autres dépôts publics de Paris ne présentaient que des ressources très-bornées et tout à fait insuffisantes;

le premier soin à prendre était d'y suppléer, en faisant copier à 1 étranger, à grands frais, ou cri s’imposant la tâche pénible et ingrate de copier soi-même les nombreux ouvrages encore inédits. Des manuscrits de Venise, de Vienne, de Saint-Pétersbourg et de Moscou furent communiqués à M. Dulaurier, et, au bout de quelques années, il réussit à se former une collection presque complète des historiens arméniens.

Le premier fruit de ces efforts fut la publication (i 8 &g) de l’extrait d’un chroniqueur dont quelques rares citations de Saint-Martin et d’Etienne Quatremère avaient fait entrevoir l’importance, Michel dit le Syrien. Son ouvrage, écrit dans sa langue nationale, le syriaque, n’a pas été retrouvé; en sorte que la version arménienne faite dans le sur' siècle tient lieu aujourd'hui de l'original. Le fragment qu’en a détaché M. Dulaurier s’étend depuis la huitième année de l’empereur Justin II jusqu'à la deuxième année de Léon III dit l’Isaurien (573-787), et embrasse, par conséquent, le récit de l’une des plus grandes révolutions dont l’Asie ait été le théâtre : l'avénement de l’islamisme, et les conquêtes qui rendirent les Arabes maîtres de la Perse, de la Syrie, de l’Afrique septentrionale cl des plus belles provinces de l’empire grec en Orient. La position de l’auteur, comme appartenant à la secte persécutée, mais très-militante des chrétiens jacobites , donne à sa narration un ton vif et passionné, l'empreint d’un cachet original qui la rend très-piquante et très-curieuse pour nous, et lui a ouvert une source d’informations particulières. L’estime dont jouissait la composition de Michel parmi scs coreligionnaires, dont il fut le patriarche à Antioche, est attestée par les larges emprunts qu’y a laits Grégoire Aboulfaradj. dont la chronique n’est que le calque et la continuation de celle de son devancier.

Celte publication de M. Dulaurier était le prélude d’autres travaux de plus longue haleine, entrecoupés par une série d’articles qu’accueillirent les recueils périodiques les plus estimés : la Renie des Deux-Mondes, le Journal asiatique, les Nouvelles Annales des

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Voyage», t't qui avaient pour thème tour à tour l' Arménie ancienne ou moderne, ses anciennes légendes et ses chants populaires, l'étal actuel de la nation maintenant dispersée eu Turquie, en Russie et en Autriche, la conquête de l'Arménie et la guerre du Caucase par la Russie, etc.

Ces articles servaient de diversion à un labeur considérable, dont un programme, qui parut en i85 y, annonça la nature et le but : la publication d’un choix des historiens arméniens traduits en français et annotés. Le premier volume de cette collection comprend la Chronique de Matthieu dÈdesse (<)5si-io36) continuée jusqu'en 1069 par son disciple, Grégoire dit Eretz ou le Prêtre. Cette période de cent dix ans circonscrit nue suite d'événements du plus haut intérêt et sert de cadre à un tableau de l'Orient grec et musulman à cette époque, avec l'Arménie au premier plan. L’invdsion des Arabes dans les îles de la Méditerranée, les brillantes campagnes de Nicéphore Pliocas et de Jean Zimisrès en Syrie, l’arrivée des Turks seldjoukides et leurs incursions dévastatrices jusqu’aux bords de la Méditerranée, la destruction des dernières souverainetés arméniennes par la politique artilicicuse des empereurs byzantins, lu première croisade, et la part qu’y prirent les Arméniens, la domination française établie sur les bords de l'Euphrate, et Edesse anéantie au bout de quelques années par l’alabekEmad Eddin Zangui et son fils Noureddin, la fondation et les débuts du royaume de la Petite-Arménie, les guerres des chefs de ce royaume contre les sultans d’Iconium, et leurs rapports avec les princes latins de la Syrie, telles sont les scènes principales du drame que ces (leux écrivains déroulent il nos yeux.

Mais [tour se guider dans la lecture des historiens et des chroniqueurs arméniens et suivre l’enchaînement des faits qu'ils ont enregistrés, il faut, avant tout, être initié an système chronologique qu’ils ont adopté. Ce système, devenu prédominant ù partir de la moitié du vi“ siècle de notre ère, est basé sur un cycle de t h 61 années vagues, chacune de 365 jours, sans fraction, égales à 1^160

DES ÉTUDES ARMÉNIENNES, années juliennes, et dont le point initial a été fixé au i i juillet 55a. Le problème à résoudre consistait à déterminer avec précision et à confirmer par des preuves historiques ce point d’origine, jusquelà vainement cherché, problème d'autant plus délicat et important , qu’il suffit d’une seule unité de jour en plus ou en moins pour déranger toute l’échelle chronologique et fausser tout l’ensemble des dates. De ces recherches résulta ce fait très-digne de remarque, que les Arméniens ont conservé dans leurs monuments hisloriques et dans la vie pratique l’usage inaltéré de l’année vague, employée dès les temps les plus reculés en Égypte, en Perse, et probablement dans toute l'Asie occidentale. Mais, tandis que les Perses introduisaient des modifications dans cette forme d’année, d’abord sous le dernier des souverains sassanides, Yezdedjerd III, *et ensuite par la correction djéaléenne sous le sultan Melik Schah ; tandis que les Égyptiens la remplaçaient par l’année fixe alexandrine, les Arméniens la maintenaient à l’abri de toute intercalation, avec cette persistance opiniâtre qui est le trait saillant de leur caractère, et qui leur a fait conserver, avec une affection immuable, leurs vieilles traditions et leurs croyances. C’est l’économie des fêtes dans l’année chrétienne et le besoin de faire cadrer le calendrier julien et le comput ecclésiastique, qui n’est autre que le cycle de Méton, corrigé par Cailippe, avec l’année vague, qui les conduisit à établir ce point de départ dont je parlais tout à l’heure, et à instituer une ère nationale. Cette méthode de concordance était inintelligible sans la connaissance préalable du comput ecclésiastique, science cultivée jadis avec ardeur et depuis lors complètement négligée et oubliée. Pour en expliquer les théories, M. Dulaurier dut se livrer à de longues recherches, dont le résultat est un véritable service rendu aux sciences historiques en général; car, ainsi que le dit Pétau (ad Mcepliori breviarium liistoricum nota % p. lio, éd. de Venise, in-fol.), le comput pascal est le régulateur de toutes les notations chronologiques qui se rencontrent au moyen âge, chez les chrétiens d’Occident comme chez ceux de l’Orient. L'excellence de l’année vague

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