‹ Progrès et bonheur; philosophie, morale et science du progrès et du bonheurChapitre 24 sur 30 · E$sai sur la religion (Alean · texte numérisé non relu

E$sai sur la religion (Alean

enregistre mécaniquement, maïs notre cerveau impuisBant se refuse ù les comprendre et à en saisir l'immensité.

Songeons, par exemple, que la distance que parcourt la lumit-re qui nous parvient d'imo des étoiles les plus voisines de notre terre, atteint pendant un an environ dix mille milliards de kilomèlres.

Le nombre de Roultes d'eau contenues dans tous le* océans et dans toutes les mers du globe, est évalué par la science océanographique fi environ treize cent millions dekilomètres cubes. Essavons de décomposer ce chiffre. Un kilomètre cube contient un milliard de mètres cubes et un mètre cuhe conlient S» son tour un milliard de millimètrescubes...

Notre imagination s'arr^le consternée. TI ne s'agit pourtant que de notre planète, èîmplc goutte d'eau ou de boue dans l'économie de l'univeré.

Voici un autre exemple : On a constaté que des quantités infinitésimales de sels métalliques répondant h. un dix millionième de milligramme par litre agissent encore sur la fermentation lactique. Or, dans un litre de lait qui fermente, il y a environ cent mille milliards de cellules. Il en résulte que nous avons là affaire à des fractions de gramme où il y aurait vingt-cinq zéros I

Le calcul le plus audacieux n'ose pas aborder cerlaines opérations. Le vertige ou l'incompréhension brutale mettent ainsi fm fi nos réflexions.

La notion de l'infini dans tous les sens se trouve de la sorle approfondie et élargie. A mesure que notre entendement embrasse des horizons de plus en plus impénétrables, il se trouve obligé d'admettre par voie expérimentale la réalité de forces incompréhensibles et l'existence d'une Force inconnue. Sa grandeur et sa profondeur qui dépassent les ressources les plus prodigieuse» de notre intellect nous commandent la Foi, car dans leur forme impi-écise, elle» ne relèvent que de notre Foi.

Derrière le monde inconcevable du présent, il y a celui encore plus inaccessible à notre pensée, le monde d'hier, celui de temps incalculables déjà écoulés et de temps incalculés à venir.

Des gouffres sans fond et sans bornes guettent de tous

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côtés la pensée qui voudrait s'y aventurer. Les combinai sons de mondes et de phénomènes t^lisés, en voie de réalisation ou devant ôlre réalisés, dépassent jusqu'au pouvoir de nos chiffres.

Sous nous imaginons difiîcilement une grandeur pouvant atteindre cinquante chiffres alignés l'un à côté de l'autre.

Songeons par exemple que toute la masse de la terre exprimée en kilogrammes de son poids ne dépasse pas vingt-cinq chiffres et le nombre de gouttes d'eau que renferment toutes les mers, une trentaine- Or, la probabilité de combinaisons de forces et de phénomènes de la nature dépasse probablement des milliards de chiffres.

J'ai calculé ailleurs les différentes manières de placer les convives autour d'une table. Le placement de 12 pei-sonnes peut donner lieu à cinq cent millions de combinaisons ; celui de quatorze en offre quatre- vingt -onze milliards et celui de quinze, 1.350.000.000.000.

Or, la nature présente des myriades d'éléments. Quel serait alors le chiffre de combinaisons possibles ?

Nous ne pouvons répondre de nouveau que par l'Infini. Celui-ci dépasse toutes les possibilités de notre entendement et par conséquent nos idées, nos rêves et nos aspira lion s.

Cet Infini s'impose à- notre Foi, car il s'impose à notre Raison et remplit notre Raison.

Appelez-le : Jupiter, Jéhovah, Providence, Nature, Dieu le Père ou Force, Qu'importe 1 II s'agit toujours d'une simple Foi.

\ucim esprit humain ne peut l'évincer et plus il sera réfléchi, plus il sera scientifique, plus il y croira et plus il on sera pénétré.

L'Inconnaissable ou le Mystérieux qui guide les croyants, guide donc également les savants. Plus impatient dans ses déductions, le croyant s'arrête Ji mi-chemin. Il met un point là où le chercheur scientifique ne place qu'une virgule. Sa phrase à lui est finie, son horizon est rétréci, car il a mis au bout de ses inquiétudes une série de dogmes.

Le chercheur, lui, continue h. travailler tout en sachant

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d'avance que le mystère reculé ne cessera pour cela d'être un mystère.

So'i iuDni non fermé, c'est la pensée libre ou affranchie, c'est notre spiritualité de plus en plus purifiée et élevée. Le problème de notre Intellect s'identifie ainsi avec le pn> blime de l'Infini.

Et avec l'homme ainsi grandi, le mystère se trouve honoré davantage, car il nous transporte et accompagne dans l'infini d,es soleils, dans l'infini de l'idée, dans l'infini des espérances, dans la divinité sans bornes qui remplit le monde et nos destinées.

Gomme l'homme fait partie de l'univers, le voilà divinisé et immortalisé à son tour. Il subira le sort de l'univers^ le sort de Dieu-Force qui le pénètre tout entier.

Dans la Foi indéfinie et libre de frontières de l'homme de science, rentre la Foi rétrécîe de l'Uomme de dogmes. Comme la forêt incarne les arbres qui la composent, de m^me la Foi philosophique ou scientifique exprime la multiplicité des religions et des dogmes cristallisés.

Bien plus : Toutes les nuances des religions dites positives ou révélées, viennent se fondre dans celle générale comme les eaux des rivières se dispersent dans l'océan.

L'athéisme d'autrefois a perdu sa raison d'être. 11 est venu expirer au seuil de la croyance à l'infini, ou, si l'on préfère, au Grand Tout, ù la Grande Force ou au Grand Mystère.

Avec le progrès, les croyances dogmatiques ayant adouci leurs angles et mis d'accord leurs dogmes avec la conscience moderne, finiront par se résumer à leur tour dans une foi de plus en plus vague et idéale.

Elles perdront leur caractère d'affirmation concrète et prendront la tonalité commune de la foi qui anime tous les êtres pensants.

L'athéisme agonisant et le fanatisme religieux dissipé ne sont que le prélude de cette symphonie triomphale de la Foi humaine de demain qui se résumera dans le même respect et dans la même nostalgie de l'Infini.

I£t alors, on fera peu de cas des o accessoires » qui divisent les religions révélées de celle qu'établît l'étude et l'observation de l'univers.

S70 l'ROliRES ET BONHEtr.

La vraie science se borne à proclamer !a spiritualité de la foi, mais le croyant va jusqu'à la matérialiser et l'incarner souB des formes accessibles à sa conscience.

Les rôles se trouvent singulièrement renversés. C'est ITiomme superslilieux qui devient de la sorte h matérialiste », et c'est l'homme de science qui reste u idéaliste ». Ce résultat en apparence paradoxal, éclaire d'une façon singulière les récriminations et les querelles qui séparent les ■deux camps et leur prêche la nécessité d'une compréhenfion réciproque plus juste, car tandis que l'écorce qui entoure leurs âmes parait les distinguer, im fond de Foi les rapproche quand même, sous la bannière de l'Inconnu, objet suprême de leurs aspirations qu'ils ne cessent d'avoir en commun.

Appendice C. (Page 215).

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