‹ Progrès et position actuelle de la Russie en Orient;Chapitre 1 sur 12 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Pierre I*' , fondateur de l'agrandissemeiit de la Russie en Orient, -^ Prise d'Azof. — Désastreuse campagne du Pruth y et perte d'Azof. — Mission et entreprise sur Khira, — Affaires de Perse. — Armement de Pierre I*' contre ce pays. — Conquêtes sur les bords de la mer Caspienne. — Traité conclu par Ismaël Beg. — Mort de Pierre I**. — Avènement de Nadir Shah en Perse.

Okze ans après la bataille de Pultava y Pierrele-Grand établit une ligne de postes militaires entre le Don et le Volga pour protéger son empire contre les incursions des tribus encore indépen-

dan tes du Midi. Maintenant les postes des frontières russes se trouvent sur les rives de TAraxe, à deux cents lieues plus loin que la position qu'ils occupaient alors.

Il serait intéressant de s'enquérir, ne fût-ce que comme question d'iûstoire générale, par queb moyens la Russie se trouva à même d'ajouter à son empire, du côté du Midi, un territoire égal en étendue à la France ou à l'Espagne, quand en même temps elle s'emparait en Europe de la Finlande, de ringrîe, de l'Estonie, de la Livonie, de la Courlande, de la Lithuanie, de la part la plus importante de ce qui restait de la Pologne, de l'Ukraine méridionale , de la Crimée , de la Bessarabie, etc., etc. Mais cette investigation devient infiniment plus intéressante, si l'on y découvre le rapport de la politique russe avec ses conquêtes en Orient; si l'on parvient à y trouver une lumière qui nous éclaire sur les vues et les principes de cette politique, par un examen de la marche qu'elle a suivie à une époque où ses procédés ont été moins exposés aux regards des nations européennes, et moins contrôlés par

leurs influences : c'est là que le génie de la politi* que russe se découvre avec le plus d'évidence , c'est là que le voile qui dissimule toute la difformité de &es traits aux yeux de l'Europe devient plus transparent ^ puisqu'il est ajusté avec moins de soin.

Lorsqu'on 1689 Pierre monta sur le trône de la Russie, celle-ci ne possédait encore qu'un seul |Kirt commercial , Arcliangel. Le génie de Pierre, éclairé par les i^latk»ns <pi'ii eut avec les Européens , lui fit de bonne heuBe sentir l'immense iniportance du commerce; et comme celui des Indes était toujours regardé comme une source de richesse et de biea-étre pour toutes les nations qui en avaient joui à différentes époques , sa première entr^rise nlilitatre fut une tentative, en 1695, de s'emparer d'un port sur la mer d'Âzof, et son hxA avoué était de ramener à son ancîei]i canal ' ce que , faute de notions plus pré-

' Les Grecs, pendant. que lear empire flcrissait , les rois du Pont avant eva^, et les Génois après, établirent en Grimée un entrepôt pour le comfnerce jes Indes , qui se faisait en partie

cises y on appelait communément le commerce de l'Orient. Taganrog fut destiné à devenir l'entrepôt de ce commerce qui devait enrichir son empire; et deux petits vaisseaux construits à Voronége^ et descendus par le Don jusqn^à la mer^ formèrent la première force navale* du czar.

Son voyage en Europe lui suggéra d'autres projets y et lui aprenant l'importance du commerce européen, lui fit désirer un établissement sur la mer Baltiqne. Il paraît que c'qst alors déjà qu'il convoita la possession de la Livonie, à laquelle la Russie croyait pouvoir élever quelques prétentions suranuées* Les succès du czar contre les Suédois le rendirent maître d'un port sur cette mer septentrionale , et quand la bataille de Pultava le délivra de toute crainte de la puissance militaire de Charles XII et vint établir la renommée des armées russes , il se re-

par le golfe Peniqae, la Perse, la Géorgie et PImérétie, en partie parHérat, la mer CSaspienne/ponr remonter par la rivière de Kar jusqu'en Géorgie , d'où les marchandises étaient transportées de la même manière au Phase et en Crimée.

tourna vers la Turquie, dont la puissance à cette époque était d^à supposée chancelante , dont la population chrétienne paraissait disposée à la révolte, et sur les ruines de laquelle on ne doutait pas que le vainqueur de Gharlea ne pût aisément asseoir sa puissance.

M. de Voltaire, parlant d'un traité que Pierre conclut avec les Chinois, observe : « U ne fot pas ce si aisé d'avoir la paix avec les Turcs : le temps « même paraissait venir de séUçersur leurs rui- <c nés. . . • Pierre profita de ces circonstances pour <c aguerrir ses troupes et pour se donner, s'il « pouvait, l'empire de la mer Noire. »

La désastreuse campagne de 1 7 1 1 dissipa pour quelque temps l'illusion que Ton se formait sur la faiblesse et la prochaine dissolution de l'empire ottoman , ainsi cpie sur le mécontentement de ses sujets chrétiens; et le traité de Falksen ', qui stipulait la restitution de Taganrog et d'Azof, détruisit les projets commerciaux que Pierre

* Village sur le Prath, où, en juillet 171 1, fut signé le traité qui sauva l'empereur, l'impératrice et l'armée rosse, enveloppée ^ affaiblie et afiisimée.

dTait basés sur la possession dé la mer de ce nom. Mais la perséyérance était un des élémens de sa puissance , et le dessein d'établir un commerce oriental ne l'abandonna jamais. Ni ses' succès dans le Nord , ni sa défaite en Turquie , ne parvinrent à le détourner de la poursuite de ce but. Ayant échoué dans la tentative de tourner une des extrémités du Caucase , il l'entreprit du côté opposé, et abandonna la mer d'Azof pour s'occuper avec plus d'activité de la mer Caspienne. Telle était la force de son désir d'atteindte ce projet favori , que tout respect pour la foi jurée et l'honneur semblait l'abandonner dès que cette considération pouvait l'entraver dans l'accomplissement de son but. L^méme homme qui, se trouvant dans une position des plus critiques , déclara qu'il aimerait mieux perdre' une grande partie de ses états que ternir son honneur en livrant le rebelle Cantemir à son maître, ne fut point guidé par ces sentimens quand il s'agissait d'accomplir les stipulations du trs^ité qui le &auya de sa pertp , jusqu'à ce qu'une menace de guerre et l'intervention des puissances

(7 ) étraiigères l'eusseut forcé enfin , après deux ans employés en subterfuges^ à remettre Taganrog et Azof à la Porte.

En 1 7 1 7 , il envoya le prince Alexandre Bekovitsch en ambassade auprès du khan de Khira , çt faisant accompagner son représentant^ qui paraissait n'avoir à remplir qu'une mission de paix^ par une escorte de quelques milliers d'hommes 9 il lui ordonna de s'emparer ^ dans le pays d'un prince auprès duquel il était accrédité , des mines d'or que l'on y supposait. Un .acte de trahison plus vil et plus sordide pourrait difficilem.f;nt être imaginé^ et l'on ne saurait même faire un crime de la ruse par laquelle une violation aussi atroce de^^a foi et de l'honneur fut déjouée. Les habitaus de Khiva y trop faibles pour opposer une résistance ouverte , dissimulèrent leur ressentiment , et prétextanr l'impossibilité de fournir des vivres à une aussi grande masse de troupes réunies sur un même point^ obtinrent du diplomate conquérant la répartition de son armée en petits détachemens qui furent cantonnés pour l'hiver dans des villages éloignés les uns des

autres. Â un signal convenu, les habitans tombé* i*ent sur ces troupes épaipillées, et les taillèrent en pièces , à l'exception de quelques individus qui restèrent esclaves pour la vie.

L'année suivante, Pierre envoya une ambassade en Perse, dans le but d'étendre se»

relations commerciales avec cet empire, et de s'ouvrir un commerce avec les Indes. On fit un arrangement en vertu duquel t.oute la soie exportée de la Perse devait passer en Russie ; mais la tentative de s'ouvrir une communication avec les Indes fut infructueuse , quoiqu^un agent russe eût déjà pénétré quarante ans auparavant jusqu'à la cour d'Aurengzeb, et que des commerçans russes se lussent établis mux Indes dès les premières années du règne de Pierre.

L'amiiassade russe rencontra à Ispahan Mir Weis, gouverneur du Kandahar, qui plus tard mena les Afghans à la conquête de la Perse ; le trouvant probablement dégoûté par les outrages et les folies du gouvernement de Shah Sultan Houssein , l'ambassadeur russe parvint à s'aboucher avec lui , et l'impression que ces communi*

(9) cations laissèrent dans l'esprit de Mir Weis fut teUe^ qtf'il exprima sans réserve ses craintes sur les projets ambitieux que les Russes avaient déjà sur la concpiéte de l'Orient. Cependant il leur fournit plus tard lui-même lin prétexte de traverser la grande barrière naturelle qui paraissait les séparer des pays du Midi.

Les derniers souverains de la dynastie des Sophis^ qui gouverna la Perse pendant trois siècles, furent des princes faibles et dégénérés, auxquels la nation n'obéissait que par suite de l'ancien attachement et du respect religieux qu'elle portait à leur race. — Mais ces princes avaient laissé tomber en décadence toutes les institutions^'^ et leur autorité n'était plus suffisante pour protéger les classes laborieuses contre l'oppression des petits tyrans, dont les exactions ne pouvaient jamais être réprimées que par l'exercice vigoureux du pouvoir suprême.

Dans les pays mahométans, en général, le monarque et le peuple se trouvent ordinairement ligués jusqu'à un certain point contre les gouverneurs des provinces et autres fonction-

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naîres de l'ëtat. — » Le souverain ae repose sur la masse du peuple pour trouver led moyens de réprimer l'ambition des nobles, et le peuple tourne ses regards vers le trône pour implorer sa protectiop contre ses oppresseurs. L'effet le plus immédiat de la faibj^esse et de l'incapacité du prince y et l'un des plus grands maux qui s€i înanifestent pendant un tel règne y c'est l'impunité acquise à l'exaction arbitraire dirigée contre l'avoir du peuple , et qui annuUe de fait le droit dupaysand'appeler contre l'injustice. Abandonné dans ce eas et sans autre protection que ses moyens de défense physiques^ auxquels il est fort lent à recourir, le paysan prend rarement les armes avant qu'il ne lui reste plus rien à défendre. Alors ceux qui sont plus hardis s'adon* nentau brigandage , les timides se soumettent^ et appellent seulement de leurs vœux des temps meilleurs.

'Tel était l'état de l'empire du shah sultan Houssein , empire qui s'étendait depuis Derbend jusqu'à Kandahar. Profitant de la faiblesse de la Perse, là Turquie s'empara de toutes ses pro-

vinces occidentales depuis le pied du Ctncase ju$<{u'aux rives du Fassitigris , et occupa le pays jusqu'à Hamadau et ArdebiL Déjà^ en 17129 vingt mille Lesguis étaient descendus du versant oriental du Caucase pour ravager les plaines du Shirvan^ et se faire indemniser par ses paisibles babitans du don annuel par lequel le sbab avait coutume d'acheter leur tranquillité, mais qu'ils ne recevaient plus depuis quelque temps y soit à cause de l'indigence du souverain y soit à cause des dilapidations de ses ministres. -^ Les sauvages montagnards mirent tout le pays à feu et à sang.^ tuant indistinctement tout ce qui leur résistait. Les babitans de Shamakhi ^ parmi lesquels se trouvaient trois cents sujets russes, forent massacarés, et leurs propriétés, qui s'élevaient, à ce qu'on prétend ', à quatre millions de roubles d'argent, devinrent le butin de ces brigands. Peu de temps après ces événemens,

' Quatre millions de roables d'argent équivalent à seize millions de francs; cette somme surpasse de beaucoup le monant annuel de tout le commerce de la Russie avec la Perse à cette époque.

( la ) ■

les Afghans s'insurgèrent dans la partie méridionale de Tempire,, et, guidés par Mir Weis, partirent du Kandahar pour assiéger le shah à Ispahan.

Pierre demanda en Tain raison des brigandages commis par les Lesguis. Le mialheureux shah ne se trouvait pas en position de lui faire rendre justice, et se bornait à prolonger une résistance désespérée contre les rebelles, tout en implorant l'assistance du czar. — Mais ce monarque avait ses pi*opres intérêts à servir et ses projets à réaliser. Les circonstances se trouvaient favorables , et il s'empressa d'en profiter. — Sous prétexte de punir les Lesguis (après un laps de dix ans) , et de porter secours au shah, il se prépara à s'emparer de la plus grande part possible des provinces de ce souverain.

a Pierre, » dit son historien et panégyriste. Voltaire , a résolut de se faire justice Jui-même, « et de profiter des désordres de la Perse. »

« Nous verrons, » dit le même auteur, « coma ment le shah ou l'empereur persan Hussein ,

« persécuté par des rebelles , implora l'assistance ce de Pierre , et comment Pierre , après avoir <c soutenu des guerres si difficiles contre les a Turcs et contre les Suédois, alla conquérir « trois provinces de Perse. »

La soif des conquêtes et du commerce d'Orient fut toujours chez Pierre trop puissante pour ne pas l'emporter sur ses sentimens de loyauté et de justice. Ajant éprouvé un échec signalé dans la •tentative de s'élever sur les ruines de la Turquie 9 il légua cette entreprise à ses successeurs , et se prévalut de la situation plus déla'brée de la Perse , qui lui promettait un succès plus prompt et plus certain.

a Pierre méditait depuis long-temps le projet « de dominer sur la mer Caspienne par une « puissante marine , et de faire passer par ses « états le commerce de la Perse et d'une partie « de l'Inde. Il avait fait sonder les profondeurs M de cette mer, examiner les côtes , et dresser « des cartes exactes, w (Voltaire).

Après avoir préparé un armement considérable^^à Astrachan, il publia, le i5 juin 172a,

un m^ktijfeste dont les es:pTession8 contrastent singulièrement arec son but tée\. C'est en tout cas un document remarquable : plein d'assu** rànces d'attachement pour le shah y au moment où il allait le dépouiller de son empire et où il reconnaissait son impuissance k tirer satisfaction de la conduite des Lesguis^ Piètre le nomme son « bon ailcien ami le shah y » son a grand said et voisin^ » $on (( cher ami. » — * Il promet aux sujets de la Perse et de la Turquie sécurité ^ jHXrtectioïi , s'ils ne portent aucun secourj^ aux Lesguis et se tiennent tranquilles dans leurs maisons; mais il les menace du pliage et de la mort s'ils désertent leurs habitations ; il ajoute enfin , en véritable bla^hénaateur : « Voms seuls serez ce coupables si tout cela arrive y et vous aurez à i( répondre de votre conduite à la seconde venue (c de Jésus-Christ notre Dieu. » C'est ainsi qu'à cette époque déjà les Russes savaient colorer leurs actions les plus déloyales par un appel à la religion!

Le mois suivant , Pierre partit pour l'expédition de Perse, accompagné de l'impératrice et à

la télé d une, armée de plus de cinquante mille hommes. Vingt deux mille hommes d'infenterie et trois m.ille matelots exercés au service de débarquement traversèrent la mer C&sptenne dans 44^ vaisseaux; la cavalerie prit le chemin de terre. Cette entreprise n'était point sans quelques apparences de danger ; on avait à traverser des défilés étroits et faciles à défendre ; (c mais dans I « l'état d'anarchie où ^ trouvait la Perse , on

\ « ppuvait tout tenter (Voltaire ) . »— ^ L'attaque

! d'une tribu détachée des Lesguis fiit facilement

repousséa^ et les échos des défilés du Caucase répétèrent pour la première fois le tonnerre du canon russe et les chants de triomphe de ses armées. Berbend fef occupé sans résistance et les clefs d'argent * de la ville et de la citadelle

' Ces clefs , comme celles de Tabriz , envoyées par le général Paskiéwitsch à l'empereur Nicolas, furent fabriquées, selon toute probabilité, pour la circonstance, car les serrures employées dans les fortefesses asiatiques n'auraient pu être ouvertes avec des clefs d'argent. On assure que les defs de Tabriz n'ont, pas été seulement faites exprès pour être envoyées en Russie, mais encore trempées dans un acide très fort pour recevoir une teiote d'antiquité.

( -S) remises au czar^ qui revint en octobre à Astrachan^ après avoir organisé le siège de Bakou. A son arrivée sur le Volga , il envoya des troupes pour occuper la proipince de Ghilan qui produit la majeure partie de la soie que l'on tire de la Perse. Ses troupes s'y retranchèrent et résistèrent avec succès à tous les efibrts des Persans pour les en déloger, ce Pierre ne put alors y dit son historiep^ « pousser plus loin ses conquêtes ' . » Il fit, en 1725 9 son entrée triomphale à Moscou^ et selon son habitude , il rendit compte au viceczar de son expédition ,. ainsi que des prqvinces qu'il avait enlevées à son cher ami le shah.

La Porte^ alarmée par les conquêtes de la Russie au-delà du Caucase , commença à se préparer à la guerre, et ne fut empêchée de prendre les armes que par l'intervention de l'Autriche et

' Dans Fexamea des vues et des desseins d^ Pierre 1" , l'autorité de M. de Voltaire a été préféré^ à toute autre pour deux

raisons : i^. parce que son histoire a été notoirement écrite sur des docnmens fournis par la cour de Saint-Pétersbourg ; 2°. parce qu'il ne saurait être accusé de la présenter sous un jour défavorable.

de la France. L'Autriche déclara que si le sultan se décidait à attaquer la Russie, elle se verrait obligée de la défendre ; et l'amliassadeur de France à Gonstantinople, trompé par l'idée que le czar avait envahi la Perse dans l'unique but de protéger le shah, s'empressa de prouver à la Porte la nécessité de concourir aux généreux eflforts de la Russie, pour protéger le légitime souverain d'un empire voisin contre ses rebelles sujets. Ainsi dès les temps les plus reculés et depuis que la Russie surgit seulement à l'horizon européen , ses vues sur l'Orient se trouvèrent toujours secondées par cette ignorance qui fit des autres puissances ses dupes, et les fit servir de simples instrumens à sa grandeur.

Le shah avait, à cette époque, envoyé un nom* mé Ismael Beg en ambassade à la cour de Russie, pour implorer encore une fois les secours de l'empereur. Ismael parvint à Astrachan au moment oii le siège de Bakou s'avançait; convaincu que les opérations militaires des Russes dans ces contrées n'avaient pour objet que la restauration du pouvoir de son maître , ou ce qui est plus probable

encore, influencé par des considérations d'un ordre moins honorable, il adressa une lettre aux habitans de Bakou dans laquelle il les pressait, au nom du shab, de rendre cette place au czar. Ce document fimt remis au général Matushkin, €[u'lsmael rencontra sur les bords du Volga, conduisant des renforts a l'armée devant Bakou, dont il était destinéà prendre le commandement, et ne contribua pas peu à hâter la reddition de cette place.

Cependant les Afghans se trouvaient déjà à Ispahan, et le sultan Hussein était prisonnier en leurs mains ; son fils , le prince Tamazb , qui avait été employé pendant quelque temps à lever des troupes dans les provinces du Nord , se proclama shah, recommença la guerre contre les rebelles , et renouvella auprès de la cour de Russie des sollicitations pour obtenir son assistance. Is-* mael B^, ambassadeur du père, devînt celui du fils, et en cette qualité, conclut mi traité avec Pierre, par lequel il engageait son maître à céder à la Russie non seulement les provinces de Daghestan et de Ghilan qu'elle occupait déjà, mais en-

( «9) , eore celles de Mazanderan et d'Astrabad^ dont ses ôitnées n'avaient pas encore approché ^ ainsi que Shamakhi^ possédé par les Turcs ^ mais dont la Kusste voulait s'emparer à son profit. En re^ Umv de ces immenses cessions de teiritoire, Pierre s'engageait à faire entrer uiiè armée en Perse y pou* prot^er le jeune shah contre les rebelles qui avaient détrôné son père*

Il est évident que la Kussie ne pouvait élever aucune prétention au territoire à elle concédé sous ces conditions avant de les avoir remplies. Pierre ne porta aucun secours au shah> et perdit ainsi nécessairement tout droit au territoire qui devait^ d'après la teneur du traité^ en être lepriit. Mais il y a encore d'autres circonstances qui rendent toute cette négociation également honteuse pour l'ambassadeur persan et pour l'empereur dé Russie.

Par le traité d'Ismaël Beg , la Russie acquéraît non seulement toute l'étendue de la côte possédée par la Perse sur la mer Caspienne^ que Pierre convoitait depuis si long-temps, et toutes les provinces qui produisaient la soie, dont il

Toulait s'assurer le monopole y mais encore les seuls pays sur lesquels le shah Tamâsb pouyail compter pour résister aux Afghans. Les Turcs se trouvaient en possession de toute la Géorgie, d'Érivàn j d'Âzerbijan y de Khamza , de Kullumrow et de JLermanshah. Les Afghans occupaient Arak, Fars y Yezd y Kerman , et tout leur pays natif; Malik Mahmoud, un aventurier du Siestan, s'était rendu maître de la plus grande partie du Khorassan y où Nadir Kouly seul osait encore lui résister. La Russie s'était établie dans le Daghestan et le Ghilan : il ne restait donc au shah Tamasb que le Mazanderan et Astrabad, où Futteh AUy Khan Kajar, arrière-grand^père du dernier Futteh Ally Shah, avait pris son parti.

Il serait absurde de supposer que le shah eût autorisé son ambassadeur à céder à la Russie les derniers restes de son royaume : cette question devint d'ailleurs suffisamment éclaircie par les faits ; car non seulement le shah désavoua le trailté d'Ismaël Beg , mais s'apercevant alors pour la première fois des desseins de son dangereux allié y il envoya des troupes pour s'opposer aux

Russes^ et cela dans uu moment où ^utes ses forces étaient à peine suffisantes pour maintenir sa lutte ayec les Afghans. Il est donc hors de doute qu'Ismaël B^ fiit induit à trahir la confiance que Ton avait mise en lui ; il est incontestable que le traité se trouva nul par le désaveu du shah, et malgré cela, l'empereur Pierre agit toujours ultérieurement comme si le traité eût subsisté dans toute sa force. Non seulement il conserva ses positions dans le Daghestan et le Ghilan^ mais il envoya des forces pour occuper Salian , le delta du Kur ; et le premier détachement ayant été massacré par les habitaus de l'fle , un autre y fut envoyé avec ordre de s'y retrancher. On ouvrit des négociations avec la

Porte pour se partager les dépouilles de la Perse , et Pierre, basant ses prétentions sur le traité désavoué , demanda à la Turquie que ses frontières et les frontières russes en Perse fussent définitivement réglées. — Pierre mourut en janvier. lyaS, avant la fin de ces négociations* L'année suivante, sous les auspices de Catherine P*, il fut conclu avec la Porte un

ft

( ^a ) traita p#r laquely 9an9 égard pour les droite de la Perse» sans radhésiôn de aon spuTe* rain ' , et sans qu'elle eût eu la moindre partie cipation à cet acte > lels frontières des trois em-pires se trouvèrent rigoureusemcoit déterminées, de manière à laisser à la Russie les provinces auxquelles elle aurait pu seulement prétendre si le traité d'Ismaël Beg eût été ratifié et si elle eût rempli les obligations qui y avaient été sti-^ pulées.

Tamasb réclama contre le démembrement de son empire , et se plaignit de l'injustice de ses alliés. La conséquence en fîit singulière. La Russie entama des négociations avec les rebelles

A%hans. Ayant échoué dans toutes ses tenta-*

tives pour gagner pied dans le Mazanderan

* M. de Voltaire concluant, sans doute d'après la nature des olloteSf que la Perse a dû participer à un traité qui déterminait «Ç9 Imitfi^ 9 pp3e m fait qu'eUis j a participé ; mai^ ce n'qst qu'une erreur. Le ^l^ah ne prit aucune part à ces arrangeinens, et aussitôt qu'il en fut informé, non seulement il protesta contre , mais il s'opposa même avec succès à leur exéc'ition.

et k Astrabad ^ elle abandonna ses prél;pntions a ces provinces , ets'eflS>rça y en le faisant^ de con-. solider sa position dans le Ghilan y qui était pour elle la possession la plus précieuse, et où elle avait réussi à se maintenir, quoique son autorité s'y trouvât réduite aux seules villes de Resht et d'Anzeli. La Russie conclut une convention avfec Ashref , ce même chef des Afghans que le traité d'Ismael Beg , seule base de ses prétentions aux provinces persanes, l'obligeait à expulser du royaume, et en abandonnant se$ prétentions au Mazanderan et à Astrabad, elle établit sur les autres provinces des droits que ce traité seul aurait pu lui conférer.

Mais cette politicpe tortueuse, ce renversement de toute justice et vérité, ne profita pas à la Russie, car soudain un autre acteur surgit sur la scène et la changea rapidement.

Nadir Kovly^ appelé plus tard Nadir Shah , était un soldat de fortune , un bandit du Khorassan , sans éducation , excepté celle qui résulte • de Texpérience et des luttes pénibles d'une vie orageuse; mais doué de génie pour la guerre.

il devina d'inspiration les difficultés de l'art militaire y et apprit k guider^ avec l'intelligence d'un capitaine expérimenté, la première armée qu'il eût jamais commandée. Hardi , mais prudent ; fougueux et rusé en même temps ; d'une

constitution de fer, capable de soutenir toute espèce de fatigues ; d'un esprit à la hauteur de toute circonstance ; soldat le plus formidable dans le camp , et , malgré son ignorance des chiffres y premier calculateur du royaume ; possédant un cœur impitoyable, une intelligence gigantesque et une ambition sans bornes , il apparut à une époque de troubles qui semblait faite pour, des hommes de cette trempe y et sut la diriger comme si elle lui avait appartenu.

Ayant rassemblé autour de lui un corps d'aventuriers militaires, et s'étant emparé de plusieurs points fortifiés, il se trouvait déjà maître d'une grande partie du j^horassan quand le fiigitif shah Tamasb fut réduit à accepter sa protection, et à le rejoindre dans son camp.

Après une lutte de courte durée sur la prééminence dans les conseils du faible monarque ,

( .5 ) l'influence de Nadir prévalut^ et après avoir mis à mort le chef kajar, seul rival formidable qu'il j eût^ il se trouva libre de poursuivre ses desseins sans contrainte ni contrôle; la présence du shah^ au nom duquel il commandait , donnant à ses actes une apparence de légitimité^ et lui assurant ainsi l'appui d'une grande partie de la nation.

Après avoir subjugué son pays natal. Nadir Shah s'avança contre les rebelles et les envahisseurs étrangers du royaume, dans la vue de relever l'esprit belliqueux de sa nation , et de lui faire recouvrer son territoire perdu. — Avec des troupes peu disciplinées, il défit les Afghans en cinq combats opiniâtres , et , profitant

de chaque victoire avec une énergie et une persévérance jusque-là sans exemple dans les guerres d'Asie, il les poussa. dans une seule campagne, malgré un hiver rigoureux, d'une extrémité du royaume à l'autre, les pourchassant ainsi à plus de trois cents lieues , et les forçant de faire à travers des déserts, pour regagner leur pays, une retraite précipitée et désastreuse. Tournant ensuite ses armes contre les Turcs , il remporta

sur eux une suite de victoires , interrompue par une seule défaite , et il leur fît abandonner toutes leurs conquêtes en Perse*

Pendant qu'il se trouvait ainsi engagé dans de rudes * combats 9 Nadir conserva ses relations d'amitié avec la Russie , et envoya en 1754 une ambassade à cette cour pour lui annoncer qu'il avait déposé le shah Tamasb, et placé le jeune prince Âbbas sur le trône. — En 17^5 , il conclut un traité d'alliance défensive avec la Rus^ sie contre la Porte ^ et fit un an après connaître à l'impératrice Anne qu'il avait succédé à Shah Abbas sous le nom de Nadir Shah, — En 1758, il signa un traité avec la Porte, par lequel toutes les acquisitions que cette puissance avait faites sur la Perse lui forent restituées, et qui fixa entre les deux états la ligne de frontières telle qu'elle existe encore aujourd'hui. — La Turquie abandonna par conséquent toutes ses préten-^ lions à la souveraineté de la Géorgie et des provinces avoisinantes , que le traité restituait à la Perse.

L'évacuation du territoire persan , occupé par

(37) les troupes russes ^ s'efiectua paisiblement, pai" suite sans doute d'une négociation préalable. Le droit du souverain 'de la Perse à toutes ses an-^ dennes possessions fut reconnu , et la Russie se désista de toutes ses prétentions aux pays situés au sud du Caucase. Nadir fut non seulement re* connu comme souverain légitime de la Perse , y compris la Géorgie, le Daghestan et Shamakhi , mais sa médiation en cette qualité fut même admise par la Russie dans ses diâërends avec la Porte, et cette médiation contribua à la conclu* sion du traité de Belgrade, en i73g« Par ce traité, les deux Gabardies furent déclarées indé*pendantes, et la Russie s'engagea à n'avoir point de flotte sur la mer d'Aasof .

La Russie n^atteignit ainsi aucun dés objets pour lesquels elle avait sacrifié tout sentiment d'honneur et de bonne foi. -«-*Le mauvais succès de son agression sur Khiva lui ferma tous les pays situés à l'est de la mer Caspienne. La guerre que se firent les peuples de cette partie de l'Asie intercepta ses communications avec l'Inde^ ce premier objet de son ambition. *^ La licence

effrénée de ses soldats,, les vexations et la débauche de ses officiers y leur mépris pour les opinions religieuses des Persans , et , avant tout y la brutalité de leurs manières et de leurs habitudes , portèrent les habitans du Ghilan et du Salian à une résistance qui priva la Russie de tous les rapports commerciaux qu'elle s'était flattée de voir consolider par la possession d'un pays produisant l'article principalement convoité par elle. — La soie cessa d'être cultivée dans les districts qui jusqu'alors en avaient approvisionné les marchés russes, ou du moins elle s'oâS:*it désormais en si petite quantité qu'elle ne satisfaisait nullement à la demande habituelle. — Cet article était devenu un mono* pôle entre les mains des officiers russes , et le paysan ne voulut plus cultiver un produit qu'il était forcé de vendre à un prix arbitrairençient fixé par l'acheteur. — Habitués à regarder les paysans comme esclaves, les Russes paraissent être incapables d'apprendre à gouverner des hommes libres.

Des maladies épuisaient l'armée, obligée de

( ^9 ) tirer ses vivres et ses munitions par le Wolga , et son entretien exigeait des frais immenses qù'aucfun avantage ne compensait.

La Russie n'était donc pas tentée dé s'efibrcer à garder une position que toutes ses ressources n'auraient peut-être pas pu maintenir contre la puissance de Nadir.

Même les forces maritimes de la Russie sur la mer Caspienne se trouvaient alors inférieures à celles de la Perse. MM. EUon ' et JVoodroWy en abandonnant d'une manière peu honorable pour eux la compagnie de commerce qui les employait, pour entrer au service de Nadir, construisirent et armèrent sur les côtes persanes

-'M. Elton, homme habile et entreprenant, mais d'un caractère léger, et sans principes , était un des agens de la compagnie anglaise formée dans le but de faire le commerce d^Orient à ti'avers la Russie. —^ L'impératrice Elisabeth avait accordé à cette compagnie des privilèges spéciaux qa'elle perdit par suite de la jalousie des Russes, et de la mauvaise conduite de M. Elton. — M. Jonas Hanvsray a publié un récit circonstancié à ce sujet ; il était l'agent principal de la compagnie en Perse, et Fun des voyageurs les plus intelligens qui aient visité' ce pays.

une flotte qui se rendit maîtresse de la mei* Caspienne y et força les Russes à baisser leur pa<villon devant eUe# C'est ainsi que les projet» de la Russie forent abandonnés pour un moment du coté de la Perse, et remis à on ayenir plus favorable.

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