‹ Progrès et position actuelle de la Russie en Orient;Chapitre 2 sur 12 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Relations des Russes avec les Tscherkesses (Circassiens), les Nogaîs et les Kalmouks. «— Conversion des Ossétiniens au christianisme. — Situation de la Géorgie , et premiers rapports de ce pajs avec 1a Russie. -^ Guerre entre la Russie et la Turquie ^ terminée par le traité de Kutschuk Kaynardgi. — Progrès de la première de ces puissances du côté du Caucase. -* Ses intrigues en Perse.

La nécessité de s'occuper presque exclusiTe* ment des affaires intérieœ'es et des soins du gooyemementy imposée anx successe\u:s de Pierre P' par le peu de fixité deâ droits en vertn desquels ils tenaient kur couronne ; le désir de maintenir l'influence en Europe et les relations avec ses principaux états , que Thabileté de Pierre avait fondées ; les révolutions qui k peu d'années de distance placèrent sur le trône de Russie des souverains issus dedifiérentes familles : toutes ces causes réunies réprimèrent pendant un certain temps l'ardeur des Russes pour les conquêtes

orientales, et arrêtèrent l'impulsion qui leur avait été donnée dans cette direction par le fondateur de leur grandeur. Le règne d'Éli^beth, si remarquable par des succès belliqueux contre la Prusse, se distingue par la négligence qui fit abandonner les afikires d'Orient.

Les steppes ou grandes plaines situées entre les populations sédentaires de la Russie méridionales y et la chaîne du Caucase, sont habitées par beaucoup de tribus nomades, qui , sans se reconnaître sujets d'aucun gouvernement établi , se voyaient néanmoins obligés d'accepter la protection nominale, soit de la Russie, soit de la Turc[uie, selon que l'un de ces deux états prédominait. Les Tscherkesses (Gircassiens)se distinguent le plus parmi ces peuplades, et quoique d'origine Caucasienne , semblent, dans des temps plus reculés, s'être étendus jusqu'à l'Ukraine et à la Crimée. U y a même lieu de croire que les Cosaques de ces contrées et une grande partie de ceux du Don tiennent des Circassiens leur origine et leurs moeui^s. Le caractère distinctif de la république des Zaporogues , habitanjt les

rives du Dnieper^ est identique avec ce que nous connaissons du caractère d'une partie considérable des Tcherkessesdu Caucase^ et ce fait est trop remarquable pour pouvoir être envisagé conune une coïncidence fortuite. Un grand nonibre des premières familles en Tuirquie et en Perse sont fières de se reconnaître issues du sang Gircassien^ et une partie des Mamelouks gouverneurs de l'Egypte 9 aussi bien que des fonctionnaires mahométans des pays voisins ^ étaient aussi des Tcherkesses'.

Depuis que la Russie se mit en contact avec ce peuple y nous le voyons déjà comprimé dans un cercle circonscrit^ et acculé à la basse chaîne du Caucase occidental et au pays qui de là s'étend aux rives du Térek et du Kouban; cependant il conserva une réelle indépendance qu'il conserve encore aujourd'hui^ en^ne prêtant hom-

■ C'était une erreur fort répandue , qae les Mamelouks et les autres esclaves chrétiens employés en Turquie et en Egypte étaient tous Circassiens. Le fait est que cette tribu se trouvant la plus renommée, on vendait sous le nom de Circassiens tous les esclaves venant de la Géorgie ou du Caucase.

ifi^gè ^e >jKmr h forme aux 'kbims de la Gritoée.

On voit mêlés pôrnii les Tcherkesses^ quoique sôuteiit sôtis la foi^itie de eommunatités à part^ les'Nôgais et ïés Kalfejaoïlkid, d'brigine et de physionomie mongôlieiitie. Ces peuples ont émigré de rOrfèiit à répitMJue où tes bords méridionaux du Volga n'appartenaient îp^s encoi^ à la^Russie^ et dûtes' principautés mongoliennes de Ka^n et d*Astràdâfri avaient ufie existence' séparée.

La communauté de religion, de mioeors et piÉfut^ti'e d'orjgine, rapprodia les Nogais des souyefâins tartares de la Grimée, et c'est ain^^ â^issi bi^h que par-l'inflàerice directe et politique du i^ultan , qu'ils se '■ mirent naturellement en rapport ' avec la Turquie. Les Kalmooks d'àÙtrc part, originâii^efmént m:yets de la Chine et sectatèilûrs diT Dâlai Lama, ôci^ervèrent leurs relations avec le Thibet , d'où ils recevaient de temps en temps leurs instructeurs rfeli^eùx.

Placés dans le voisinage d'une nation aussi puissante ,que la Russie l'était devenue, et habitant un pays' qui- ne présentait aucune barrière

naturelle^ aucune frontière^ si ce n'est une ligne imaginaire, où ie cours des fleuves faciUjte en quelque sorte le torrent des conquêtes^ sans que des montagnes puissent arrêter leurs progrès, il n'est pas étonnant que tous ces peuples aient dû bientôt ressentir l'influence de la Russie. La cour de Saint-Pétersbourg, ep prenant part aux dissensions intestines et domestiques si communes chez des peuples pasteurs, en protégeant le faible: contre le fort^ le candidat moins heureux contre celui qui ayait plus de chances de supé*' riorité dans sa tribu , établit parmi eu^ graduellement spn autorité, autorité sanctionnée de plus en plus par les engagemens que prenaient vis-àvis d'dle les rivaux en réclamant son assistaqce, autorité trop puissante pour qu'on ,ait pu liju résister, et à laquelle on ne pouvait échapper que par une émigration vers des pays lointains. Or c'est là une ressource ruineuse en général , même pour des peuples npmades^ Les partis plus faibles se soipaettaient donc à la protection de h Russie et devenaient plus forts par son appui, mais ils ne reco^maissaient que trop tard avoir

ainsi forge des chaînes potir eux-mêmes; et quoique toutes ces tribus aient fait en diflférentes occasions des tentatives courageuses et même héroïques pour secouer le joug qu'elles s'étaient, involontairement imposé^ la puissance à laquelle elles avaient afiaire était trop forte , trop vigilante, trop perfide et trop opiniâtre^ pour qu'elles aient pu échapper à sa domination. Les Gircassiens seuls , trouvant appui dans les montagnes qui dominent et entrecoupent leur territoire^ ont résisté avec succès aux efforts qu'on faisait pour les subjuguer y et jurant fidélité ^ tantôt à la Russie y tantôt à la Turquie y ont su conserver une sauvage indépendance.

Les Nogais se divisèrent : une partie resta et se soumit ; d'autres en petit nombre s'unirent aux Gircassiens. Une forte tribu abandonna ses foyers et chercha refuge sur le territoire des khans de la Grimée. Le joug russe devint insupportable pour tous ces peuples y et les Gircassiens de la Gabardie^ qui avaient embrassé le christia» nisme^ l'abandonnèrent par la suite pour n'avoir rien de commun avec les Russes y et devinrent

(37 ) mahométans dans l'espoir d'une assistance plus efficace de la part.de la Turquie. Plus tard, en 1 771 9 on yit les Kalmouls, ne pouvant plus supporter l'oppression et les ay^nies qu'on leur faisait, subir^ prendre la résolution étonnante de retourner jusqu'en Ghine^ d'où ils avaient originairement émigré^ et présenter le spectacle extraordinaire d'un demi -million d'homjnes fuyant la tyrannie d'un gouvernement européen et se frayant un passage à travers des tribus hostiles, pour venir du fond de la Russie chercher la paix et la sécurité sous le régime plus doux et plus paternel du céleste empire ' .

Des prêtres zélés proposèrent en 174^ ^u gouvernement russe de convertir au christianisme la

' Les Chinois refosèrent de lin«r les fugitifr , et répondirent avec dérision à la demande de l'impératrice Catherine à ce sujet. La pensée intime da gouvernement chinois se trahit dans sa réponse à l'ambassadeur russe, qui insistait sur le renouvellement d'un traité de commerce entre les deux états. « Que votre souveraine, lui dit-on, apprenne à respecter les « anciens traités , et nous aurons assez de temps pour songer à « en faire de nouveaux. »

tribu Caucasienne des Ossétiens ou Ossétiniens, et cûmme si là pieté russe avait besoin d'un stimulant plus actif, on observa à ce sujet que cette tribu possédait beaucoup d'or et d'argent, et nV vait encore aucun maître. Des missionnaires y furent envoyés en 1745, et quelque £iibles qu'eussent été leurs succès en fait de conversions^ ils parvinrent néanmoins à disposer une grande partie de la tribu à se soumettre à la Russie. Cette liaison avec les Ossétiens facilita aux Russes des relations avec la G^t*gie, qui jusque là avaient été peu sûres et peu régulières , et leur fraya une route pour subjuguer déflnitivemetit cette partie de l'empire persan.

La Géorgie avait été depuis plusieurs générations soumise à la couronne de Perse. Une garnison persane occupait la citadelle de Tiflis depuis plus dé cent ans. Le Wally ou vice-roi rebevait son investiture à Ispahan, et comme il était de la politique persane de maintenir la viceroyauté dans l'ancienne famille qui la possédait depuis long-tetnps, l'héritier présomptif de cette dignité était toujours placé à lu cour du shah.

(59) OÙ, traité avec distinction et qijekp^oia employé dans des postes^ de caçfiance y il servait d'otage pour la fidélité de son père, s^habituait en même temps aux moem*s persanes^ prenait du goùt|>o.ur les plaisirs de la cour, et aj^enait à respecter la faveyr du souverain.

Le wally de George qui se soumit à la Porte quand la Perse se trouva trop faible pour le défendre, revint à ses premiers sermens dès que les succès de Nadir Feurent mis à même de renouveler avec sécurité ses rapports avefc le shah. Héraclius, fils et héritier présomptif de Tamaras, vice-roi de Géorgie , sous Nadir, accompagna ce conquérant dans son expédition de l'Inde , où il lui rendit même des services militaires importans. Voulant récpmpenser un guerrier aussi distingué, et désirant peut-^tre diviser et afiàtblir le pouvoir de ses vassaux. Nadir créa en. Géorgie deux vices-royautés et en donna mie à Héraclius, en laissant l'autre à son père.

Après la mort de Nadir, la Perse fiit pendant nombre d'années en pi^e à des factions qui s'enta^-déchiraient entre elles; aussi les wally s de

Géorgie^ fatiguéspar les irruptions fréquentes de» Lesguis et autres montagnards , qu'ils ne pouvaient réprimer^ invoquèrent simultanément en 176:1 l'assistance de la Russie^ assistance qui leur fut sinon donnée, au moins promise. On peut considérer cet incident comme le premier pas vers la séparation de la Géorgie de la Perse; car c'est depuis ce temps que la Russie à doublé d'activité pour établir des relations intimes avec cette province persane.

Environ huit ans plus tard, Héraclius chassa son père de sa vice-royauté ( 1760), et la réunit à la sienne. Il £at bientôt après requis par la Russie de coopérer avec le général Todleben^qui traversait le GauO^se pour envahir la Turquie du côté de l'Imérétie. Le Mrally le joignit avec des forces considérables^ mais il ne rompit pas en^ çore alors ouvertement avec la Perse, et ne contracta aucun engagement formel avec le gouvernement russe. Celui-ci cependant manifesta son intention de s'allier avec la Géorgie, et Héraclius, encouragé par la Russie, profita des troubles intérieurs qui absorbaient les forces' deliCen'wi'-

Khan, pour prépai'er les moyens de se dégager avec sécurité de la dépendance persane par une i*elation plus intime avec la cour de Saint-Péters- ])Ourg.

L'impératrice Catherine étaitactivement intervenue dans les aJSàires de Pologne^ et avait placé son favori sur le trône de ce pays. Elle avait augmenté l'armée qui occupait ce royaume^ et les intrigues de ses agens y soufflaient la discorde parmi les nobles factieux, qui, assistés par les troupes russes, commettaient avec impunité les actes les plus injustifiables. L'ambition de Catherine ne pouvait plus se déguiser, et la Porte , alarmée de l'ascendant que la Russie exerçait par ses intrigues et ses violences sur ce malheureux pays, et prévoyant dans la chute de la Pologne un grand danger pour elle-même, et une violation manifeste des traités existans , demanda enfin que les troupes Russes évacuassent ce pays , et qtie des réparations fussent accordées pour certaines agressions commises sur les frontières, agressions que l'impératrice, de son côté, désavouait. La pre-. mière des deux demandes de la Porte , après beau-

Gomp de promfiSftes et de déckrations éyasiyes^ ayant été défiiritrvement refiElsée^ le sultan se décida a déclarer la guerre à k Russie ( lyég).

Dans les campagnes qui suivirent^ la Russie déploya une éner^ et des forces auxquelles ne s'attendaient pas même ceux qui avaient vu ses efiforts précédons y et qui savaient déjà apprécier le caractère de l'impératrice. Sa flotte de la mer Blanche et de la mer Baltique parut dans la Méditerranée ^ et , dirigée par des officiers anglais, détruisit la marine turque, allumafeguerre civile en Grèce, en Egypte, en Syrie, et y joua presque toutes les scènes du drame dont nous venons de voir aussi de nos jours les effets si tragiques.

Cette guerre , si désastreuse pour les Turcs, se termina par le traité de Kutschuk^&aynardgi (1774), qui assura à la Russie la libre navigation de la mer Noire et de toutes les mers ottomanes, y compris le passage des Dardanelles, à la seule condition de n'avpir jamais plus d'un vaisseau de guerre dans les eaux de Constantinople. Le même traité donna à -la Russie Âzof , si

long-temps œnvoité , Taganrog , Reitch et Kinburn^ avança ses frontières jusqu'àti Bog, et lui prépara les voies pour la conquête de la Crimée, et en établissant pour le moment son indépen^ dance^ lui valut enfin la souveraineté sur les deux Cabardies.

Ces avantages^ bien que considérables, n'étaient pas encore ce que la Russie avait espéré de recueillir^ ou ce que ses succès lui paraissaient promettre ; mais beaucoup de circonstances s'étaient alors réunies pour lui rendre la paix indispensable. Ses finances se trouvaient en désordre, la peste ravageait ses provinces, ses camps et ses flottes ; l'émigration des Kabnouks avait laissé désert un pays vaste, jadis florissant ; la famine vint à se déclarer dans plusieurs de ses provinces, et surtout un tel esprit de révolte s'y manifesta, que l'existence même de l'empire se trouva un moment en péril. Kasan^ Astracan et Orenbourg s'étaient insi^rgés ; les prêtres et les fanatiques russes favorisaient le mouvement ; et le sentiment général de mécontentement parmi les classes inférieures , que les levées fréquentes

de recroes pour Tarmée de Turquie ne faisaient qu'aggraver^ inspira de justes craintes que les succès du rebelle imposteur Pugatcheff ^ ne concentrassent contre le gouvernement tous ces élémens formidables. Ce ne fut donc pas la modération qui mit des bornes aux exigences de la Russie, c'était le simple résultat de sa mauvaise position : aussi, dès qu'elle eut mis un terme à ses embarras intérieurs, elle chercha même sans prétexte à se saisir, au risque d'une nouvelle guerre, de tous les avantages qu'elle semblait avoir abandonnés.

L'échec qu'avait reçu la Turquie, la destruction de la puissance des khans de la Grimée et l'ascendant que gagna la Russie sur toute cette frontière, étouffèrent tout espoir de résistance chez les tribus du Térek, du Kouban, des Cabardies et du Caucase. La Russie, épiant toujours

' Le Cosaque Pugatcheff, excité par le clergé, et profitant de sa ressemblance avec Pierre III , se fit passer pour ce monarqae , leva Pétendard de la révolte , défit les troupes tmpëriales dans plusieurs rencontres , menaça Moscou, et fit trem-bler l'impératrice.

l'occasion d'étendre ses frontières et son pouvoir, saisit le moment de leur découragement pour se fortifier dans ce pays, et deux ans après la guerre ( 1 776 )y elle y érigea une trentaine de forts, qui formèrent une ligne depuis la mer Noire jusqu'à la mer Caspienne. Cette ligne, et le nombre considérable de troupes qui l'occupaient, tinrent en échec les hostilités des Caucasiens. Les fréquen*tes révoltes des tribus, sans en excepter celles qui s'étaient soumises, ou qui aTaient reconnu la protection de la Russie , tout en attestant la défectuosité du système russe , servaient de prétexte pour le renforcer et le soutenir de plus en plus avec rigueur.

Une expédition pacifique Ait envoyée dans le Caucase, en 1781, pour 'se mettre en relation avec les montagnards , explorer les routes , dres* ser des cartes , et préparer les Toies à des succès ultérieurs vers le sud. — Un traité d'alliance et de protection avec cette partie des Ossétiens qui ne s'étaient pas encore soumis à la Russie ouvrit plus efiicacement les passages qui condui-

sent à :la Géorgie., et le3 conséquences de ces communications, rendues iplus faciles, se firent bientôt aperoeYoir. On pressa les princes chré* tiens de la Géorgie, de l'Imérétie et d^ la Mingrélie, séduits déjà par les' flatteries, les présens et les promesses de la Russie , de renoncer à leur ancienne dépendance de là Perse €t de la Tuï'quiè, et de chercher . sécurité et abri sous là souveraine protection de Fimpératrice chrétienne. — * Les chefs des principautés nioins considérables 9 et qui iieconnaissaiént là supré* matie du sultan, furent également engagés ou contraints à se soumettre. — - On fit entendre même au shah de la Perse qu'il ne serait solidement assis sur son trône à moins de former une alliance avec la Russie*, et on organisa une expédition sur la Caspienne , poiu* s'emparer par force ou par stratagème d'une position sur les cotes méridionales ou occidentales de cette mer'.

' La Russie jalousait si fort les Persans d'avoir des. vaisseàuJi

(c L'escadre qu'entretenait iCatherine sur la mer 'Ca^pîeaine^ dit un auteur qui a eu d'exoel-' lentes sources d'informafâôn ^ était construite de chênes de Kasan, et composée de trois £régàtes ^ . dnq corvettes et «une chaloupe 'boaibardière. Ces vaisseaux parcouraient sans cèsseiés côtes de la Perse ^ et brfilaîent tous les bfttimens^ même

le. bois de construction qu'ils reneontraierit. Leurs commandans avaient en outi^i l'ordre positif de semer la division entre les àfaans^ et de soutenir toujours le plus faible contre le plus fort. Cette méthode était précieuse pour l'impératrice. Elle lui avait trop bien réussi en Pologne et dans la Grimée pour qu'elle s'en écartât en âiveurdes.^Persaiis.

«En 178 1 , c«*te princ^se résolut d -exécuter le projet -fermé par Pierre I*' contre la Perse. Elle voulut étendre sa domination sur la cote occidentale de la mer Caspienne. Les dissen-

SUE la mer Garenne, qu,e dès qu'elle eut appris que le gouviernenrila Ghilan avait construit, en 17741 trois bâtimens à Ameli j elle, pr&hiba immédiatement tonte exportation de matériaux dé constractiidn maritime peur la Perse.

sioDs qui oontinuaient à désoler ces belles contrées semblaient favoriser son ambition. Mais elle rencontra des obstacles anxcpiels elle ne s'attendait pas.

(( Le plus puissant des tyrans de la Perse était alors le khan Aga Mahmed

<c Après la nM)rt de Thamas Kouli Rhan y la mère d'Aga Mahmed se remaria y et eut plusieurs autres enfans qui furent les plus grands ennemis de leur firère. L'un d'entre eux , Murtuza Kouli Khan ' y croyant tirer de puissans secours de la Russie 9 se montra servilement dévoué à cette puissance y qui le soutint en le méprisant. Mais malgré Murtuza , malgré Moulfat^ fils du dernier régent Kerim Khan y enfin malgré tous ses rivaux 9 Aga Mahmed sut se rendre maître du Ghilan^ du Mazanderan^ du Shirvan et de plusieurs autres provinces.

' La Russie, après s'être efibrcée en vain de soutenir en Perse son protégéMortoza Konli Khan , donna des ordres au commandant de sa flotte dans la mer Caspienne de loi faciliter sa faite en Russie : on le conduisit donc par conséquent à Âstracan , pour s'en servir plus tard quand l'occasion se présenterait.

t( L'impératrice donna ordre an oomte Woî-^ «OMritsch ' , commandant de son escadre sur la mer Caspienne^ d'employer tons les moyais possibles pour former quelques ëtablis.emeiis sur les côtes de la Perse. Woïnowitscli partit avec des troupes et des munitions , et se rendit à Astralûd^ le meilleur port du Mazanderan, qui est l'ancien pays de Mardes. Aga Mahmed résidait alors à Ferabad. Woïnowitsch lui fit demander la permission d'établir un comptoir sur la cote. Le khan^ qui ne se -croyait peut-^ être pas en état de chasser les Russes à main armée , ou qui aimait mieux employer la ruse contre eux que de les combattre y feignit d'accéder aux demandes de Woifnowitscli.

(c Alors les Russes s'empressèrent de bâtir une forteresse y et y mirent dix-huit canons. Aga Mahmed l'apprit^ et, toujours dissimulé, ne

' Le comte Woïaowitsch était Esclavon de naissance. Sept ans après son expéditioa en Perse , il servit sur la mer Noire en qualité de contre-amiral; mais n'ayant pas attaqué les Turcs, comme il FaQk'ait pu , il déplut à Potemkin, qui lui fit quitter ToBiforme russe , et le chassa honteusement.

larda pas à s'*cii Tenger. Il vinl; roit la ibrterêsse, ea a<ibaira la constructâon^ vanta Fadl* ▼ité des Russes.^ et s'inTtta Iui-«aéiiiie à diDer avec sa suite à bord de h frégate de WoSmo-

«r Après aYCHT possécettejoiiiTiée fort gaimeiit, et témoigné beauconp d'amitié aux Susses, le khan les engagea à Venir diner k leur tour dans vme maison de |Jaisanoe qu'il avait dans les nîontagnesé Us s'j rendirent le Iwdemain ; mais ils ne forent pas plutôt arrivéâ^ qu'Aga Mahmed les fit change de fers. Il menaça en même temps WoSnovfttsch de lui faire trancher la tète, ainsi qua tons ses officierB, si la forteresse n'était rasée sur-Je^anp.

(c WoikKrwitsch , qui vit bien que la résistance setnit inutile 9 envoya ordre au commandant de la forteresse de la £iire abattue. Le capitaine russe Mikita BaschkakofT^ qui porta cet ordre au commandant , fut conduit entre deux cavaliers persans ^ et fouetté tout le long du chemin. Les canons furent rembarques^ et la murale abattue. A^ Mahmed fit alors venir lca> officiers

russes; et^ non content ée I» «coaUer dfmjures et de m^irifi, il Utra, les plus jecmes à ses es*olares.

«r LaoourdePéterdiourgiieseTengeadeaH^te injure qn'en ooBtkmaiit à fomenter les diss^i* sions de la Perse. Elle Bnsdta à Âga ftiabaied im rival qui de^mat bient^ le fiv» redoutable de

ses ennemis^ et Im enleva la province de Ghilan. Ce Tamqpenr, qui se noiiunâit diedabed Khan % profitant des armes et des munkdons cpie loi facsnent seerètement passer les Russes^ semblait devoir dépouiller A^ Makmed de toute sa puissance. Maïs ce dernier parvînt à eorrompre Tagent russe Tomanoâsky et le colonel SkiKtch, qui l'wi et l'antre résidaient à Zinidli \ JQs trahirent Ghedahed Khan , et le livrèrent à Aga Mahmedj^ qui lui £t trancher la téte^ et redevînt tmnqniUe possesseur du Ghâan.

H Cependant les Russes afleetaient hautement de ne point prendre part à ces querelles. Quelque

' Hadaynt Khan.

' Anzeli.

temps, après la mort de Ghedahed Khan % Po*^ temkin charges^ un de ses- officiers d'aller coin» plimenter Âga Mahmed^ qui était alors à iUatsch. * 9 capitale du Ghilan« Il lui recommanda en même temps d'étudier le caractère du khan ^ et de seconder ses intentk)ns à l'égard de la Russie. L'officier se rendit à Riatsch^ et obtitit facilement audi^ice d'Âga Mahmed; mais en

s'entretenant avec lui > il lui trouva un air

sombre et pensif <jui lui fît soupçonner quelque sinistre dessein* Alors il kd observa adroitement que 9 quoiqu'il &l% au service des Russes y il était né Anglais , /et que sa nation était très attachée aux Persans^ avec lesquels elle Élisait un grand commerce dans le golfe de Bassora. Aussitôt le

' C'est une erreur. Hadayut Khan , après avoir embarqué ses richesses et une grande quantité de joyaux (dont il possédait plus que le shali régnant lui-même) à bord d'un bâtiment de guerre i^sse , avec le dessein de se retirer en Russie, s'était mis dans une barque et allait aborder le vaisseau, lorsqu'il fut, à ce qu'on prétend, tué par un coup de fusil tiré du rivage. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'il n'arriva point en Russie.

' Resht.

khan prit une mine riante^ parla à Tenvoyé d'un ton très doux^ et le congédia avec des présens'.

. (( Ge$ témoi^ages réciproques d'une Ëiusse bienveiliance forent suivis d'une prompte agression. Murtoza Kouli Kban, soutenu par les Russes^ tenta de faire une nouyelle invasion dans le Ghilân *y mais il fut repoussé par le khan Soliman ^ qui y commandait en Fabsence d'Aga Mahmed^ et ce dernier ne tank pas à subjuguer la Perse entière et la Géorgie \ »

* Ncvtttenoiis oes4étail&de la bouche de l'officier dont il s'ajpit.

• En 1788.

^ Depuis, les Russes se sont rendus maîtres de la Géorgie et de la Gircaasie.

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