‹ Progressive French reader. With copious notes, philological and grammatical; and numerous references to Ottos French conversation grammarChapitre 20 sur 177 · XV. LA ROSE ET LE PAPILLON · texte numérisé non relu

XV. LA ROSE ET LE PAPILLON

La puissance animale est d'un ordre bien supérieur à la végétale. Le papillon est plus beau et mieux organisé que la rose. Voyez la reine des fleurs, formée de portions sphériques, teinte de la plus * riche des couleurs, contrastée par un feuillage 2 du plus beau vert, et balancée par le zéphyr ; le papillon la surpasse en harmonies de couleurs, de formes et de mouvements. Considérez avec quel art sont composées les quatre ailes dont il vole, la régularité des écailles qui les recouvrent comme des plumes, la variété de leurs teintes brillantes, les six pattes, armées de griffes, avec lesquelles il résiste aux vents dans son repos, la trompe roulée 3 dont il pompe sa nourriture au sein des fleurs ; les antennes, organes exquis du toucher, qui couronnent sa tête ; et le réseau admirable d'yeux dont elle 4 est «entourée au nombre de plus de douze mille. Mais ce qui le rend bien supérieur à la rose, il a, outre la beauté des formes, les facultés de voir, d'ouïr,5 d'odorer, de savourer, de sentir, de se mouvoir, de vouloir, enfin, une âme douée de passions et d'intelligence. C'est pour le nourrir que la rose entr'ouvre les glandes nectarées de son sein ; 6 c'est pour en protéger les œufs,7 collés 8 comme un bracelet autour de ses branches, qu'elle est entourée d'épines. La rose ne voit ni n'entend l'enfant qui accourt pour la cueillir ; mais le papillon, posé 9 sur elle, échappe à la main prête à le saisir, s'élève dans les airs, s'abaisse, s'éloigne, se rapproche, et, après s'être joué du chasseur,10 il prend sa volée, et va chercher sur d'autres fleurs une retraite plus tranquille.

Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814).

On ne doit pas juger du mérite d'un homme par ses grandes qualités, mais par l'usage qu'il en sait faire.

La Rochefoucauld.

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