‹ Progressive French reader. With copious notes, philological and grammatical; and numerous references to Ottos French conversation grammarChapitre 29 sur 177 · XXII. L'OISEAU-MOUCHE · texte numérisé non relu

XXII. L'OISEAU-MOUCHE

De tous les êtres animés, voici le plus élégant pour la forme 2 et le plus brillant pour les couleurs. Les pierres et les métaux, polis par notre art ne sont pas comparables à ce bijou de la nature : elle l'a placé dans l'ordre des oiseaux au dernier degré de l'échelle de grandeur. Son chef-d'œuvre est le petit oiseaumouche ; elle l'a comblé de tous les dons qu'elle n'a fait que partager aux autres oiseaux : 3 légèreté, rapidité, prestesse, grâce et riche parure,4 tout appartient à ce petit favori. L'émeraude, le rubis, la topaze, brillent sur ses habits ; 5 il ne les souille jamais de la poussière de la terre, et, dans sa vie tout aérienne, on le voit à peine toucher le gazon par instants ; 6 il est toujours en l'air, volant de fleurs en fleurs : il a leur fraîcheur, comme il a leur éclat ; il vit de leur nectar, et n'habite que les climats où sans cesse elles se renouvellent.

C'est dans les contrées les plus chaudes du nouveau monde que se trouvent7 toutes les espèces d'oiseaux-mouches; elles sont assez nombreuses, et paraissent confinées entre les deux tropiques, car ceux qui s'avancent en été dans les zones tempérées n'y font qu'un court séjour; ils semblent suivre le soleil, s'avancer, se retirer avec lui, et voler sur l'aile, des zéphyrs à la suite d'un printemps éternel.

l'oiseau-mouche. 37

Les Indiens, frappés de l'éclat et du feu que rendent 8 les couleurs de ces brillants oiseaux, leur avaient donné les noms de rayons ou cheveux du soleil. . . Les petites espèces sont au-dessous de la grande mouche asile pour la grandeur, et du bourdon pour la grosseur.9 Leur bec est une aiguille fine, et leur langue un fil délié ; leurs petits yeux noirs ne paraissent que deux points brillants ; les plumes de leurs ailes sont si délicates qu'elles en paraissent transparentes. A peine aperçoit-on leurs pieds, tant ils sont courts et menus:10 ils en font peu d'usage; ils ne se posent que pour passer la nuit, et se laissent, pendant le jour, emporter dans les airs ; u leur vol est continu, bourdonnant et rapide. Le battement de leurs ailes est si vif, que l'oiseau, s'arrêtant dans les airs, paraît non-seulement immobile, mais tout à fait sans action.12 On le voit s'arrêter ainsi quelques instants devant une fleur, et partir comme un trait pour aller à une autre ; ils les visite toutes, plongeant sa petite langue dans leur sein, les flattant de ses ailes,13 sans jamais s'y fixer, mais aussi sans les quitter jamais.

Bien n'égale la vivacité de ces petits oiseaux, si ce n'est leur courage, ou plutôt leur audace. On les voit poursuivre avec furie des oiseaux vingt fois plus gros qu'eux, s'attacher à leur corps, et, se laissant emporter par leur vol, les becqueter à coups redoublés 14 jusqa'à ce qu'ils aient assouvi 15 leur petite colère. Quelquefois même ils se livrent entre eux de très-vifs combats : 16 l'impatience paraît être leur âme ; s'ils s'approchent d'une fleur et qu'ils la trouvent fanée,17 ils lui arrachent les pétales avec une précipitation qui marque leur dépit. Ils n'ont point d'autre voix qu'un petit cri, screp, screp, fréquent et répété ; ils le font entendre 18 dans les bois dès l'aurore, jusqu'à ce qu'aux premiers rayons du soleil tous prennent l'essor et se dispersent dans les campagnes. BuFFON (1707-i788).

Page 1