XXVI. LA FERMIÈRE
Amour à la fermière ! elle est
Si gentille et si douce ! C'est l'oiseau des bois qui se plaît 1
Loin du bruit, dans la mousse.
Vieux vagabond qui tends la main,
Enfant pauvre et sans mère, Puissiez-vous trouver en chemin
La ferme et la fermière !
De l'escabeau vide au foyer
Là, le pauvre s'empare,2 Et le grand bahut de noyer
Pour lui n'est point avare ; Cest là qu'un jour je vins m'asseoir,8
Les pieds blancs de poussière, Un jour . . . puis en marche ! 4 et bon soir
La ferme et la fermière !
Mon seul beau jour a dû finir,5
Finir dès son aurore ; Mais pour moi ce doux souvenir
Est du bonheur encore :
En fermant les yeux je revois
L'enclos plein de lumière La haie en fleur, le petit bois,
La ferme et la fermière !
Si Dieu, comme notre curé
Au prône le répète, Paye un bienfait, même égaré,
Ah ! qu'il songe à ma dette !
56 PROGRESSIVE Fit EN OH READER.
Qu'il prodigue au vallon les fleurs,
La joie à la chaumière, Et garde des vents et des pleurs
La ferme et la fermière !
Ma chansonnette, prends ton vol !
Tu n'es qu'un faible hommage ; Mais qu'en avril le rossignol
Chante et la dédommage ; 6 Qu'effrayé par ses chants d'amour,
L'oiseau du cimetière
Longtemps, longtemps se taise pour
La ferme et la fermière !
Moreau (1809-1838).