XXX. UNE AVENTURE EN CALABRE
Oui, sûrement, ma chère cousine, je vous conterai mes aventures bonnes et mauvaises, tristes et gaies, car il m'en arrive des unes et des autres.2 En voici un petit échantillon, mais c'est du noir, prenez-y garde.8 Ne lisez pas cela en vous couchant, vous en rêveriez.
Un jour, je voyageais en Calabre. C'est un pays de méchantes gens,4 qui, je crois, n'aiment personne et en veulent surtout aux Français.5 De vous dire pourquoi, cela serait long ; 6 suffit qu'ils nous haïssent à mort,7 et qu'on passe fort mal son temps 8 lorsqu'on tombe entre leurs mains. J'avais pour compagnon un jeune homme. Dans ces montagnes les chemins sont des précipices, nos chevaux marchaient avec beaucoup de peine ; mon camarade allant devant, un sentier, qui lui parut plus praticable et plus court, nous égara. Ce fut ma faute ; devais-je me fier à une tête de vingt ans? Nous cherchâmes, tant qu'il fit jour,9