XXXVI. UNE CHASSE A L'OURS
Guillaume Mona était un pauvre paysan du village de Fouly, près de Martigny.1
Un ours venait toutes les nuits voler ses poires, car à ces bêtes tout est bon. Cependant il s'adressait de préférence à un poirier chargé de cresanes. Qui est-ce qui se douterait qu'un animal comme ça a les goûts de l'homme, et qu'il ira choisir dans un verger justement les poires fondantes ? Or, le paysan de Fouly préférait aussi par malheur les cresanes à tous les autres fruits. H crut d'abord que c'étaient des enfants qui venaient faire du dégât dans son clos ; 2 il prit, en conséquence, son fusil, le chargea avec du gros sel de cuisine, et se mit à l'afiïït. Vers les onze heures,3 un rugissement retentit dans la montagne. " Tiens,4 ditil, il y a un ours dans les environs." Dix minutes après, un second rugissement se fit entendre, mais si puissant, mais si rapproché que Guillaume pensa qu'il n'aurait pas le temps de gagner sa maison, et se jeta à plat ventre contre terre,5 n'ayant plus qu'une espérance, que c'était pour ses poires, et non pour lui que l'ours venait.