V. ÉLOGE FUNEBRE DE FRANKLIN
A l'Assemblée Constituante (Séance du 11 juin, 1790).
Messieurs, — Franklin est mort ! ... H est retourné au sein de la Divinité, le génie qui affranchit l'Amérique, et versa sur l'Europe des torrents de lumière.
Le sage que deux mondes réclament, l'homme que se disputent l'histoire des sciences et l'histoire des empires,1 tenait sans doute un rang élevé dans l'espèce humaine.
Assez longtemps2 les cabinets politiques ont notifié la mort de ceux qui ne furent grands que dans leur éloge funèbre. Assez longtemps l'étiquette des cours a proclamé des deuils hypocrites. Les nations ne doivent porter que le deuil de leurs bienfaiteurs. Les représentants des nations ne doivent recommander à leur hommage que les héros de l'humanité.
Le Congrès a ordonné dans les quatorze Etats de la Confédération un deuil de deux mois pour la mort de Franklin, et l'Amérique acquitte en ce moment ce tribut de vénération pour l'un des pères de sa constitution.