‹ Projet d'une langue universelleChapitre 22 sur 34 · LÀKIGUB UNIYKRSELLK · texte numérisé non relu

LÀKIGUB UNIYKRSELLK

Nous avouons bien qu'il peut y avoir encore de la difficulté et des embarras dans l'emploi de quelques phrases ou tournures de la langue; mais il est clair qu'il y en a beaucoup plus dans tous les autres idiomes, et l'objection qu'on nous fait à ce sujet tournera à la louange de notre langue.

Il y a plus : cette difficulté, cet embarras que nous éprouverons à traduire dans une langue philosophique nos pensées conçues dans nos langues si irrégulières, recommande cette langue sous d'autres points de vue et d'une manière particulière. V Par l'usage de cette langue, on acquiert l'habitude d'exprimer les choses (ei par conséquent de les penser) avec exactitude : habitude qui est la plus importante de toutes celles qui ont rapport au perfectionnement des sciences. 2° Ceci nous fait espérer qu'elle contribuera à améliorer les autres langues, en les rapprochant de cette exactitude, et en contribuant efficacement à fortifier cette habitude.

LX. — Sixième objection : la prononciation. La langue du Projet ne pourra être employée pour les communications orales, parce que chaque peuple prononcera les lettres de l'alphabet à sa manière. Or

malie. Ainsi on voit avec quelle raison nous avons dit que cette difficulté et ce danger ne seraient jamais doubles , que la seule difficulté qui resterait serait pour parler et non pour écrire , et que cette difficulté serait plus facile à vaincre que celle qu'on aurait fait disparaître.

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cette prononciation est si différente, que les Français, par exemple, et les Espagnols n'entendraient pas les Anglais : cela est démontré par l'expérience. Les Anglais en parlant le latin ne sont pas compris par les Français, ni parles Espagnols, qui le prononcent d'une manière très-différente. Cette différence serait plus frappante, si l'on parlait de la prononciation arabe, chinoise, japonaise, etc.

Réponse. Nous pourrions accorder sans de graves inconvénients tout ce qu'on a dit dans l'objection. Nous avons considéré cette Jangue universelle principalement comme le moyen de communication par l'écriture entre tous les hommes de quelque instruction , des différentes parties du monde. Ainsi au n° 62 nous parlons d'elle comme d'une langue presque morte, en supposant qu'on l'emploiera rarement dans les communications orales, et nous avons remarqué que cela était convenable pour écarter les dangers de fréquents changements. Les avantages de cette langue resteraient donc tels que nous les avons annoncés, quant au but principal d'une langue universelle. Dans les cas peu fréquents de communications orales, elle se trouverait dans les conditions ordinaires des autres langues relativement à la prononciation. Mais cela ne devrait pas être un obstacle à son adoption comme universelle, en raison de toutes les autres qualités qui lui assurent une supériorité incontestable.

Mais nous n'admettons pas la comparaison qu'on établit entre la langue du Projet et toutes les autres, re-

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lativement à la difficulté de la prononciatioû. Examinons. Lorsqu'on compare ces langues sous ce rapport, on cite ordinairement la castillane comme la plus facile, parce que la prononciation est presque toujours conforme à récriture. Cela est vrai comparativement aux langues française, anglaise et à presque toutes les autres. Mais elle ne peut se comparer, sous ce rapport, à celle du Projet. Pour le prouver, il suffira de citer les différences de sons que la langue castillane admet dans les lettres (:, c/i, gr, r, x, dans Y h suivi de certaines voyelles, dans le l simple ou double, dans le u précédé de gf ou de 7 , dans Vy grec qui est tantôt voyelle et tantôt consonne, etc., etc. Ajoutez-y la différence qui se trouve dans la manière de prononcer les mots aigus, graves et esdrujulosj différence très -remarquable et même très -influente dans la signification des mots. Elle offre donc de nombreuses anomalies dans la prononciation et dans l'écriture, lesquelles demandent une étude sérieuse et réfléchie de la part des étrangers. Si elle est reconnue comme très- facile à apprendre sous ce rapport, c'est parce qu'on la compare au français, à l'anglais , et à d'autres langues. Mais on peut dire qu'elle est difficile et compliquée, si on la compare à celle du Projet, qui n'a aucune anomalie ni dans la prononciation ni dans l'écriture.

On peut faire encore une observation importante : L'alphabet de la langue que nous proposons, n'étant composé que de vingt lettres, est plus facile à ap-

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prendre que s'il en avait un nombre plus grand. En outre, par cela même qu'elles sont peu nombreuses, leurs différences dans les sons deviennent plus remarquables, et par conséquent plus faciles à distinguer sans danger de les confondre. Ainsi les nombreuses nuances qui se trouvent dans les sons de voyelles et de diphthongues du français et de l'anglais (1), nonseulement rendent ces langues beaucoup plus difficiles à apprendre , mais aussi elles sont souvent une occasion de se méprendre sur les mots, et par conséquent sur le sens de la phrase. Cela est si clair, qu'il est inutile de s'arrêter à faire des réflexions sur ce sujet. L'exemple des Anglais, qui prononcent le latin d'après les règles de la prononciation anglaise, ne peut s'appliquer à la langue du Projet, comme il ne s'applique pas au français, à l'espagnol, à l'italien, etc. Jamais un Anglais ni un Français n'ont eu la préten-

(0 Destutt Tracy, Beauzée, etc., énumèrent dix-sept sons voyelles (d'autres en distinguent vingt et un ou vingt-deux) et vingt sons consonnes dans la langue française. Cela serait encore tolérable, si ces sons étaient représentés dans l'écriture par autant de lettres ou caractères ; mais quelles difilcultés pour bien en saisir les nuances , lorsque les dixsept (mieux les vingt et un) sons voyelles sont représentés par cinq seules lettres? Cependant il y a encore quelque chose de pius pénible, c'est qu'il y a des règles très-nombreuses à consulter pour savoir fixer ces sons dans telles et telles combinaisons. Ce n'est pas encore tout , puisque pour chacune de ces règles 11 y a des exceptions qui parfois vont jusqu'à plusieurs douzaines. Nous pourrions en dire autant de l'anglais et d'autre» langues. On doit juger, par ces considérants, si Ton peut Raisonnablement préférer ces langues à celle du projet, comme le prétendent quelques personnes, pour en faire des langues universelles, quand même celle-ci n'aurait en sa faveur les autres avantages dont nous avons parlé.

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tioD de prononcer l'espagnol d'après les règles de leurs langues. Ils ne trouvent aucune difficulté à prononcer Ye et Va, et les autres voyelles toujours de la même manière, et lorsqu'ils apprennent cette langue, ils sont ravis de la simplicité de sa prononciation qui leur épargne tant de peine et d'ennui.

On a demandé quel serait le son de chacune des lettres de Talphabet , et quelle devrait être la règle invariable de la prononciation , surtout dans les cas où se trouveraient réunies des personnes de nations différentes. Nous ne sommes pas juges compétents pour fixer cette règle ; mais nous donnons notre avis, et nous espérons que pour l'admettre ou pour la rejeter, on déposera toute espèce de rivalité frivole. La prononciation , adoptée pour la langue française dans les cas ordinaires pour chacune des lettres , nous parait la plus convenable avec les explications et les exceptions suivantes : 1 "^ Nous disons, la prononciation de chacune des lettres dans tes cas ordinaires pour exclure tous les changements qu'elles subissent par leurs combinaisons avec d'autres lettres, comme on voit dans les cas suivants : ai, au, an, ail; ei, eu, ey, en, eun; in, oi, œil, ou; un, um; ce, ci; ge, gi, gu, ph, tion, ase, etc. 2° Nous donnerions à Ve le son d'un e fermé ou très-faiblement ouvert. Le son de Ve muet est trop faible et trop obscur, et d'abord il est résprvé comme une licence pour faciliter la prononciation dans les cas indiqués aux n*^'' 28 et 49. 3* Nous remplacerions le son de Vu par celui de la diphthongue ou,

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qui nous parait plus harmonieux et plus généralement <;onnu dans d'autres pays.

Si Ton adoptait cette prononciation, on pourrait établir facilement la langue, sans entrer dans des discussions minutieuses, longues et difficiles, et sans courir le risque de compromettre l'universalité de la langue par une circonstance accidentelle et peu importante. En outre on ne peut refuser à cette prononciation d'être facile, douce et harmonieuse. Elle a aussi l'avantage d'être employée déjà dans la diplomatie, et d'être très-généralement répandue dans tous les pays civilisés. D'ailleurs nous espérons que les Français s'occuperont avec ardeur aux travaux qui restent encore à faire pour compléter le Projet, et qu'ils seront les premiers à répandre cette langue; ce qui leur donnera la préférence de fait et de droit pour en fixer la prononciation.

LXI. Plusieurs personnes trouvent longue et embarrassante la manière que nous proposons aux n*"* 39 et 40, pour rendre dans cette langue les noms propres et d'autres dont la traduction est difficile. Nous avouons que cette manière n'est pas aussi satisfaisante que nous voudrions. Ainsi nous souhaitons que les savants trouvent quelque autre moyen plus simple et plus avantageux. En attendant que cela arrive, personne ne peu raisonnablement rejeter le nôtre. Nous croyons cependant qu'on peut éviter presque tous ses inconvénients , en supprimant la diphthongue qu'on doit placer avant les noms propres toutes les fois

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qu'où peut le faire sans danger d'erreur ; surtout si Ton a soin de commencer ces noms par une maj ascale. Yoici les cas où cette suppression peut avoir lieu : 1* Lorsque qes noms ont été employés peu avant avec la diphthongue convenable. Ainsi dans un morceau que nous avons publié comme un essai dans la langue du Projet, on trouve souvent les mots Adam, Cmn, Noéj etc., sans la diphthongue, après les avoir employés avec elle : ae Adam^ ae Catn, ae Noéy etc. 2^* Lorsque Ton trouve réunis plusieurs de ces noms de la même espèce, il suffit de mettre la diphthongue devant le premier : ae Sem, Cham et Japheu S"" Lorsqu'on emploie ces noms comme substantifs d'apposition : le roi Attila^ le poète Virgile ^ etc. 4* Lorsque l'on trouve dans le nom une ou plusieurs lettres qui n'appartiennent pas à la langue du Projet, telles cpie Œf œ, y voyelle, cfe, //, n, g, v, «, w, pA, l/i, etc. 5* On pourrait appliquer ce principe aux combinaisons que cette langue n'admet pas, telles que les lettres doubles bb^ ccj ddj ff^ ggj etc., et les initiales bd, mn^ p9y pt^ sb^ sc^ sd^ sg^ sh, si, «m, m^ sp, sL Le nombre de noms propres compris dans les cinq cas précédents, spécialement dans le quatrième et le cinquième (1 ), est si considérable, qu'en adoptant cette explication ^ on

(1) Exemples : Gkus> Gelrallos, Noiiez, Qninto, Valle, Alexandre, Cyro, JosephOjThomas. — Craesus, Nattier , Barclay , Nessel, Bdelle, Kaot, Kleber. — Mneme, Mnasile, Black. — Quintiliano, Raphaël, P.yrro, Rowe, Scairon, Sady» Scuderi, Spencer, Smitk. — Psammenite , Ptolomeo, SyriM, Thaïes, Wala. - Sicco, Toai, OflFa, PmzI,

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Qr::, ne peut craindre Fembarras dont il est question dans

ji Tobjection. On obtiendra toujours Pavantage d'obvier

r au défaut de confondre les noms propres avec ceux

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