‹ Projet d'une langue universelleChapitre 7 sur 34 · X LE TRADUCTEUR AUX HOMMES UPÀRTUUX · texte numérisé non relu

X LE TRADUCTEUR AUX HOMMES UPÀRTUUX

de Madrid^ conçut tout à coup^ U y a environ dix ans, une de ces pensées qui sont dues plutôt à une espèce d'inspiration instantanée qu'à une laborieuse production de Tintelligence. La possibilité d'une lailgue universelle se révéla à son esprit; il se dit à lui-même : Que faut-il pour que tous les hommes se comprennent? Une série de sigùes communs à tous, et dont tous se serviront pour exprimer les mêmes idées. — Son imagination lui présenta alors deux colonnes : Tune d'idées se succédant dans un ordre voulu, et l'autre en regard de la première, et contenant les signes placés dans un ordre correspondant à celui de la colonne des idées.

La colonne des signes ne fut pas difficile à trouver ; un alphabet quelconque foiirtiissâil Tordre dé teé sîghès.

L'ordre qui lui parut le plus rationnel pour établir sa colonne d'idées fut de procéder dit connu à l'inconnu, du degré le plus bas de l'échelle des êtres aii degré le plus élevé. — Ne nous hâtons pas de chéircher à comprendre i La lumière se fera a la lecture dû tlésumé.

Cet agencement fut le produii de quelques secondes. Mais cette inspiration devait être suivie d'un travail long et difficile.

Depuis dix ans le docteur de Sotos s'est occupé, avec toute la persévérance qu'inspire une conviction profonde, de la réalisation de sa pensée. Un projet de langue universelle, un dietionnaire, un tableau synoptique, prodige de patience et d'ingénieuses classifications, ont été imprimés en Espagne et soumis à l'examen d'hommes spéciaux, de sociétés savantes, et disons-le : tous , comme nous l'avons éprouvé nous-même, au seul nom d'une langue universelle, ont senti un sourire de défiance errer sur leurs lèvres ; toais iin exaolen pliis approfondi a fait croire que ce dessein n'était peut-être pas une chimère. Ne serions-nous pas fondés à concevoir de justes espérances de succès, quand nous voyons la sage dèâàiicè éi

LE tlUDUCTEUft kVt ËOUHES IlIt>ÂRtIAUX. tl

la prudenbé de Tatitèurf II (idhgiilte ses âîhis, âes àmîs Tencouragent; il s'adresse aux somrriitës de là scletlbe^ et il obtient ràpprobàtion des satântâ les plus distingués : Martinez de \û Rôsa , Olozagà^ ambàssàdedt près de la cour de France , Alcalà Galîano, le dllc de RiVas, J.-M. Lbpez , Valdegamaâ , Arrâzola, Cortina, Gomez delà Serna, AguitTCi Infante, Pareja, Puche, Aribau, Mora^ Modestd de la Fuente, et mille àUthës littéi'atettrb {{de nôtts ne pouvons Citer ici. Dans une sëaîiôe pi'OVoctiiée paf le présideht de T Athénée^ Martinez de la Rdsà, cé projet reçoit une approbation iinatiidie. .

Presque tous les journaux eii'rehdent compte ♦ tous font l'éloge du Pwjët cdntrë lequel aucun blâme ne lâ'élévë. n est peu d'exemples d'imàrliraité pareiHe, Unanimité si diflaclle à dbtenit* dU hioîlde sâVant.

Les teiâlions que hôds avons eues avec Tauteur, la douce amitié dont il nous honore, les explidation^ éi Claires, si précisés de son Projet , nous dnt engagé à répondre à ses désirs eh donnant une traduction française de ses ouvt'ageâ.

Avant dé nous y déterminer, nous avons consulté des hommes clôtit la sagesse et la scienbe sont bohnues dans le monde littérdlte, et après les avoir vus s'étonrier et crier comme nous à l'impossible, nous les avons entendus, après un mûr examen, nous encourager dans notre travail.

Ce Projet ailra-t-ll dé Tavenirl.. Est-ce un beau rêve dont lin réveil futur nôtis révélera PilldSlon? Nous n'en sflvohs riett. Mâîs nous croirions nianquer à ce que nous devons aux hotortieà de la science, éi hoils îie leur soumettions pas un objet burieUx dont Texamen peu pénible est propre peut-être à produire lés résultats les plus inaltcildus. — Qui sait si des peuplades hombl*euses ne lui devront pas la connaissance du càthOlibisme et la civilisation, sa compagne obligée? Là diversité des idiomes est un des plus ^ràndS obstacles â la pro-

Xll L£ TRADUCTEUR AUX UOMMRS IMPARTUUX.

pagatioii de la foi catholique; aussi de savants et zélés missionnaires encouragent nos efforts.

Dans ce siècle Texpérience a prouvé plus que jamais qu'il ne faut étouffer aucun germe dont le développement peut produire plus tard des fruits utiles au monde entier. Repoussons donc tout préjugé , toute prévention ^ et examinons avec le calme et l'impartialité de la sagesse.

Telles étaient nos pensées quand fut publié^ il y a trois mois, le Résumé analytique du Projet qui parait aujourdliui. Maïs depuis cette époque^ nos convictions sont plus fortement arrêtées , et les études nécessitées par la traduction de cet ouvrage faite sous les yeux de l'auteur, nos relations quotidiennes avec lui 5 ses raisonnements si logiques, ses explications si claires et si précises, nous forcent de dire qu^il y aurait déraison à abandonner ce Projet sans Texaminer avec soin, et que son exécution est infiniment moins difSciie que nous ne l'avions pensé. Au reste , de nouvelles assurances de succès nous ont été fournies et par les journaux qui se sont occupés du Projet, et par des lettres d'hommes recommandables qui ont étudié la question , et par de nouvelles approbations verbales que des savants nous ont données depuis la publication du Résumé , et qu'il serait trop long d'énumérer ici.

Ce n'est donc pas une chimère, nous sommes forcé de le dire; ce Projet a de l'avenir, et hâtons-nous de détruire une erreur qui pourrait jeter un nuage sur la facilité d'exécution.

On dit : Gomment ! si ce dessein réussit, il n*y aura plus qu'une seule langue ! il faudra donc renoncer à sa langue native, aux charmes que nous offrent les langues anciennes, à tous les agréments de la littérature moderne?... Et qui vous a dit de pareilles choses? Telle n'est point la pensée de l'auteur ; il veut vous offrir un moyen facile de communiquer

iK TRADUCTEUR AUX HOMMES IMPARTIAUX. Xtli

avec toutes les nations, surtout par Fécriture, donner aux savants chez tous les peuples un idiome à Taide duquel ils se comprendront tous. Ce n'est pas une langue vulgaire qu'il établit d'abord; il est bien probable que plus tard les hommes de tous les pays demanderont eux-mêmes à communiquer ainsi entre eux par la parole; mais rassurez-vous, vous conserverez toutes vos richesses et la facilité du langage maternel et les belles pages de Démosthène, de Cicéron, les charmantes poésies de Virgile, les productions littéraires de rAllemagne, de l'Italie, de l'Espagne, la riche littérature de notre France. Vous n'avez rien- à perdre , vous avez tout à gagner.

Mais est-il bien vrai que cette langue soit si facile, si claire, si riche, si analytique et si favorable aux progrès de toutes les sciences ? Il nous est impossible de détailler ici les preuves irréfragables qui se trouvent dans le Projet. Nous engageons les lecteurs à jeter un coup d'œil sur la table des matières et à consulter les articles qui exciteront le plus leur curiosité. Nous sommes persuadé que cela suffira pour qu'ils partagent nos profondes convictions.

Mais conament la propager, la faire admettre ? — Ce serait un avantage immense, n'est-ce pas? Eh bien! veuillons, et toutes les diflScultés vont s'aplanir. — Que les savants examinent promptement ce Projet, qu'ils le sanctionnent après les améliorations qu'on croira utiles, qu'ils donnent leur concours à la formation définitive du langage, que les gouvernements viennent en aide, et bientôt l'étude de cette langue fera partie obligée de l'éducation dans tous les pays; que chaque nation établisse un journal écrit dans cet idiome, tous les savants et bientôt tous les hommes pourront se communiquer leur pensée avec une facilité prodigieuse.

Nous croyons que le moment est arrivé où les nations doi-

:|^iy L^ TEABUGTEUR AUX HOMMES IMPARTUUX^

vent jouir de cç précieux avdut^ç ; eU§8 ont \o\!^ le roçtç , l'industrie étonne toutes les intelligences, les invçntion^ modernes effrayent par }^ profondeur de leur conpeptipfl,}^ Iqcqmotion n'a plus de borne§ dans sa vitesse, et bieptôt tf e^ aur^ plus daifs son étepdue; 1^ pensée écrite yole d'un t)out 4u monde à ^autr^ avec la promptitude dn flujde électrique. Tous les peuples se donnent la m^in» il ne leur niapque que le langage fnûy^rsel, Oui, ils T^nront, et quel que soit le Projet, quelles que soient les combinaisons de diverg projets, la France doit prendre Tinitiative ; sa position, son influence lui en font nn deyoir. Et cette ^^n^, 1^55^ i^e p9f?aît-elle p£^s devoir donner naissance à ce langage?... Cette réunipn de savants industriels, de savant? littérateurs, attirés à notre capitale par cette Exposition de fous les produits de runivjerç, n'ûilre-t-elle pas l'occasion d^ se cqmniuiiiquer l.çs idées fa-^ vorables à ce Projet, de les discuter, d'aviser aux moyens d'exécution ?

Coiij âge jlonc ! travaillons tous à (X)nquérir un bien qui doit avoir (je si |['içhes résultats. Que tous les niembres de^ Congrès linguistiques qui travaillent ^yeç |fin);d^af4enr à Tamélioration des langues, se préoccupent vivenient deTheureux succès d'un dessein si utile; ils auront rendu un service immense à l'humanité. Et vous^ membres de ce corps savant, de cet Institut de Paris d'où jaillit tjnt de lumière, c'est sous votre protection que ce Projet est placé j si ypus le voulez, vous pouvez lui donner la vie, procurer son (Jévjeloppement, étendre ses bienfaits à tout l'univers ; alors le paonde vous devra une éternelle reconnaissance.

VIMDBS VU VAJBVBCWL

FreviIre note. Nous conservons cina articles, que noy^ avoQs Pi}))lié8 iajjxç yffefdido^ journal de Madrid, ^u mois de juillet ^e |8é$| §t ppjis les montrerons à quiconque voudra les lire. Nous y avoirs établi ^es mêmes bases pour la langue universelle que nous établissons dans notre Projet, et elles ont été conservées sans aucune altération dans tous les essais que nous avons faits sur ce sujet pendant dix ans. Il y a eu cependant qudquesvariations accidentelles dans notre plan, et il y en a quelquesunes qui méritent un examen spécial. En attendant que nous puissions nous en occuper, nous ferons quelques indications sur un point qui nous parait très-important, et dans lequel on pourrait préférer notre première pensée à celle que nous avons suivie dans le Projet.

Nous proposions, dans un des cinq articles cités, d'admettre dans Talphabet trois lettres de plus : Vu français, le ch et le gn , en simplifiant le caractère double des deux dernières. Ces trois lettres devaient être exclusivement euphoniques et employées à volonté sans aucune influence sur le sens des mots. Ce système aurait été très-avantageux pour faire disparaître la monotonie qui est le plus grave inconvénient que trouvent plusieurs savants dans notre Projet. Nous reconnaissons cet avantage , et rembarras que ces lettres sans aucun sens pourraient offrir ne nous paraît pas considérable , puisqu'on suppose qu'on ne les emploierait qu'avec réserve. Cependant nous avons renoncé à cette pensée, parce que l'inconvénient de multiplier les sons, spécialement les voyelles , dans une langue qui doit être le lien de tous les peuples de la terre, l'emporte sur l'avantage ci-dessus indiqué. C'a été l'opinion de presque toutes les personnes que nous avons consultées sur ce point , qui nous a laissé indécis pendant longtemps. Cet inconvénient serait peut-être beaucoup moins

XVI NOTES DE l'AI'TEI'R.

conBidérable après que la langue serait devenue habituelle ; mais nous le croyons extrêmement grave avant cette époque. Nous avons traité cette question exprès et avec une certaine étendue au n« 63» et nous engageons les savants à envisager sous tous les rapports la question relative au nombre des lettres de Talphabet. Elle est très-importante pour la simplicité d'une langue et pour la facilité de la rendre universelle chez tous les peuples.

Deuxième note. L'auteur prie MM. les Rédacteurs des Journaux et tous les savants qui parleraient de son Projet dans leurs écrits, de vouloir bien lui adresser un exemplaire de leur production, quai des Ormes, 70, à Paris, afin d'établir, dans Pintérêt de la science, un point central où se réuniraient tontes les discussions et toutes les observations relatives Sb une chose si importante.

•^ je,exemph mre. — BC

pinceau. <i itecture, i ton, mesuj bour, cordj

.* Métiers j lépendand es, et leurë société et g{ mt. — Leuï imeute, co} le gouverne . — Aristoc ^naux y trai , — DO, l^ i.~DU, Té — Provj linistre^ p B.==F,;.

personnel :] , avocat, e tence, app

fouet, b^ , finances soient , ca

^*îi

INTRODUCTION

Si uoa liogua esiet in muodo, aeeederet in effectu generi humano tertia pan tIub, quippe qam liogulu Impenditur. LeOmitz , iom, \ , 6' êdiUtm de Gênes 4768 , page 297.

L — Une des pensées qni occupent le plus les philosophes depuis deux siècles , c'est celle de trouver une langue universelle qui puisse établir une communication facile entre tous les peuples de la terre , ou au moins entre leurs savants.

En effet y on ne peut pas méconnaître les avantages immenses qui en seraient le résultat direct, immédiat et nécessaire , et qui en prépareraient d'autres non moins importants. Tels seraient la civilisation des peuples sauvages , leur conversion au christia-

2 INTRODUCTION

nisme et peut-être une espèce de fasioo générale de toutes les nations : fusion vers laquelle rhumanité éprouve une tendance fort remarquable. Nous n'entrerons pas dans tous les détails de ces avantages : nous nous bornerons à en citer quelques-uns.

Parlons d'abord de celui qu'exprime Leibnitz dans l'épigraphe que nous avons placée à la tête de cette Introduction. Pour en bien apprécier la valeur, il faut remarquer que le temps employé ordinairement à l'étude des langues est celui de la jeunesse : ce temps précieux que l'homme devrait consacrer à former soK esprit , à le fortifier et à lui inspirer le goût des sciences et des arts par des études utiles , solides , et en même temps agréables et pleines d'attrait. Eh bien 1 la nécessité de s'appliquer à l'étude de plusieurs langues force l'homme à remplacer ces études par d'autres qui sont ordinairement arides et capables d'émousser, de dessécher et d'épuiser les plus robustes esprits au grand préjudice de toutes les sciences.

Loin de nous la pensée d'interdire à toijs réti|(Je des aqires langues vivantes et des Iqingues iQortes a^ particulier; chacun, après avoir joui des ayaptagea qu'offre le langage universel ^ poqrra s'imppper une autre tâche et étudier les langues qpi lui offriront leurs charmes.

2" L'établissement d'une langue uoiverselle viendrft stimuler de la manière la plus énergique \» zèle^

rewthouaiasuje et rémulatjq^ 4^3 auteur» ; }( favprèerft pflis^qiiaroept Ippfs 'm\.^sèt^ flapiérie|s, ^t^s ç^açes prqduirpijl uaj^ inflpei^ce immense sur le progrès d^ V^ute^ les counaisa^nces humaines.

Ue^prlf de rhomiï^ei en §'^dres3ani sm gepre )iummi^ tout aptier pour Ipi cpmmuijiquer ses idées et sçç se^Upepts, prend naturellement l'essor, con-r çenlfriB ^ps forcps pt se piflltiplje ep quelque sorte afiq ^e répondre à la hi^ute mission dopt il se seqt cl^argé. Alors ses yi^ps devienijent plps élevées, se§ prq.- (luctions plps solides et plus énergiques. J^^ jntéps rets matériels^ qui ^ugmenf^pt à ipe^iire qpe l^ ouvrages des auteurs opt un (Jébit plus considérable pairi^i }ps peuples oif s'étend la connaissance de la langue , viennent encore soutenir leur zèle et leur acr tivité.

3" Cps avantages, si favorables 4éjà au prpgrès^es spienoe^, de§ arts, 4p rjpfjtt^trie et d\n commerce ^ sfi généraliseraient pt se pjultipjjrjiippt p^f lej çppn cqurs simultané des luq^ièrps de ^g§ ]es sayaptif ^ul ipQpde; puisqu'il^ se pompippiqjj^rgien^ en);fe eux (precterpent et continuellep^ep^ leurs i4éf9s ^ur f^ou{w les br^nphes de la science )iupiaine , pt »pr Ips pop}rî breuses r3nii6ca);ion§ dppt eljes popt cpp^pos^, Ç^ cpncQurs devipp^RÎ^ 4^ JP^? ^» jp^r tjipp plus ^pr «Wp pt r!ps eflSçace que (^^ps }e§ tefpp^ apcjep^, 9 ccipse 4e rimmep^p fpultip)}pit^é (i^s jQprP?»*^^ ^l d?*l

INTRODUCTION

autres modes d'instraction qai n'existaient pas alors : sans parler de l'étonnante facilité et de la prodigieuse rapidité des communications par la vapeur, par les chemins de fer et par les télégraphes électriques.

4" Ajoutons encore les avantages que chaque individu peut obtenir par la connaissance d'une langue universelle , soit en profitant dans sa patrie de tous les progrès dont nous avons parlé, soit en voyageant dans tous les pays du monde, et pouvant comprendre et être compris partout. Tels sont les avantages d'une langue universelle quelle qu'elle soit. Celle que nous proposons en offrira beaucoup d'autres. Nous n'en parlerons qu'après avoir fait connaître tout ce qui la concerne, afin qu'on puisse parfaitement les apprécier.

IL — Les pensées qui ont occupé les esprits sur cette matière sont devenues de nos jours un vrai besoin social fortement et vivement senti , qui demande à être satisfait; cette circonstance est un motif puissant pour espérer que la divine Providence viendra au secours de l'humanité, en la faisant marcher par la voie de progrès successifs selon ses incompréhensibles desseins. C'est pourquoi des savants, s'appuyant sur cette idée de la Providence et sans se fixer sur aucun plan ni sur aucun projet positif d'une langue universelle , ont un vif pressentiment et une

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conviction morale de la prochaine découverte de cette langue.

Il ne faut donc pas s'étonner de voir arriver ce moment. Celte confiance deviendra encore plus grande lorsqu'on se rendra compte de la pensée qui se pré* senta à nous comme une inspiration subite, laquelle comprend tout entière la langue que nous proposons. Cette pensée se réduit à établir une parfaite correspondance entre Tordre naturel et logique, des choses signifiées et Tordre alphabétique des mots employés pour les exprimer.

En parlant d'une inspiration subite , nous ne voulons pas indiquer une inspiration surnaturelle, mais seulement la manière ordinaire qu'emploie la Providence en dirigeant toutes les causes naturelles pour arriver à Taccomplissement de ses desseins. Néanmoins nous ne pouvons pas mécounaitre que cette pensée , aussi simple que féconde en résultats , n'est aucunement due à nos efforts. Nous en étions si éloigné, que Tidée de nous occuper de la formation d'une langue universelle ne s'était jamais présentée à notre esprit avant cette inspiration. Ainsi nous n'avons mis de notre côté qu'un peu de patience pour développer les détails de cette langue. Cela explique comment nous avons pu, avec très-peu de connaissances, avec une capacité très-médiocre, sans ressources extérieures d'aucun genre, exécuter le

6 INTRODUCTION

plâh d^tine eûtreprise qai de présefate cot&me colossale, tandis que les hommes les plus distingués n^ont pas encore têusôi à former un prbjet Complet de langue universelle. Atlséi atoûortâ-tlous avec Une entière conviction, avec franchise et sans arriére-pensée, que les savâtità tJUi se sont occupés de ce sujet depuis Leibnltz jusqu'à nos jours auraient sans doute ttavaillé avec plus de succès , et (Jii'ils auraient fait beaiiCoup plus et beaucoup riiiieux dans quelques mbis qtie nous fa'avons fait dans les nombreuses années employées à cette tâche. Il se trouvera peut-être des personnes qui ne croiront pas à la sincérité de jdos aveUx. S'il y en a , bous les plaignons, parce que ce serait une preuve bien positive qu'elles ne se sentent pas assez de force pour sacrifier, dans de pareilles circonstances, leur amour-propre à la vérité.

11 né serait pas hors de propos de parler ici des efforts qu'ont faits plusieurs philosophes, surtout depuis Leibnitz, pour préparer et pour rendre plus facile tout projet d'une langue universelle, au moins pour les savants. Mais le désir d'être court nous fait y renoHcer pour le moment, d'autant plus que leurs observations sont trop générales et n'ont presque aucun rapport à la base unique sur laquelle se fonde notre projet tout entier.

mT&ODUGTION. 7

III, — Voici Tordre que nous allons suivre dans nos travaux :

1* Nous offrirons le projet de la langue universelle et sa grammaire dans tous ses détails; savoir ses bases générales, Talphabet, la formation de toutes les parties du discours , la syntaxe , la prosodie et l'orthographe , avec les règles qui s'y rapportent.

2* Nous présenterons les propriétés qui caractérisent cette langue et qui sont les conséquences de ses principes constitutifs, et nous en déduirons ses avantages sur toutes les autres langues , même dans son état d'essai. Ces heureux résultats deviendront sans doute beaucoup plus remarquables par les améliorations qu'elle obtiendra, grâce au concours de lumières que fourniront les savants qui prendront part à sa formation définitive. Voyez les n°'51 et 52.

3* Nous examinerons les difficultés et les objections qu'on a proposées contre ce projet , en les faisant ressortir autant qu'il est possible de le faire. Ensuite nous donnerons les solutions et les explications que nous croirons convenables, en avouant sans détour les imperfections qu'on pourra trouver dans le projet.

4* Nous traiterons aussi quelques questions importantes sur le meilleur moyen de former cette langue d'une manière définitive. Pour contribuer selon nos forces à les résoudre, nous indiquerons les différents

INTRODUCTION

points qu'on doit discuter y et nous émettrons notre opinion avec plus ou moins d'assurance.

5"* Nous ajouterons quelques appendices comme éclaircissement de quelques-unes des matières qu'on a traitées dans le Projet.

6* Nous publierons l'essai du dictionnaire tel que nous le comprenons maintenant , en engageant les savants à y travailler pour en corriger les fautes , pour en remplir les lacunes , et surtout pour améliorer et compléter les classifications relatives à l'histoire naturelle , à la médecine et à d'autres matières très-importantes.

7' Ce travail sera suivi d'un tableau synoptique du dictionnaire, qui rendra très-facile la connaissance de la langue.

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