ANCIENS SOLDATS
La nécessité d'avoir de bons cadres et un certain nombre d'anciens soldats n'est pas douteuse; mais il faut éviter les abus dans lesquels on est tombé précédemment. Nous avions dans nos rég*imehts un g*rand nombre de vieux soldats incapables de supporter les fatig'ues d'une campagne et qui avaient
été retenus sous les drapeaux par Tappât de primes considérables.
Par la loi de 1855, TÉtàt avait pris la place des compag^nies de remplacement. On avait espéré retenir au service d'anciens soldats; on s'aperçut bientôt d'un déficit énorme entre les exonérations et les reng^ag'ements. Ordre fut donné dans tous les corps de les encourag^er par tous les moyens possibles, et au besoin de passer sur bien des peccadilles. Cette mesure ne suffisant pas encore, on eut recours aux remplaçants administratifs, dont la mauvaise conduite, Tivrog^nerie et les désertions fréquentes abaissèrent le niveau moral de l'armée.
Après ving*t-cinq ans de service, ces hommes avaient droit à une retraite qui variait entre 365 et 500 francs, suivant leurs services, et ils en jouissaient en moyenne pendant dix ans. Ainsi l'Etat devait les entretenir pendant trente-cinq ans. Avec l'arg'ent dépensé et en supposant le service réduit à deux années complètes, chacun de ces anciens soldats nous coûtait autant que dix -sept hommes jeunes et vig^oureux, que nous aurions pu mettre en lig^ne au moment du dang^er.
Certes, beaucoup d'entre eux avaient été d'excellents soldats; ils avaient pendant dix ou douze ans donné Texemple de l'entrain et de l'énerg'ie ; ils nous avaient rendu de bons services : mais la vie de caserne use vite, et, pour quelques-uns qui conservent jusqu'à la fin la vig'ueur et le moral nécessaires à un soldat, beaucoup s'étiolaient, se condui-
salent maJ, dég^oùtaient les conscrits de leur métier et perpétuaient dans notre armée des habitudes d'ivrog*nerie et de mauvaise conduite. Loin de bannir les anciens soldats de nos ranges, encourag*eonsles par tous les moyens possibles, mais posons en principe que tout soldat après huit ans de service, et que tout sous-officier après douze, doit quitter Tarmée. Si de rares exceptions sont admises, elles seront faites en faveur de sous-officiers d'une conduite et d'un mérite exceptionnels. A leur cong'é, ces vétérans recevront une place civile suivant leur aptitude. Il suffit d'établir cette règ*le, que les places seront toujours données de préférence aux militaires ayant passé un certain nombre d'années sous les drapeaux et remplissant les conditions exig'ées.
A qui les places des administrations sont-elles données habituellement? A des jeunes g'ens qui n'arrivent qu'à force de démarches et de recommandations à un emploi de surnuméraire, dans lequel ils vég'ètent pendant des années.
Le service étant obligfatoire, on passera par l'armée avant d'être admis dans une administration quelconque. N'est-il pas juste, dès lors, que les places soient données de préférence à ceux qui s'en montrent les plus dig'nes par leur aptitude et les services rendus à l'Etat? Nous avons inscrit dans nos lois l'ég'alité sociale et l'admissibilité à tous les emplois. N'est-ce pas là une vaine formule, tant que nous ne donnons pas à chacun les moyens d'y
arriver par son travail et ses services? Beaucoup de jeunes g*ens, qui resteront dans Farmée pour acquérir des droits à un emploi, ne la quitteront pas s'ils entrevoient la possibilité de devenir olliciers; d'où résulte le double avantagée de diminuer le nombre des postulants dans les administrations et d'améliorer nos cadres. Pour aug*menter le bien-être des militaires qui dépasseront le terme fixé pour la présence sous les drapeaux {deux ans pour T infanterie, trois ans pour les autres armes)^ on pourrait donner sur la caisse des vétérans trente centimes aux sousolïîciers et ving't centimes aux caporaux et aux soldats. Quatre millions par an suffiront pour payer cette prime à cinquante mille vétérans.
CADRES d'officiers.
En Prusse, lorsqu'un jeune homme désire devenir officier, il se munit tout d'abord de deux certificats : l'un constatant qu'il a subi les examens de freiwillig^ et il lui suffit d'avoir poussé ses études jusqu'à sa seconde; l'autre établissant que sa famille est en situation de lui faire une pension pendant sa carrière. Suivant le plus ou moins d'élég^ance des corps d'officiers, elJe varie de quinze à ving*! thalers par mois. Le postulant se présente alors eliez le colonel du rég'iment où il désire servir. Si son physique, ses manières et surtout la position sociale de sa famille conviennent, il est accepté; sans quoi, il va se présenter successivement chez plusieurs
autres chefs de corps, jusqu'à ce qu'il trouve un colonel qui veuille bien l'accepter. Généralement le candidat a appris l'exercice avant de s'eng'ag^er; dans le cas contraire, on le confie à un sous-officier, qui a pour lui tous les ég'ards dus à un futur supérieur. 11 doit séjourner quelques seniaines à la caserne, mais cette corvée lui est le plus souvent évitée. 11 se log'e en ville, prend ses repas à l'hôtel qu'il choisit selon ses ressources pécuniaires, et il devient en quelques naois caporal et sous-officier. A la fin de Tannée il passe un examen, à la suite duquel il est nommé officier de la landwehr, s'il veut quitter le service; s'il désire suivre sa carrière militaire, il devient enseig*ne porte-épée; son colonel l'envoie passer une année dans une école de la g'uerre, et, selon les vacances, il est nommé plus ou moins vite; mais il faut, dans tous les cas, qu'il soit accepté par le corps d'officiers du rég'iment.
Beaucoup d'officiers n'ont pas une fortune qui leur permette d'assurer à leurs enfants la pension exig^ée ; on y remédie en les admettant dans les écoles militaires, où ils sont reçus à l'âgée de dix ans ; les premiers numéros en sortent officiers et les autres enseig*nes. En somme, le bon plaisir et la faveur ont la plus g^rand^ part à ces nominations. Ce recrutement est loin d'offrir les g»aranties d'instruction de nos examens de Saint-Gyr et de TEcole polytechnique, où le concours est ouvert pour tous. Mais c'est dans les cours suivis dans les écoles de la g-uerre qu'apparaît le g*énie pratique de la Prusse.
Les professeurs sont choisis parmi les officiers les plus disting*ués et les plus expérimentés. Ils ne s'éternisent pas dans leurs positions. L'enseig*nement est éminemment pratique. Pendant que nous nous oublions dans l'histoire du passé, ils étudient les règ'lements, les manœuvres, leur emploi et l'esprit qui a présidé à leur rédaction ; enfin toutes les parties techniques de l'arme pour laquelle l'école a été créée.
Tous les g^rades sont donnés à l'ancienneté, mais, pour éviter des nominations qui n'offriraient pas toutes les g^aranties désirables, les officiers qui gênent sont admis à faire valoir leurs droits à la retraite. C'est surtout pour le g'rade de major que l'épuration a lieu.
Les officiers d'état-major sont pris dans toutes les armes, après avoir passé les examens les plus sérieux; leur instruction est dirig'ée avec le plus grand soin. Quand ils ne remplissent plus les conditions d'un bon service auprès des généraux, ils sont renvoyés dans les autres armes, au grand détriment de ceux qui y sont restés.
Notre corps d'élat-major sera sans doute réorganisé. On s'est aperçu que les examens passés à la sortie de Saint-Gyr n'étaient pas suffisants pour pouvoir discerner l'aptitude des candidats et leur vocation. Il suffira probablement d'ouvrir le concours à tous les capitaines de l'armée, en assurant aux élus des avantages sérieux au point de vue de l'avancement, et en modifiant l'enseignement de
l'école. Changeons de même les cours suivis à Saint-Cyr, rendons-les plus spéciaux, et créons dans les différentes armes des écoles militaires secondaires pour les sous-officiers proposés à Tavancement et les officiers à brevet. Les cours seraient faits par des officiers comptant à leur corps et qui seraient changés tous les troîs ans; la durée de ces cours serait de six mois. Ils auraient lieu du 1" octobre au 1*' avril, afin que personne ne fût absent pendant la saison des manœuvres. On y admettrait : 1® les sous - officiers acceptés par rinspecteur pour le grade de sous-lieutenant; ils seraient nommés après avoir satisfait à un examen de sortie. Ce séjour à T école leur serait trèsprofitable sous tous les rapports. Leur prestige sur la troupe y gagnerait beaucoup. 2"* Les engagés volontaires ou les jeunes soldats ayant six mois de service effectif qui auraient satisfait à des examens sérieux passés devant une commission spéciale nommée par le ministre, et qui désireraient obtenir le brevet d'officier en quittant Tarmée ac^ tive. Ces jeunes gens seraient d'une grande ressource en temps de guerre; on les placerait à la suite des corps ; ils ne pourraient aspirer à l'avancement normaL Ceux qui ont une grande habitude du cheval et qui ont servi dans la cavalerie retourneraient dans leurs régiments ou seraient détachés dans les états-majors ; les autres seraient affectés à l'infanterie. Les officiers à brevet achèteraient ainsi, par leur passage dans une école secon-
daire et un travail sérieux de six mois, le droit de ne faire la g^uerre qu'avec le g*rade d'officier. Beaucoup d'entre eux, après quelques années passées dans la réserve, ayant perdu l'habitude des fatig^ues, auraient pu à peine porter leur sac. Ils auraient dépensé toute leur intellig'ence et leur énerg*ie pour arriver à suivre leurs camarades. Comme officiers à la suite, ils rendront de g^rands services pour les reconnaissances, le commandement de petits postes importants, qui leur seront confiés de préférence à des sous-officiers. Il arrive trop souvent que pendant le combat des compag^nies se trouvent commandées par des sous-officiers, que, par suite des chances de la g*uerre, on est appelé à donner l'épaulette à des sous-officiers sans services, sans instruction, sans aptitude ; il faut faire des officiers quand même. La création d'officiers à brevet remédierait larg^ement à tous ces inconvénients.
L'avantag'e de faire la g'uerre dans une position analog'ue à celle d'officier donnera une g'rande émulation, et le choix s'exercera dans les meilleures conditions. Ce sera en outre une g*rande ressource pour nos bataillons de remplacement. La plus stricte économie devra présider à l'établissement de ces écoles ; au lieu d'être disséminés dans le rég*iment , les sous-officiers et les volontaires Seront réunis pour leur instruction , ils auront des officiers pour professeurs ; on pourra choisir pour locaux les casernes les mieux appropriées à ce but : la dépense sera donc très-mniime;