MOBILISATION. — CIRCONSCRIPTIONS DE RECRUTEMENT
La mobilisation de Tarmée allemande se fait trèspromptement; les corps d'armée occupent toujours les mêmes provinces, et leur recrutement est local. Chaque division tire ses ressources du pays même qu'elle occupe. Cette org*anisation est possible en Allemag*ne, où Tinég^alité sociale a permis d'introduire dans l'armée une discipline brutale inadmissible chez nous.
Certaines tendances qui se sont fait jour dans quelques-unes de nos provinces, pendant la guerre, ont assez de portée pour que l'on considère comme dangereuse une organisation qui permettrait aux corps d'armée d'occuper toujours les mêmes emplacements et de s'y recruter. Il y a cinquante-sept ans que les provinces rhénanes sont incorporées à la Prusse; elles sont loin d'être assimilées. L'esprit d'antagonisme existe à l'état latent, il suffirait d'une bonne occasion pour qu'il se fît jour. Le recrutement local n'en est-il pas cause? Son seul avantage est dans la prompte mobilisation de l'armée.
Ne pourrait-on pas arriver au même résultat en employant des moyens différents?
Je suppose la France divisée en cinquante circon-
scriptions territoriales de recrutement. Chacune des cinquante divisions actives recruterait son infanterie dans la circonscription la plus rapprochée de son quartier g^énéral. Les chang^ements de g'arnison n'auraient lieu que tous les deux ans, et Farmée entière se mettrait en mouvement à la fois, chaque corps d'armée prendrait l'emplacement de son voisin. Après un certain laps de temps, les ving^t-cinq corps d'armée auraient ainsi occupé successivement toutes les parties de la France et de l'Alg'érie. Les rég^iments du nord n'iraient plus directement dans le midi, et réciproquement. Au moment de la mobilisation , les réserves n'auraient en moyenne que vingt-cinq à trente lieues à parcourir pour rejoindre leurs corps; elle pourrait donc être aussi prompte que possible.
La cavalerie, l'artillerie et le g^énie continueraient à se recruter partout où l'on trouve des ouvriers d'art et des hommes ayant l'habitude du cheval; ils seraient toujours classés dans les rég^iments les plus rapprochés de leur pays.