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MANŒUVRES

Les camps sont le complément d'une bonne ins* truction militaire ; mais, pour qu'ils atteignent leur but, il est nécessaire que les troupes qui en font

partie se trouvent dans des conditions presque identiques à celles d'une armée en campag^ne.

Le camp de Châlons, comme tous les camps permanents, s'éloig^nait beaucoup de ce prog'ramme.

Les rég^iments avaient des effectifs très-restreinls, les officiers avaient à peine sous leurs ordres le tiers des hommes qu'ils étaient appelés à commander sur le pied de guerre.

Les troupes arrivaient de tous les points, voyag^eant par g'roupes de 4 à 500 hommes. Elles n'apprenaient pas à marcher par masses de 20 à 25,000 hommes, les trois armes réunies, comme cela a toujours lieu devant l'ennemi. Les rég*iments étaient installés sous de g*randes tentes ou dans des baraques aussi confortables que les meilleures casernes; ils n'apprenaient pas à camper sérieusement. Le terrain, plat et découvert, était bon pour des évolutions de lig*ne, mais il n'exerçait pas le coup d'œil des officiers et des g^énéraux. Ne serait il pas préférable de le remplacer par de grandes manœuvres de corps d'armée qui auraient lieu tous les ans, dans le mois de septembre, avec les efîectifs des rég-iments au complet? Les hommes des deux classes de la réserve d'infanterie, les deux premières classes à marcher, seraient convoqués à l'étatmajor de leurs rég^iments. Après avoir pris leurs effets militaires au chef-lieu de canton ou d'arrondissement, ils rejoindraient leurs corps; ils recevraient leurs armes et leur équippement à Tétatmajor de la division, et seraient incorporés dans

leurs compagnies respectives. La division se met alors en marche avec deux escadrons et une ou deux des batteries qui lui sont destinées. Elle campe à chaque étape sur des terrains vag^ues et dont les récoltes ont été enlevées. On prend à cet effet dbs arrangpements avec les villes, dont le commerce, du reste, g^ag^nerait au passag'e d'un aussi grand nombre d'hommes. Les soldats apprendront ainsi à marcher en ordre et à ne pas perdre leurs distances. Les officiers en comprendront l'importance et prendront l'habitude d'exercer une police constante sur leurs subordonnés^ les moindres dégâts devant être l'objet de réclamations auxquelles on serait obligé de faire droit. Des points de réunion pourraient être donnés aux divisions d'un même corps d'armée sur des terrains permettant de manœuvrer et de faire tirer à la cible les hommes de la réserve. Il va sans dire que pendant toutes les marches on se garderait militairement et que l'on appliquerait à la lettre le service en campagne. Le camp levé, les divisions rejoignent leurs garnisons par des routes différentes, si c'est possible. Les grandes manœuvres auront duré de vingt à vingt-cinq jours, tout compris. Les hommes de la réserve seront désarmés et renvoyés dans leurs foyers.

Le corps d'armée composé de turcos et d'infanterie de marine, les deux corps en garnison à Paris et celuid'Afrique, ne pourraient pas prendre partàcette instruction. Les deux classes de la réserve des vingttrois autres s'élèveront à 243,000 hommes. En sup-

posant 6 francs pour frais de route en moyenne pour chacun d'eux (nous avons vu que les plus éloig'nés n'avaient pas plus de vinçt-cinq ou trente lieues à faire), leur déplacement reviendrait à l'État à moins de 1,500,000 francs, couverts et au delà par les 2 millions que la nouvelle org^anisatiôn fait économiser à l'Etat sur le service de marche et les transports g^énéraux. Le budg^et de la g^uerre comprend une somme de 2 millions, répartis sur différents chapitres, pour dépenses accessoires du camp de Châlons. Si, d'un autre côté, nous comptons la solde de tous les rég^iments qui se rendaient au camp des points les plus éloig'nés, et la solde de rassemblement des 30,000 hommes qui y séjournaient pendant trois mois et demi, nous arrivons facilement au chiffre de 4 millions, qui nous permettra de faire face aux dépenses g'énérales, en dehors de la solde des troupes. Après les g^randes manœuvres, le ministre pourra envoyer par anticipation dans ses foyers une partie de la classe à libérer, pour se couvrir des frais de la solde et des vivres de 243,000 hommes : ce serait environ 38,000 hommes. Toutes ces dépenses n'ont pu être établies que très-approximativement. On peut faire varier la durée des manœuvres, les espaces à parcourir et la quantité des hommes du conting^ent à renvoyer dans leurs foyers ; il serait donc toujours facile d'y pourvoir sans dérang^er l'équilibre du budget.

Pour que cette instruction serve à tout le monde, l'intendance pourrait être charg'ée des distributions

de viande, de sucre et de café. Elle ferait en outre confectionner le pain parles ouvriers d administration, dans les fours des localités environnantes. Les équipag*es militaires feraient les transports, qui seraient mis en rapport avec les ressources dont ils disposent. La prévôté accompag*nera les colonnes.

Les avantagées de ces manœuvres sont incontestables sous le double rapport de Tinstruction militaire et de la mobilisation. Chacun se trouvera embarrassé tout d'abord; mais, après une ou deux expériences, les réserves rejoindront leurs corps aussi facilement que si elles se trouvaient dans la même ville.

Le service de Tinfanterie consisterait donc à passer de dix-huit mois à deux ans sous les drapeaux et à assister aux mobilisations de leurs deux premières années de réserve.

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