‹ Projet de réorganisation militaireChapitre 26 sur 32 · ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION

L'intendance est charg^ée de pourvoir à tous les besoins du soldat. Cette tâche, déjà si difficile avec des armées peu nombreuses et dans des g^uerres que Ton pouvait préparer de long*ue main, est devenue presque impossible à remplir. C'est un million d'hommes que la France tiendra toujours prêts à marcher à la frontière.

Quels approvisionnements de toute espèce ne nécessitent pas de telles concentrations! Les débuts surtout seront pénibles; c'est alors que les corps

doivent faciliter aux intendants leur mission. Ne pourrait-on pas admettre en principe que le convoi de l'administration n'est qu'une réserve avec laquelle on vient au secours des corps, lorsqu'ils n'ont pas trouvé à vivre sur le pays? Un officier de l'étatmajor de la division serait charg'é de se renseigner sur les ressources qu'offrent les localités qu'elle doit occuper ou qui sont assez rapprochées de son campement, et d'en prévenir les corps. Le premier soin de tout chef de détachement serait de requérir les vivres disponibles et de les solder avec des bon» que payerait l'officier d'administration désigné pour ce service.

En marche il est impossible à l'administration de réunir des ressources dispersées dans plusieurs villag^es, et cela en quelques heures. Les distributions ne lui en laissent pas le temps. L'aurait-elle, que les moyens de transport lui manqueraient. Les campag'nes offrent toujours de g*randes ressources : avec de l'arguent on les ferait sortir pour ainsi dire sous ses pas. Les paysans viendraient d'eux-mêmes porter les vivres sur tous les points qu'ils sauraient occupés. Dans les villag^es, presque toutes les maisons ont des fours, et il serait souvent facile de fabriquer un pain que les soldats trouveraient toujours préférable au biscuit. Les habitants s'en chargéeraient eux-mêmes, il suffirait de leur fournir la farine ou de leur payer celle qu'ils ont ; nous en avons fait souvent l'expérience dans cette g*uerre.

Les soldats trouveront aussi des vaches, des mou-

— Tâtons ou des porcs qui n'auraient été d'aucune res-r source pour l'administration, et qui pourraient être distribués aux détachements. Ce sera autant d'éparg^né pour le troupeau. Cette manière d'opérer ne sera pas toujours suffisante, loin de là, mais elle viendra toujours en aide à l'intendance, et, en fait d'alimentation, les moindres ressources ne doivent pas être néglig'ées.

Les distributions sont souvent d'une g^rande difficulté en campag^ne; elles prennent tous les instants des officiers comptables qui sans cela pourraient s'occuper de l'approvisionnement de la division. D'un autre côté, les soldats passent leur journée à chercher le campement de la sous-intendance, à attendre leur tour, et fort heureux encore s'ils ne reviennent pas les mains vides. L'administration se délivrerait d'un g^rand souci en désig*nant pour chaque corps un certain nombre de voitures charg'ées de quatre ou six jours de vivres de toute nature. Un sous-officier désig*né par le colonel les accompa gênerait toujours. A l'arrivée au bivouac, il les dirig'erait sur le campement du rég'iment. La distribution terminée, elles iraient rejoindre le convoi. Cet approvisionnement partiel serait complété tous les trois ou quatre jours.

En paix, les sous-intendants sont surchargés de travail, leur action s'étend sur toutes les branches de l'administration militaire. Il leur arrive forcémentde signer des pièces qu'ils ne peuvent pas vérifier. Le règlement le reconnaît implicitement puisqu'il a mis

leur responsabilité à couvert. Absorbés par ce travail journalier, ils n'ont pas le temps de s'occuper de questions dont Tétude constante développerait en eux des connaissances administratives bien précieuses. Je veux parler de la statistique des ressources en vivres de toute nature qu'offre le pays. Des rapports mensuels pourraient être envoyés par eux au ministère et centralisés dans un des bureaux d'administration centrale. Il eût été évidemment d'un g»rand secours pour l'intendance de nos armées de savoir au juste les quantités de viande et de farine qu'elle pouvait trouver sur les différents points du territoire, et surtout à qui elle pouvait s'adresser pour se les procurer. Il semble donc nécessaire de décharg'er l'administration de tout ce que les corps pourront g^érer eux-mêmes. Les commissionSy d'ordinaire, achètent déjà 300 g*rammes de pain par homme ; pourquoi n'en achèterait-elle pas aussi bien un 1 kilogramme? Lorsqu'il y a vingt ans on a abandonné cette innovation tentée par le g^énéral d^Hautpoul, les conditions n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui: les chemins de fer ont modifié profondément les rapports commerciaux, et une famine n'est plus possible.

La fabrication du pain pendant les g^randes manœuvres dans des conditions identiques à celles de la g^uerre formeraient mieux nos boulang^ers militaires que le travail dans les manutentions. L'aliénation des bâtiments ferait réaliser des sommes considérables. Les commissions des ordinaires

pourraient être aussi charg^ées d'acheter le charbon ou le bois nécessaire à la cuisson des aliments; on éviterait ainsi des difficultés constantes avec les fournisseurs ; déjà nous avons vu que le service de rhabillement pouvait être réduit à la comptabilité la plus simple.

Les membres de l'intendance se trouveraient ainsi débarrassés de nombreux détails qui absorbent leur temps et leur font quelquefois perdre de vue le côté pratique et militaire de leurs importantes fonctions.

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