SERVICE OBLIGATOIRE GOMME IL EST PRATIQUÉ EN PRUSSE
En Prusse, le service de l'armée active est fixé à sept ans. La présence sous les drapeaux est rég'lementairement de trois ans pour l'infanterie et de quatre ans pour les autres armes. Dans la pratique, les fantassins ne restent g*uère que deux années à leurs rég*îments, et les autres trois. La landwehr se compose de tous les militaires cong^édiés d^ ving*tsept à trente-deux ans , et la landsturm de tous les hommes valides de dix-sept à quarante-deux ans qui ne font pas partie de l'armée active. C'est la levée en masse org*anisée. Cette loi est très-dure^ et on âe demande tout d'abord comment elle peut se
pratiquer. Supposer un séjour de deux à trois ans à la caserne pour les hommes qui se destinent aux sciences, aux lettres, aux arts libéraux et à Fenseig'nement, paraît impossible. La loi prussienne reconnaît implicitement que l'application rig'oureuse de ce principe est impraticable, aussi admet-elle de nombreux tempéraments basés sur Tinég-alilé sociale dég'uisée en inég'alité d'instruction. Les exemptions et faveurs de toutes sortes sont accordées par des commissions de district qui sont loin d'offrir de g-randes g^aranties d'impartialité. Le premier moyen d'éluder la loi est de faire reculer l'incorporation du conscrit pour raison de faiblesse de constitution et sous différents prétextes de famille ou autres; le second est de s'eng^ag^er. Le freitoiUig se présente devant la commission avec le certificat d'un professeur constatant qu'il a suivi des cours littéraires ou industriels. Il passe un examen trèspeu sérieux, et, s'il est admis, il est autorisé à s'eng^ag'er pour un an. Une fois incorporé, le volontaire a le droit, après trois semaines de séjour à la caserne, de se log'er et de prendre ses repas en ville; il a un brosseur pris parmi les soldats de sa compag'nie, chargée d'avoir soin de ses armes et de ses effets. Il est exempt des appels ordinaires; lorsqu'il doit assister à une prise d'armes, son ordonnance vient le prévenir. Après un an de service, le freiwilliq passe dans la réserve.
Ce rég^ime, possible en Allemagne^ ne l'est pas chez nous. Nous ne pourrions jamais faire vivre en
bonne intellig*ence, dans un même régiment, deux classes de soldats dont Tune serait privilég'iée. L'instruction secondaire n'étant pas à la portée de tous, le droit de s'eng*ag*er constitue un véritable privilégie, d'autant plus que le freiwillig n'est admis que muni d'un certificat établissant qu'il est assez riche pour payer son habillement et se nourrir à ses frais pendant une année. Dans lacavalerie, il fournit en outre son cheval et le nourrit. La loi n'admet que quatre pour cent d'eng^ag^és volontaires sur la totalité du conting*ent, mais elle est facilement éludée par les jeunes g'ens d'une certaine classe, les colonels ayant le droit d'admettre dans leurs corps un nombre illimité de freiwillig.
Le troisième moyen de se soustraire aux rig'ueurs de la loi est de devenir officier de la landwehr. Pour cela, il suffit de remplir les conditions exig^ées pour les freiwillig y et d'être accepté comme aspirant par un colonel. Après quelques semaines passées dans la caserne, le candidat passe sous-officier, il subit à la fin de l'année Texamen prescrit par le règ'iement, il reçoit un brevet d'officier et rentre dans ses foyers avec g*randes chances de n'être pas rappelé sous les drapeaux.
Nous pouvons du reste nous faire une idée des passe-droits qui se pratiquent dans l'armée allemande par le rapprochement de ces deux chiffres : Pour mettre \ ,200,000 hommes sur pied, le g^ouvernement a appelé dix-neuf conting*ents. Il n'y a pas d'exemptions lég*ales absolues pour les fils aînés
de veuves, de père aveug^Ie, frères aînés d'orphelins, etc. La commission du district pr(pnonce sur le maintien du conscrit dans ses foyers comme soutien de famille. Il y a là assurément une grande source d'abus.