POUR LE SERVICE DE LA RIVE DROITE DE LA SEINE
Né proposons de supprimer la conduite qui descend le long du Cours-la-Reine et se rend à la porte Saint-Antoine par la place Louis XV et les boulevards, ainsi que celle qui fournit de l'eau au bassin octogone des Tuileries , ce bassin devant, ainsi que ceux des parterres, être servi par les eaux de l'Ourcq; de supprimer également toute la partie de conduite dite de
Saint-Honoré , depuis les bassins de Chaillot jusqu'au marc hé Saint-Jean; de construire un
Aqueduc couvert, de deux mètres cinquante centimètres de large sur deux mètres cinquante centimètres de haut, depuis les bassins de Chaillot jusqu'à la fontaine du marché Saint-Jean, en passant par la grande rue de Chaillot, l'avenue des Champs-Elysées, la place Louis XV,
la rue de Rivoli jusqu'à la place du Palais-Royal, les rues Saint-Honoré, de la Ferronnerie ,
des Lombards, de la Verrerie jusqu'au marché Saint-Jean (1), et de là, sous la rue Royale projetée, jusqu’à la place de la Bastille : ensemble, 6640 mètres. On établirait dans cet Aqueduc une conduite en fonte de deux pieds de diamètre, depuis la sortie des bassins de Chaillot
jusqu'à la grande rue du même nom, de dix-huit pouces seulement depuis ce point jusqu'à la
fontaine des Innocens , de quatorze pouces depuis les Innocens jusqu'à la rue Saint-Martin , enfin de douze pouces, de ce point au marché Saint-Jean. À partir de ce marché, on laisserait subsister les choses telles qu’elles sont, jusqu'au moment où l'ouverture de la grande rue Royale sera effectuée entre la place Baudoyer et celle de la Bastille.
Sur ces grosses conduites, mises ainsi à l'abri de toutes ruptures, seront branchés les tuyaux de distribution de la Pompe Notre-Dame, de manière à ce que rien ne soit changé dans son service, mais qu'il continue suivant un meilleur système, comme nous le verrons plus loin. Quant à la conduite des boulevards, il y serait parfaitement suppléé par quatre conduites d'embranchement à même la terre, ou renfermées dans des galeries, selon qu'il y aurait lieu, savoir :
dans le parcours De la rue Neuve de Berri jusqu’à la fontaine de la rue du faubourg du Roule, 500 mètres ; De l'avenue des Champs-Elysées à la fontaine de la place Beauveau, 400 mètres ; De la rue de Rivoli à la fontaine de la rue du Mont-Blanc, 1100 mètres. De la rue de la Ferronnerie à la porte Saint-Denis, 1600 mètres;
En tout 5660 mètres, au lieu de 8600 que porte la grande conduite du boulevard et ses
branchemens dans l'état actuel.
Ces nouvelles conduites seraient de différens diamètres, selon le volume d’eau que chacune
(1) On avoit d'abord été tenté de proposer de suspendre Sec, pour venir joindre la rue Royale; qu'en tenant compte l'exécution de la partie de l'Aquedue entre la Croix du du détour à
faire, il n'y aurait rien à gagner sur la lou-
Trahoir et la rue Saint-Martin, jusqu'à ce que l'alignement gueur dudit Aqueduc ; enfin , q erait rejeter peut-être
de la grande rue Royale fût définitivement arrêté; mais fort loin l'espoir de voir exécuter le projet en son entier : on après avoir considéré que cet alignement, quel qu'il soit, s’'estdéterminé à proposer de pousser sur-le-champ l'Aque-
pourvu qu'il parte du péristyl
> du Louvre, écarterait trop due jusqu'au marché Saint-Jean, point qui ne peut étre la conduite principale des fontaines et autres services de la attaqué par le projet de la rue Ro rue Saint- Honoré; que dans tous les cas , il faudrait suivre reprendre la direction de cette ru une partie de la rue Saint-Honoré jusqu'à celle de l'Arbre- place de la Bastille.
ile , et d'où l'on pourra
pour se porter sur la
DISTRIBUTION DES EAUX DANS PARIS 7 aurait à distribuer dans son cours, ou à transmettre à celle qui la suivrait, toutes choses faciles à calculer. Sur ces conduites considérées comme artères principales seraient branches tous les tuyaux secondaires qui devraient porter l’eau dans les rues adjacentes, de manière
à pouvoir servir les maisons jusqu'à leur troisième étage.
Æpplication du projet de galerie couverte pour la distribution des eaux sur la rive
droite de la Seine, au système général des égouts sur celte même rive.
Une grande ligne culminante non interrompue, de l’est à l'ouest, et peu distante de la rive droite de la Seine, versait, de temps immémorial, les eaux de cette partie de Paris dans
un ruisseau, au pied de l'amphithéâtre des collines qui forme son enceinte du côté du nord.
Ce cloaque naturel, dont les seuls ouvrages d’art consistaient encore, au commencement du siècle denier, en quelques portions éparses de murs de soutènement, a 6400 mètres de
long, et l’espace qu'il embrasse pour atteindre aux deux points
xtrêmes de la ligne culminante dont j'ai parlé d'abord, est d'environ 460 hectares. Ainsi la plus grande partie des immondices du nord de Paris va se perdre dans la Seine, sous le faubourg de Chaillot, audelà de la prise d’eau de la Pompe à feu, des Puisards et autres Machines hydrauliques à
l'usage de notre ville.
Toutefois ces eaux, chargées d'immondices, demeureraient en flaques stagnantes dans 54 bassins formés par les inégalités du sol, si l'on n'avait pourvu à leur écoulement vers le réceptacle commun, par plusieurs galeries d'égouts dont les bouches s'ouvrent au milieu de
ces bassins. Tel est le système de cloaques assez bien ordonné, au-delà du seuil qui sépare
la Seine du ruisse Chaillot,
au des vallées de Charonne, Ménil-Montant, Belleville, Montmartre et
s immondices amassées de même
Mais de l'autre côté de ce seuil ou élévation naturelle,
dans plusieurs bassins au nombre de 19, se jettent immédiatement dans la Seine par une
multitude d'issues, au grand préjudice de la salubrité de l'air et des eaux.
C’est surtout dans la partie du nord-ouest que le mal est grand, et qu'il exige par plus de
raisons nos premiers soins.
Comme la ligne culminante est plus éloignée de la Seine en €
endroit que partout ailleurs
les immondices qu'elle y verse sont aussi plus abondantes; et c’est sous les murs du Louvre,
sous les fenêtres et les terrasses des Tuileries, au pied et à travers des plus beaux quais, que
ce hideux dégorgement s'opère. L'égout de la barrière des Sergens à son issue sous le pont des Arts; ceux de la rue Froidmanteau , du Palais-Royal, de la rue du Lycée, de la rue de Richelieu, de la rue de Quiberon, du Carrousel, ont leur débouché aux deux côtés du magnifique port du Louvre; les immondices des égouts de la rue de Rivoli, de la rue Saint- Florentin, de la rue des Champs-Elysées et de la place de Louis XV , tombent rassemblées au bas des rampes du pont de Louis XVI; tous ensemble apportent à la Seine les eaux et la fange étendues sur plus de cent hectares de superficie, dans l'un des quartiers de Paris les plus
populeux.
J'ai donc fait examiner s'il ne serait pas possible de donner à ces égouts une direction
commune sous l'avenue des Champs-Elysées, jusqu’à la rencontre du grand cloaque de cein-
ture, en appliquant à ce service la galerie nécessaire au grand Aqueduc de la Pompe à feu dont on vient de voir Le détail.
Voici le résultat de cet examen :
En baissant la cunette de l'égout de la rue de Rivoli de 2 mètres 16 centimètres au point
marqué (n°6) sur le plan ci-joint, cette cunette se trouverait encore à 4 mètres 35 centimètres
au-dessus de la ligne des basses eaux, marquée zéro à l'échelle du pont des Tuileries, que
je vais continuer à prendre pour mesure commune. Le fond du grand égout de ceinture, peu au-dessous de son passage sous l'avenue des Champs-Elysées, marque à cette échelle 1 mètre 75 centimètres au-dessus de zéro. La différence de l’un à l’autre point est donc de 2 mètres 62 centimètres, ce qui suffit pour établir une pente d’un millimètre par mètre (1) ; et comme le niveau du sol dans ce trajet est partout à 8 mètres au moins au-dessus de zéro, rien ne s'oppose à la construction d'une galerie continue de 2 mètres et plus de hauteur, sur
tellelargeur qu'il sera nécessaire (2).
Actuellement, si l'on examine les galeries des égouts dont j'ai parlé plus haut, et dont les regards sont marqués par les n° 1,2, 5, 4, 5, on reconnait qu'à l'aide de quelques remaniemens intérieurs, praticables partout, elles peuvent prendre leur direction avec une pente suff laisser couler vers la Seine les eaux pluviales des quais, d’une partie du Carrousel, et de la
place Louis XV.
sante jusqu'au point n° 6, marquant 4 mètres 35 centimètres. Tout au plus on aurait à ? 0
Résumé du projet pour la rive droite de la Seine.
L'ensemble de cette partie de travaux consisterait donc à établir des conduites en fer d'un diamètre plus ou moins grand dans une suite de galeries de 6640 mètres;
À faire, soit à même la terre, soit dans des galeries moins vastes que la première, 3660
mètres de conduite d'embranchement , aussi de divers diamètres ; À remanier les galeries des égouts sous la cour du Louvre, la rue du Coq, la rue des Boucheries, la rue de Rivoli, la place Louis XV;
l'un des points du prolongement de la rue de Rivoli, la bouche de l'égout
À reporter v du bas de la rue Froidmanteau.
De leur côté , MM. les architectes de Sa Majesté pourvoiraient, quand il serait temps, au versement des eaux du Carrousel, des cours et des intérieurs du palais, dans le nouveau cloaque.
Mais de ces 6640 mètres de galerie directe, 800 se trouvent déjà pratiqués, sauf un remaniement dans l'égout de la rue de Rivoli; et l'on profitera des galeries déjà projetées et portées en dépense au devis du canal de l'Ourcq, pour 400 mètres, dans le parcours de la le Chaillot à l'Etoile des Champs-Elysées, et pour 160 mètres en travers de la place Louis XV.
On n'aurait à prendre sur de nouveaux fonds que ce qui serait néce
Tue
ssaire pour donner à ces
portions de galerie des dimensions plus grandes que celles qui leur étaient assignées lorsqu'il
ne s'agissait que. du seul service des eaux de l'Ourcq.
directeur du canal de l'Oureq, qui l’a employé avec succès
(x) La pente du grand égont de ceinture n'est que de 8 dans la distribution des eaux dans Paris. Cette méthode est
millimètres par 10 mètres.
€) L'idée de faire servir les égouts à contenir les con-
duites des eaux est due à M. Girard , ingénieur en chef et
en pratique depuis long-temps à Rome, les conduites sont
encastrées dans un massif de maçonnerie.
En déduction de ces frais , ainsi que nous l’exposerons plus loin, on doit faire entrer en compte l'économie journalière du charbon qui se consume pour élever en pure perte 6000 muids d’eau tous les jours ;
Les frais et les incommodités du remuement du pavé pour l'entretien des Aqueducs à même la terre ;
L'avantage de substituer, sans autre dépense, les eaux de Ja Pompe à feu à celle de la Pompe Notre-Dame ;
La valeur des matériaux à provenir de la démolition de cette Machine ;
La valeur de 12,570 mètres de tuyaux de fer formant les deux grandes conduites actuelles;
Celle, enfin, de 1146 mètres de ces mémes tuyaux et d’une
artie considérable de plombs actuellement en double emploi avec les conduites des Pompes à feu, ou affectés à des services que celles-ci seront seules désormais chargées de faire.
Ainsi se complétera , sur la rive droite de la Seine, un Système d'Aqueducs et de Cloaques dignes de la première ville de l'Europe.
Toutefois le service d'un si grand nombre de fontaines publiques et de concessions particulières dépendant de l’activité d'une seule Machine, pourrait laisser quelque inquiétude. La
seconde partie de ce projet, concernant l’autre rive de la Seine, va répondre à cette objection.