SECRÉTAIRES D'ÉTAT
C'est pour ces mêmes raisons et quelques autres ci-devant répandues, que le dauphin s'est résolu à borner les fondions et le pouvoir des secrétaires d'État [à] (a) ce que le nom et le titre de leur charge signifie et présente naturellement. L'expérience de la toute-puissance et sans balance où ils sont parvenus et de l'état si monstrueusement disproportionné d'eux-mêmes et de leur charge primordiale ^ [où leur usurpation] les a élevés, et de tous les désordres et les malheurs généraux et particuliers qui , nécessairement, en résultent sans cesse, a fait prendre la résolution au dauphin de les dépouiller de toutes les plumes étrangères que ces oiseaux de proie ont arrachées à tous et partout, et de ne leur laisser que leur naturel plumage. Ce plumage se réduit à écrire les ordres qu'ils reçoivent, à faire les expéditions qui leur sont ordonnées, et à n'influer ni dans les uns ni sur les autres, non plus que fait un secrétaire dans les dépêches que son maître lui dicte. Par ce moyen chaque secrétaire d'Etat exclus, délivré de raisonner sur les affaires, réduit à rendre compte seulement des petites, et à ne signer que ce qui lui sera commandé en toute affaire depuis la plus grande jusqu'à la plus petite, il ne pourra influer sur aucune, et [sur rien] que les bagatelles mêmes qui resteront -en son pouvoir; il aura son conseil qui sera son supérieur et correcteur, [chargé] de recevoir contre lui les plaintes et d'en faire toute réparation et justice, et tenir ainsi les secrétaires d'État en bride pour ne rien faire de mal à propos jusque dans les bagatelles qui leur seront laissées. C'est ce qui en même temps remettra leurs'conrHnis en état de simples commis expéditionnaires, et non autre chose, tels qu'ils ont été et qu'ils doivent
(a) Dans le manuscrit : et.
toujours être. C'est aussi ce qui donnera tout le temps nécessaire aux secrétaires d'État de faire leurs charges à loisir et avec application et lumières, quand ils ne feront plus celles de tout le monde sans contredit aucun, et qu'ils auront tout le temps nécessaire pour leurs dépêches actives et passives, leurs expéditions, leurs signatures, leurs audiences; redresser leurs commis, les tenir en bride, en respect, en leur propre état, et ne s'en plus laisser gouverner et conduire, influer dans leur travail et dans leurs affaires, et devenir nécessaires à tout le monde, par conséquent importants, arrogants et insolents, et manquer encore de temps pour faire leur besogne.
Les secrétaires d'État auront rang de derniers conseillers d'État, et entre eux, suivant Tordre et le rang de leurs conseils, quelque ancienneté d'entrée en celte charge qu'il y ait entre eux. Ainsi le premier secrétaire d'État précédera les quatre autres, dont l'ordre et le rang entre eux après lui sera : celui des affaires étrangères, de la guerre, de la marine et des finances. Leur état et leur habit seront l'état et l'habit des gens de robeS et [ils] porteront toujours le rabat, et un rabat sans ressemblance à cravate, mais qui pourra être de point ou de dentelle; et jamais d'or, d'argent sur leurs habits, ni de couleur rouge ou bleue, encore moins d'épée; et l'état de leur femme sera aussi le leur. On entend bien par là toute exclusion d'entrer dans les carrosses et de manger avec le roi et la reine, qu'eux et leurs femmes ont peu à peu usurpé de ce règne, vers son milieu : idem du contrôleur général des finances et de sa femme, dont Ghamillart et sa femme ont été le premier exemple. Les secrétaires d'Ktat auront séance et voix au conseil des parties, comme ils l'ont aujourd'hui; ils [y] iront pourtant rarement, et toujours en manteau court; ils y seront assis après le dernier dos conseillers d'Ltat au même niveau et siège, sans, de quelque ancienneté de secrétaire d'État qu'ils soient, pouvoir précéder aucun conseiller d'État; mais ils y précéderont, et en tous
lieux , tous les intendants des finances, qui entreront (a), comme ils font aujourd'hui, avec voix et séance au conseil des parties, mais qui ne pourront ni précéder aucun conseiller d'État, ni, devenus conseillers d'État, prétendre autre rang parmi eux que du jour qu'ils le seront devenus, et qu'ils y auront pris séance, en robe de conseillers d'État : tout cela suppose que l'entrée au conseil des parties leur soit laissée.
Les secrétaires du conseil des affaires ecclésiastiques, du conseil des dépêches et du conseil de l'ordre, auront rang de conseillers au parlement, après le dernier des conseillers de cette compagnie; et les chefs des bureaux des secrétaires d'État, après les premiers greffiers du parlement, et avant les greffiers ordinaires de cette compagnie; celui du conseil du commerce, après eux.
Le contrôleur général des finances aura rang et voix de conseiller d'État après le dernier conseiller d'État, et avant le premier secrétaire d'État, et y sera en manteau qu'il portera toujours partout, et ne paraîtra nulle part sans en avoir, et pareillement les intendants des finances.
Le premier secrétaire d'Etat aura, dans son département, la cour, la maison du roi et tout ce qui s'expédie d'érections de duchés et de provisions d'offices de la couronne, d'ofiiciers de la maison du roi, de la reine, des fils et filles de France, jusqu'à ce qu'ils aient une maison ; tout ce qui émane, sans département naturel fixé, du conseil d'P^tat; Paris, et tous les pays du ressort du parlement de Paris, et ce qui regardera le détail des états généraux.
Le second aura tout ce qui émane du conseil des affaires ecclésiastiques, et les trois vastes provinces dont chacune a ses états particuliers, les plus proches de celle où est Paris, excepté la cour, Paris et les pays du ressort du parlement de Paris; mais aura encore tout ce qui émane du conseil des
(a) Dans le manuscrit : et qui entreront.
affaires étrangères, et tout ce qui regarde les ministres étrangers de tout caractère, et leur maison, et les princes ou fort distingués seigneurs, voyageurs, depuis leur entrée dans le premier endroit de la domination de France, jusqu'à leur sortie du royaume.
Le troisième aura tout ce qui émane du conseil de guerre, excepté l'expédition des provisions de connétable, [de] maréchal de France, [de] colonel général de l'infanterie et de grand maître de l'artillerie, qui sont offices de la couronne. Il aura aussi trois des vastes provinces qui ont chacune des états particuliers.
Le quatrième aura tout ce qui émane du conseil de marine, avec trois des vastes provinces qui ont des états particuliers. Il n'aura point l'expédition des provisions de l'amiral de France, qui est office de la couronne, mais celle de tout ce qui émanera du conseil de commerce, qui regardera la mer, îles, continent et colonies.
Le cinquième aura tout ce qui émanera du conseil des finances, de celui des dépêches et encore de celui du commerce qui regardera la terre, avec trois des vastes provinces qui ont chacune des états particuliers.
Le premier secrétaire d'Elat ,
Le deuxième, aynnt les affaires étrangères et ecclésiastiques
Le troisième, la guerre