DEVIS ET DESCRIPTION DU CANAL
La décisioQ de radministration du département de rYonne, transmise au Comité d'agriculture, pouvait l'influencer défavorablement. Aussi, dès qu'ils en eurent connaissance, Frignet et Amelot entreprirent-ils de défendre leur œuvre et firent-ils paraître un mémoire justificatif intitulé : Observations des entrepreneurs du 'Canal de Cosne projeté, sur la délibération de MM. les Administrateurs du département de l'Yonne.
« Nous n'entreprendrons pas, disaient-ils, de faire Tapologie du préambule et du rapport, savant et lumineux ; ce travail est au-dessus de nos forces ; nous répondrons aux faits qui y sont avancés.» Puis, ils réfutaient tous les arguments du rapporteur, insistaient sur l'intérêt privé des vignobles auxerrois qui seul avait tout motivé, démontraient que les faits démentaient tous les arguments invoqués dans le rapport, et que toutes les objections élevées contre la possibilité de l'utilité du canal, n'étaient que les prétextes destinés •à voiler l'intérêt et l'égoïsme local *.
Mais quelque valeur que pût avoir ce factum, les •auteurs étaient trop directement intéressés dans Tafiaire pendante, pour que leur propre plaidoyer présentât toutes les garanties voulues d'impartialité. Il fallait
1. ArcfUves du Ministère des Travaux publics. NavigeXion, Canal..., |>ièce 4.
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que la réfutation vînt de quelqu'un qui fût plus autorisé et plus désintéressé qu'ils ne Tétaient eux-mêmes. Ce fut le procureur à Paris de la municipalité de Cosne, Rameau, qui s'en chargea, en publiant, le !•' août 1791 ses Observations sur le mémoire fourni au comité (Tagriculture et de commerce par V administration du département de l'Yonne, contre le projet du canal de Cosne ^
Le projet, disait Rameau, existe depuis près d'un siècle, mais Frignet ayant remarqué que Cosne et Clamecy étaient les deux villes les plus rapprochées de la nouvelle voie projetée, et que, sur six lieues, le Nohain fournissait un lit propre à la navigation, que les étangs d'Entrains et les gorges de Corbelin assuraient un débit constamment assuré, a choisi ce nouveau tracé. 11 se propose en outre, de continuer le travail de Clamecy à Lucy-sur- Yonne ^, sans nuire au flottage. Le département de la Nièvre a donné un avis favorable; celui de ITonne combat le projet et revendique tous travaux à faire pour rendre l'Yonne navigable sur le territoire de son administration.
Cette opposition est-elle fondée? L'impossibihté prévue par le département de l'Yonne concerne la partie entre Entrains et Etais, qui est précisément abandonnée. Les raisons invoquées par le département de l'Yonne ne sont d'aucune valeur. L'argument tiré du chômage annuel du canal de Briare prouve simplement qu'à défaut d'arguments directs, on va chercher descomparaisons sans aucune valeur. On prétend que la région traversée par le canal ne produit que peu de chose, que l'exportation est presque nulle; mais it
1. Archives du Ministère des Travaua; pu J)£tC5. Navigation. Canal...r pièce 27. /
2. Lucy-sur-Yonne, Yonne, arr. Auxerre, cant. Goulanges-sur- Yonne.
suffit que les extrémités de ce canal soient des portes ouvertes à des transports considérables pour que son utilité soit justifiée. Or, le canal projeté ouvrira l'exportation pour la Basse-Loire des productions des proyinces de Basse-Bourgogne, du Morvan, du Nivernais et de Puisaye, il ouvrira pour ces mêmes provinces, pour Paris et pour les villes situées sur les bords de la Seine et de l'Yonne, l'importation des provinces méridionales et des pays qui bordent la Haute-Loire. !1 servira non seulement au bois, mais aussi aux char- Ions de terre du Forez et du haut Nivernais, actuellement inutilisés par la difficulté des transports.
Que penser en outre de cette affirmation que jamais le commerce n'utilisera le canal de Gosne, de préférence à celui de Briare? Pendant le chômage de ce dernier, il faudra forcément emprunter le canal de Cosne.
Toutes les raisons invoquées par le département de l'Yonne étaient injustifiables ; cette administration insistait au contraire sur les avantages de rendre l'Yonne navigable. Déjà les plans étaient levés, les devis établis; le commerce, celui d'Auxerre surtout, formait de vastes spéculations sur ce dessein. Sans doute, ces travaux pour rendre l'Yonne navigable étaient nécessaires, mais combien plus Tétaient ceux qui permettraient d'unir les vallées de la Loire et de r Yonne ? « L'administration de l'Yonne, concluait Rameau, ne paraît pas, suivant son mémoire, avoir consulté les districts de son département, qui pouvaient lui donner des lumières : elle exprime un vœu formellement opposé à ceux des districts de Sens et de Joigny, qui demandent l'établissement du canal de Cosne pour les spéculations que ce canal leur ojffire, pour le commerce de la haute Loire; le parti que l'administration a pris, ainsi qu'elle le déclare dans
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son mémoire, le dessein de se dispenser d'envoyer des commissaires qui seraient réunis à ceux du département de la Nièvre et seraient éclairés mutuellement, est contraire aux intentions du Comité d'agriculture et de commerce, et à ce que les habitants des districts de Glamecy et Gosne pouvaient attendre, surtout lorsque cette administration se proposait de combattre le projet du canal de Cosne. »
Cette réfutation très précise pouvait être d'un grand poids auprès du Comité d'agriculture et de l'Assemblée nationale, mais Frignet pensa qu'un moyen plus décisif encore serait d'établir définitivement les plans et devis du canal. Le premier examen fait en septembre 1790, bien que superficiel, lui avait déjà permis de faire des relevés intéressants ; mais en mars 1791, il retourna sur les lieux pour faire une étude approfondie et définitive.
La dépense de Tœuvre s'élèverait, pensait-il, au double des prévisions de Le Poittevin et d'Abeille. De Cosne à Entrains (à la base de l'étang supérieur), le Nohain se développait sur 21.300 toises, soit 41 kilomètres environ ; et sur tout ce parcours le lit de k rivière pouvait être utilisé. Pour ne pas nuire aux forges dont le nombre s'était considérablement augmenté, on placerait des écluses aux endroits convenables; leur nombre s'élèverait à vingt, ainsi réparties r
La première, à l'ouverture du canal ; la deuxième, hors de Cosne, à 400 toises (779 m. 600) du nouveau quai; la troisième à 1250 toises (2.436 m. 250) au Moulin-l'Evèque '; la quatrième à la hauteur de Boussous',. à égale distance de la troisième ; la cinquième au-des-