‹ Projets de prônes pour tous les dimanches de l'année, connus sous le nom d'instructions de Toul (volume 2)Chapitre 1 sur 35 · A BESANCON · texte numérisé non relu

A BESANCON

Cil£Z LA VEUVE MÉTOYEB, LIER AIEE- ÉDITEUR.

{ISS

Pvtï,

PROJETS

DE PRONES

POCRTOUS liES DIMANCHES D.E L^ANNEE.

Le X. dimanche, après la Pentecôte.

Vis dimanche >eat appelé le dîmanclie (le rkomilité , à cause de Tévangile , dûiit le but pmcipal est dinsplrelr aux fidèles la pratiqua de cette verîOi. C'est une para!>ole prise da chapitre iS. de l*evangile selon saint Luc , fi|e )e Stoi^veiir propose à roccasion decer* Vipes gens Cfpîi avoi<eaà trop bonne opinion d'elks-inéme»^ et q^aV raéprisoient les autres. II y trace les Ci*"«'actères opposés des orgueilleux et des liumbles , et il y représente le châtiment des premiers, et la récompense des deiTiîers.

L'épUre est tirée, comme celle de d!man«

che dernier , de ia première lettre de saint

Paul aux Corinthiens , chap. 1 2. Elle répond

à Tévangile. Saint Paul s'y propose d'engager

Tom IK A

2 pour le X. Dimanche

lés premiers fidèles à ne se pas glorifier des dons du Saint-Esprit qu'ils avoient reçus , mais à s'en servir pour Tutilité du prochain.

L'esprit de l'Eglise paroît assez sensiblement dans le choix ^'elle a fait de cet évangile. Après avoir inspiré à ses enfans , dimanche dernier, le respect pour la maison de Dieu, elle veut leur apprendre aujourd'hui . dans quelles dispositions ils doivent y venir et y prier. Elle souhaite que les pasteurs ne négligent rien pour préserver les fidèles du vice de l'orgueil , et pour les établir solidement dans la vertu qui lui est contraire.

Ce seroit ici l'occasion de faire le prône marqué dans le rituel, oiiil est parlé des fins pour lesquelles on s'assemble dans l'église; prône qui, comme nous l'avons dit au commencement de cet ouvrage, peut être utile, lorsqu'il est accompagné de réflexions convenables. Aprè§ en avoir fait la lecture, on rapporte roit la parabole de l'évangile, qui est tout à fait propre à représenter aux auditeurs la manière dont ils doivent se comporter dans le lieu saint. On en feroit l'explication , on les exhorteroit à rentrer en eux-mêmes pour examiner quel est leur caractère; on les presseroit enfin de quitter tout sentiment d'orgueil pour s'humilier plus profondément. On concluroit celte espèce de: prône familier par le détail des effets

Après la Pentecôte. ^

salutaires que produit iofailliblement l*humi- Kté véritable. Un proue de cette façon , prévu et médité y seroit capable de faire beaucoup de fruit

Entre plusieurs maBières dinstruire les peuples sur l'évangile de ce jour, outre celle dont nous venons de parler , il y en a trois pnDcipales. La première , c*est de traiter en homélie la parabole qui y est rapportée. La seconde , c*est d'attaquer le vice de Torgueil. Li troisième, c'est de prendre pour sujet U Terta d'humilité.

Premier sujet. Homélie sur la parabole du Pharisien et du Publicaùu

YiOvn bien traiter cet évangile en forme d'homélie, on peut lire celle de Bourdaloue, ail 2.^ .tome de ses. pensées. Comme elle est {prt longue , on l'abrégera , en retranchant tout ^ qui ne conviendra pas à Tauditoire, et y substituant tout ce qui pourra lui être utile.

On prendra pour texte les premières paroles de l'évangile ; DixU Jésus ad quosdam , qui in se confidebant tanquam jusU , et asper^ nabantur cœteros ^ parabolan islam : Jésus prononça cette pai*abole pour certaines gens qui présumoientd*elles-mêmes> comme si elles eus-

Jf, Pour lé X^ Dimanche

sent été des saintes^ et qui n'àvoiènt que dit

mépris pour les autres.

Vous apercever d'abord', M. F. , le dessein du Fils de Dieu, et quels sont ceux qii'it avoit en vus y lorsqu'il proposa la parabole FRppoctjtfe dans noCi'e évangile. S. Luc nous dit e^cessément que ce fut à ^occasion de certaines pevsonnest dominées par roiigueif, et quly remplies d*el}es-in^nies , ne rcgardoient lès: autres qu'avec mépriis. Voicï comme notre divin maîci-e ^^ëxpiique. (On dira la substance delà parabole.) Kecroj^ez pas, M. FI , que ce soit ici une simple figiire. De tout temps il y a eu des hommes du caractère phariacuque, conà*e lesqtxel» Jv C sHest si fôit élevé. Il y en a eaepite dans notre. sièbcFe ,. et plût a Dieu qu'il n*y en eût aucun dans cette paroisse; Heurevx. si , en v0bs exp)k]tfafit par pinlré noitoe évarogple, ed enr- vous traçant le partirait dtf pli!as*iûén et da^ pidi)licaft«s^,. je i)iifts voué- préseinrer diB vice de Toiçueit , et vous inspirer dèsr sentimens d:humilité« Daigne le ôeijgneur hétûr inon: dessein» te <soiiiœeàcei

Drux hommes montèi'eaE au temple pour prier; l'un étoit pbax*isîeit ^ et Vautre étoît pubticain ; (S'est du temple d^ J<érusalent dont U est ici parlé. Il avoit été Ibâtit sur' uqq

après la Pentecôte» 5

pIate«forme , au haut d^une montagne sitaée dans l'enceinte de la ville. U est certain qne le Seigneur choisit œdte :place, .pour faire connoître à cenx qui vlendraieitt le prier , que l'élévation de l-esprit et da cœur vers son Père qni est dams le cid^ est une des premières dispositions de cienx qui prient

Cést à ce temple qii'allèitmt.denx liommes , dont r.un éloit pharisien ^ c*est-àidire9 de cette secte qui faisoit ipcafiession d*une verhi particulière^ Vautre élboit publicain, c*est-i dire^ emplo^ à tlevei* les deniers publics, et que sou «emploi faiaoitrregarder icoinme un pécheur par état, déorîé par rses inju^ices* Remarquez qu'ils y allèrent tons deux dans le même temps; qulUs .s'y .rendirent dans le même dessein , qui ëtoit de iaire à 0ieu leurs prières ; mais ce ne ifut ipoînti, ^à j>eauconp près, dans la même -disposition de l'ame^tm le janeme aeutiment .intérieur ; de là vient que la prière .de !l*im eut un succès .favorable , tandis que Paqtftre rne fut point -écouté , et qne sa {prîère même devint un crime pour luî^ et «lU suJBt de toondamnation. On fera d^à ici use riéflea^ion.

O ! ^*il imponte :, M. F., d'apporter à la prière une isamte disposition! qu'?!! importé de suivre l'avis da£. £sprit, «qui nous avertit de prépt^i^ernotnerame. avant Toraison; prenez gai:de qu'U;paFlejpriootpalëmeQt de l-ame^ de

6 Tour le JT. Dimanche

l'esprît et du cœur; toute autre préparation, ' sans celle de Tame, ne peut être d'aucune ' efficacité auprès de Dieu. Dieu ne s^arrête • point au dehors; il n*a égard ni au rang, '> m à la qualité, ni aux richesses ; c'est le cœur qu*il pèse ; et c*est de la disposition du cœur que dépend le fruit de nos prières.

Vous venez, M. F. , les uns et les autres, vous assembler souvent dans cette église ; vous vous y rendez assez exactement; quel cœur y apportez- vous ? Est-ce le cœur de l'humble publicain ? N'est-ce point plutôt celui de l'orgueilleux pharisien ? Le caractère de l'un et de ràiitre, que je vais vous mettre sous les yeux, pourra vous en convaincre. Suivons nôtre évangile; remarquons d'abord de quelle manière le pharisien se comporte dans le lieu 4saint.La première circonstance que l'Evangile nous &it observer , c'est que le pharisien se tenoit debout: Pharisœus sians; il ne daigne pas plier les genoux; il h*a garde de s'arrêter à la porte, il entre, il s'avance; et laissant derrière lui tous les assistans, il va près de l'autel prendre la première place: là le visage assuré , la tête levée , il porte les yeux au ciel, et semble plutôt venir exiger du Seigneur une dette , que lui rendre ses hommages et lui demander aucune grâce.

On pourroit attaquer ici, mais prudemment, Ifis itomode^ties extérieures- que l'ph ûura re-e

• après la Pentecôte. ' 7

marquées dans certaines personnes de l'un et de l'autre sexe.

11 est des chrétiens qui ne daignent pas fléchir les deux genoux, qui se tiennent dans Tme posture indécente , et qui affectent de prendre les places les plus distinguées , en un mot , (|oI marquent 9 par leur posture, l*esprit d^orgneil qui les domine. J^pprenons, M. F., apprenons à nous huiniHer , cendre et poussière que nous sommes, devant le maître du del et de la terre ; évitons dans notre extérieur , tout ce qui peut sent4r la suffisance , la vanité, l'orgueil, crainte que le Seigneur ne rejette nos prières.

On pourra ici dire pourquoi on se tient debout en certain temps de l'office , sur-tout de la messe.

A quoi s'occupoit le superbe pharisien dans cette posture, qui venoit de son fonds d'orçueil? n prioit en lui-même , dit le texte.

Pourquoi en lui-même, et qu'est-ce que cela signifie ? Peut-être l'orgueil rempêchoit-ellè de se conformer à l'usage commun , et de prononcer les prières ordinaires; ou bien tout occupé de lui-même , il ne pensoit qu'à ses prétendues perfections, dont il venoit s'applaudir et se glorifier. Autre marque d'orgueil, de ne vouloir pas s'en tenir aux usages communément établis dans le christianisme, de se singulariser par des pratiques extraordi-

ti Pour le X. Dïmanche

naires de pïété , des manières de prier so^-» gérées souvent par Tesprit de -mensonge. Te* iions-DOus-en , M. F.^ aux pratiques les pjlus usitées parmi les vrais cbrétiens; «xerçonsnous y asaiilôment 9 :)iisqu*à tsd quHl plaise à rEspt^it céleste de noi» conduire plus avant» . Alais encore, que disoit ce piiarisîen de notre évangile *( Mon Dieu ., j« vous rends glaces de ce que je ne sais pas comme le reste des hommes. Rendre grâces à Dieu « peu de plus psle: aussi ce qu'il y a tie plus répréhansible dans le pharisien, ce n'est pas de remercier Dieu; maïs dé ne le p^ remercier par lin véritable lésprH de religion, ni avec les sentimeas dont ce pieux exercice doit êtne accou^agné. Car (cfe tquoi kl remer^ cioit-il ? De ce qu'il n'étoit pas somme le resle des hommes. Ës^il une vanité plus intolérable? Il loiM r.hyp6Qi*isie à la vaine gloire , xil fait semblanfl de ;nemercier Dieu et de le priera /at .réeUement il ne £iit ni l'ut! ni Taulre; c'est lui-môme qu*il remercie^ ou plutôt il s'applaudit de ce qu4l s'imi^ine avoir du méiite; et tOn ne inouve pas qulil demande x\Qn à Dieu ; c*est Ja réûexiou de S* Augustin: Quad TOgaverH Dmtm tptmre^ in verbis £jus ntt internes, ( Vojrez les laçons de ^homélie pour Tévangile de oe dimanche.) Aussi destitué d'bumilité que île chai^të, loin de 'prier le SeigQCur pour ses frères , il les méprise; il

après In peniecAte* ^

enjoge téinérairemeot;:il n'eo excepte même

auouQ ; du nioios ;, j^'il disoit : Je ne 6iua

pas comme quelques uns des:homme8, comme

k plus ^and «nombre ; mais non , il se met

iQ^essos de tous i dans son idëe, il est le

seul homme de bî^eo qu'il y ait sur la teri^e;

ii fait, pour ainsi dire., le procès à tout le

genre hatnaîn. C^te conduite, M. F. , paroit

extravagante, et .folle; néanmoins il se tix>uve

des diPétiens tellement provenus à leur avan*

tage, qu'ils -se persuadent être Muls instruits

des voies de Dieu, et marcher dans celles^

du salut ; qui censurent tout le monde , et

^ui sont, k -bien des (égards, semblables au

ptiarisieu de J'évangile. Aveugles qu'ils sont,

ils se vantent de .n7être pas semblables aux

autres hommes: Je ne suis pas, disent*îls en

eux-même0 % injuste ^ adultère , ni tel que

celui-ci, que .celle-là.; et ils ne voient pas

qu'ils sont pires que les autres hommes.

^, Voyez comment Vauteur ei dessus cité dé-

tsti]]e solidement cette réflexion.)

Je jeÙBe deux fois la semaine, continue Dotre superbe '{Parisien. 11 fait parade de ses oeuvres extérieures, qui, quoique bonnes en elles-mêmes., n'étoient d'aucun mérite devant Dieu , parce qu'il ne les faisoit que ponr être vu <et estimé des hommes. Car -la vertu ne consiste pas précisément dans les œuvres 9 mais dans l'esprit qui lés anime et les sanc*

lo Pour le -Y. Dimanche

ûÉieM Vous venez à l'église; vous y priez; vous assistez assidûment aux offices divins ; vous y paroissez avec l'extérieur le plus composé et le plus dévot ;, vous exercez quantité d'œuvres de charité, d*autnônes, de visites des malades ; et tout cela néanmoins ne sont pas des oeuvres vraiment religieuses , si Tesprit d'orgueil les empoisonne. Ce n'est plus pratiquer ses devoirs en chrétien , dès qu'on les remplit par des vues toutes humaines. O!

que cet orgueil est à craindre pour toute sorte de personnes , et sur-tout pour ceux et celles qui paroissent vivre dans une plus grande régularité ! Il est , dans un sens , plus aisé de se défendre du piège de l'intérêt et des plaisirs sensuels : aussi le Fils de Dieu nous exhorte-l^il spécialement de nous préserver des atteintes de l'orgueil. C'est à chacun de nous à voir s'il ne participe point au caractère du pharisien. Le portrait que je viens de voua en tracer en abrégé, suffîroit pour en donner la plus vive horreur.

Mais comment s'en guérir , si l'on en est sitteint, comment s'en préserver? Le remède souverain à un mal si pernicieux , c'est une sincère et profonde humilité , dont l'évangile nous propose un modèle accompli dans la personne du publicain. Renouvelez votre atte&tioo»

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