‹ Projets de prônes pour tous les dimanches de l'année, connus sous le nom d'instructions de Toul (volume 2)Chapitre 2 sur 35 · II. POINT · texte numérisé non relu

II. POINT

Quelle différence , M. F., dans la pein*

tare qae I. G. nous fait du publicain et du

pkrisieni Vous avez vu le pharisien donner

des marques de son orgueil , dans le lieu

qail choisit, dans sa posture, dans son lan-

^ Ici c'est tout le contraire. C'est un

publicaiD , il est vrai , c*est un pécheur ;

mais un publicain et un pécheur humble;

et selon S. Jean Chrysostôme, Tétat même

du péché avec Thumilité , vaut mieux que

l'état de iustice avec Torgueil ; parce que

Vorgueil détiniit dans peu la piété du juste ^ au lieu que l'humilité efface le péché et

saactific le pécheur: c'est. ce que vous allez recoDDoitre dans le publicain dont il est ici question.

Q commence d'abord à s'humilier par la p\ace qu'il choisit ; c'est la plus éloignée de J autel ; c'est la dernière , parce qu'il se regarde comme le dernier de tous. Il sent toute son indignité , il sait de combien de péchés il est coupable : ce sentiment le porte à se rabaisser tant qu'il peut , et à se mettre au plus bas rang. Il a vu le pharisien s'avancer près de l'autel ; il laisse entrer le peuple en foule, dans le temple ; pour lui , il ne se juge pas digne de prier avec les autres, il demeuré

15 : Pour le X* Dimanofie à la porte les genoux à terre, la tête peacliée, le corps prosterné. Ce n'est pas tout; non seulement il se méprise lui-même, mais il Consent qùV)n le méprise, qu'on lui ingulte; et loia de se plaindre, il se tait; flans son silence Jl est (prêt d^acocpler les traitemens les plnô injurieuï. Voilà la première disposition .<pie nous devons toujours apporter en «venant à r.ég1ise ^ de has senttmens de nous-* «niémeà , une pcrsaasion intime de notre in* dignité , la oonnoissance de nos pëclrés. Dès ^ue nous noiis connoîti ons bien , et que nous aurons de nous une idée ju^^te ; dès que nous sentirons .-notre néant, nos misères spirituelles, et la majesté du Dieu que nous avons offensé , nous choisirons comme le publîcain , la derjiière place datisla maison de Dieu, et si quelques raisons légitimes iious obligent de nous approcher pîus près, du saint autel, nous mous mettions, dans le fond du cœur , aunlessous de tous nos frères ; bien loin de discuter pour avoir les places les plus commodes et les plus honorables , nous choisirons volontiers , comme le prophète , le lieu le plus abject et le plus incçmmode : Efegi ahjectus esse in dovw Deî met, (Psal. 83. ) Si un roi en agissoit ainsi à Tégard du tabernacle , qui n'étoit que la figure de nos églises , dans quel abaissement ne devons-nous pas être toutes les fois que nous nous trouvons dsms les

après la "Pentecôte^ i3

temples sacrés , dédiifs au vrai Dieu m la loi de grâce ? Ayons donc soin de nous y tenir tOQJoarB dans une poslure décente qui man- (pe Qoti-e anéantissement intérieur. -Gardonsfsor-toat la modestie des jFenx, dont le puplicaiD nous 'Ct^t un -si beau modèle.

11 'n'osoît 5 sdit l'Ecriture , lever les yeux aa ciel , nne sainte confusion les lui fuisoit baissa:* ; tandis que le pharisien promenoit tt^ec audace ses regards dans toute l*assem« blée , le publicain (U'avoit pas l'assurance de porter la vue ni vers le ciel , m vei*s l'autel , ni vers aucun des assistans : vers le ciel , parce qu'il en avoit allua\é la colère , et qu'il ne peasoit pas en obtenir quelque grâce ; *ers l'antel , où résidoit le Dieu d'Isracl qu'il avoit mépris*! ; vere les assistans , qui avoient été les témoins de ses injustices , et dont plusieurs en avoient ressenti les effets. Voilà ce qui l'engage à regarder humblement la terre* Tels devroient ctre nos sentimens , si nous étions véritablement humbles, car l'humilité véritable paroît jusque sur le visage ; et surtout par une pudeur modeste qui accompagne tous les regards , tous les gestes , en un mot, tout l'extérieur d'une personne humble. Mais c'est sur-tout dans les exercices de piété , dans les Rempiles du Seigneur , que l'humilité devient plus respectueuse , et où elle inspire plus ^de retenue çt de recueillement; retenue

i4 Pour le X. Dimanche

et recueillement ^ qui de tous les témoignages '" sensibles d*une vraie religion et d'une sincère ** pénitence , est un des plus apparens et des *'; plus certains : comme au contraire , rien ^ dans la piété de plus suspect , que rinuno- ^ destie , Tégarement de la vue , un air de dis^ ^■ sipation et d'indifférence. Peu parmi vous , > M. F. , qui n'aient à se reprocher quelque ■ chose en ce point , sur-tout parmi les jeunes gens de l'un et de l'autre sexe. Je vous exhorte , au nom de J. C. , et je vous supplie de tout mon cœur , de vous garantir les uns et les autres , de cette immodestie qui blesse les yeux du Seigneur, et qui met obstacle aux grâces qu'il vous prépare; que chacun ait toujours la vue modestement baissée, sans la promener de côté et d'autre. Hélas ! peutr être y en a-t-il parmi ceux qui sont ici , qui font servir leurs yeux à une multitude de péchés qu'ils commettent eux-mêmes , et donnent occasion de commettre. Quelle abomir nation ! Obsecro ^os per modestiam ChristL Le publicain frappoit sa poitrine ; ce n'étoit pas en secret ; mais publiquement : non content de confesser à Dieu ses offenses , il les con* fesse devant une nombreuse assemblée; et quand il se frappe la poitrine à la vue de tout le monde, c'est comme s'il disoit: J'ai péché, j'en fais hautement l'aveu; je souhaite en faire une réparation authentique; je ne

après IcL Pentecôte. i5

jesire rien tant que de faire conooitre à tout le monde le regret que j'en ressens, et lever le scandale que j'ai donné. O ! M. F. , qu'il en coûte à l'orgueil de l'homme de faire un \e\ a^eu ; et que c'est un grand triomphe pour l'humilité ! Nous péchons tous; et nous sommes sujets k faire bien des fautes: In multisoffendimus omnes : mais si nous sommes tous pécheurs , nous n*avons pas tous le courage de reconnoitre les fautes où nous tombons , et d'en convenir de bonne foi. Plusieurs se dissimulent h, eux - mêmes leurs défauts; d'autres les sentent , et ne peuvent se les dé- ^ser, mais ils ne peuvent se résoudre à en faire l'aveu. Combien de pécheurs et de pe'cheresses qui ont honte de révéler leur état à leurs confesseurs , et de leur faire connoître les désordres où la passion les a en tramés! Combien qui laissent passer les années entières , sans approcher du saint tribunal ; et si , malgré eux , ils en approchent par certaines considérations, ce n'est que pour le profaner, en dissimulant les crimes dont ils sont coupables ! Soyons humbles !

M. F. , et l'humilité nous ouvrira le cœur, nous déliera la langue, et en nous faisant subir une confusion salutaire, elle sera le principe de notre justification. Mais achevons le portrait que nous avons commencé.

Mqd Dieu y s'écrie le publicain , soyez-môi

j6 Pour le X. Dimanche

propice ^ à moi qui suis un pécheur! yoilà toute la prière qu'il faisoi.t ; prièpe courte ^ mais pleine de foi et animé de cette confiimçe à laquelle Dieu ne refuse rien. Il sait « ce vrai pénitent , qiVil esjt pécheur ; mais il sait aussi que Dieu est encore plus miséricordieux^ c'est dans la vue de ses miséricordes infinies, qu'il demande et qu'il espère le pardon de ses péchés. Bel exemple pour ce qu'il y a de pécheurs dans cet auditoire !

Vous vous êtes retirés de Dieu , M. F. , Dieu vous rappelle : depuis long-temps voii$ vous êtes endurcis conlre ses saintes inspirations, et uéanm jins.il vous attend encore; il est prêt de vous recevoir. Allez à lui avec la même confiance que le publicain ^ avec le même sentiment de contrition ^ et ^vec la même humilité. Ecrie;4-vou5: Seigneur, soyezmoi propice; je me suis égaré ;Ja multitude et la grièveté de mei péchis meflfraient, mais votre miséricorde me rassure ; je la réclame avec confiance, et je ne me lasset*ai point de vous dire : Seigneur , soyez-moi propice, à moi qui suis un pécheur; je neveux plus l'être; j'ai horreur de l'être; je gémis amèrement de Vavoir été., je jie doute .point que voi^ ne receviez avec bouté lUn cœur véritablement contrit. Telle est , M. F. , la priàre ^jue devroient faire sans cesse ceux qui ont al^anâonué le Sejgoear ; mois l^e a\oyèz pas .qu'elle

après là Ventccôte* 17

ne convienne qa*k des pédhenrs déclares, oa à des âmes Uvrécs à des habitudes honteuses.

Nul d'entre nous qui ne doive se l'appliquer; et c*eàt un des plus solides exercices (du dirisiîanisme ^ «n tojate sorte de personnes ^ de s'exciler chaque :jdur , et pltixieurs fois dans le jour , à une vive douleur de ses péchés.

Hélas ! nous ne manquerons pas de maiticre pour cela , ou plutôt nous n'en avons que trop ! Si ce ne sont pns des péchés bien griefs dont nous sommes chargés.) de combien d'autres , légers dans deur espèce , ne sommesnous pas ooupafaies! Péchés d'action et d'omission ; péchés d-ignoraooe, de négligence, deiî'^lité; ^chés de maliceet d'une pleine volonté ; péchés personnels «et péchés d'autrui ; péchés de jeunesse « et péchés actuels et pré* sens. N'en est-ce pas là plus qu'il ne iaut pour nous écrier à toutes les heures du jour et en toute occasion : Mon Bleu , soyez-mot propice, à moi qui suis un pécheur!

Voilà , M- F. 5 le double portraH que J. C nous présente dans l'évangile de ce jour. Auquel des deux vous recônnoisaez - -vous ?

Quels ^effets produira la pfèinture que vous venez d'entendre? Les plus terribles et les plus funestes, si vous pottez le caractère du pharisien; les plus consolans-et les plus heu-^ reux , si vous ressemblez à l'humble piïbli* cain. Gelûi-ci, dit le texte «àOiré, s'en retourna

i8 Four le X. Dimanche

justifié dans sa maison et non pas l'autre ; car quiconque s'élève sera humilié , et qui* conque s'humilie sera élevé.

C'est à vous 9 M. F. y à choisir , ou la jus-^ tification , ou la réprobation. Y a-t-il à balancer? Humilions-nous donc intérieurement et extérieurement. Détestons de tout notre

cœur tout orgueil ; et pour fruit de cette instruction , ne cessons ds répéter , parlicu-? lièrement aujourd'hui et durant cette semaine : Seigneur , soyez-moi propice , à moi qui suis un pécheur ; disons-le surtout pendant le sacrifice de la messe auquel nous allons assister ; prions notre divin Sauveur, qui va s'immoler pour nous, de remplir nos cœurs de^ sentimens les plus humbles^ afin que noua méritions d'ayoi^ part à sai gloirev .

Second sujet. Sur TorgiieiL

E second sujet que fournit cet évangile, c'est l'orgueil , vice extrêmement commun , dont très-peu de personnes sont exemptes y non seulement dans les villes, mais encore dans les campagnes , et qui est la source d'une infîn|té d'autres péchés. La parabole de notre évangile présente naturellement Toccasion d'en parler.

On prendra pour texte,, les dernières pa-.

après Ici Pentecôte. ig

rôles de l*ë vangile : Omnis qui sê exaltai , hu*

wliâihtr.

Cest là , dira-t-on , la conclusion de la parabole rapportée dans' notre évangile. Le Saw^eQT du inonde , après avoir décrit la coniùte d'an superbe pharisien, tout à fait con* t^re k celle d'un humble publicaîn , prononce cette sentence foudroyante. Quiconque s'élève , sera humilié; Omnis ^ etc. Mé. dilons-là. M. "F. , et appliqnons-nous-la , cette sentence. 11 n*est aucun de nous qui n*en doive craindre les fVinestes suites. Comprenons aujourd'hui combien il nous iihporte de nous préserver du vice de l'orgueil, ou de nous en guérir , si nous y sommes sujets. Instruis 5ons*aous de la malice de ce péché, et cher*c\ions-en les remèdes.

Qu'est-ce qui doit nous porter à détester l'orgueil? Ce sera le sujet d*une première réflexion. De quelles armes devons-nous nous servir pour nous en préserver et le détruire? Ce sera celui de la seconde.

On pourra faire ici une prière au Sauveur , qui s'est anéanti, et qui s'humilie tous les jours dans le sacrifice de la messe , d'éclairer les auditeurs , et de leur inspirer une haine extrême du vice de l'orgueil , auquel il n'a cessé de déclarer la guerre.

>Q Pour le X. Dimanche

Il faudra d'abord donner une jdëe justtf de TorgueiL Saint Thomas en Tonroit une dé* finition exacte dans sa Somme ^ Qusest r62# où il parle de ce vice , ex professa. Cest , dit*^ il, un amour désordonné de sa propre excellence : Inordmattts appgiiius propriœ exceUeniicfm S. Bernard en disting[ue de deux espèces; Tune qu'il appelle or^ir^//»^'*^!/^/^; .l'autre qu'il «lomme vaine .gloire. La première consiate ii s'^slitner au-delà de cerquei'an est, et pour un ibîeti que ,I*on ne possède pas , ou À ,â*aUribuer à soi-naîrae la gloii^e d'un bien que Ton a reça de Dieu* Saint Augustin l'appelle une .enflui^ de cœur , par laquelle tbomme $*^ând et se giossiten luirmême. La seconde « c'-est-è-^dire, l*orguGil vain , et qui est une «uile de la pre^ mière 9 fait rechercher lf:s louanges des hommesi C'est un désir insatiable d'être applaudi et estimé pour quelques bonnes qualités dont l'on ^est doué , et même pour celles dont :on ne l'est pas. ilièo de jplus commun que ice vice 9 il est répandu dans toutes les <}ondi«lions.; jiresque personne rU^en .est exempL Quoiqu*iI n'ait en !nous aucun fandement, il n'en esl point qui y soit si fort .enraciné. U suffiroit de rentrer en nous-mêmes , pour y trouver de quoi nous humilier; cependant aa

après la FentècSiç. ai

aiTiea de tant c^e sujets d'6amiliiation 9 nous

K tanssons pas de ncnxs élever et de recber-

àerW louanges, l^estîme et les honneurs

isk monde*.

1»dbR)n» , M. F. , d'arracher de nos cœurS:

«a vice s( détestable ^ et pour nous y animer ^

ifplufïovkS" nou» d'abord à bien connottre

fiofflbkn îl est! abominable aux yeux dé Otea

dit h Cl ; nous examinerons ensuite dans

qa^maax îl^ neus précipita Deux motiâ

à 6orabattnre en nous Torgueil , que je vais

votti développer.

Fokil de péché ptus opposé a Dieu , plus CQDtPwre à Tesprit de J. C. qpe Porgueii; point de péché auquel Dieu soit plus opposé , ft que Jésus-^Cbrist ait plus combattu ; point de ]péché qui- cause plus infailliblement notre perte éternelle.

Voyez S. Grégoire le grand dans ses morales sur Xob , le ch;^ 16 et les suivans. De reguU humiUMis^ et dt superbiâ. S, Jean ChrysostAme en a aussi un sermons S. Augustin en parle en dilTérens endroits , aussi bien que S. Bernard O» peut Ure e ncoreS; jAmbix)is , particulièrement au t. 5. let. Sa. liv. 4*

Que l'orgueil soit de tous les péchés lie plus opposé à Dieu, il n*est pas difficile d6 s*en convaincre. D'eu- est te premier principe de toute « ebjsef , ^ lui seul est due toute gloires U- défend expressément à qui que ce

22 Pour le -X. Dimanche

soit de Tusurper , parce qu'il est le seul graûd^ le seul bon, le seul saint, et que toutes les créatures ne sont devant lui que bassesse^ qu'imperfection , et que néant : JEgo Dominus : gloriam meam alierî non dabo,\ Isaï. 4^* ) Qu^ fait l'orgueil , et à quoi porte-t-il l'homme ? Â s'attribuer à soi-même ce qu*il a reçu de son créateur , à se regarder comme l'auteur de son mérite , l'artisan de sa fortune , et à disputer, en quelque façon, au Très-Haut le titre de Souverain; le superbe s'efforce, pour ainsi dire , de chasser. Dieu ,de son trône , .et de se mettre en sa place, non pas cependant qu'il pousse l'aveuglement jusqu'à se croire égal à Dieu , mais en refusant de lui rapporter toute gloire ; et en la recherchant pour soi-même, il lui dispute, ea quelque sorte, ce qui ne peut convenir qu'à la divinité.

On citera ici Texemple de l'ange rebelle , qui disoit : In cœlmm conscendami similis ero Altissimo, ( Ibid. i4- ) Celui d'Adam, dont le premier péché fut l'orgueil: Eriiis sicut dni scientes bonum et malum, (Gènes. 3. ) Celui de Nabuchodonosor , qui disoit.: Nonne hœc est Bàbylon magna , qpam ego œdificapi in robore forlitudinis mcijp'i ( Dau- 4- ) .

L'orgueil n'est pas mpit\s, contraire à l'es^ prit de J. C. C'est . pour le détruire quç le fils de Dieu s]est fait howne. Ad. hoc unî:^

après la Pentecôte. a 3

genîtus Dei Filiusformam infinnîtatis nostrœ suS" cepit; ad hoc despectus apparuitj ad hoc passio' num fùrnunta tolerat^it , ut superbum non essê hominem docereL S. Grég. lib. cit ch. ai.

Rlea aussi contre quoi il se soit plus élevé que contre l'orgueil. On pourra citer quelques passages de l'évangile , et spécialement la parabole de ce dimanche. U ne pouvoit souffrir les orgueilleux j il les combdttoit en toute occasion; il n'a cessé d'inspirer de l'horreur de l'orgueil, et de porter k l'humilité. En un mot ; le Saint-Esprit , dans les maintes Ecritures , nous représente ce vice comme le premier- des péchés ; Initium omnis peccati est superbia ; ( Eccli. lo. ) comme celui qui déplaît le plus à Dieu : Odhit anima mea pauperem superbum. S. Thomas ne craint pas de dire que ce péché ^ considéré en lui-même, surpasse tous les autres en' malice , parce que son propre caractère est de révolter l'homme contre Dieu, de lui refuser l'obéissance qui lui est due , et de mépriser son excellence : Ex parte apersionis , superbia habet maxïmam grai'iiàtem; quia in aliis peccatis" homo à Deo avertiiur , t^el prapier ignoranliam , rW propfer infirmitatem; siuepropter desiderium cuji^sCumque alterius boni ^ etc. Quœst. 162. art 6.

Mais si le péché d'orgueil est le plus opposé à Dieu, le plus contraire à l'esprit de J. C. c'est aussi celui de tous les péchés que

34 Tour k X. Dimanche

Dieu a le plus en horreur , qall a Te plus sévèrement pimi. ( U' suffife d^exposer ici le châtiment des anges rebelles , celui de nos piemiers parens. Ces deux exemples , bien:

proposés , sont capahiies dé* faire une foite impression. ) Qu*éloient les anges- pour lors , et qa'étoit Adam? dans Tétat de la justice orirginelle? Que sont-ils devenus les uns et les autres , pour s'être laissés aljer à Porgueil ? Tous les maux que nous éprouvons, sont tes swtes funestes du péché de notre premier père.

On pourra encore citer ici le trait du roi Hérode, Act. 12. Les peines dont le Sei»gneur a puni et punit encore tous les jours les^ orgiîeiUeux. Oh lira le chap; 10. du liv: dé l'Ecclésiastique, qui est tout rempli d'excellens passages , qui prouvent cette vérité, tels que sont les suivans: Qui temerit Uiam , ( superbiam) adimplèbitur makdicHsy et svbi^rtet eum ( Ihm ) ifrfinem. Sedes ducum superborum dtstmxiU Raikes geniiwn superhatum arefecit ; memoriam suptrhoTwn perdidit Odibilis coràm Dto superbiu , ett.

Que de malédictions n'a pas prononcé J. C. contre lès orgueilleux , et particulièrement contre les pharisiens , qui , pleins d^euxmêmes, méprîsoient les autres; qui recherchoient les louanges des hommes, des places honorables , des titres fastueux ! Il assure que quiconque s'élève sera humilié , et sa parole

s'accomplit

après la Petiîecûte a 5

skcomplit à la lettre. Le Seigneur résiste Bx saperbes ; il les ëlo^e de son cœur :

JHspersU superbos mente cordis sai; il leur cacbe ses mystères : Abscondisti bac à sapienlibus ei fniaiàBS. ; ( MaUk. ii. ) il les humilie , èes oe monde , par les difierentes afflictions fH kar envoie ^ par les péchés où il perinet c{n*lls tonobent , et qui les rendent méprisables même devant les hommes: Odibiiis coràm Deo et hominîbus superbîa ; enfin , il les précipite dans le fond de Pabyme , et leur fait ressentir la peine du premier des oi gueilleax dont ils suivent Texemple : Ad iafernum ieiTakeris ia profundum. locL ( Isaï. i^. )

Âpres avoir ainsi fait voir combien Torguàl déplaît à Dieu , et combien il est contraire a l'esprit de J. (1 , on s'adressera aux aaditeurs, et on leur demandera s'ils sont bien persuadés de la haine que Dieu et J. C.

portent à l'orgueil , et s*i!s en ont toute Thorreur qu'il mérite ; on. les fera rentier en euxmêmes, pour examiaer s'Us n*en sont pas coupables; on s*adrjsssera aux riches, ensuite aux pauvres. Ce vice est plus commun dans les ^nds, qui ne font pas rétiexion que toutes leurs gi^udeurs, leurs richesses viennent de Dieu , et qui en prennent occasion de traiter les pauvres avec mépris , et de se regarder, pour ain3i dire, comme d'une autre nature.

On pourra ensuite porter la parole aux per- Tome IV. B

26 Pour le X. Dimanche

sonnes d'une condition médiocre, aux pauvres même qui ne sont pas toujours exempts d'orgueil et de vanité , qui portent envie aux riches , et refusent souvent de se soumettre à la loi de Dieu et à ceux qui tiennent sa place, soit dans l'Eglise, soit dans l'Etat.

Détestez, dira-ton, M. F., de tout votre cœur , un vice qui attaque Dieu le plus directement , et qui est le plus contraire à l'esprit du christianisme ; arrachez-le de vos esprits et de vos cœurs ; et pour vous y exciter de plus en plus, considérons ensemble dans quels maux il nous précipite, nouveau motif pour le détruire et nous en purifier parfaitement. Voyez S. Grégoire; au liv. cité plus haut, a la fin du chap. 19.

L'humilité est la source de toutes les vertus ; l'orgueil au contraire conduit à tous les -vices; Inîtium omnîs peccati. Dès qu'un homme se laisse aller à la superbe , il s'éloigne d« Dieu, dit l'Esprit saint : Ab eo^ qui fecit illum ^ récessif cor ejus. ( Eccl. 10. ) Point de péché dont il ne soit capable, il est emporté, envieux, vindicatif, avare, injuste , souvent impudique, sensuel; eh un mot, il manque à ce qu'il doit à Dieu , au prochain et à soi-

même.

On reprendra chacun de ses traits. Il se met aisément en colère, parce qu'il veut remporter sur tous; il se fâche aisément contre

après la Pentecôte. 27

ceux qui lui résistent , ou qui n'ont pas assez d'égards pour lui. La colère le porte à la vengeance : de là les haines , les disputes y les procès, les homicides même. L'envie le dévore ; il ne voit qu'avec regret ses frères au-dessus de lui ; point de moyens qu'il ne prenne pour s'élever ; il cherche à avoir du bien à quelque prix que ce soit ; il en agiasse le plus qu'il peut , par toutes sortes de voies; il commet souvent des péchés honteux; présumant de ses forces , il s'expose témérairement aux occasions; et pour le confondre.

Dieu permet qu'il tombe dans des fautes grossières ; uniquement occupé de lui-même, il regarde tout le monde avec dédain ; il ne croit rien devoir à personne ; il rapporte tout à sa gloire et à son amour - propre ; il en vient jusqu'à s'élever contre Dieu même, jusqu'à refuser d'obéir à ses ordres, de croire à sa parole; mesurant la toute-puissance de Dieu , et les mystères de notre religion , à ses lumières naturelles, il ose contredire les miracles les plus constatés , et combattre les vérités de la foi les mieux établies.

Eh ! n'est-ce pas de l'orgueil que sont sorties les hérésies qui ont désolé et qui désolent encore aujourd'hui l'Eglise ? ( On pourpa faire ici un court détail des hérésiarques, aussi bien que des schismatiques. Arius, Nestorius , pour les premiers siècles ; Luther et

38 Four le X. Dimanche

Calvin 9 pour les postérieurs ; le schisme des Qrecs vient du même principe. ) Presque tous les péchés partent de Torgueil ; les irréligions , les désobéissances aux légitimes supérieurs ; les jugemens téméraires , les médisances et les autres fâules contre la cha* rite. Les exemples n'en sont que trop co<mmuns et trop frappans. On en a déjà cité quelques-uns ; on pounoit encore en ajouter de nouveaux , sur-tout celui de Tertulr lien , un des plus grands génies qu'ait eus lA-frique. Après avoir composé plusieurs ouvrages 9 il se laissa tellement enfler d'orgueil , qu'il donna dans des révélations ridicules ; il tomba dans plusieurs erreurs, et se fit montaniste.

Qui ne craindra après cela un vice si funeste ? N'est-ce pas avec raison que S. Gréjgoire l'appelle le signe le plus évident de la réprobation ? JEt^identissim^m reproborum si-r gnum , superbîa est,' Parce qu'il ruine toute^ les vertus, et qu'il est la mère de tous les vices: Ruina omniujn i^irtutum , origo omnium wiiorum. Et comment ne couduiroit-il pas à la réprobation celui qui en est dominé ? II l'ésiste à Dieu , il n'a point de conformité avec J. C. , il imite l'ange rebelle ; quel autre sort peut-il avoir que celui des a^ges apostats ? ( Voyez S. Jean Chrysostôme dans son homélie 4^* ^d Aniioch. vers la fin. }

Gprès la Pentecôte* 29

Oa en viendra aux auditeurs ^ et on leur demandera : Avez - vous fait attention à ce portrait de l'orgueilleux? Ne vous y reconnoissez-vous pas ? N'est-ce pas de l'orgueil que viennent la plupart des péchés que vous commettez ; vos emportemens , vos imprécations , vos disputes , cette envie démesurée de vous procurer des richesses, cette tristesse que vous ressentez de la prospérité du prochain, ce soin de votre propre personne, celte attention à vous produire dans le monde ? Oui, M. F. , retranchez l'orgueil , et vous arracherez bientôt tous les autres vices.

On pourra suggérer encore quelques affections de haine, de douleur ; et on inspirera une résolution sincère de rechercher les remèdes à ce vice , dont on fera le sujet du second point , si mieux Ton n'aime les indiquer succinctement

IL POINT

S. Jean Chiysostôme , après avoir décrit les effets pernicieux de l'orgueil, traite des moyens dont on doit se servir pour le vaincre, Qaomodb superhiam exiinguere poferimus ? Demande ce S, docteur: comment pourronsnous venir à bout de nous défaire de ce vice? C'est , dit-il , par une sérieuse réflexion sur les grandeurs de Dieu , sur les peines de

3o Pour le X. Dimanche

Tenfer et sur les misères inséparables de la nature humaine : Si Deum agnoscamas ; nam eùm ipsum agnoverimus ^ expellelur omnis insoleniia. Cogita gekennam , cogita quod Deo debeat pœnas, cogita ipsam humanam naiuram, cùm nihil sii homo , ex quitus constat , et quitus desiniL (Voyez Gienade dans sa Guide des pécheurs «ur ce sujet. )

On expliquera ces différehs sujets de réflexion , bien capables de nous faire rentrer dans notre néant

Qu'est-ce que Dieu , et que sommes-nous ?

Que pouvons-nous, et qu'avons-nous mérité?

Que deviendrons-nous ? Que sont devenus ceux qui nous ont précédés? Où a abouti leur gloire ? Ecoutez , dira-t-on , ce qu'en pensent les réprouvés : Quid notis profuii superbia ? Aut diMarum jactaniia quid contulit nobis. (Sap. 5.) Réfléchissons, aussi souvent sur rhumilité du Fils de Dieu ; comment notre orgueil pourra-t-il tenir contre ses abaisse* mens?ÇttdP supertia sanari potesf , dit S. Augustin, 5i humiiitate tilii Dei non sanaturi Qui étoit plus parfait que lui ? Qui avoit plus de droit de recevoir de la gloire des hommes?

Cependant jamais il ne l'a recherchée ; il s'est pIû dans les abaissemens : Non quœro ghriam meam, ( Joan. 8. ) Quel est le chrétien qui «près cette réflexion , oseroit s'élever et re- ^ercher la gloire mondaine ?

après la Pentecôte. 3i

Une antre arma qu'on peut employer contre

forgueii , est de rentrer en soi-même 9 et de

se bien persuader qu'il n'y a rien en nous»

ni hors de nous, qui puisse nous enorgueillir.

On expliquera ici les différentes choses

àont on a coutume de tirer vanité ; S. Gré-

{[oire les explique dans Tendroit que nous

ayons cité. Klatio , dit- il . aiios et rébus sœ-

aûarîbusi alios ex spiritualibus possidet ; aller

\ ùdumescil auro ; alter eloquioy aller infimis et terreais rébus i alter summis cœlestibusque viriu-' abus. L'un se glorifie de son or ; l'autre de son éloquence ; celui-ci de sa naissance et de ses richesses ; celui-là de ses vertus. Qu'ils écoutent, poursuit ce S. Docteur, ce que l'Ecriture nous apprend de tous ces biens : Au" ikni illi; toute chair n'est que comme l'herbe, et toute la gloire de l'homme est semblable à la fleur de l'herbe. Que ceux qui sont audessus des autres , méditent bien ces paroles : Ne vous élevez pas du rang où vous êtes :

Noli eilolli; que ceux qui croient avoir de la vertu ^ se souviennent du sort des vierges folles; que tous ensemble méditent bien ces

f oracles sacrés ; Dieu résiste aux superbes.

' Tout honime dont le cœur est élevé , est impur devant Dieu. Pourquoi vous enorgueillissez-vous , terre et cendre ; qu'avez-vous que vous n'ayiez reçu ? Apprenez de moi , que je suis doux et humble de cœur.

32 Tour le X. Dimanche

A la réflexion il faut ajouter la prière* Comme nous avons un penchant vif et continuel au péché d'orgueil , et qu'il est besoin d'une force surnaturelle pour le combattre et pour acquérir l'humilité, il faut la demander souvent à Dieu , celte force , et dire souvent avec S. Augustin : Seigneur , faites que jô me connoisse bien , pour que je me méprise.

Faisons-la , M. F. , cette beVe prière tous les jours de notre vie , et particulièrement durant la sainte messe, où le Sauveur s'humilie si profondément; et avec le secours de la grâce, travaillons incessamment à réprimer en nous les mouvemèns de l'orgueil. Étouffons-îes dès leur naissance: et suivons exactement le conseil que Tobie donnoit ^

son fils: Ne souflièz jamais que Torgueis'empare de votre esprit, et n*en donnez^ aucune marque dans vos paroles : Svpeibiam nuntjuàm in tuo sensu aul in tuo verbo dominare pennilias. ( Cap. 4* ) Ne méprisons personne; ne nous préférons à personne ; ne nous louons point ; que notre extérieur soit modeste et réglé sur notre condition et sur la qualité de çjirétien ; enfin , n'oublions jamais que nous sommes les disciples d'un Dieu humble, et qui ne reconnoîtra pour les siens , au jour du jugement, que ceux qui se seront humiliés ici-bas.

On terminera l'instruction par une courte

après la Pentecôte. 33

prière adressée à J. .C. méoie , par laquelle 00 le suppliera de bannir l'orgueil de nos osars , afin que nous méritions d'avoir part à sa gloire.

Troisième sujet. Sur ïhumilité.

E troisième sujet qui convient K cet évangile, c'est la vertu d'humilité; vertu extrêmement rare , et néanmoins absolument nécessaire.

Lorsqu'on la traitera , on prendra pour texte : Omni s qui se humiliât , exaltabitur ; Quiconque s'humilie sera élevé. C'est l'oracle prononcé par J. C. et par où finit la parabole rapportée dans notre évangile. Après avoir bit le portrait de deux hommes qui montèrent au temple de Jérusalem pour y prier, Tun rempli d'orgueil, l'autre pénétré de 1 humilité la plus profonde, J. C. porte cette sentence aussi terrible pour les orgueilleux, qu'elle est consolante pour les humbles :

Qu:ciiméfue , efc.

Que puis -je faire de mieux, M. F. , aprrs avoir montré , les années dernières , combien le vice de l'orgueil est détestable , et vous en avoir inspiré une sainte horreur; qu'y a-t-il , dis-je , de plus convenable et de plus utile , que de vous exciter aujourd'hui à la

3b Pour le X. Ùimanche*

ël!e lui plaît singulièrement; du côté des autres vertus , elle en est le fondement ; et par rapport à nous-mêmes , elle est d'une nécessité absolue. Appliquez- vous et comprenez biea ces motifs qui doivent vous engager à vous affermir dans l'humilité d'esprit et de cœur.

Je dis, i.^ du côté de Dieu. Pour être convaincu de l'estime que Dieu fait de celte vertu, nousn*avons qu'à ouvrir les saintes Ecritures, nous y verrons qu'elle lui est infiniment agréable. ( On citera quelques passages de l'ancien et du nouveau testament: ^^r ex. Exceïsus Don^nus , et humilia respîcîL Svper quem respîciam , nisi super pauperculum et conlrilum spiritu. Humiles spîritu sahabil, Exaltavif humiles. Humilibus dat graliam. On le prouvera par des exemples, )

Dieu s'est laissé fléchir, toutes les fois que l'on s'est humilié en sa présence; l'humilité des pécheurs a désarmé sa colère. On pourra rapporter l'histoire de l'impie Achab. On montrera que Dieu s'est servi des humbles pour ses plus grands ouvrages ; d'Abraham , de Moyse, de Josué, de Gédéon, de David, etc. Pourquoi pensez-vous que la très-sainte Vierge fut honorée de la qualité de Mère de Dieu ? S. Bernard répond que c'est à cause de son humilité : Rcspexit humilitatem anciliœ suœ. Mais rieii ne montre mieux jusqu'à quel poin. cette vertu est agréal^le au Seigneur,

après IcL JPentecôte* 37

jacceque J. C. en a pi*atiqué et enseigné.

Elle a été sa vertu, favorite ; toute sa vie , \ la bien décrire , Ti*a été qa*une humilité continaelle, ane Humilité la plus profende:

limëanl semetipsum , semetipsum exinanwU.

C'est proprement la seule vertu qu*il nous a enseignée. Il a voulu que nous apprissions de lai, non à faire des miracles , mais à être humbles de cœur. (On suggérera quelques saintes affections ; par ex. d*estime de cette ^rtu, du désir de l'acquérir.) O! M. F., combien ne plairions-nous pas \ Dieu, si BOUS étions vraiment humbles ! Qui sont ceux parmi nous qu*il regarde avec plus de complaisance ? Sont- ce les plus riches , les plus disÛQgués par leurs talens ? Non , ce sont les plus huncd>les. Sont-ce les plus chastes , les plus sobres , les plus prudens ? Non , M. F. , je le répète , ce sont les plus humbles , ceui qui n'ont que du mépris pour euXmêmes , qui se regardent comme les derniers de la paroisse , qui se plaisent dans les humiliations , dans l'état pauvre où Dieu les a mis; ce sont ceux qui au milieu des richesses , et avec tous les talens dont Dieu les a pourvus , conservent toujours de bas sentimens d'eux-mêmes. Mais d'où vient , demanderezvous , que Dieu aime les humbles par préférence à tous autres ? Le Saint-Esprit nous

38 Four le X Dimanche

en rend la raison dans les saintes Ecritures; c'est qu'il n'y a que les humbles qui le glorifient véritablement: Quoniam ab humitibus honorafur ; parce qu'ils lui rapportent la gloire de tout ce qu'ils sont et de tout ce qu'ils possèdent ; que par là ils reconnoissent que tout vient de lui , et qu'à lui seul est due toute gloire.

2.^ A ce premier motif, qui seul suffiroit pour nous inspirer la plus haute estime de l'humilité , ajoutons-en un second , c'est qu'elle e^t le fondement de toutes les vertus. Les saints docteurs l'appellent la base et le fondement de l'édifice spirituel. Et de même que pour bâtir une maison solide, il faut l'établir sur de bons fondemens , il faut creuser la terre , et la creuser d'autant plus profondément qu'on veut élever plus haut l'édifice ; quiconque veut être vraiment vertueux , doit commencer par s'humilier : Cogitas magnam fmbricam consiruere celsUudinîs^ dit S. Augustin, à fundamento prias cogita humilitaiis.

Pour développer cette seconde raison , on se servira du beau passage de S. Bernard, que l'on trouvera cité dans le Missionnaire paroissial , et dans les Méditations ecclésias^ tiques , etc.

C'est l'humilité, dit ce Père, qui mérite toutes les autres vertus, qui les conserve après les avoir reçues , et qui les conduit à la per-

après, la Pentecôte. 89

fcction. Ut casiitas , ni chariias detur^ humilitas.^ Sirvatas acceptas , servatas consummaU S. Augustin a?oit dit avant lui , qu'elle est la première, la seconde , la troisième et la quatrième des Tertos. Selon le langage des Pères , elle les contiait toutes , et sans elle il ne peut point jen avoir de parfaite. C'est donc à cette ?erta que nous devons nous appli(|uer premièrement , et avec plus d'ardeur ; ce seroit , dit S. Grégoire, travailler inutilement, que de prétendre devenir vertueux sans humilité ; ce seroit ressembler à un homme qui jette de la poussière au vent : Qui sine humilitatê nrtuies congregat^ quasi in venium pulverem portai . 3.** Concluez de là , M. F. , combien cette vertu est nécessaire , et c'est le troisième motif qui doit nous y porter. Sans elle, point de salât à espérer. J. C» s'en est expliqué clairement en plusieurs occasions : il n*a pas même caché à ses disciples , que s'ils ne devenoient semblables à des enfans , s'ils ne s'hamilioient , ils n'auroient point de part à son royaume. En effet , comment , sans humilité , pourroit-on pratiquer les autres vertus chrétiennes, soit théologales, soit morales ? Comment croira-t-on les mystères incompréhensibles de notre religion , si on ne renonce à ses propres lumières ? Comment rempUra-t-on le grand précepte de l'amour du prochain ? Comment supportera- t-on se

4o Pour le Xé Dimanche

défauts ? Cornaient souffrira-t-on lés difiérentes croix dont la vie est semée, et que Pan rencontre presque à chaque pas? Comment, en un mot, pourra-t oiv vivre en chrétien, dès que 1 humilité manque, et qu'on se laisse aller à l'orgueil ? Les plus spécîe uses vertus sont sans mérite devant Dieu: Quod bomimbutS altum est , abominatio est antè Deum. (Luc. ]6. ) Cependant quelque indispensah b}e , quelque essentielle , quelque estimable que soit Thumilité, rien de plus rare dans le christianisme: Magna prorsùs ei rara virtus^ dit S. Bernard. Il y a quelque humilité de mine et d'apparence , dans la bouche et dans l'extérieur ; mais peu qui soit sincère , qui réside dans le fond dç l'auie, je yeux dire, dans Vesprit et dans le cceur. Est-il beaucoup de chrétiens qui n'aient que du mépris pour eux-mêmes, et que de l'estime pour leurs frères , qui aiment les derniers rangst , qui ne se glorifient pas de ce qui les distingue du commun des hpipme^ ? Le monde p'est-il pas renipli de gens superbes , hai|tains^ fiers?

. Qp moralisera selon Vauditpife , on atta^ .qpera certaines modes qui ressentent Torguei}, on inspirera aux auditeurs uue sainte confusion de Torgueil où ils ont vécu , et on les excitera à rechercher des moyens efficaces de devenir véntablepGneat hupibles*

aprhs la Pentecôte* 4*

Vous connoîssez à présent , M. F. , le prix de l'hnmilité ; vous êtes convaincus de sa nécessité ; instruisez- vous à présent ck ce qui peut sei*vir à vous la procurer , c*est le sujet du second point.

IL POINT

Poua parvenir à une véritable et parfaite humilité) deux choses sont nécessaires ; i.^ c'est d'en connoître les difTérens degrés ; a.^ de se servir des moyens qui peuvent nous y conduire; On distin^e trois degrés dans crttc vertu.

te premier , selon S. Bernard , c'est non lealement de reconnoitre devant Dieu que nous ne sommes rien ; que nous n*avon8 de nous-mêmes que des foiblesses et des misères; que nous ne pouvons que pécher et nous perdre: miis encore de se plaire dans cette connoissance ; de se mépriser intérieurement ; de ne s'attribuer rien ; de ne point rechercher l'estime des hommes; de souffrir avec peine les louanges ; enfin , de se tenir continuellement dans un état d'abaissement devant Dieu , se réjouissant de ce que Dieu est tout , et de ce que nous ne sommes rien.

Voyez le Père Nepveu dans ses réflexions, tome 4' pour 1^ 4 octobre.

4 1 Tour le X. Pirnafïche

Le second degré qui suit du premier, consiste à souiFrir patiemment le mépris que les autres font de nous , à être bien aises qu'on nous prenne pour ce que nous croyons être , et que Ton nous traite comme nous le méritons.

Le troisième degré , et le plus parfait , va jusqu'à aimer Thumiliation ; à s'y coihplaire; à s'en réjouir; à en rechercher les occasions. Dieu ne nous oblige point à ce qu'il y a de plus parfait dans l'humilité ; je veux dire, à rechercher le mépris, ni même à nous y complaire. Heureux ceux qrui sont parvenus à ce degré de perfection. Ils ont trouvé le vrai bonheur sur la terre ; ils ressemblent aux Apôtres et aux saints fidèles qui se réjouissoient d'avoir été dignes de souffrir pour J. C. Il suffit , pour remplir le précepte de l'humilité , d'atteindre au premier degré , et de souffrir avec patience les mépris qu'on pourroit faire de nous ; néanmoins nous ne devons rien négliger pour nous perfectionner dans cette vertu ; et encore , malgré tous nos soins , avon3'nous bien de la peine à accomplir ce qui est d'une nécessité absolue.

Mais comment pouvons-nous nous élever aux différens degfés d'une vertu si difficile? En voici quelques moyens , sur lesquels vous réfléchirez à loisir. I^e premier , c'est de ne

après la Pentecôte. 43

pot perdre de vue ce que nous sommes:

Bmli/as tua ut te cognoscas^ dit S. Augustin. C'est de bien rentrer dans notre fond, ou fktôtdans notre uéBut : Humi'iia/io /i/u in meëê lui, nous dit un prophète, ( Mlch. 6. ) hàra » lutum et calca^ ( Nahum , 3. ) Les WBts nous conseillent d'examiner ce que nous noos été 9 ce que nous sommes et ce que BOUS serons. Il n*y a rien dans toutes ces considérations du passé, du présent et de l'a« venir 9 qui ne serve à nous ra!>aiiser, et à Doas confondre. ( On donnera de l'étendue à ces trois considérations. )

Mais comme notre orgueil nous fait attacher les yeuic sur les défauts d'^trui et sur DOS prétendues perfections, pour nous élever aa-dessus de nos frères et les mépriser, ayons soin de nous arrêter plutôt à ce que le piH>châJQ a de bon , et à ce qu'il y a en |nous de défectueux. C'est ainsi , selon S. Thomas , que chacun peut assurer avec vérité qu'il est le deniier de tous , qu'il est incapable de tout , gu'i/ n'est bon à rien. De là les saints et les plus ^ands saints se regardoient comme les plus grands pécheurs, et se mettoient au-dessous des démons mêmes. On confirmera ce que l'on vient de dire , par l'autorité de S. Paul , qui a là-dessus de beaux passages. Par ex. In humilitate superiores sibi im^icem arbitrantes. Si cuis eiistiinat se aliguid esse , cùm nihil sil y ipse se

44 Pour le X. Dimanche

SeducîL Qiiidhûbes quod non accepisfil Qui gh-' riafur , in Domino gioriefur, ( Ad Philippense» a. Ad Galatas 6. i. Ad Corinthios 4 et i. )*

Voyez aussi dans le livre de rimitatioo, le 3. et 7. cil. du i. liv. , et le 4* et i4« da 3. liv. Voyez encore le miroir fidèle qui contient d'excellentes pratiques dliamilité.

Un second moyen, et que je vous ai déjà proposé en traitant de l'orgueil , c'est de ré^ fléchir souvent sur l'humilité de J. C.

( On expliquera en quoi il s'est humilié ^ et comment on doit l'imiter. )

Mais toutes ces considérations ne seroieni psts capables de nous faire devenir humbles ^ $i nous n'ii^ venions à la pratique , si nou» ne nous exercions dans les difierens actes d'humilité intérieure et extérieure : Humiiiéh' tfo^ dit S. Bernard, pia est ad kumilitatemp^ skut paiieniia ad pacem*

Hùmilions*nous donc, i.o dans notre e»« prit ; 2.^ dans notre cceur ; 3.^ dans nos pa** rôles ; 4*^ ^^^ ^^^ démarches , dans nos yeu^ , dans nos habits , dans nos meubles ; en un mot , dans toute notre conduite^ Hur milions-nous li Tégard de Dieu, de nos su* périeurs , de nos égaux , et même de nos inférieurs , autant que notre état le permets .C'est à quoi le Saint-Esprit ne cesse de nous exhorter: Quanib^ magnus es^ humilia te iri om^ nibus% ËGcli. 3. Omnes imicem humilitatem imi-^

après fa Tentecdte. 45

wfif. I. Petr» 5. Honore invkem prœ^enientes. IdRom. la.

Cest aussi , M. F. , à qnoi je vous ex-

korte, en doissaTit. Je vous fais la même prière

({oeS. Paal faisoit aux premiers chrétiens;

Okecra ^itujue i ^5 ^ iti digne ambutetis aun omni

hÊÊfûie. C EpK 4. )

0! que d^avautages ne nous procurera pas cette vertu ! La grâce de Dieu , la paix du cœar, toutes les autres vertus chrétiennes ^ et sur-tout la cliarité avec le prochain, l'estinie même et Vhonueur des hommes ; mais le plus précieux de tous , c*est que nous auroDs en nous le signe le plus certain de notre prédestination : Ei^identissimum ekctorum sigmm ^ est humilifas; et £[ue nous serons d'autant plus élevés dans le ciel , que nous serons pins humiliés sur la terre : Humilem splriiu susdpiet gloria. ( Prov. 29. ) C'est là le véritable chemin à la gloire. Commençons donc dès ce îour à nous y exercer , afin que nous nous rendions dignes de participer à la récompense qui est promise aux humbles.

Ainsi soit-iL

46" Pour le X. Dimanche

Quatrième sujet. Moyens d'affermir les fidèles dans rhumilité.

'ÉPiTRE de ce jour répond à Tévangile ; elle fournit Toccasion d'afTermir les fidèles dans rhiimilité. S. Paul, dans le chap. 12. de sa première lettre aux Corinthiens, s'applique particulièrement à leur faire sentir que les diflerens dons spirituels qu'ils reconnoissent en eux sont un effet de la bonté de Dieu , de pures grâces dont ils ne doivent point se glorifier; mais qu'ils sont obligés de faire servir à l'utilité de leurs frères.

Si Ton veut faire une instruction entière sur cette épître, on peut s'arrêter à ces paroles : I^emo potest dicere , Dominus Jésus , nisi in Spiriiu sancfo. On montreroit le besoin absolu et continuel que nous avons de la grâce; on tireroit de ce dogme de notre foi quelcpes conclusions morales. On pourroit commencer par la lecture de l'épître traduite en françois , ainsi que nous l'avons dit ailleurs , où l'on prendroit ce texte: Nemo potest dicere ^ etc.

Dans l'épître de ce jour , M. F. , l'Eglise se propose , aussi bien que dans l'évangile , de nous inspirer une véritable humilité. Elle nous fait lire le 1 2. chapitre d'une lettre que S. Paul écrivoit aux fidèles de Corinthe, pour

les préserver de Torgueil, et les engager à rapporter à la gloire de Dieu les dons spirituels qu'Us possédoient Que fait-il pour parvenir à son but? Il commence à leur retracer ce qu'ils étoient , avant qu'ils eussent embrassé le christianisme : souvenez - vous , leur dit-il , pour guérir l'enflure de leurs cœurs, que vous vous laissiez mener comme des animaux sans raison et sans intelligence vers les idoles muettes , que vous étiez assez stupides pour les regarder comme vos dieux ; rougissez de tant d'impiétés que vous avez comaiises ; comprenez la grâce que Dieu vous a faite ; mais n'oubliez pas que c'est à lui seul que vous en êtes redevables ; il vous a accordé diOerens dons spirituels , à l'un le don de parler avec sagesse, à l'autre de parler avec science , elc. Gardez - vous d'en tirer sujet de vanité ^ et ne pensez qu'à en faire l'usage pour lequel ils vous ont été accordés. Vous avez un besoin continuel du secoiii*s de Dieu,^et sans l'assistance de son esprit, vous ne pourrez pas même prononcer utilement le nom du Seigneur Jésus : Ncmo potest dicere^ efc.

Ne cherchons pas , M, F., ailleurs que dans ces belles paroles , de quoi nous instruire , de quoi nous porter à une véritable humilité» Que nous apprennent-elles? Que nous ne pouvons rien sans la grâce; que nous

46 Fout h X. Dimaache

ea avons uq besoin cootinuel; qu*il faut par conséquent le remercier de tout ce qu'il y a de bon dans nous ; implorer sans cesse son secours ; craindre de nous en rendre indignes; veiller soigneusement sur nous pour profiter des dons de Dieu. C'est ce que je me propose de vous expliquer dans cet entretien ; écouteip - en le dessein et le partagé. Nous avons un besoin absolu et continuel de la grâce: premier point. A quoi nous oblige le besoin que nous en avons: second poinL

Page 1