II. POINT
Le premier avantage de cette crainte, est donc de suspendre l'exécution des mauvais
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désirs et des pensées du péché; Celte exé* cutioD ajoutée aux désirs et aux pensées du péché, ajouteroit considérablement à la force de la passion et de l'habitude. Il est donc visible que cette exécution arrêtée, affoiblit et l'habitude et la passion. Mais elle ne se borne pas là, elle change la volonté ell#mê-ne ; second avantage beaucoup plus considérable qu'on ne pense. Donnez -moi , M. F. , un voluptueux, emporté tant qu*il vous plaira par Tamour du plaisir ; mais que Dieu , par sa miséricorde, frappe dans le temps même de son emportement, et pénètre des plus vives lumières de la foi ; à qui ces lumières développent tout à la fois, et les horreursde sa conscience, et les terribles châtimens qu'il attire sur lui; qui voit l'enfer ouvert sous ses pieds , et qui entend la trompette fatale qui ne cesse de faire entendre à ses oreilles ces paroles redoutables: Levez-vous, morts, et paraissez pour le jugement; je veux que son cœur ne soit pas encore changé, ni converti ; mais si vous ne le supposez aussi détestable qu'un déi^on et privé par.
conséquent de toute foi surnaturelle ; ou s'il ne dit pas comme Caïn: mon iniquité est trop grande pour en mériter le pardon, ce qui feroit de sa crainte, non plus une crainte qu'inspire la foi, mais plutôt un désespoir, dont le principe ne pourroit être que dans-
4^8 Pour le XXI P'. Dimanche une iiifî lélilé co;Ho:nm.*e ; faut-il conaoUre les hoin nés pour supposer que, pendant que ce- terribiCS pensées occii[>eront son esprit^ Si pasiion en sera ralentie, et que ses désirs en seront î)eauconp moins vifs f
Eh ! par où commence le péché , M. F#, et par oh fînit-il ? AverterurU oculos suos^ nt piJercnl cœhim neque recordarentur judkiorum jus-torum: ils délournèrent leurs yeux pour ne pas Toir le ciil, et pour ne plus se souvenir des justes jugemens de Dieu. Est-ce des mal« heureux vieillards qui voulurent autrefois attenter à la chasteté de Susanne, ou de vous , pécheurs , que l'Ecriture parle ? Oest tout à la fois et des vieillards et de vous. Car pour peu que vous réfléchissiez sur vous* mêmes, vous vous reconnoîtrez à ce caractère. Comme eux , vous avez commencé par détourner vos yeux du ciel , et par étoufier le souvenir des jugemens de Dieu, jugemens* aussi justes que redoutables. Combien yoixs> en a-t-il coûté de combats avant le pre-^ mier crime , et de reproches après l'avoir conimis ? Et plût à Dieu que vous les eutSK siez écoutés , ces reproches , et que éc souvenir , que vous ne bannîtes d'abord qu*a^ vec peine , eût pu se soutenir contre vos efforts redoublés I Mais le péché que vous commîtes d'abord en écartant ce précieux souvenir, ne vous a conduit à son tour que trop
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ioaturellement à le perc^ie tout à-faît , h le fcannir absolument de votre cœur ; et peutêtre même vous a t-il déjà poi tés à regarder la religion comme une chimère , ou du moitis à chercher avec empressement de folles raisons et des prétextes insensés, pour vous persuader qu*elle pouvoit l'être. Pourquoi tout cela , M. F. , sinon parce que le souvenir de ces jugemens est trop incompatible avec le péché. Or , comme ce n'est qu'en perdant ce souvenir qu'on est tombé , ce n'est qu'en le rappelant qu'on se relève.
ML POINT
Mais, di(es-vous, comment accorder cette crainte du Seigneur et de ses redoutables jugemens , avec la confiance que la religion nous inspire en la bonté infinie de notre Dieu ? Vous me demandez, M. F. , comment on peut accorder la crainte et la confiance ; et moi je vous demande s'il est possible de les séparer, quand on comprend bien quel est leur objet Plus nous examinerons solidement notre sainte jeligion, et plus nous nous conv;àncrons que jamais nous n'avons rien à craindre de notre Dieu ; ou que si nous en avons quelque chose à craindre, ce n'est que parce que nous avons tout à craindre À^ nous-mêmes. De. son fond. Dieu n'a que
43o Tour le XXIV. Dimanche de la bonté , parce qa*il est la hotité même : De suo bonus. ; et s'il est redoutable dans ra justice, il ne l'est et ne le sera jamais que du nôtre : De nostro fusfus. 11 aime les âmes qu'il a faites à. son image, dit TEcriture; et parce qu'il les aime, il veut quô tous les hommes soient sauvés , et qu'ils ar» rivent a la connoissance de la vérité. Mais si du côté de Dieu, nous devons tout espérer , n'avons-nous pas tout à craindre du nôtre ? Comment seroit-il donc possible à la religion de séparer ces deux objets ? Que le juste craigne , parce qu'il peut tomber, et parce qu'il n'a de son propre fonds que la corruption et la foiblesse en partage ; que le pécheur craigne , parce qu'il ne sauroit jamais trouver en soi , ni de quoi se relever de ses chûtes, ni de quoi détourner les justes châtimens qu'il a mérités ; c'est parce qu'ils ont tout à craindre d'eux - mêmes , qu'ils doivetit l'un et l'autre, le juste remercier , prier, veiller, marcher avec attention , mortifier ses sens , garder son cœur avec la plus grande sollicitude ; et le pécheur s'affliger, implorer • gémir, rappeler les désordres de sa vie dans Vamertume de son cœur , ranimer sa foi, s'aiguillonner , pour ainsi dire y lui -- n>ême par la crainte des flammes éternelles. En un mot, c'est parce que l'un et l'autre ont tout à craindre d'euj&** mêmes ;
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Sata§Ue , confendite ; n'oubliez rien de tout ce que vous pourrez , et de ce qui dc^pendra de vous , ou pour vous soutenir, ou pour vous relever. Mais c'est aussi parcequ'ils ont l'un et l'autre tout à craindre d'eux mêmes, qu'ils doivent l'un et l'autre s'abandonner également et sans réserve à la bonté de Dieu , de la quelle ils ont tout à espérer et rien à craincbe. Dites -moi donc , vous , qui trouvez qu'il est si difficile de concilier la crainte avec la confiance, si Dieu envoyoit aujourd'hui un de ses anges vous assurer de la rémission de vos péchés et de votre salut éternel , compteriez-vous alors sur sa bonté ? Oui , sans doute , me direz- vous , et ce séroit un crime de n'y pas compter. Et moi je vous dis , M. F., que vous n'y compteriez pas plus., que vous comptez aujourd'hui sur sa miséricorde, et qu'il ne vous seroit pas même possible d'y compter davantage. Car sur quoi, compteriez - vous alors ? Sur la parole de Dieu, et sur la vérité de ses promesses? Mais la vérité de ses promesses et sa bonté sontelles deux choses différentes ? Quoi ! parce, qu'il ne vous propose aujourd'hui que sa.
bonté, parce qu'il veut qu'à cet égard le sacrifice soit plein, et n'ait d'autre objet qu'elle, la jugeriez - vous si peu digne de vos hommages, que vous ne puissiez vous résoudre k l'offrir ? Offrez-le donc , ce sacrifice de.
432 Pour le XXIV. Dimanche sa justice, âmes de peu de foi, et méfiez votre confiance dans le Seigneur : Sacnfi^ cote sacrificium jnstiliœ , et sperate in Domino, Mais toute ma vie n'est qu'il orrenr ; mes péchés se sont multipliés au - dessus des cheveux de ma tête ; et si Dieu me voit le!
que je me vois moi-même, je ne saurois être h ses yeux qu'un objet de colère et d'horreur. S'il vous voit tels c|ue vous vous voj-ez , M. F. , en doutez- vous; ou plutôt n'est-il pas certain qu'il vous voit beaucoup mieux que vous ne vous voyez ? Eh ! que devîendriez- . vous , s'il vous exposoit à vos yeux , tels qu'il vous voit, et tels que vous êtes ? Mais ce n'est point en vous qu"il prendra les motifs de sa miséricorde. La connoissance que vous avez de vos misères et de vos crimes vous effraie ; mais qui vous l'a donnée , cette connoissance ? L'aviez - vous , lorsque vous avaliez le péché comme l'eau, lorsque vous étiez si sages à vos propres yeux, lorsque vous disputiez avec tant de confiance contre les maximes de l'Evangile, et lorsque vous vous refusiez avec tant d'opiniâtreté à ces mêmes lumières, dont l'éclat vous développe les horreurs et l'iniquité de votre vie pnssce? Il ne falloit |X)ur vous perdre que vous laisser dans cet aveuglement , et vous ne pouviez arriver au salut sans en sortir. Quoi ! parce que Dieu vous a fait connoitt*e votre étaf ,
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parce qu'il vous a fait sentir votre foiblesse et votre misère , parce que vous ne sauriez plus ignorer le besoin que vous avez de lui , parce. qu'en un mot, vous sentez bien ^^i.
joùrd'hui qu'iî n'y a plus pour von» îié ressource qu'en lui , vous vous croyez perdu!
ffe voyëz-voiû pas que la connoissance de l'abyme dé vos misères est une grâce que vou»
avez reçue de sa bonté , et que cette grâce est pour vous le gage <le ses bonnes grâces , tjui seront le prix de votre confiance ?
Oh , combien , M . F. , la crainte et les frayeurs du chrétien lui deviennent-elles précieuses ^ c^uand il les envisage de la sorte! Chaque degré de connoissance qu'il acquiert eu sur ses misères, ou sur ses devoirs, le consolé ; le sentiment de sa propre foiblesse ne sert qu'à rattacher plus fortement à Dieu: S'il eût voulu me perdre, dit- il avec la mère de Samson , m'auroit *■ il montré toutes ces éhoses? Si nos occidere Qoluisset ^ numffuiâ nobis cskndisset hœe omnia ? Et pourquoi suis -je donc perdu, sinon pour m'être opiniâtre trop longtemps à ne pas les voir ? C'est-à-dire , M. F., que le Vrai chrétien s'élève par la crainte jusqu'à l'espérance , et de l'espérance jusqu'à Tamour qui consomme en lui la justice, et qui , après Tavoir fait passer du vice à là vertu, lui en procure la récompense éter4 pelle.
TomJF. ^
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