III. POINT
Mais quoi qu'il en puisse arriver , M. F. , quoi que vous puissiez dii-e, quoi que vous puissiez penser de la peine qu*il y a àae eonfesn ser, deyez-vous hésiter dans le parti que v^^a avez à prendre ? Voulez-vous donc mourir dans l'impénitence , et subir, à b face du monde , la confusion la plus amère, une confW* sion éterneHe çt infvwtwuàe ? Car vpilà l'état où vous voua ti^ouv^i'çz, on de diro vos faute* à l'oreille d'un eeaife$atear , ou de les voir publier \ la face de l'wnivers. E8 pourriez-VQus la »îutenir , cette houli g^né-
de Carême. 87
nie et accablante, ( c'est S. Bernard qui TOUS le demande , ) vous qui n*osez sonlenir k honte de la déclaration de vos fautes k un om^sseur , c*e^à-dire , k un homme particaiier, et à un homone pécheur? Si pndor ni fAi uni hamùii tt peccatori peccahim iunm erpomre^ quid fachtnàs es in die judkiiy uhi ovu'^ nihus exposifa tua efmxièntia paiebii, ( S. Bern. ia sentent. )
Entre deux maux, ne faut-il pns dioisîr le moindre ? Choisissez donc , M. F. , celui d'une tmmhie confession aux pieds d'un Prêtre : Presbyiero humilia animam tuam, ( Eecli. 4- )
Bien ne vous sera plus avantageux que cette sainte confusion ; par4à vous commencerez déjà à expier vos péchés : en vous humiliant , vous honorerez Dieu et vous l'engagerez à vous i^endre ses bonnes grâces. Acceptez cette honte en esprit de pénitence , nnissez^Ia à cette que J. C a ressentie de vos péchés (hos sa passion ; 'dites comme lui : Operuitconfmofaciem mcam. Tu scis confessionem mcam* C Psalm. 58. )
Pensez , jeunesse chrétienne , b la honte de Jésus dans le jardin des olives, à la honte de Jésus flagellé pour vos sales voluptés , couronné d*épines pour vos vanités , votre luxe et votre orgueil : songez , avares , h la honte de Jésus dépouillé de tout pour expier vos injustices î occupez- vous-en pendant cette
88 Pour le TTL Dimanche '
Me^se , et priez Jésus de voua délier la langM.;', de faire sur votre ame le même miracle cpril^ opéra sur le démon muet de notre évangile/^ ayez soin de prier avant la confession , poqi obtenir la force de vous confesser avec Ân-^^ çérité , comme à J. C. même , comme ^^ n'y avoit que Dieu et vous : Confifebor (uhtr'rp sàm me injustitiam meam Domino; ( PsaL 3j.')i'' et lorsque vous serez dans le tribunal, n*âl^,r: tendez pas que le confesseur vous interroge • ^ c'est s'exposer manifestement à profaner le sacrement de Pénitenee d'y aller avec un^ \ telle disposition.
Présentez-vous-y donc, avec une résolution généreuse d'accuser les fautes dont vous vous souviendrez , après un examen suffisant; répondez , s^veç candeur , aux demandes que le confesseur jugera à propos de vous faire; prenez même la sainte pratique de conunen* çer votre confession par les péchés que vous i^vez le plus de peine à déclarer. Pères . et ^ mères , donnez cet avis à vos enfans , et ré* duisez-le en pratique.
, On finira cette instruction par inviter les auditeurs à demander pardon à Dieu de leur défaut de sincérité dans la confession, on leur fera prendre à tous la résolution de le réparer dans la confession prochaine; et, s'il se peut 9 dès le jour présent , ou pendant le cours de la semaine. Car un Pasteur doit avertir ses
de Carême,' 89
jttToissieDS de la confession paschale, et se rendre assidu au tribunal , même les jours ouvriers, pour entendre ceux qui s'y présentenKiL
On s*étendra plus qu'à Tordinaire , sur ce
second sujet de Prône , parce qu*on le trouve
assez rarement traité dans les auteui^s, et qu'il
est néanmoins d'une extrême conséquence de
ne le jamais omettre dans le temps paschal.
Quand on aura fait son Prône sur ce sujet
une année , on en fera , Tannée suivante , la
matière d'une conférence ou d'un catéchisme,
ou du moins on pi^ndra occasion d'en par-
kr de temps à autre , dans ses instructions
mt la Confession et sur la communion , ou
SOT quelqu'une des fins dernières.
Dans un troisième prône sur la confessioQ I comme on aura combattu dans le précédent le défaut de sincérité , on s'attachera dans celui-ci au défaut de contrition. Car ce sont-là les deux défauts essentiels qui rendent les confessions infructueuses; et quoique l'on doive en parler beaucoup dans les catéchismes, il est cependant convenable d'en faire de temps en temps le sujet de ses prônes.
L'évangile de ce jour , M. F. , nous fournit l'occasion de vous parler de la confession.
Voici le temps de Pâques qui approche, où l'Eglise ordonne à ses enfans de recevoir les saints mystères ; mais i!s ne peuvent le faire
go Pour le III. Dimanche
dignement , s*ils ne sont auparavant purifies ^ et ce n*e9l que par le sacrement de Pénitence, ce n*est que par une confession bien faite 9 que Ton peut obtenir cette pureté d^anie; je viens , M. F. , vous entretenir. Je vous parlerai des dispositions requises pour faire une bonne confession , ou autrement des actes du pénitent. Cette instruction est d'autant plu9 utile , que de la manière dont nous faisons nos confessions dépend notre bonne ou mau*vaise vie , par conséquent entre bonne ou mau^ vaise mort (Vide Trid. sess. i4 )
On commencera par dire: Pour obtenir une entière et parfaite rémission de ses péchés dans le tribunal de la pénitence , trois actes sont requis dans le pénitent ^ la eontriticn y la confession et la satisfaction. Un vrai péui- * tent , dit S. Jérôme , doit avoir la contrition dans le cœur ; il doit confesser de bouche ses péchés; il doit entrer dans la disposition dei faire des œuvres d'uue véritable satisfaction i In corde contritio^ in ore confessio^ in opère Ma humiiiias satisfaciionis. Détestez sincèrement vos péchés ; déclarez-les fidèlement aux ministres du Seigneur ; ayez la volonté de satisfaire à la justice divine ; vous recevrez infailliblement le pardon de vos fautes , \ l'instant que la prêtre aura prononcé les paroles de l'absolution.
Mais pour pouvoir produire ces actes , deux
de Carême^ pT
autres sont nécessaires , la prière et Texam^ de conscience. De-là vient que l'on apporte cconmunément cinq conditions d'une bonne confesssion. ( On les nommei*a« ) le temps ne me permet pas de parler en détail de chacune, et comme je vous ai déjà entretenu de telle et telle, je m'arrêterai aujourd'hui à ce qui doit précéder la confession, je veux ^re, à la prière, à l'examen et sur-tout à la contrition.
Un Pasteur ne doit pas craindre d'entrer dans ce détail , que quelques-uns pourroient croire ne convenir qu'au catéchisme. Soit crue l*on parle à la ville , soit que l'on parle à la campagne, ce détail est non-seulement convenable, mais même nécessaire dans le»
villes, puisque personne n'assiste au caté-^ chisme ; et combien qui ont entièrement ou* blié ce qu'on leur a appris dans la jeunesse! A la campagne, outre qu*il est aussi bien des gens qui ne se trouvent pas au catéchisme, ceux même qui ont coutume d'y assister s'appliqueront plus à un prôno qu'ils regarderont comme fait pour eux, qu'à un catéchisme qu'ils croient souvent n*être fait que pour les enfans. Toujours est -il certain , qu'un prône bien préparé sur les dispositions à la confession, et principalement sur la contrition , ne peut être que très-avaa* tageux pour les fidèles.
g2 Pour là III. Dimanche *'
J On y parlera dabord de la prière (Jui Aw *'
précéder l'examen; on dira pourquoi on dofr*
prier, que ce n'est pas seulement pour cûiM"'
noitre ses péchés, mais pour obtenir la fordï^
de les confesser, et la grâce de les détester|*'
grâce absolument nécessaire, et qui est reflSt(|-
ordinaire de la prière; on avertira de ne paV ' attendre de prier le jour même de la con^
fession, comme font la plupart , et on ean
seignera la manière de le faire. Si on a d^à-
parlé de la prière dans d'autres prônes , on
insistera dans celui-ci sur l'examen de coHn
cience , sui* sa nécessité, sur la diligence qa^'A
exige, et on en tracera une méthode facile*
On s'étendra sur certains péchés que l'on sait
régner dans la paroise,yPé/r ex. conti^e le pre-i
mier commandement , la négligence à faire
des actes des vertus théologales, diflerentea
espèces de superstitions; contre le troisième
commandement, Tindévotion durant la messe^
certaines œuvres serviles ; contre le septième^
ceitaines injustices que l'on commet sans
scrupule, etc.
Quantité de chrétiens ne prient pas, ou prient très-mal avant la confession; un trèsgrand nombre ne s'examinent pas assez particulièrement sur les péchés de leur état et de leur passions dominantes, et vivent avec des consciences mal formées.
Mais ce à quoi on doit particulièrement s'appliquer dans cette instruction , c'est à
de Carême* gS
la nécessité de la contrition, sa na- ^ ses qualités essentielles, soit pour la îur^ soit pour le bon propos. On fera combien la véritable contrition est rare ; [et cela par le peu de fruit que Ton retire des ^Hcremcns. On conjurera les auditeurs do 6ire une sérieuse réflexion sur leurs confes* éons précédentes , et d*examiner les fruits fi*ils en ont retirés, le clADgement qu'elles <mt opéré en eux.
• La conclusion sera de faire cette année une confession qui répare les défauts des précédentes. On les invitera à s*y mieux préparer (pi*îls n'ont fait jusqu'à présenL;et cela par la prière, par un soin plus exact à s*examiner, par quelques moitifications même corporelles. ( Car il îaxA de temps en temps rappeler aux peuples leurs devoirs, et ce qui regarde le jeâae. ) Mais pour le point capital^ leur dirat-on, c'est de nous assurer de la bonté de ootre contrition, sans quoi toutes nos autres dispositions seroient inutiles. Voyez donc les passions dout vous êtes esclaves, faites-en à J. C un véritable sacrifice pendant la messe à laquelle vous allez assister. C'est lui qui a chassé le démon. muet, et qui nous dit dans l'évangile, que le démon impur cherche tou • jours à rentrer. N'est-il point rentré dans votre ame depuis l'année dernière? Voyez ce qui en a été la cause; retranchez-le; faites dejpiûu-
g{ Pour le IIL Dimanche
veauK effort; prenez de telles prëcautidUë) qu'il n*y teste pas plus louç-temps , et û'y rentre jamais; dût il vous eu coûter ce qiiâ vous avez de plus cher, votre pied, votre œU| cet ami, cette compagne, une partie de vogl .' biens. Rien ne doit vous paroltre difficile^ * quand il est question de chasser le dânoû dd votre cœur , pour y donner place à J* C
On donnera la formule de la prière qu6 Ton peut faire pour se préparer à la dotifessiolL O divin Jésus , instituteur du sacrement de Pénitence! ne soufFi^z pas que je proAûd davantage ce sacrement, éclairez-moi i^ur la multitude de mes péchés; donnez-moi là la force de les accuser; et pénétrez-moi des sentimens d'une véritable contrition; jevoud en supplie par les mérites du sang que voua avez répandu pour moi , et que vous voulez bien nous appliquer par le saint sacriiScé de la messe.
A l'égard de la fréquente confession, on renvoie ce sujet après la PentecôtCi
L*épître de ce dimanche est prise du cin* quième chapitre de la letti*e de S. Paul aui Éphésiens. Elle fut écrite depuis Rome, Tan de notre Seigneur Sg. Un savant interprète en parle ainsi : Stylus profundus est et grandi-^ loquus^fjuia sapteniissimus sa pientHms scribit contra sapientes philosophos. ( Vide Coroelium i»
de Carême. 90
banc epistolam. ) Elle commence par ces mots: Estote ergo imitatores Dei^ siaUfilii cha- Hssimi ; et ambulale in dUectione, Ensuite TApôtre parle contre ceux qui se laissent aller au péché opposé à la pureté 9 et contre les avares. Il bouClut, en les exhortant de marcher comme des en fans de lumière en toute sorte de bonté, de justice et de vérité* ' On «i^rçoit aisément l'intention de l'Eglise dims le choix de cette épître, pour le troisième dfananche de Carême. Des six chapitres dont cette lettre est composée , et parmi lesquds il y en a trois qui sont pour le dogme, et trois pour la morale , celui-ci est le plus proprô au temps de Carême y où on en fait la lecture* Quel moyen plus efficace pour préparer les fidèles à la confession et à la communion paschale , que de leur rappeler leur q[ûalité d'enfans de Dieu , l'amour de J. C. à leur égard , et l'obligation où ils sont d'imiter leur Père céleste et J. C. leur Sauveur ? C'est l'objet des deux premiers versets ; le troisième et les suivans jusqu'au pénultième, regardent les péchés quiîs doivent éviter, spécialement les deux qui sont les plus communs , et qui sont la source de la perte de presque tous les réprouvés; savoir, le vice opposé à la sainte pureté , et celui de l'attachement aux richesses. Il suffiroit de bien expliquer au?: peuples ces belles paroles, pour
g6 Pour le IIL Dimanche
leur faire sentir combien^ ces deux vices sont indignes d'un chrétien ; puisque l'Apôtre ne veut pas même v que Ton entende, parmi les fidèles , le nom d'impureté ou d'avarice, parce qu'ils doivent être saints. Il va même jusqu'à interdire tout ce qui blesse la pudeur, 'tout discours indiscret ; et leur déclare que ni l'impudique , ni l'avare n'ont rien à prétendre à l'héritage de J. C. , que ces sortes de péchés attirent la colère de Dieu; qu'ils prennent bien garde de se laisser séduire par les discours de ceux qui voudroient leur persuader que ces péchés ne sont que légers :
I^emo vos seducat inanibus verbh ; n'ayez pas même de communication avec eiix. Enfin il les avertit , s'ils ont eu le malheur de sy laisser aller autrefois , qu'ils doivent vivre maintenant comme des enfans de lumière , comme des hommes éclairés de la lumière de lEvangile , et qu'ils doivent en pratiquer les œuvres.
Pour peu que Ton fasse attention à cette épitie , on jugera qu'elle vient parfaitement au temps de Carême où l'on est. On pourra, ou en rapporter quelques traits , lorsqu'on fera le prôoe sur Tévangile , ou s'appliquer uniquement à la paraphraser, en parcourant les trois avis principaux qu'elle renferme.
Le premier est contenu dans les deux premiers versets sur l'imitation de Dieu. et de
de Carême. 97
J. CL ; le second , sur la fuite de toute impureté et de toute avarice ; le troisième ^ sur la vie de lumière ou chrétienne.
C*est de Tëpitre que nous venons de chanter à la messe t{ue je tirerai , M. F», l'instruction que j*ai à vous faire en ce jour. Cette épUre est prise d'une lettre que S, Paulécrivoit aux chrétiens d*Ephèse,. ville ca||tale de la Grèce où il avoit prêché lui-même TEvangile pendant plusieui-s années 9 et dans laquelle étoit le fameux temple dédié à la déesse Diane, n y détruisit Tidolâtrie, et y fit de fervens chrétiens ; mais ayant été obligé d*en sortir , des faux Apôtres s'efforcèrent bientôt de pervertir les nouveaux fidèles, de répandre parmi eux une mauvaise doctrine toute opposée k celle de J. G. Plusieurs des nouveaux chrétiens oublièrent ce qu'ils avoient appris de la bouche de S. Paul , et retombèrent dans leurs an^ciens désordres. Ce grand Apôtre l'ayant appris lorsqu'il étoit à Rome chargé de fers pour la défense de l'Evangile, il leur écrivit cette lettre , qui est une des plus savantes et des plus pressantes de toutes celles qu'il nous a laissées. Après les avoir fortifiés contre la doc-* trine des faux docteurs , il lenr remet devant les yeux la morale qu'il leur a enseignée.
Ecoutez^ M. F. , les avis essentiels qu'il leur donne , et que cette épître renferme.
Soyez , leur dit-il , les imitateurs de Dieu , Tome IL E
p8 Pour le IIL Dimanche*
comme étant ses enfans très-chers, et marche» • dans un esprit d'amour, etc. En quoi veut-ffl :. que les Ephésiens imitent Dieu et J. C. ? Cest . principalement dans sa douceur, sa bonté, .
sa patience dans sa charité pour nous. Pourquoi veut- il qu'ils imitent Dieu dans ses perfections ? C'est parce qu'ils sont ses enfans et ses en^s très- chers. Pourquoi veut-il qu'ils ressemblent à J. C. en amour? Cest parce qu'il les a aimés le premier, et qu'il s'est offert pour eux. Cest à vous, M.F. , aussi bien qu'aux chrétiens d'Ephèse , que s'adresse cet avis. Vous êtes enfans de Dieu , et ses . enfans très -chers; vous comportez- vous comme tels ? Je sais que nous ne pouvons ressembler à Dieu , dans certaines perfections qui ne peuvent convenir qu'à lui , par ex. son éteiv nité , immensité, etc. mais il en est où nous pouvons et nous devons lui être semblables* J. C. nous le propose pour modèle, il veut que nous aimions nos ennemis mêmes , afin que nous soyons les enfans de notre Père .
céleste: Ut sitis filiî pafris vestr)^ etc. (Matth. 'î. ) J. C. lui-même nous en a donné l'exemple, et l'Apôtre , en nous représentant sa charité poBir les hommes , nous exhorte tous à l'imi* ter. Le faites- vous , M. F. , depuis le commencement du Carême ? Toutes les inimitiés ontelles cessé ? Vous êtes-vous reconciliés sincèrement? y a-t-il parmi vous une charité
de Carême* pg
vraiment chrétienae? Marchez-vous dans cette cbaritë si nécessaire pour vous rendre dignes des saints mystères ? Et si vous y vivez , dans cette charité , n*êtes-vous pas sujets à quelques-uns de ces vices que TApôtre défend aux chrétiens ? Voici comment il leur parle.
(On rapportera les paroles du troisième verset et des suivans. )
O ! M. F. , que ces paroles ne sont-elles écrites en caractères d'or dans toutes vos maisons ! Plûtà Dieu que vous ne les oubliassiez jamais dans vos assemblées ! Que n'y pensezvous , jeunes gens , toutes les fois que vous vous trouvez en compagnie ! Que n'y pensezvous y vous qui vous laissez aller au maudit péché que l'Apôtre a tant eu en horreur , et qu'il a regardé comme si contraire au christianisme, qu'il n'eût pas même voulu que l'on en proférât le nom !
Oft invectivera , avec prudence , contre les paroles déshonnêtes, les chansons obscènes, les immodesties des personnes du sexe, et tout ce qui est contraire à la pudeur. On en viendra ensuite à l'avarice ou à l'injustice , autre vice condamné par S. Paul. Peut-être, M. F., êtes-vous exempts de ce vice honteux dont je viens de parler; mais n'êtes vous point esclaves d'un autre qui ne l'est pas moins ? C'est l'avarice que l'Apôtre appelle iiûe idolâtrie. Ne faites- vous pa§ votre Di.u
102 Pour le IV. Dimanche
la Messe l'histoire de la multiplication àéê ' .
pains. On commencera ainsi le prône sur ^
i*ëvangîle.
Vous entendrez avec plaisir, M. F.,l'liî»- * toire de notre évangile. Jesus-Chrisl , s'étant '^ retiré dans le désert avec ses Apôtres api^ '• leurs courses évangéliques, fut suivi d'une grande multitude qui ne pou voit le quitter, et qui étoit charmée des miracles qu'il faisoit sur ceux qui étoient malades. Ceci arriva vers le temps de Paqnes. Cette fête étoiî fort célèbre chez les Juifs , ils la célébroîent en mangeant un agneau dans chaque famille; on l'appeloit Agneau Paschal. Le Sauveur ayant donc vu celte foule de personnes qui venoient à lui, monta sur une montagne, et s'y étant assis, avec ses Disciples , demanda à l'un d'entr'eux , nommé Philippe , comment il pourroit donner h manger à tout ce peuple. Saint Philippe lui ayant témoigné sa peine , et le peu de provisions qu'il avoit , Jésus fit alors un miracle des plus sui-prenans qu'il ait opérés. Il nourrit miraculeusement , avec cinq pains et deux poissons , plus de cinq mille personnes, et après qu'elles furent rassasiées , on remplit douze corbeilles de ce qui étoit resté des cinq pains d'oige.
Ce qui ravit tellement tout ce peuple, cju'il s'écrioit que c'étoit sans doute le Messie attendu depuis si Ion g- temps j ils voulurent
de Carême* io3
même l'enlever et le faire i^oi; m^iis le Sau- Teur se cacha et se déroba à leurs yeux.
Que de choses édifiantes , M. F. , n'aurois- je pas à vous dire sur cet évangile^ si le temps me le permettoit ? Quel témoigoage phis éclatant de la bonté du Seigneur à Tégard de ceux qui le servent , que ce miracle doQt vous venez d'entendre le récit ? Et comment , M. F., pourriez- vous vous défier de U bonté divine , même dans vos besoins temporels, après un tel prodige ? Mais comme je vous ai déjà instruits de la confiance en la Providence divine , et que j'aurai encore occasion de vous en parler dans le cours de l'année , je m'arrête aujourd'hui à un sujet plus conforme à l'esprit de l'Eglise, et i la. circonstance du temps où nous sommes, qui est l'approche des Pâques. Comme ce fut vers la fête de Pâques , temps auquel les Juifs mangcoient l'Agneau Paschal qui ctoit la figure de l'Eucharistie , que Jésus opéra ce miracle , par lequel il vouloit préparer les fidèles à la croyance du sacrement de Tautel ^ je vous parlerai aujourd'hui de la Conununion Paschale. Devez -vous vous préparer au plutôt à la Communion Paschale], et pourquoi devez-vous le faire? Ce sera le premier point. Comment devez-vous vous y préparer. Ce sera le second point
jo^ Four le IV* Dimanche ^^
'ii.'
i. POINT. ; =
Qu'est-ce qui doit vous. engager, M. F., ^^^ à vous préparer au plutôt à la Communion »* Paschale? Plusieurs motifs. Jésus-Christ le »souhaite 9 il vous Tordoniie , et vous menace inême , si vous ne le faites ; TEglise vous = intime Te précepte de Jésus-Christ , elle vous fait de la communion un commandement absolu et rigoureux ; enfin votre propre intérêt doit vous y résoudre. Appliquez-vous à ces trois raisons.
Je dis, I.** que Jésus-Christ désire que vous vous prépariez au plutôt à la communion, n ne souhaite rien tant que de se donner à chacun de vous; il ne fait aucune exception; les pauvres et les ignorans sont l'ol)jet de ses désirs , aussi bien que les riches et les savans. Les pécheurs même ne sont pas exclus de sa table , et il ne tient qu'à eux de s'en rendre dignes.
Qui de voiis , M. F., ne répondra pas aux désirs d'un Dieu qui vous invite à son festin? ^ On pourroit dire ici quelque chose de la parabole rapportée danslévanglle du dimanche dans Toctave de la Fête-Dieu , tiré de Saint Jjuc 9 chap. rjuatorzième. ) Refuseriez-vous 9 M. F. , d'aller à la table d'un Prince- qui vous y inviteroit , qui vous en presseroit , qui vous
de Carême. roS
le commanderoit , qui vous menaceroît de son indignation , si vous ne répondiez à ses désirs ? Ce Prince , M. F. , c'est Jésus-Christ ; il ne se contente pas de vous inviter à sa table :
VenUe adme^ omnes , etc. ( Matth« 1 1. ) H vous en fait un précepte ; il vous menace de vous priver de la vie de la grâce, et de vous e^Lclure pour jamais du ciel , si vous ne mangez sa chair et si vous ne buvez son sang: Amen^ amen dico pobis ^ nid manducaveritis ^ etc. (Joan. 6.) Dico ffobis quhd nemo virorum illorum qui rnati sunf^ gusiabit cœnam meam. ( Luc. i4- ) )Iais aussi il défend , sous peine de mort, de fa manger indignement, et il vous déclare j)ar son Apôtre , que ce seroit vous rendre coupables de son corps et de son sang , et manger votre propre condamnation. U vous ordonne de vous préparer à son festin : Prdbet seipsum homo. Et quand devez- vous le faire ? Au plutôt, M. F; , l'Eglise à qui il appartient de vous déclarer les intentions du Sauveur , vous fait un précepte de communier au moins à Pâques. Elle desireroit fort que vous communiassiez plus souvent; autrefois elle obligeoit les fidèles à communier au moins trois fois»
par an, à Noël, à Pâques et à la Pentecôte.
Le peu de ferveur des chrétiens Ta engagé à se relâcher dela^-igueur de ce précepte, quoique son desir fut toujours le même. Q
io6 Pour le IV. Dimanche
suffit pour obcir à ce précepte, de commis»
nier une fois par an au temps de Pâques.
Quoi donc, M. F-, sei-a-t-il dit que quelqu'un refusera de le faire ? Où seroit votre soumission ? Et ne mériteriez-vous pas bien qu'elle exerçât , à vôtre égard , la sévérité avec laquelle on doit châtier les enfans rebelles ? Gui , vous le mériteriez , et peut-être la forceriez-vous, par votre opiniâtreté, à vous> chasser du lieu saint, et à vous priver, après votre mort, de la sépulture commune aux fidèles. Mais , M. F. , j ^attends de vous plo» de docilité ; vous répondrez à ses souhaits J et vous commencerez dès ce jour^ si vous ne J'avez pas encore fait , à vous préparer & une sainte commimion. Vousledevriez ,M.F., quand même ni Jésus- Christ , ni l'Eglise ne vdus en fei'oicnt pas une obligation. Car quel plus grand bonheur pour vous , que de mawger à la table de Jésus-Christ , et quel malheur de vous en priver \ Vous regarderîe»
comme un souverain déshonneur d'hêtre excommunies publiquement et retranchés de la sociétjê des fidèles ; est-ce donc pour vous un moindre mal de vous excommunier vous-mêmes , en V0U3 privant de la participation du corps et du sang de Jésus-Christ ? Ah ! M. F. , avec quelle ardeur ne devriez-vous pas soupirer après son sacré banquet ! Semblables à un cerf altéré j on devroit vous voir coui'ir avec
de Carême* i ** ^
une sainte soif à la source Je vie. ( On peut
ici citer quelques versets du Psalmiste , qui
expriment ce désir. Voyez le Psaume : Quàm
iUicta tabernacula tua.) O ! que la conduite des
ek'étiens de nos jours est bien difTéreote de
celle des premiers chrétiens ! Leur unique
douleur étoit de ne pouvoir communier sou-
Teut ; et a présent la peine de plusieurs est
d'être obligés de communier une seule fois»
(Oq s'étendra un peu sur la pratique des
I premiers fidèles : Eranl perseveranles m commua
nkalione fractionis parus. QuotîdU frangeâtes circà
kms panem. ( AcL a.)
Et pourquoi, M. F., les premiers fidèles éoieat-ils si empressés à communier souvent ? Cest qu'ils connoissoient les grands fruits que produisoit en eux la coimnunion. Leur vie e'toit une préparation continuelle à la divine Eucharistie. Mais , M. F. , ce divin aliment vous est-il moins salutaire ? En avez-vous moins besoin que les premiers fidèles ? Ils auroient pu se dispenser de communier si souvent , leurs communions fréquentes étoient l'effet de leur grande ferveur ; et c'étoit parla qu'ils s*y entretenoient et qu'ils Vaugmentoient. L'Eglise ne leur en faisoit pas un précepte; il n'^toit pas besoin de leur en. faûe ; il leur suffisoit de savoir que Jésus-Clirist le desiroit, et que cette céleste nourriture fortifioit en eux la vie de l'ame , les réunissoit
io8 Pour le IV* Dimanche parfaitement à leur divin Maître. Et vous , M. F. , après le précepte de TEglise , on a encore peine à vous résoudre d*approclier une seule fois de la communion ; on vous J)resse^de vous y préparer, et vous voudriez toujours différer ; vous êtes comme les con- \\é% de l'évangile : il y a encore assez de temps, je ne puis pas penser présentement à fair« mes Pâcjues, j'ai une affaire à terminer, je suis dans un tel embarras , j'ai une inimitié avec une telle personne ; ce sera assez tôt d'y penser sur la fin de la semaine sainte.
Ah ! M. F. 5 est-ce Ui le langage d un chrétien ? Y pensez- vous ? Regardez-vous donc l'affaire de votre salut comme la dernière?
Voulez-vous vous exposer à ne pas communier absolument , ou à faire une communion précipitée , qui seroit peut-être plus préjudiciable à votre ame qu'elle ne lui seroit salutaire ? Je sais qu'il suffit, pour ne pas transgresser le précepte de l'Eglise , de communier daus les deux semaines qui sont déterminées pour cela , et qu'il peut y avoir des empêchemens légitimes, qui ne vous permettent pas de communier dans la première semaine ; mais ces empêchemens sont rares , quand on a bien à cœur son salut, on s'y prépare le plutôt que l' on peut , et on surmonte courageusement les plus grands obstacles. (On pourra user de quelques compa-
de Carême» 109
raisons, pour déterminer plus efficacement les auditeurs ; par ex* à ceux qui aiment les plaisirs, on leur proposera que si on lesinvitoit à une partie de divertissemens , ils ne tarderoient pas à en profiter; de même que ceux qui aiment les richesses ou la gloire , saisiroient promptement Toccasion de s'enrichir , de parvenir à quelque place honorable, lorsqu'dile se présenteroit. Et quel plaisir pareil à celui que vous goûterez dans la communion ? Quelle abondance de biens ne trouverez- vous pas ?Quel honneur pour vous ? Jésus-Christ vous assure qu'il vous consolera^ qu'il vous réjouira , qu'il vous enrichira de ses biens : Venile ad me , omnes , etc. et ego reficiam vos ; que vous mangerez à sa table , que vous y serez nourris de sa propre chair : Punis quem ego daho^ caro mea est, ( Joan. ) Dé^ terminez-vous donc , M. F. , à vous préparer incessamment à la communion paschale ; pères et mères, donnez-en l'exemple à vos enfans; et vous , maîtres, à vos domestiques; commencez des cette semaine. Mais comment faudra-t-il vous y prépai'er ? Je vais vous le dire eu peu de mots»
IL POINT
Il n'est rien de plus important que de se préparer au plutôt à la communion Paschale,
1 1 o Tour le IV. Dimanche il ne Test pas moins de s'y bien disposer. Quelque salutaire que soit par elle-même la divine Eucharistie , elle ne profile qu'à ceux qui sont en état de la recevoir; elle donne la mort aux méchans , en même-temps qu^^elle entretient et augmente dans les bons la vie de Tame*
On distingue y vous le savez , deux sorfés de dispositions à la communion, les unes éloignées, les autres prochaines. Je ne parlerai ici que de celles que Ton appelle éloignées , et que vous devez vous procurer dès-à-présent; je les réduis à deux, à la pureté de rame, et à quelques bonnes œuvres. Quant à l'instruction, je crois que vous êtes suffisamment instruits de ce que la foi nous enseigne sur ce mystère , et vous ne pouvez trop vous le rappeler en ce temps, pour vous animer, par cette considération, à recevoir un Dieu qui est la pureté même. Cest un Dieu saint et la sainteté par essence, à qui vous devez préparer une demeure; quel ouvrage et qu'il est grand! Opus grande est^ disoit autrefois David, lorsqu'il pensoit à bâtir un temple au Seigneur; nsqve enim homini prœparatur habîtatîo , sed Deo» ( On expliquera ensuite qutîlle est cette pureté d'ame; Téloignement de tout péché, au moins de tout péché mortel, un vrai amour de Dieu.) Jésus-Christ nous a fait connditre la grande pureté que l'on doit apporter à la cooi-
de Carême* m
tnanion, lorsqu'avant'd'instituer ce sacrement, i] lava les pieds à ses Apôtres. Ce lavement des pieds ^ nous disent les saints Peines, nous (îguroit que notre ame doit être exempte de tout péché mortel et même véniel, et des moindres imperfections. Ensuite on dira: Est* pe trop exiger de vous, M. F., et est- il rien de plus juste cpe cette disposition? Qu'elle est cependant rare! et qu'il en est peu qui veulent prendre la peine de se la procurer F U fandroit pour cela se faire violence, poui' détruire une passion; il iaudroit renoncer à cette société, faire quelques démarches pour se réconcilier avec son ennemi, ou du moins pardonner sincèrement à une personne qui nous a ofiênsé ; il fandroit modérer sa colère, se taire en telle rencontre, déclarer une faute honteuse que Ton a commise, résister à une tentation à laquelle on succombe souvent ^ c'est à quoi on ne veut pas se rendre. Ah! M. F-> uu Dieu fait tout pour se donner à vous , il opère les plus grands prodiges, il s'^expose & tant d^outrages; et vous ne voulez pas qu'il vous en coûte poar manger le paui céleste qu'il vous a préparc avec tant de peine?
Sachez, M.^ F., que pour manger le pain spirituel aussi-bien que le pain temporel, il faut travailler: In sudore tmliûs iui\ çesceris pane^ ( Gen. 3. ) Si qui s non iniU operari\ nec maniucet. ( I. Tess. 3. ) Préparez danc>M. F., pré-
1 1 2 Pour le IV* Dimanche ^
pârez vos cœurs au Seigneur qui veut y fairç ^ sa demeure: Prœparate corda pestra Domino.^ ( I. Reg. 7. ) Voyez donc, M. F., et considérez aujourd'hui et les jours prochains, les péchés dans lesquels vous êtes tO;ubés depuis votre dernière confession, ceux même de voti'e vie passée, que vous n'avez pas encore suffisamment déclarés , ou dont vous n'avez pas fait une sérieuse pénitence. Souvenez vous-eqî pour en gémir dans le fond de votre ame , ainsi que Dieu l'ordonna autrefois à son peuple par la bouche du Prophète Ezéchiel: Recordabimini çiarum vesirarum , et omnium scelerum veS" trort/m quitus polluii estis in eis ; et dispUcebilis pobis inconsp^ctu vestro^ in omnibus mqlitiis pesfrif quas fecistis. ( Ezech. 20. 43. ) Examine? diligemment ce qui est à corriger dans votre ame et dans toute votre conduite. Est-ce teUe et telle passion ? Faites tous vos efforts pour la vaincre? Manquez-vous à tel et tel devoir?
Soyez-y fidèles; formez durant ce jour différens actes de contrition; ne manquez pas sur-tout à la prière du soir ni à celle du matin ; songez de temps en temps à la grande action que vous devez faire dans peu; pra.tiquez certaines bonnes oeuvres qui sont propres à votre état. ( On en marquera quelquesunes. ) Enfin, M. F., et voici le point principal , ayez un grand désir de faire à Pâques une communion t.'lle que Jésus-Christ l'or-
de Carême* 1 1 3
donne lui même ; que ce soit pour vous une Traie Pâques; (Pâques signifie p:issage) qu'elle soit pour vous un passage du péché à la Çrâce, afin qu'elle puisse aussi vous servir, pour p:irvenir à la gloire.
On pourroit aussi proposer, en finissant , l'exemple des peuples dont il est parlé dans l'évangile, qui suivii^ent le Sauveur avec tant d'empressement.
On trouvera , dans l'exemple de ce peuple aossi bien que dans la bonté du Sauveur à kaourrir miraculeusement, de quoi faire un prône entier et très - convenable au temps pr^nt^ 11 n'y a qu'à comparer la bonté que le Sauveur nous a témoignée dans l'Eucharistie , à celle qu'il témoigna au peuple qui le suivit, en le nourrissant d'un pain matériel. On montrera la différence de ce pain et de l'Eucharistie, les effets de l'un et les fruits salutaires de l'autre: ce seroit le sujet d'un premier point. Dans le second , on comparera la conduite de ce peuple, à l'égard de Jésus, avec celle que doivent tenir les chrétiens à l'égard de l'Eucharistie.
Le dimanche où nous sommes, M. F., est appelé le dimanche des cinq pains, parce quel'Eglise nous y rappelle un des plus grands oïiracles qu'ait opéré Jésus-Christ, en multipliant cinq pains et deux poissons , de sorte qu'ils suffirent pour ra3sasier plus de 5ooo
1 1 4 ^our le IV. Dimanche personnes qui le suivirent. Ce fut vers IéI fête de Pâques qu'il fit ce prodige. Il voulut nous donner dans cette multiplication miraculeuse une preuve aus^ biefn qu'une image d'une autre multiplication bien plus admirable, qu'il devoit faire dans le sacrement de nos autels^ en nourrissant les âmes deis fidèles de son véritable corps sous les apparences du pain. Aussi lisons-nous dans l'évangile, que", peu après ce miracle , il commença à parler à tous ceux qui le sui voient, du pain spirituel, du pain céleste, du pain de vie dont il vouloit les nourrir. Il leur promit de leur donner à manger son propre corps, ce même corps qui devoit être attaché à la croix pour leur salut. Ceux qui l'entendirent entrèrent dans des sentimens différens; les uns, vrais fidèles et ne doutant point de sa puissance , crurent à sa parole j d'autres ne purent se persuader que son pouvoir allât jusques-là. Mais le Sauveur confirma ce qu'il leur avoit dit; il leur déclara, que s'ils mangeoient sa chair et ne buvoient son sang, ils n'auroient pas la vie en eux ; il les assura très-positivement que sa chair seroit véritablement une nourriture, qne son sang seroit véritablement un breuvage, etc.
Voyant que plusieurs l'avoient quitté, parce qu'ils ne vouloient pas croire à sa doctrine , il s'adressa à ses douze Apôtres , et leur dit:
de Carémem 1 1 5
voulez- vous donc me quitter aussi? A Dieu ne plaise, répondit Pierre, au nom de tous; vous avez la parole de la vie étemelle, vous êtes la vérité même, nous croyons tout ce que vous nous dites, et nous ne doutons pas que vous n*accomplissiez ce que vous nous promettez.
Je vous crois, M. F., de vrais fidèles; vous ne doutez pas de la présence de Jésus-Christ sur nos autels; vous savez qu*il a institué ce sacrement pour être reçu , en certain temps , par ceux qui font profession de sa doctrine; il vous en fait un précepte; et TEglise vous oblige de sa part de vous en approcher au moins une fois Tan, et cela au temps de Pâques. ( On pourra ici rappeler quelque chose de ce que l'on aura dit l'année précédente, pour engager les peuples à se disposer au plutôt à la communion, y Mettez-vous en état de la recevoir ; vous trouverez dans notre évangile deux motifs' bien puissans pour vous y exciter. Le premier, dans la bonté de Jésus-Christ à l'égard du peuple qui le suivoit; le second, dans l'exemple de ce même peuple que le Sauveur nourrit miraculeusement : c'est ce qui va faire le sujet dé notre entretien. Vous venez dans le premier point, l'infinie bonté du Sauveur qui nous nourrit de sa propre chair; et vous aoprenilrez , du peuple qui le suivoit, ce que voti^ Jevez faire pour ré*
1 1 6 Pour le If^. Dimanche pondre à la bonté de Jésus, et manger dignement le pain sacré qu'il veut vous donner: ce sera le sujet du second point
On ne peut s'empêcher , M. F. , d'admirer la tendresse de Jésus-Christ à l'égard du peuple qui le suivoit. Voyant cette multi* tude de gens qui étoient venus de loin, il est touché du besoin où ils sont, il pense aussitôt à y pourvoir, il s'adresse à saint Philippe , etc. Quelque grande que soit cette bonté, M. F. , ce n'est rien au prix de celle qu'il témoigne dans TEucharistie. Quelle différence du pain sacré dont il nou3 y nourrit , et du pain matériel qu'il fournit à ces peuples! Nous en counoîtrons la différence par la nature et les effets de Tun et de l'autre. Quel est le pain dont il les nourrît? Du pain d'orge , qu'il multiplia de telle sorte qu'ils en furent tous rassasiés. Pain miraculeux, il est vrai, mais néanmoins grossier et terrestre.
Quel est le pain qu'il nous présente dans l'Eucharistie? Je vous l'ai dit, M. F., c'est sa propre chair, son propre sang, c'est tout lui-même. Quelle bonté! Qui eût jamais osé l'espérer! Et à qui le présente- 1- il? A nous tous, M. F., à chacun de nous. Il veut que ce pain sacré se multiplie^ pour ainsi dire,
de Carême* î 1 7
à chaque instant Quiconque a le bonheur der communier , le reçoit tout entier; il multiplie, pour ainsi dire, à chaque instant, le miracle eucharistique, il le multiplie, dis-je, une infinité de fois, pour le donner à une infinité de personnes. Et qu'est-ce qui l'engage à cette continuité de miracles? Sa seule charité; il le fait sans aucun mérite de notre part Ce peuple, en faveur de qui le Sauveur multiplioit les painâ , s*en étoit , en quelque façon, rendu digne par son empressement à le suivre. Pour nous, M. F., qu'avonsnous fait pour mériter la faveur qu'il nous accorde? Tous les saints ensemble n'auroient pu la^mériter.
Y avez-vous jamais bien réfléchi, M. F., avez-vous témoigné à Jésus-Christ votre reconnoissance ? Point de bienfait qui l'exige plus essentiellement: ce qui en augmente la grandeur, ce sont les divins eflèts que ce pain sacré produit en nous; lorsque nous le mangeons avec la préparation nécessaire. Saint Thomas, traitant des effets de l'Eucharistie, remarque que ce que la nourriture matérielle produit pour la vie du corps, l'Eucharistie le fait pour la maladie de l'ame. La nourriture matérielle, ajoute-t-il, entretient la vie du corps , et elle le fait croître , elle répare les forces que l'on a perdues , et en donne de nouvelles, enfin elle v€]q\3ûXx Susr
ii8 Pour le IV. Bimanche tentât^ auget, réparât et détectât. ( 3. par quaest-' 79. art. 10. in coi-pore. ) Et c*est-Ià justemeqt^ M. F. 9 ce que fera dans vous le pain euchat-, ristique , si vous le recevez saintement il entretiendra en vous la vie spirituelle; il Tai^-. mentera avec les vertus infuses et les dons du S. Esprit; il vous purifiera des fautes que vous avez faites; et vous prémunira contre celles où vous pourriez tomber ; enfin, il vous remplira d'une joie sainte et des consolations les plus pures. ( On trouvera, dans le catéchisme du Concile de Trente, de quoi expliquer ces effets, aussi-bien que dans le Concile lui-même, sessione i3. c. a. Sumi votuit Chris tus sacramentum hoc tançuàm spfrU iuaiem animarum cibum quo alantur et confortentwr vwentes vUâ iilius^ etc. et tanquàm aitiiéatum çuo liberemur à culpîs quotidianis et à peccaîis morialibus prœsen>emur^etc. Vide Catechismimi Conc. Trid. p. 2. de Eucharistiae sacramento , num. 47. et 49» et seq. On confirmera les autorités ci-dessus par la raison éclairée de la foi et par Texpérience. )
Car comment, dira-l-on, J. C. la source de vie, la plénitude delà grâce, la sainteté même, le Dieu de toute consolation n'entretiendroit-îl pas la vie de lame, ne Taugmenteroit-il pas, ne communiqueroit-il pas sa sainteté, ne fortifieroit-il pas contre les tentations, ne rempliroit il pas de douceur^
* de Carême* 1 1 9
et de joie ceux qui s*approclient de lui avec la préparation qu'il demande? N'est-ce pas pour ces fins qu*il a institué ce sacrement de son amour?
Vous les ressentez , ces heureux eOets , âmes chrétiennes , qui fréquentez ce sacreoient ; vous-mêmes , pécheurs , n'en avezvous pas fait autrefois l'heureuse expérience ? Et si vous n'eussiez pas négligé de vous en approcher, ne vous fussiez-vous pas préservés des crimes dans lesquels vous êtes tombéis ? Mettez-vous doue en état de manger ce pain sacré ; desirez ardemment de vous Qourrir de cette manne , infiniment plus avantageuse que celle que Dieu fit pleuvoir autrefois dans le désert. ( On pourra rapporter quelque propriété de la manne. ) Pourquoi donc, M. F., vous dégoûteriez- vous de la divine Eucharistie,comme les Israélites ingrats se dégoûtèrent de la manne qui étoit néanmoins si délicieuse? La divine Eucharistie tfaura-t-elle pour vous aucun attrait ? La r^ardez-vous comme une nourriture indifférente ? Ah ! si vous négligiez de vous préparer à la recevoir , ne mériteriez-vous pas que le Seigneur vous en privât pour jamais ?
J'attends, M. F., de votre religion, que l'on vous verra la rechercher avec une sainte ardeur , pleins de reconnoissance pour la ' bonté de J« C qui veut bien vous nom rir de sa
1 90 pour le IV. Dimanche * propre chair. Vous la lui témoignerez , cti imitant le peuple de notre évangile , en vous comportant à Tégard de J. G. de la manière qu'il le fit
Vous trouverez, M. F., dans la conduite de ce peuple qui suit le Sauveur , un beau modèle de ce que vous devez faire , pour répondre h la bonté que J. G. vous témoigne dans l'Eucharistie , et vous disposer à le bien recevoir. Que font ces gens? i.^ Ils quittent leurs demeures , abandonnent leurs biens 9 se séparent de ce qu'ils ont de plus cher, a.^ Us suivent avec empressement J. G. Ils souffrent la fatigue, la faim, la soif; ils n'ont point der plus grand plaisir que d'être avec le Sauveur. 3.0 Ils mangent, avec piété et avec une sainte joie , le pain et les poissons qu'il multiplie en leur faveur. Enfin , pour marque de recou^ noîssance ,. ils veulent le faire Roi , et s'attacher inviolablement à lui. Miroir parfait, M. F. , qui vous représente les dispositions que vous devez apporter à la communion paschale.
La première , c'est de quitter le péché ; la seconde , de désirer ardemment de recevoir J. C. ; la troisième , d'approcher de la sainte communion avec une sainte ferveur, la' quatrième enfin , c'est de faire rëçner en nous
de Carême* 121
J. C. et ne le plus abandonner. ( On insistera sur la première disposition , comme la plus essentielle. On exhortera à prendi'e , chaque jour de la semaine , quelque temps pour se retirer de ses occupations et penser à la communion de Pâques. On recommandera la dé* yotion actuelle dans la communion, aussi bien que dans l'action de grâces , on insistera plus ou moins sur chacune de ces dispositions , selon que le demandera le besoin des auditeurs ; on fera ensorte que tous , sans exception , commencent dès le jour présent à se disposer prochainement à la communion Paschale. On fera à ses auditeurs Tapplication de ce que ton aura dit; on leur demandera, i.^ s'ilsf comprennent la grandeur du bienfait de TEucharislie , et ce qu'ils eussent pensé de ces peuples qui furent nourris miraculeusement, aussi bien que des Israélites sur qui Dieu fit pleuvoir la manne dans le désert , si les uns et les autres eussent été insensibles à k' bonté de Dieu à leur égard, si ceux-là n'eussent pas daigné prendre de sa main ou.
de celle de ses disciples la nourriture qu'il leur offiroit^ ou ceux-ci recueillir la manne qui tomboit dans le désert ? Or , voilà , M. F. , ce que vous devez vous dire à vous-mêmes. Si vous négligez de manger le pain Eucharistique, et si vous ne daignez pas vous <lisposer à en ressentir les effets , quels reproches ne vous Tome 11 F
Î22 Pour le IF'. Dimanche
feront pas ces peuples au jour du jug^nentf C^uoi , vous diroient-ils , nous avons tout quitté pour suivre J. C. et recevoir de lui un pain matériel , et vous, etc. Ne vous exposez donc pas, M. F. , à ce juste reproche ; que vos aSaires temporelles , qu'aucun autre obstacle ne soit capable de vous détourner du saint exercice auquel je viens vous inviter.
Nous aUons offrir à TAutel ce divin hôte qni vous appelle à sa table , et qui souhaiteroit que vous fussiez en état de le recevoir toutes les fois que vous assistez aux saints mystères. Suppliez-le de vous aider, par sa grâce toutepuissante ^ à vous rendre dignes d'en approcher d'une manière qui lui soit glorieuse et salutaire à votre amour. Donnez-moi ceite consolation de vous voir tous réunis à la table du Seigneur, tons nourris du mdme pain, et n'être tous qu'un même cœur , animés du même esprit.
On peut traiter cette même matière , en faisant un parallèle de la Pâques die l'ancienne loi avec la Pâques de la loi nouvelle. On montrera la différence de l'une et de l'autre , et la supériorité de la Pâques des chrétiens' sur celle des Juifs : ce seroit le sujet d'un premier point. Dans le second point, en rapportant en détail ce que Dieu exigeoit des Israélites pour manger l'Agneau Paschal , on expliqueroit ce qu'il exige pour manger TAgneau de Dieu , qui est J. C
de Carême* T23
L'Evangâiste, en rapportant l'histoire de la multiplication des pains , dont il est fait mention dans l'évangile du jour , observe qu'elle se fit aux approches de la Fête de Pâques des Juifs. Est-ce par hasard qu*il a marque cette circonstance ? Non , le Saint- Esprit la lui a inspirée , et l'Eglise fait lire exprès cet évangile avec cette circonstance , peu de temps avant l'ouverture de la Pâques des chrétiens , sans doute , M. F. , pour que nous eu prenions occasion de vous instruire du devoir Paschal. Les Juifs appelés autrement te Israélites, ou les Hébreux, qui étoient le peuple . de Dieu dans Vancienne loi , les Juifs , dis-je , céléhroient la Pâques, par Tordre du Seigneur. Ils la faisoicnt le 1 4 du premier mois de l'année , qui répondoit à DOtremoisd'j Mars. Ce précepte leur fut donné lorsqu'ils étoient dans l'Egypte, la veille qu'ils en sortirent pour entrer dans le désert et ensuite dans la terre promise. Ce ne fut pas pour une année seulement qu'ils reçurent cet ordre , mais pour être gardé inviolable-' ment, et comme une loi perpétuelle pour «IX et pour leurs enfans , c'est-à-dire , pour tout le temps que la loi ancienne devoit sub« sîster ; car , M. F. , vous devez savoir que ce qui se fuisoit alors à l'égard des Israélites^ étoit une figure de ce qui devoit se passer dans la loi de grâce : Hœc omnia in figura
136 Tour le IV. Dlrhanche
maciûd^ masculus^ annkiûus^ etc* ( Voyez le dotfé
zième chapiti^ de l'Exo<fe. )
Cet Agneau sera sans tache, c'est-à-dire ^
parfait; ce sera un mâle, et il n'aura qu'un an. Serpabiiisguâ âum us^ue ad quartam decimam Hem mensis hujus : immolabUifue eum unwersa mUl* iUudofiliorum Israël ad^esperam. Vous prendrez de son sang , ajouta Moyse , et vous en mettrez sur Tuii et Pautre poteau , et sur le haut des portes du lieu où vous le mangerez; en cette même nuit , vous en mangerez la chair rôtie au feu^ avec des pains sans levain, et des laitues sauvages; vous en mangerez la tête avec les pieds et les intestins. Je passerai cette i;iuit-là par l'Egypte : )e frapperai y dans la terre des Egyptiens , tous les premiers nés » <]epuis 1 homme jusqu'aux bêtes ; j'épargnerai vos maisons qui seront marquées du sang de l'Agneau. Ce jour vous sera un monument éternel^ vous le célébrerez de race en race avec un culte perpétuel , comme une fête solennelle. Tel est , M. F. , le commandement que Dieu fit autrefois à son peuple , lés Israélites; et voilà l'origine delà fête de Pâques^ qui étoit leur fête la plus solennelle, et consistpit, comme vousf le voyez , à manger dans chaque famille un jeune agneau , pour s6 rappeler leur délivrance d'Egypte , et les engager à en remercier le Seigneur , et à lui demeurer toujours fidèles. Nulle fête» M. F. y
de Carême» 127
«pi'ils eussent plus à cœur que celle-là ; nulle qu'ils ayent observée plus exactement , dqinis que le Seigneur Teut instituée, jusqu'à la venue de J. C. 9 c'est-à dire, tant qu*ont sobsisté leur temple et la ville de Jérusalem. A présent même qu'ils sont dispersés dans \t monde , et que cette fête ne les oblige plus, as ne laissent pas encore de la célébrer , du moins quant à la cérémonie de la solennité des azymes, c'est-à-dire, des pains sans levain* Cest un effet dé leur aveuglement , de leur destination, de leur endurcissement ; et le Seigneur le permet , pour qu'ils servent d'une preave vivante à la vérité de notre religion. Une au^tre Pâques , M. F. , a succédé à cette ancienne Pâques. J. C. l'auteur de la loi de ]grftce, qui est venu délivrer les hommes de la servitude du péché, de l'esclavage du démon, a institué la divine Eucharistie, llest le véritable Agneau de Dieu, qui ôte les péchés du monde; et TEglise, conduite par le Saint* IBsprit^ nous a fait un commandement de sa part , de manger au moins une fois chaque -année ce divin Agneau. 11 est véritablement notre Pâques , et cette Pâques est autant audessus de celle des Juifs, que la vérité est an-dessus de la figure , J. C. au-dessus de Moyse , le créateur au-dessus de la créature. Jugez vous-mêmes, M. F. , jugez de «l'excellence de notre Pâques. Qui est notre Agneau.
128 Pour le IV. Dimanche
pasclial ? Comment se donne-t-il à nouarf Pourquoi s'y donne-t-il? ( On expliquera ces trois différences qui se trouvent entre la Vaques des Juifs et la Pâques des chrétiens. ) . Oui , M. F. , J. C- est le véritable Agneao représenté par l'Agneau Pascfaal; il en a toutes les qualités, mais d'une manière éminente. L'agneau que l'on devoit choisir pour la Pâqaes devoit être sans tache, c'est-àndire, parfait ; il devoit être mâle , c'est-à-dire , pour mar^ quer que l'on doit offrir à Dieu ce qu'il y 9t de plus excellent, il ne devait avoir qu*nii an, pour apprendre . que l'offrande ne doit pas être taidive , et que Dieu veut avoir les
prémices.
Or, M. F., quoi de pluspai-fait que J. CL?.
N'est-il pas, comme l'appelle S. Pierre, TAgneau sans tache et sans défaut , qui nous a rachetés par son sang précieux? Redempti prê^ tîoso sanguine^ quasi Agni immaculaii Chrisli ^ et inconiaminaiL ( i. Pétri i. 19. )
Rien de plus excellent ne pouvoit être ofiert au Père éternel. Il est l'Agneau dominateur de la terre , la vertu de Dieu le Père , et il a été revêtu de la force d'un lion ; enfin , il est mort dans l'âge le plus florissant. Il a donc bien rempli toutes les qualités de l'Agneau qui en étoit la figure ; et de même que l'Agneau paschal ne devoit être mangé qu'après avoir été égorgé, et que la chair n*eût été
de Carême. 129
rolie au feu: ainsi ce nouvel Agneau nous
donne à manger sa propre chair qui a ëtd
immolée sur la croix ^ et où il a été consumé
par le feu de son amour. Enfin , comme on
devoit manger la tête de l'Agneau Pasclial
avec les pieds et les intestins , nous avons
aussi le bonheur de recevoir tout entier J. C.
sa divinité et son humanité , son corps et son
ame, et toutes ses perfections.
lésus-Christ , dans la dernière cène qu'il fit avec ses disciples , où il mangea avec eux VA^nean Paschal , connut parfaitement toutes les significations de cette cène mystérieuse ; il se considéra lui-même dans cet Agneau ; il voulut accomplir en sa personne tout ce qu'il signifioit ; il renouvela le sacrifice qu'il avoit fait de lui-même en venant au monde ; il consentit de nouveau à être étendu sur le bois de la croix , sans dire mot , comme un agneau qui se laisse égorger ; il voulut que le sang qu'il répandroit pour nous, nous affranchît de l'esclavage du démon, et nous préservât de la mort éternelle ; et pour que nous n'oubliassions jamais cette faveur, il institua la cène eucharistique , et il nous y donna sa chair, pour nous fortifier et nous aider à marcher dans le chemin du salut , durant notre pèlerinage, et jusqu'à ce que nous soyons arrivés à la terre bienheureuse qu'il nous a promisci
1 3o Pour le IV. Dimanche i
Agneau de Dieu, qui êtes mort dès 1a i création du monde, non par une mort réelle, 'i mais en figure , et qui dès-lors avez coouneneë : de communiquer aux hommes les grâces que ^ vous deviez leurmériter par l'effusion de votrt r sang, que vous rendrons-nous pour tant de biens que vous nous avez fait ? Ce que nons i devcms lui rendre , M. F. , c'est dé prendre en main le calice du salut, comme dit le Pro^ phète roi ; c'est de nous disposer à manger le divin Agneau. Vous ne pouvez rien faire qui lui [soit plus agréable ; préparez-vous-y au plutôt* Dieu avoit marqué aux Juifs le dixième jour du premier mois de l'année ^ qui , comme je vous l'ai dit, répondoît à notre mois de mars ; il l'avoit marqué , dis-je , pour prendre l'Agneau , et se disposer à le manger cinq jours après. Cette cérémonie n'est plus en usage , et vous avez plus de temps pour vous disposer à manger le vértiable Agneau. L'Eglise vous accorde deux semaines pour cela. Mais plutôt vous vous y disposerez, mieux vous vous conformerez h l'esprit de l'Eglise et aux désirs de J. C. Je vais vous ins* truire de ces dispositions dans le second point
IL RÉFLEXION
Le Seigneur nous a tracé , M . F. , dans les cérémonies que l'on observoit en mangeani
de Carême. iSi
l'Agneau Pascbal , une image des dispositions qae l*on doit avoir pour manger TAgneau 3e Dieu , dont le premier étoit la figm^.
Voici comment il continua de parler aux IsraéKtes par la bouche de Moyse : Sic corne» itlis ittum : renés pestros accingetis : et calceamenia JuMîtis fn pedibus , tenentes baculos in manibus , H comedetis fesiinanter ; vous ceindrez vos reins; vous aui^ez aux pieds des souliers, et un bâton \ la main ; et vous mangerez à la hâte. Que nous représente tout cela ?