I. POINT
Peu de sujets , M. F. , plus intéressans^ que celui-ci. Convainquez-vous une bonne foi de la malice , des suites funestes et de la vanité de la honte que le démon inspire à quantité de pénitens.^ ( On développera chacune de ces
de Carême» nn
raisons , et on y insistera , comme on l*a déjà dit souvent , suivant que la qualité de Tauditoire le demandera. )
Oui y M. F. , la honte qui empêche de déclarer ses péchés dans le tribunal est très-criminelle et très-injurieuse à Dieu. Qu'est-ce kire en effet , que cacher , en tout ou en partie , les fautes considérables que Ton a commises ? C'est ^ i.^ désobéir au précepte du Seigneur et h celui de TEglise ; 2.0 c'est commettre un sacrilège ; 3.^ c'est se moquer de Dieti et mentir au S. Esprit.
Hept^nons. C'est désobéir au précepte du Seigneur et à celui de l'Eglise. Je vous en ai instruits, de ce précepte, M. F., et vous ne pouvez l'ignorer. ( On récapitulera , si on le jugea propos, ce que l*on aura dît,, l'année précédente, du précepte de la confession.) Vous croiriez, M. F. , faire un grand péché , que de ne pas vous confesser une fois chaque année ; mais en faites-vous un moindre lorsque ▼ous vous confessez mal , lorsque de propos délibéré vous n'accusez pas une faute considérable , ou une faute que vous croyez mortelle? Pensez- vous bien qu'il vaudroit mieux pour vous ne vous pas confesser ? Vous êtes même plus coupables que si vous ne vous confessiez pas du tout Pourquoi cela? Parce que vous commettez un double péché. Et comment? C'est que, i.** vous ne satisfaites pas
7* Pour le IIL Dimanche
9u précepte du Sçigoeur, ainsi que celii^ qui pe se qonfe^Q pas^ ; %.^ quq vous com^ mettez un sacrilège , en prolcM()SM^I un ç^içi^-^ ment , en abusant du s^og de J. C- > en rendant inutile Vabsotutioii du Prêtre.
Y avez- vous bien peiv$é , }^iik^s g^ns , fiUesr et fei^mes cbretienn.es ^ elï vqus toi^ , qui que voiis $oyez , qui n'osant vqu$ dispenser de vous confesser de peur 4'eti*e reniarquâ ;p Rc rougisse:; pa^ de vou^ rendre ço«ipable% d'un des plus noirs sacrUèçes, qui offense, indignement le Seigneur pac cela même qu*ii devroit vou9 réconcilier ayec hii ? Avejs-vQus janyiis bien i^éilécbi sur votre hypocrisie ? Quoi donc , ignorez- voua que le Seigneur voitj le fond de vptife cse&ur ? Cix)ye!i-Youa lui en knposer? £t n*eat-€ie pask mépriser ^n'^^t-ce pas vous moquée de lui ^ n^eal-ce p«3 mentir en sa présence , et même au S. Esprit ? ( Histoire d' Ananie et de Saj^ e. > ( Auc^r. S. )
Ah ! Mk F. , quelle injure ne faites-vou(» pasi à Dieu d'abuser ainsi de sa bonté? Demandez^ lui en pardoa» si vous vous en êtes rendua coupables ; gémiâ3e8-en en ce jour ; propoaez-n vous de réparer au plutôt les na^uvaises confbasions que vou^ avez faites ; et pour vous faire vaincre plus efficacement cette mauvaise honte ^ examinez combien elle est préjudiciable k votre ame»
de Carême*
IL POINT
Voulez -vous connoître , M. F. , combien cette mauvaise honte est pernicieuse ; voyez de quels biens elle vous prive , et quels maux elle vous attire. Supposons ici que quelqu'un de vous s'y soit laisse entraîner , Tannée précédente ou dans quelqu'une de ses dernières confessions ; quelles en ont été les suites ? Elle l'a privé de la grâce sanctifiante qu'il «ùrott dû recouvrer , des dons du S. Esprit quHl auroit reçus, de tous les mérites qu'il auroit pu acquérir depuis ce temps-là. a.*? Elle l'a privé et elle Iç prive encore de la paix de I'am« ; il n'est pas tranquille ; ses maux ne font qu'augmenter. Mai§ si vous continuez à vous y laisser aller pour l'avenir , à quoi ne vous exposez-vous pas ? Comprenez-le , M. F. , à riem moins qu'à mourir dans le péché. Et comment cela? La preuve en est sensible : à mesure que vous avancerez en âge , elle ne fera qu'augmenter; vos sacrilèges se multiplieront; vous communierez en cet état le reste de vos années. Aurez-vous plus de force au lit de la mort , que vous n'en avez à présent que vous êtes en santé? Ah FM. F., ne savezvous pas que c'est alors que le démon redouble ses attaques ! De plus , qui sait si vous ne seriez pas surpris de la mort, en punition de
8o Tour le IIL Dimanche
tant de sacrilèges que vous avez commis ?
Mais je veux que vous ayez toute votre présence d*esprit; vous aurez besoin alors d'une grâce particulière pour pouvoir réparer tant^ de mauvaises confessions; vous aurez besoin, de vous faire des eSbrts extraordinaires ; pouvez-vous raisonnablement espérer cette grâce de Dieu , et de votre part un coui^age que vous n*avez pas à présent , pour résister au déinon qui vous tentera plus que jamais ?
n y a, dans le sermon du Père le jeune , un 'exemple frappant d'une fausse dévote qui, ayant passé sa vie dans les sacrilèges, refusa à la mort , de recevoir les Sacremens , et fit cependant une déclaration publique de sa ^ie criminelle , et mourut dans le désespoir.
Voudriez -vous donc^ M. F., vous exposer \ une telle mort? Mais n*y a-t-il pas tout lieu de croire qu^elle vous arrivera, si vous ne surmontez cette fausse honte, qui peutêtre vous a jusqu'à présent fermé la bouche ?
Qui pourroit vous empêcher de la vaincre , et quelle excuse pourriez- vous apporter pour continuer vos sacrilèges ? Sur quoi estelle fondée , cette fausse honte ? Raisonnez avec vous-mêmes ; examinez quel en est le principe ; et vous trouverez qu'elle est nonseulement criminelle, mais encore tout-à-fait vaine et déraisonnable.
D'abord U est certain qu'elle ne vient pas
de Carême» 8i
de Dieu, puisqu'il vous commande de la vaincre; elle part donc d'un mauvais principe, oa du démon qui vous grossit le péchë , et qui , vous en ayant ôtë la honte lorsqu'il vous l'a fait commettre , vous la rend lorsqu'il s'agit de l'avouer f ou bien d'une crainte pusillanime , dont les jeunes gens et les personnes timides sont fort susceptibles , ou enfin, et c'est le plus souvent, d'un orgueil secret qui fait que l'ou rougit dé passer pour pécheur, pour pécheresse , ou bien que l'on ne veut pas s'humilier jusqu'à s'abaisser aux pieds d'un Prêtre, et y tenir la posture d'un criminel.
Pour entrer plus avant dans le détail , dites-^moi j M. F., pourquoi n'osez- vous pas accuser vos péchés ? Est-ce à cause de leur énormité? Peut-être ne sont-ils pas si énormes que vous vous le persuadez , ou plutôt que le démon vous le fait croire , et vous les rq>ré3ente depuis long- temps ; car U y a des consciences mal formées depuis la jeunesse , et qui n'^osent accuser des fautes qui de soi sont légères , et que le démon leur a grossies, ^n les leur faisant envisager icomme mortelles. ( On pourroit en donner quelques -exemples, ) . . <
Mais supposons que vos péchés soient effectivement très -énormes ^ et que vous y ayiez inême crofupi depuis votre bas âge; ignorez-
Sz Pour le Itl. Dimanche vous donc que le sacrement de Péaitence esi^"* piincipaleiiient établi pour les pins grand» ^ pécheurs y et que Dieu se plaît particoHère^-* '-ixueot il faire éclater , à leur é^ré y la çran^ ■' deur de sa noiséricarde ? Eu avez-^rous plus >' commis qu'un S» Augmstin , qui nous, eu, ^. & laissé sa confiœsion. par éorit t En avesi^-TQUt ^' commis plus que la pécheresse dont il ^t -!
parlé danarévangile, et qu-ua Manassès? «tOb
Fussiex-vtMis, M. F. , aousi coiqpables que tous les réprouvés ens^siUe, que tous les démons , que tous les pécheurs qui- sont suv la teire ; Dieu veut vous pardœmer , il voua ordonne de confesser vos fautes , il a chargé le Prêtre , à qui vous vous adresses^ de vous les remetti*e de sa part ; et il vous ferok ior* justice, ce Prêtre, ce Confesseur , il se char-^ geroit de la perte de voire ame , s'il refusoift de vous absoudre, dès que vous vous confesserez sincèrement , et qu'il vous jugerai vraiment contrits.
Ce n'est pas tant^ direz-vous, à causer de l'énormité de mes péchés , que fe refuse de les confesser , qu'à cause de la confusion qu'il y a de les dire à l'oreille d'un Prêtre.
J'entends , M. F. , J'entre dans votre peine. C*fest la confusion qui vous retient , vous avez bonté de déclarer vos péchés : Cvr te pudei peecalum tuum dUere , dit S. Bernard dans ses
de Carême. . 83
KBtences 9 guod nonpuiail {acer&l Vous n*oscz déclarer vos péchés; vous en êtes tout con?
fiis; vous avez raison d'en ressentir de la confusion ; rien de plus honteux que le péché. Si vous en voyiez la laideiu* , vous ne pourrie^ la soutenir ; aussi la confession doit-elle éti*e faite avec une sainte confusion; et si vous &iez vos péchés avec hai*diesse y et sans être touchés , ce ne seroit plus une accusation , vous n'entreriez pas dans les sentimens d'un criminel de lèse-majesté divine, et vous ne pourriez par conséquent rentrer en grâce a?ec Dieu. D est donc une sorte de confu-^ sioQ qui est bonne , qui eat salutaire , qui est glorieuse : Es^ confusio adducens gloriam $t gralîam , nous dit le S. Esprit ; mais il en est nne autre qui est crinxinelle : Est confusio aiiucens peccatum, ( Eccli. 4» ) Qui vous empêche de déclarer vos péchés çiu ministre du Seî- Çneur ! Ah ? ajoute l'Esprit Saint , n'ayez pas de honte de les déclarer, pour le salut d^ votre ame : Non confuniarîs confiterî peccaia iua, Pro anima iud^ ne confundaris dicere oervm* ( Ibid. ) Dites-moi , jeunes gens , filles et femmes chrétiennes, et vous tous qui m'écoutez ; si vous aviez une maladie très- dangereuse , vous laisseriez-yous mourir , plutôt que de la découvrir à un prudent Médecin , qui vous guériroit aussitôt , ou peu après que vous la lui auriez fait connoître?
84 Tour le IIL Dimanche
On peut apporter d'autres comparaisois^
par ex. Si vous étiez coupables du crime ^
Icse-majesté , et qu'il ne fallût , pour v(?«^
retirer du cachot et vous délivrer du «^/^
plicc du feu , que d'avouer votre faute, v®^^
laisseriez -vous condamner à une mort an*^
affreuse qu'ignomineuse, plutôt que d'en iàf^
l'aveu ? Si vous aviez un procès considérable ^
et qu'il suffit, pour le gagner , d'instnûr^
vos juges , refuseriez-vous de faire pour cd^
un long voyage? ( L'histoire de Naaman^
rapportée dans Tépltre de la Messe du lundi
de la troisième semaine de Carême. ) Âhl
M. F. , aurez- vous donc plus d'attention pour
la conservation de vos biens , de votre santé «
de votre vie, que pour le recouvrement de la
grâce et le salut de votre ame? Jusqu'à quand
serez-vous moins prudens dans la seule affaire
qui vous intéresse essentiellement , que dans
les affaires temporelles ?
Vous avez honte de dire vos péchés à l'oreille d'un Prêtre. Mais qui est ce Prêtre, à qui Dieu vous oblige de vous confesser ?
Est-ce un Ange ? est-ce un homme confirmé en grâce ? Non , c'est un homme foible , qui est pécheur de sa nature , qui a peutêtre péché autrefois , et s'il a toujours vécu dans l'innocence , il n'ignore pas qu'il peut perdre la grâce. Qui est ce Prêtre ? Cest un ministre de X. C« qui doit vous recevoir
dé Carinté '■ 85
damme J&us-Christ lui-même, reçoit les pécheurs et les pécheresses, qui doit se réjouir de votre conversion, qui en bénira mille fois le Seigneur. Que craignez-vous? Qu'il ne vous traite rudement ? H ne le peut , sans manquer à la douceur qui doit le caractériser* Vous l'appelez votre père , au commencement de la confession , et il doit agir envers vous comme un père spirituel, et ne rien oublier pour vous engendrer de nouveau en J. C.
Si pour vous guérir, il est obligé de vous parler avec force, il ne le fera que pour votre bien. Peut - être appréhendez - vous qu'il vous diffère l'absolution , et que vous soyiez privés pour quelques temps de la communion. Ah ! M. F. , aimeriez- vous donc mieux commettre les plus horribles sacrilèges , que de subir le délai de la réconciliation ? Ne savez-vous pas que votre confesseur fait, à votre égard, l'office de juge aussi bien que de médecin? Laissez-lui le soin de votre ame, suivez ses avis ; vous ne tarderez pas à être guéris , et vous serez bientôt en état d'être admis à la sainte table.
Que craindrîez-vous encore de sa part ?
Qu'il ne vous imposât une pénitence trop* sévère ? Non, il ne le fera pas ; il là proportionnera à vos travaux , à votre état, et il en prendii^ pour lui yne partie plutôt que dé> vous rebuter.
86 Pour h 111. Dimanche j'i
Qu'y a-t-il encore ? Appréhendez -vous qu*!!! x ne pense mal dévoua^ et que là confideacesi que vous lui ferez de vos fautes ne vous soîl g| préjudiciable ? Doutez- vous donc , M. F. t )^î du secret inviolable auquel tout confesseur ,^ est obligé par toutes les lois naturelles , divines ,, et humaines ? Et ce n'est pas une des moiii** .^ dres preuves que ce secret s'observe si exao ^ tement. Ce qu'il pensera de vous? C'est que Dieu vous aime, qise Dieu veut que vou9 , soyez du nombre des fidèles pénitens ; il pensera de vous , filles et femmes chrétiennes ^^ que vous serez peut-être semblables à sainte Magdelaipe ; vous jeunes libertins , à S.
Paul ; vous riches injustes , à Zaehée y etc.