‹ Projets de prônes pour tous les dimanches de l'année, connus sous le nom d'instructions de ToulChapitre 14 sur 39 · Le bâton que Ton devoit poitci- à la · texte numérisé non relu

Le bâton que Ton devoit poitci- à la

main et la posture des voyageurs étoient la

figure de la croix, dans laquelle nous devons

mettre uotre espérance durant le voyage de

cette vie^ et \^ vigilance où nous devons

être, pour nous corriger aussi bien que ceux

^ nous isoBt soumis..

1 32 Pour le IV. Dirnunche

4*^ On doit manger à la hâte. Ce qui nom marque , dit le même saint Docteur ^ la ferveur , la dévotion avec laquelle on doit s'ajH; procher de la sainte table. On mangeoit en même temps du pain sans levain et des laitue^ sauvages ; ce qui représente que notre cons-; cicnce doit être purifiée du levain de Tini; quité , et que notre chair doit être mortifiée. L'Apôtre nous y exhorte : Pascha nostrum imy molatus est Christus. Epulemur , non in fermenta veleris neque in fermenta matltiœ et nequitiœ , 5^ in azymis sînceriiaiis et périt atis, ( i. Cor. 5. )

Enfin , on ne mangeoit rien de crud avec Tagneau , mais tout devoit être rôti. Que nous marque cette circonstance ? Le feu d^ Vamour divin dont il faut que nos cœurs soient embrasés , pour manger cette chair céleste. Elle signifie encore j que nous devons nous rappeler , en la mangeant , la Passion de J. C. qui fut en lui TefTet de Tamour le plus ardent. Lui-même nous Ta recommandé cxpressémment , lorsqu'il institua ce sacré banquet : Faites ceci , nous a-t-il dit, en mémoire de moi ; souvenez- vous de mon amour , et de tout ce qu'il m'en a coûté poiu'.vous délivrer du péché et vous ouvrir le Ciel.

Examinez à présent , M. F. , comment jusqu'ici vous'avez fait la Pâques. N'est-ce pas dans des dispositions toutes contraires à celles que Dieu ^xigeoit de yaus? Votre cœur et

de Carême i33

TOtre corps étoient-ils purs , votre ame déta-

cliée des biens du monde , votre vie conforme

à celle des saints de votre état ? A-ce été

avec foi et confiance en J. C. avec une sainte

avidité , une chair mortifiée , un ardent désir

de vous unir à J. C. ? Il souhaite avec ardeur

de faire avec vous la Pâques , et peut- être

sera-t-elle pour vous la dernière. Oui , elle

le sera pour quelqu'un de vous. Je vous exhorte

\ la faire , comme si c*étoit pour la dernière

fois. Cîomment vous prépareriez-vous, si vous

en étiez assurés ? Suivez donc l'avis du S.

Esprit qui vous dit de vous mettre le couteau

îi la gorge , lorsque vous voulez vous asseoir

) la table d'un Prince : Statue cuitrum in gutture

ioB. ( Prov. 24* ) Q*^® veut-il nous faire en-

endre par cette expression , mettez- vous le cou--

tenu à la gorge. C'est-à-dire , mangez le pain

sacré que J. C. vous présente , comme si l'on

étoit près de vous égorger , et qu'il ne vous

restât plus qu'un moment de vie. Recevez-le ,

après avoir mortifié vos passions , comme vous

voudriez l'avoir fait , si c'étoit le dernier

repas que vous dussiez faire ènf ce monde.

On entrera dans quelque détail, et on finira par une prière adressée à J. C. comme notre véritable Agneau. On le conjurera , puisqu'il veut bien nous recevoir à sa table , d'ajouter à cette faveur celle de nous y tous préparer, eosorte que nous mangions la Pâques Comme

1 34 Tour le IV. Dimanche

ses véritables disciples , et qu'il n*y sit patmi nous aucun Judas. Demandons>lui tousensèià'^ ble cette grâce , M. F. , pendant l*aiiguste sacrifice.

L*épitre de ce dimanche est.prise du 4 chap* de la lettre de S. Paul aux Galates. Cette épttre paroit peu fournir pour l'instruction des peuples , et on n'aperçoit pas d'abord pourquoi TEglise la fait lire en ce dimanchei Pour en savoir la raison , il faut bien enten« tendi^è le sens de cette ëpitre, et pourquoi St Paul écrivoit aux Galates. Nous avons dit ci**» devant ( Domimcâ iafrà ociapam nafmiatis De-* mini^) que c'étoitpour les prémunir contre de faux docteurs qu'il leur persuadoit de joindre les cérémonies de la loi ancienne à TE van* gHe- Après leur avoir prouvé qu'il est véritablement Apôtre de J. C. , que l'on ne peut plus être justifié par les œuvres de la loi fincienne ; que cette loi n'étoit que pour préparer à la loi nouvelle ; que les promesses faites à Abraham s'accomplissent par la foi ^n Jésns-Christ ; il leur rappelle avec quelle ferveur ils ont reçu l'Evangile qu'il leur a prêché , il les presse vivemepl de se tenir attachés à la doctrine qu'ils ont reçue de lui : à cette occasion ^ il leur rapporte ce qui fait le sujet de l'épitre de ce jour , qui est une allégorie des deux fils d'Abraham , qui repré sentent les deux testamens. D'où il conclut

de Carême. i35

que nous sommes délivrés du joug de la loi ancienne, et que ceux qui y sont trop attachés ^ n*sruront point départ à Théritage de J. C. Ces dernières paroles de Tépître expriment la liberté qui est le propre de la loi évangélique.

Cette lettre est presque , toute dogmatique.

Gest cotaime un abrégé de l'épttie aux Roiûdns; le sujet en est le même, à cela près que dans celle-ci VApÔtie ne parle qu'aux gentib convertis à la foi ; au lieu que dans Tautre , il instruit les Juifs et les gentils. On ne sait pas bien dans quel lieu elle fut écrite , si c'est à Rome, quelques-uns le pensent, ouà Ephèse, oa en quelqu'autre ville de la Grèce. Elle contient six chap. Depuis le premier jusqu'au cinquième, le dogme est établi , et depuis le verset i3. dudlt cinquième chap. jusqu'à kl fia de la lettre , ce sont des préceptes ittoraax. H y en a qui pensent que ces peuples delaGalatie étoieot originaires de la Gaule, 6t S. Jérôme dit, dans son commentaire sur cette épître , qu'ils parloîent h peu près la même langue que les liabitans de Trêves ou les Allemands.

Cette éptere^ convient très-bien au jour oii I*Eglise la faît^ lire, c'est-à-dire, vers le temps de la Pâques chrétienne. Pour que les peuples soient bien instruits, ne faut-il pas qu'ils aiea( quelque connoissauce de Tancien tesi»

i36 Tour le IV. Dimanche

tament ? Us en entendent souvent parler dans les instructions, sans comprendre ce qu'on leur en dit. Un prône où l'on développeroit avec netteté Tallégorie de l'ancien et du nouveau testament représentés par Ismaël et Isaac , leur plairoit beaucoup , et les disposeroit à profiter davantage des autres instructions. On eu prendroît même occasion de leur parler de l'institution de l'Eucharistie pas laquelle J. C. a confirmé l'alliance de la loi. nouvelle , ainsi qu'il le déclara en instituant le sacrement de nos autels ; et on leur expliqueroit le bonheur des chrétiens, et comment ils doivent user de la liberté que J. C leur a acquise par son sang.

L'épitre de la messe, M. F. , dont je me propose de vous parle en ce jour, est prise d'une lettre que S. Paul, écrivoit autrefois à des peuples nommés Galates, c'est-à-dire, hâbitans de la Galatie , Province de l'Asie mineure. Ils avoient été adonnés à l'idolâtrie, et S. Paul les avoit convertis; mais de faux docteurs vouloient leur persuader de joindre les cérémonies judaïques avec l'Evangile , et de se faire circoncire aussi bien qu'eux; et ils en pervertirent même plusieurs. L'Apôtre S. Paul , dont le zèle s'étendoit pailout , leur écrivit fortement, jusqu'à les traiter d'hommes insensés , d'avoir abandonné la vérité pour embrasser une fausse doctrine. Il leur prouve

de Carême* 187

par différentes raisons .. que la loi ancienne est abrogée; qu*en voulant encore en pratiquer les cérémonies, ils rendoient inutile à leur égard le bienfait de la foi; et à cette occasion il leur rapporte ce qui est écrit au livre de la Genèse du Patriarche Abraham. Abraham, leur dit- il, eut deux (ils , savoir Ismaël et Isaac ; le premier né d'une esclave , nommée Âgar; et le second d'une femme libre , appelée Sara. Ces deux fils, ajoute-t-il, représentent les deux testamens. Ismaël étoit la figxire de la Sinagogue ou de l'Eglise des juifs qui devoit être répudiée. Isaac marquoit la loi de la grâce ou de l'Eglise de J. C. qui doit toujours subsister. Ismaël, continue-t-il, qui étoit né selon la chair, persécuta Isaac qui étoit ne' selon l'esprit, et en qui dévoient se vérifier les promesses faites à Abraham; mais il est écrit : Chassez l'esclave et son fils ; car le fils de celle qui est esclave , ne sera pas héritier avec le fils de celle qui est libre. C'est pourquoi, conclut l'Apôtre, nous ne sommes pas les enfans de l'esclave , c'est-àdire , nous n'appartenons pas à la Synagogue qui a été répudiée avec toutes ses cérémonies ; nous ne devons plus les observer dans la loi de grâce ; J. C. nous en a affranchi ; profitons de la liberté qu'il nous a procurée; et ne nous engageons plus sous le joug de la loi ancienne. Voilà , M. F. , l'abiégé de

i4o Pour le. IV Dimanche

qui est riche en miséricorde , résolut dès-lors de nous rétablir dans ce droit , et d*envoyer son fils au monde , afin qu'il servît de médiateur entre lui et nous. Il ne jugea pas néanmoins à propos de l'envoyer d'abord après la chute d'Adam ; il attendit plusieurs mille ans, de peur que l'homme ne sentit pas assez la grandeur du bienfait de l'Incarnation^ et le besoin qu'il en avoit. Que fit-il donc? ïl laissa les hommes pendant plusieurs siècles sans autre loi , que celle que leur dictoit leur propre raison , si nous exceptons toutefois le précepte de la foi d'un Dieu rémunérateur , et de l'espérance du Messie ; sans les priver non plus des grâces nécessaires , pour vaincre leurspassionset s'attacheràlui, commeàTobjet de leur béatitude surnaturelle. Mais hélas! leé hommes éprouvèrent dans peu les suites funestes du péché originel. Le crime inonda la teiTe; et Dieu fut comme forcé de faire périr Tunivers par un déluge d*eau , qui arriva envii'on 1600 et quelques années après la création du monde. La terre néanmoins fut repeuplée par Noé et sa famille que Dieu sauva du déluge. Mais les enfans de Noé imitèrent bientôt les déréglemens de leurs ancêtres; et tous les peuples s'étant replongés dans le disordre , le Seigneur voulut se choisir un peuple chéri , d'où naîtroit le Sauveur des hommes , et parmi lequel se trouvèrent quanr

de Carême. i4t

tité de Prophètes par qui il fit annoncer la venue du Sauveur , avec les circonstances les mieux marquées ; afin que lorsqu'il paroitroit, on ne pût le méconnoître , et qu'il fût le clief de ce peuple chéri ? Le grand Abraham, appelé autrement le père des croyans , dont l'Ecriture nous fait un éloge si magnifique.

C'^t avec lui , et ensuite avec tout le peuple Juif, qu'il fit une alliance que l'on appelle l'ancien testament II le choisit pour être le chef de ce que l'on a appelé depuis le peuple ïuif. Il lui ordonna la cérémonie de la circoncision , par laquelle on étoit admis au nombre de ce peuple. Il lui promit de donner une terre fertile à ses descendans ; et avant que de les mettre en possession de cette terre, il donna à Moyse , sur une montagne nommée Sinaï , ses commandemens écrits sur une table de pierre, il lui prescrivit encore les différentes cérémonies auxquelles seroient obligés les juifs, et la manière dont il les gouverneroit. Moyse descendit de la montagne , lut au peuple les pi^éceptes du Seigneur, et lui annonça toutes ses volontés, lui promettant encore de la part de Dieu toutes sortes de bénédictions temporelles, s'il étoit fidèle à accomplir la loi , et les cérémonies qu'il venoit de lui prescrire. A quoi tout le peuple consentit, promettant à Dieu de garder tpus ses préceptes^ ensuite il fit

T4a po^r le IV. Dimanche

alliance avec lui au nom du Seigneur , ^

faisant une aspersion sur tout le peuple av^

le sang des victimes qui avoient été immolées^

il dit: C'est là le sang du testament que ïfigM

m'a ordonné de faire pour vous : Hic I8#

sanguis fœderis quod Dominus pepigit ifobiseimu l

Voilà, M. F., ce que Ton appelle l'ancM

Testament , l'alliance que le Seigneur fit aul^

trefois avec son peuple, les promesses qirf|

lui fit de lui donner ici-bas un pays aboflif

dant en toutes sortes de biens , s'il lui restopl

fidèle. Mais qu'étoit-ce que tout cela ? H a|;

facile , M. F. , de le voir. C'étoit une imagf

de l'alliance que Dieu devoit faire avec ^|.

chrétiens par J. G son fils , qui devoit Ù^

commencer par son propre sang. C'est dit

qui est arrivé environ 4ooo ans après If^

création du monde , selon l'opinion la plu^

commune. (On expliquera de quelle manier»

le Sauveur a prêché la loi nouvelle ; et com*^

ment sur la fin de sa vie, faisant la cène avec

ses Disciples, il leur déclara que son sangjî

qu'il devoit répandre, étoit le sang du non-.

veau Testament : Hic est enim sanguis meuf-,

nopi iâsfamenti. (Matth. 26. a8. )

Or , M. F. , remarquez la différence die.

l'ancien Testament et du nouveau, et combien les chrétiens sont plus privilégiés que les Juifs, soit que l'on considère l'auteur du nouveau Testament, et les biens qu'il promet^

de Carême» i43

soit qae l'on fasse attention aux préceptes que J. C. nous a donnés, et à la grâce qu^il nous a méritée, qui est plus abondante dans l'état présent qu'avant la venue de J. C. et aux autres moyens qu'il nous fournit , principalement dans le sacrifice de la Messe et dans les sacremens« ( On s'étendra sur ces chefs, en faisant toujours le parallèle de la loi ancienne. On ne manquera pas cependant de faire observer aux auditeurs, que les hommes qui yivoient avant J. C. n'ont pas laissé d'avoir des grâces pour se sauver, et que ceux qui avoient la foi, appartenoient déjà en quelque sorte au nouveau Testament ; ainsi ont été les Patriarches, les Prophètes et quantité de Saints et de Saintes, qui sont morts avant l'Incarnation du ver])e.) n en faudra venir à la morale , et faire

faire aux auditeurs deux réflexions qui n'ont peut • être jamais été faites; l'une sur le

bonheur de ceux qui sont nés sous la loi de grâce, sur les avantages sans nombre que l'on y trouve pour opérer son salut, l'autre sur le malheur des chrétiens qui ne vivant pas selon les lois du christianisme , mais aussi mal que les Juifs » et même que les Idolâtres. On les excitera à des sentimens de reconnoissance et de douleur dans le premier point; ensuite à la résolution de remplir les devoirs du christianisme , qui sera le sujet du second point

i'44 ^^^^ ^ Jf^* Dimanche

IL POINT

Autant la loi nouvelle surpasse en perfection la loi ancienne; autant, M. F., devrions-nous surpasser les Juifs en sainteté A la vérité, le Seigneur ne nous a pas imposé un si grand nombre de préceptes , ni d'une si grande rigueur; il les conduisoit ])eaucoup par les motifs de la crainte; et.

ce peuple avoit besoin d'être ainsi traité : il leur parloit parmi les foudi-es et les tonnerres ; il les tenoit assujettis par une grande quantité de sacrifices et de cérémonies; il les châtioit de temps en temps pai* des peines temporelles ; et il en tira souvent les puni^ tions les plus éclatantes : c'est pour cela qu'on appelle la loi ancienne, loi de crainte et de terreur. Pour nous , M. F. , nous sommes traités d'une manière bien différente. J)élivrés de ce joug que nos pères, comme dit Saint Pierre, ont eu tant de peine à porter, nous n'avons que très-peu de préceptes à remplir; et c'est avec justice que la loi nouvelle est. appelée la loi de liberté, la loi d'amour et de grâce. La loi de liberté ; parce que nous

sommes affranchis des cérémonies anciennes^ et astreints au sacrifice de la Messe , à la

réception des sacremens , et à quelques autres cérémonies aisées à observer. Loi d'amour;

de Carême* i45

monr ; parce qoe ce n'est pas la crainte servile

qai doit nous faire agir , mais une crainte

filiale et toute d'amour: Ao/i enim d^dit nobis

Deus spiritum iimons^sed ^leclhnîu (a. Timot-

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