‹ Projets de prônes pour tous les dimanches de l'année, connus sous le nom d'instructions de ToulChapitre 22 sur 39 · POUR LE SAINT JOUR DE PAQUES · texte numérisé non relu

POUR LE SAINT JOUR DE PAQUES

N Pasteur peut entretenir son peuple , le jour de Pâques , en trois manières différentes, dont<:hacune sera très-utile, i.^ Sur la solennité de la fête, sur le temps paschal , et la manière de sanctifier Tun et l'autre, s.^ Sur

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l'évangile qu'on lit à la Messe. 3.** Sur l'épître. Et cela en différentes années.

Premier sujet. Sur la solennité de la Jeté de Pâques*

V^XJAND on tira son instruction de la solennité de la fête , du temps paschal , et de la manière de le sanctifier, on pourra ainsi corn- • mencer : Hœc dm quam fecil Dominus , exulte^ mus et lœiemur in eâ. (Psal. 117.) Voici l'heureux jour que le Seigneur a fait; célébrons-le avec ' toute la joie et l'allégresse que nous sommes capables de ressentir.

C'est proprement , M . F. , de la Résurrection de J. C. , de la grande fête que nout célébrons aujourd'hui, que le prophète David a parlé , lorsqu'il nous invite à nous réjouir le jour que le Seigneur a fait ; et c'est pour cela que TEglise nous répète si souvent, durant toute cette octave , ces paroles consolantes du prophète : Hœc dies^ efc. C'est son jour par excellence, le jour où il paroît vraiment Seigneur , le soleil de justice. Dans sa naissance, durant toute sa vie , et sur- tout dans sa Passion , nous l'avons vu obscur, humilié; mais aujourd'hui la foi nous le montre véritablement grand et glorieux. Réjouissons -nous donc , M. F. , et laissons-nous aller aux trans-

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ports de la plus douce allégresse : Exullemus y etc. Depuis la Septaagésime jusqu'à présent , vous avez vécu dans une sainte tristesse ; toutes les cérémonies de TEglise ont dû vous l'inspirer ; ce que vous avez considéré de la Passion de J. C. dans les deux semaines dernières, a redoublé votre douleur, et vous a fait prendre part aux humiliations et aux souffrances de votre Sauveur. Changez , M. F. , changez aujourd'hui vos sentimens; et après avoir participé aux douleurs de Jésus souffrant et mourant pour vous , participez à la gloire et à la |oie de sa résurrection , entrez dans l'esprit de l'Eglise qui vous invite à vous réjouir ; et instruisez-vous de la joie qu'elle demande de vous.

Le mystère de la résurrectien de J. C. est pour tous les vrais fidèles un mystère de joie: premier point. En quoi doivent-ils la faire paroitre? second point.

Rien de mieux fondé, M. F. , que la joie à laquelle l'Eglise nous invite en ce jour ; et pourquoi? Le voici, écoutez -le, et pénétrez-vous bien d'une vérité si consolante. C'est, i.^ que J. C. en ressuscitant , a consommé l'ouvrage de notre rédemption. *i.^ 11 nous a donné une preuve invincible de sa divinité ; et par

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là mhre il a rendu notre foi inëbranlabler 3.^ Eu ressuscitant comme notre chef, il nous donne une espérance certaine de notre résurrection future. /\.^ Enfin en ressuscitant avec un corps glorieux', il excite et enflamme puissamment notre amour , et nous fraie un chemin au bonheur du ciel.

On expliquera ces quatre raisons, i.^ Que le Sauvcnren ressuscitant, ait consommé l'ouvrage d.î notre rédemption , c'est le langage des Pères , après les saintes Ecritures ; et quoiqu*en mourant pour nous il ait satisfait pour nos péchés, et mérifé pour nous les grâces du salut, nous n'eussions pas été affranchis parfaitement de Tesclavage du démon , la mort eut eu encore empire sur nous , si J. CL par sa résurrection, n'eût triomphé de l'un et de l'autre , et ne nous eût assuré par-là une vie immortelle et une parfaite félicité.

On citera à ce sujet quelques passages de S. Paul ; com.ne ce qu'il dit aux Golossiens : ( Deus ) suscîlavit iïlum à mortuis. Et expoUans principatus et pof estâtes , traduxit confidenier^ patàm triumphans iltos in semetipso. ( Col 2. ) Le défi que le même Apôtre fait à la mort : G mort! o.ii est ton aiguillon? ( i. Con i5. ) En effet, de quoi nous auroit servi la mort de J. C, s'il ne fût pas ressuscité ? Inanisest , comme dit S. Paul, prœdicatio nosira^ inanis est et fidcs çtsira. ( Ibid. ) Mais aussi dès que

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J. C est. ressuscité , rien de plus certain que notre foi. Il est véritablement Dieu , comme ilVa assuré; puisqu'il n'y a que Dieu qui puisse se ressusciter , comme personne ne Tignore ; car la résurrection d'un mort est au-dessus des forces naturelles. Par conséquent Dieu nous a donné , dans la résurrection de J. C. , une preuve incontestable de la vérité de sa doctrine. ( On s'étendra davantage , si l'on veut , sur l'exposition de ces deux premiers motifs; on excitera les auditeurs à quelques bonnes affections.) Quel sujet de consolation , r . M. F. , de voir Jésus remportant une victoire si glorieuse sur les puissances infernales, sur Ja mort 9 et sur tous se$ ennemis! Témoignezlui-^n votre joie, chantez en son honneur des cantiques d'allégresse : Cantemus Dumino , gloriosè enim magnificatus est. ( Exod, 1 5. ) Réjouissons-nous pour nous-mêmes, puisque nous . sommes assurés d'avoir part à la résurrection du Sauveur, si nous menons une vie chrétienne ; c'est en quoi le mystère de ce jour doit ranimer notre espérance. Dès que J. C. est ressuscité , nous ressusciterons aussi ; il est . notre chef, et nous sommes ses membres::

Unum corpus sumus in Chris fo. Or, seroit-il véritablement notre chef, s'il étoit séparé de ses membres , s'il étoit dans le ciel , pendant que ses membres seroient dans le tombeau ,,

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dans la corruption et la misère? Sachez, It ^^ r Apôtre , que celui qui a ressuscité Jésus, -^ nous ressuscitera de même avec Jésus: Sdat' r===^ Us quonîam qui susciiapit Jesum^ et nos iM .

Jesu suscitabit, ( Cor. 4» ) Et c'est ce que i*e TEglise nous fait entendre dans la mes» ^qu'elle célèbre au temps paschal : Si créa* \ mus quhd Jésus mortuus est et remrrexit , ^ !^ L'histoire de Job : Scio quhd redempfor met» \ çifît , efc. Combien plus vive doit être notre yespérance dans la loi nouvelle , qui nous eu ^ fournit tant de motifs dans la personne de ^ Jésus ressuscité ! On peut se servir du pas- ju sage de S. Grégoire: Ex hoc nobis iniiium y^ factum est resurreciionîs in Christo : in iaSëS ]\ spei nosirœ forma prœcessit. >

Nous ressusciterons donc tous, M. F., Jn Christo omnes mfificabuntur : ( i . Cor. 1 5. ) de même que nous sommes tous moits en Adam. Mais ressusciterons - nous comme J. C. , aurons-nous tous part aux qualités de json corps glorieux? Non, il n'y aura que ceux qui seront morts avec lui, qui seront, dis-je , morts au péché , à leurs mauvaises habitudes: Si complantati facti sumus similitU' dini morfis ejus , simul et resurrectionis erimus.

On fera ici rentrer les auditeurs en euxmêmes, on leur demandera s'ils ont imité Jésus en sa mort. Le péché , dira t-on , ne règne- 1- il point en plusieurs de vous ? Ah I

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9oavenez-YOus, M. F. , que vous ne pourrez ressusciter comme J. C. 9 à moins que vous ne renonciez à votre vie sensuelle , et à tout €e qui peut donner la mort à votre ame.

Vous ne pourrez régner avec Jésus , et être un de ses membres glorieux , si 9 tandis que vous avez été sm* la terre , vous ne lui avez pas été unis par la grâce et par l'amour.

Quoi de plus capable de vous en embraser , que la considération de Jésus ressuscité! Quoi de plus beau , quoi de plus aimal^le que son humanité sainte dans son état de gloire ! ( On dira ici quelque chose des quatre qualités du corps glorieux de Jésus. ) Non , ajoutera-ton , rien dans le ciel et sur la terre de plus charmant, de plus ravissant. Les saints qui voient ce divin objet , l'aiment nécessairement ; et si nous réfléchissions bien sur ce que la foi nous en apprend , nous ne pourrions lui refuser notre cœur; nul 'autre objet ne pourroit l'occuper à son préjudice, nous dirions avec un grand Saint , en voyant la beauté de ce monde: tout celaparoit beau; mais dès qu'on le compare avec la beauté de Jésus ressuscité , ce n'est qu'une laideur. Ce qui doit redoubler notre amour pour Jésus ressuscité, c'est qu'il conserve, dans l'état de sa résurrection , les marques des plaies que son amour pour nous lu? a fait endureiv Contemplons* les > M. F., ces mai^ques sa-^

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crées. Ah ! quels sentimens cette vue ne prcK^ îfe duira^t-elle pas en nous; joie, confiaDce^ ït amour, reconnoissance , désir dé voir face î à face ce divin chef, et de lui êti^ rétrail s= dans le ciel. Rien enfin ne nous aidera ph» 1eflScacement k mariftier dans le chemin qù't jz nous a tracé, que la foi vive de J. G. xîSr \ suscité. '^

N'est-ce pas bien avec jfustice, que TE* Â glise nous exhorte à nous réjouir en ce joui'î r Peut-il y en avoir un sujet plus légilimc, ■ et que ne fait- elle pas , pour nous Tinspirerl Faites attention , M. F. , à toutes les cérémonies qui se pratiquent durant cette octàife et le tem[>s paschal. Il n'est rien qui ne ressente Tallégresse, chants, fêtes multipliées, processions joyeuses, cessation du jeûne; en tout elle donne des marques de son allègres^ Autrefois on fetoit la semaine de Pâques, el ce n'est que depuis le onzième et douzième siècle , ([ue l'on se contente de solenniser le» trois premiers jouis. Cette fête est en quelque sorte continuée jusqu'à la Pentecôte ; c'est pour cela (jae cet espace est appelé le temps paschal. En un mot , la fête de Pâques est comme le commencement de la fête de Téternité , oti du moins une représentation de cette grande t'^te qui ne finira point, et que les saiîits célèbient dans le ciel. Elle est par coiisév|uent la première et b plus auguste

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de toutes celles qui se célèbrent dans la religion chrétienne. Les SS. Pères rappellent la fête des fêtes, Sokmnîtas sohmnitalum ; et S. Grégoire dé Nazianze ne craint pas de dire qu'elle est autant au-dessus des autres fêtes du Seigneur, que celles de notre Seigneur sont au-dessus de celles des Saints. Aussi estfeUe comme la célèbre époque qui fixe le temps des autres fêtes que l'on appelle mol)iles.

Vous êtes sans doute convaincus , M. F. , de la légitimité de la joie que l'Eglise demande de tous les chrétiens en cette fête qui, comme parle S. Grégoire le grand , aflferpiit notre foi, excite notre espérance, et enflamme notre charité : Ex hâc enim solemnîtate exemplum no^ bis resurrectionîs dafum est , spes cœleslis patriœ aperia , et facfa superni regni jara prœsumpti" bilis glorîa. Et de là vient qu'il n'y a aucun chrétien qui ne sente renaître sa joie au temps de Pâques , je ne doute point que vous ne la ressentiez vous-mêmes. Mais prenez garde à quelle joie l'Eglise veut vous porter. Je vais vous en instruire dans un second point.

Il y a deux sortes de joies, Tune mondaine, l'autre chrétienne. Par la première , on se laisse aller aux divertissemens du monde, dont les uns sont permis en certaines occasions >

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et les autres sont criminels ou dangereux. ] Vous comprenez , M. F. , que ce n'est point à cette joie mondaine , sur-tout aux plaisirs : dangereux et où Dieu peut être offensé , que TEglise vous permet de vous abandonner.

Elle craint trop de déplaire à Jésus son di* vin époux , pour autoriser dans ses enfans Une joie de cette nature. Ne pensez donc p9S qu'en ce jour et durant ces fêtes prochaineSi non plus que dans le temps paschal, ni au- { cun des dimanches de Tannée, vous puissies ^ impunément vous livrer aux plaisirs num- m dains, à la dissolution , aîix excès de la table^ l aux danses. Ah! pourriez-vous déshonorer )| ainsi le Seigneur Jésus que vous avez reçu dans la communion , et qui a si fort en horreur le péché ? Non, M. F , je l'espère de votre piété, il n'en sera pas ainsi; et vous suivrez avec docilité les avis qu'on vous a donnés à ce sujets les années précédentes.

( On parle ici des avis du printemps , qu'un ' pasteur doit donner à son peuple , à l'entrée de cette saison. ) Quelle est donc cette joie, qui est non seulement permise, mais louable , sainte et chrétienne , dont je souhaiterois que vous fussiez tous remplis ? Elle doit être intérieure et extérieure. En quoi doit-elle paroître? i.'^ Dans votre assiduité aux offices divins, non seulement aujourd'hui, mais encore les jours prochains et tous les diman-

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ches de Taimée, spécialement ceux du temps cjue Ton appelle paschal, c'est-à-dire, depuis Pâques jusqu'à la Pentecôte. 2.^ Dans les signes d'une vërital^Ie allégresse que vous témoignerez les uns les autres. ( Ici il faut rappeler la coutume des premiers chrétiens qui , dans ces jours de Pâques , ne se sahioient dans les maisons , et dans les rues, qne par ces paroles : Le Seigneur est vraiment ressuscité: Surrexit Dominus verè ^ disoit-on en s'abordant ; et Ton répondoit: Deo grafias , rendons-en à Dieu de dignes actions de grâces. Cétoit même une occasion de se réconcilier , pour ceux qui avoient eu ensemble quelque différend. Plut à Dieu qu'une si sainte coutume fût encore observée ! )

Venez donc, M- F. , vous unir à TEglise votre mère ; venez chanter avec nous ce beau mot que l'Eglise répète cent et cent fois durant ce temps , Alléluia ; qui veut dire , jiûue7 Dieu ou Louanges à Dieu. C'est le même que les bienheureux, au témoignage de S.

Jean , chantent éternellement dans la gloire, J'entendis, dit ce saint Apôtre, comme la voix de plusieurs troupes de gens qui disoient dans le ciel , Alléluia , louez Dieu , rendez-lui sans cesse des actions de grâces , vous qui êtes ses serviteurs : Laudem dicite Deo nostro , omnes servi ejus. Alléluia 5 ( Apoc. 19. ) répétoient-ils , car le Seigneur notre

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Dieu tont-puissant a pris possession de son royaume ; réjouissons-nous : faisons éclater notre joie , et rendons gloire à notre Dieo.

Voilà ce qui se passe dans le ciel , et ce ({oe nous devons imiter sur la terre. "^

On pourra rappeler ici la cérémonie dd ^^ cierge paschal , que Ton allume en signe de' t. joie durant ce temps paschal , et qui représente Jésus ressuscité. On dira en même ^ temps quelque chose de la cérémonie qui se j-^ fait aux fonts baptismalix pendant Toctave Lm de Pâques. ^^

Mais votre joie , M. F. , doit-elle se borner Vs à l'extérieur? Non, elle doit paroître aux ^ yeux de Dieu. Il faut qu'elle soit intérieure, . dans votre esprit et dans votre cœur ; dans \ votre esprit, en vous faisant un plaisir de pen- ' ser à Jésus ressuscité , de vous occuper de sa ^ gloire, de vous en réjouir , et de l'en féliciter. (On ne doit pas oublier d'exhorter les fidèles à féliciter aussi la sainte Vierge. On peut leur expliquer les paroles du Regîna cœli lœfart,)

Le principal de cette joie consiste dans les affections du cœur , en rendant à Jésus ressuscité les honneurs qui lui sont dûs , en le conjurant de régner dans notre cœur, en lui demandant de nouvelles grâces pour lui ressembler dans sa vie glorieuse.

On parlera ici et pour ceux qui n*ont pas fait leur Pâques, et pour ceux qui

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y ont satisfait On aura soin sur-tout de recommander aux auditeurs d'entrer dans l'esprit de TEglise pendant la cérémonie de la procession aux fonts baptismaux , les exhortant à rendre gi^âces à Dieu de la réception du baptême , à demander pardon du violement des vœux qu'on y a faits, et à renouveler ces mêmes vœux. C'est ainsi ^ conckra-t-on, que vous célébrerez véritablement la Pâques. Peu parmi vous qui l'aient ainsi solennisée jusqu'à piésent ; commencez au moins cette année , et vous vous disposerez par-là h célébrer dans le ciel une Pâques étemelle.

Second sujet. Sur la vérité de la Résurrection de J. C. et la nécessité de ressusciter avec lui.

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