ÉVANGILE
'ÉVANGILE qui se lit à la messe le jour de Pâques, est tiré du seizième chapitre de l'évangile selon S. Marc. Il contient l'histoire de l'apparition de l'ange aux saintes femmes qui étoient allées au sépulcre le lendemain du sabbat. On peut tirer , des paroles qu'il leur adressa , de quoi faire une seconde instruction , dans laquelle on fera voir ,
a 58 Four le^aint Jour
I.® Que Jésus est vraiment ressuscité ^ et/ pourquoi il est ressuscité. 2.^ Comment il est ressuscité, et comment nous devons ùous* mêmes ressusciter à son exemple.
Pour texte on se servira des paroles de ; l'ange : Jesum quœriîis Nazarenum , crucifixum^ -^ etc. Je viens vous l'annoncer , M. F* , dira-fr. j^ on au comimencement de l'exorde^ ce mystère '-^ consolant, dont les saintes femmes qui étoient allées au sépulcre du Sauveur, furent ins- i truites par un ange , et qu'elles eurent ordre '. d'annoncer aux Apôtres attristés de la mort j^, de leur maître. Jésus est ressuscité , ce Jésus ' dont vous avez dû pleurer la mort, ces y jours derniers. Essuyez donc vos larmes \ en ce jour; laissez- vous aller à une sainte joie ; témoignez-la à Jésus et à sa sainte Mère, et appliquez - vous sur - tout à tirer de la solennité de ce mystère les fruits que l'Eglise en attend. Quels sont- ils, M. F., ces fruits? L'Apôtre S. Paul nous en instruit, lorsqu'il nous dit que J. C. est ressuscité pour notre justification : Resurrexit propier jusiificationem nosfram, ( Rom. 4* ) Comment cela? C'est qu'il est ressuscité pour être le modèle de notre résurrection spirituelle: Ut quomodb Chrisins surrexit à mor^ tuis , ità et nos in not^i/ate çitœ amhulemus» (Rom. 6.) C'est à cette pensée que je m'arrête; elle fournira la matière de cette instruction.
de Pâques. aSg
i tsi véritablement ressuscité ; nous de-
aussi 9 tous tant que nous sommes , êti^
jscités spirituellement : premier point
/s a donné des marques de sa résurrection,
tfi résurrection a été constante ; nous de-
s aussi clonner des marques de notre ré-
rection à la grâce, et ne la plus perdre :
jonà point
L POINT
Jisus est véritablement ressuscité. Ccst ici, L F. , un point fondamental de notre religion» ;t que Ton peut dire la base sur laquelle elle 2st appuyée. Car dès quil est ressuscité, tout ce qu'il a enseigné est la vérité même ; la religion qu'il a établie est véritablement divine : comme au contraire , s^il n'étoit pas ressuscité, il auroit été un imposteur, sa religion une fausse religion, puisqu'il avoit donné sa résurrection pour preuve de sa divinité, et de la vérité de toute sa doctrine. Aussi n'estil rien de plus incontestable que le miracle de sa résurrection.
On en apportera les preuves; on montrera qu*elle a été rendue évidente, i.^ pai' les précautions qu'avoient prises les juifs, pour empêcher l'enlèvement du corps du Sauveur; 2.0 par l'apparition des anges qui en rendirent témoignage, et même par les morts qui sor-
sSo Tour le saint Jour
tirent de leurs tombeaux, et qui rannoncèrenl dans Jérusalem; 3.^ par incrédulité des Apôr très qui Tont prêchée, et qui sont morts pour en défendre la vérité; enfin par la croyance du monde entier. On ne doit pas sur - tout oublier le beau sermon que fit S* Pierre le 3 jour de la Pentecôte, où il prouva aux juifs ■ la résurrection de J. C. par la prophétie de David. ( Act. 2. )
Après avoir établi la vérité de la résurrection du Sauveur d'une manière convaincante, on fera produire aux auditeurs un acte de foi ferme sur ce mystère; on les exhortera k rendre leurs devoirs à Jésus ressuscité, à Tadorer avec Marie - Magdeleine , avec les autres saintes femmes, avec tous les disciples. On en viendra ensuite à la morale; on rappellera le passage de S. Paul , qui dit que comme le Sauveur est ressuscité véritablement, nous devons nous-mêmes être ressuscites spir rituellement? Et qu'est-ce que ressusciter spirituellement? C'est passer de la mort du péché à la vie de la grâce, de l'état de pécheur à celui de juste. On dit qu'un homme est ressuscité , quand , après être mort , il prend une nouvelle vie ; de même un homme ressuscite spirituellement, quand, après avoir vécu dans le péché , il ressuscite à la grâce , et mène une vie chrétienne.
Appliquez>vous ceci, M. F. Peut-on dire
de Pâques. 261
le cliacan de vous , Surrexil verî , il est véritablement ressuscité? (Détail pour les diflTéreos états j les dilTérans âges. ) Avez- vous fait une véritable Pâques, une bonue Pâques?
Piques veut dire passage: ainsi faire une bonne Pâques, c'est passer de la servitude du Démon, de Vesclavage du péché , à Theureux état de la liberté des enfans de Dieu ; comme autrefois la Pâques pour les israélites , fut de passer de la servitude des égyptiens à l'état de la liberté dont ils jouirent après le passage de la mer rouge. Hélas! combien de fausses résunectÛMis parmi vous, de résurrections qui ne sont qu'apparentes, telle que fut celle de Samuel au roi Saiîl ? ( On pourroit en citer l'histoire.) N*y ena-t-il pas parmi vous de ceux même qui le sont approchés delà sainte table, qui sont encore morts spirituellement, que le démon tient encore dans Tesclayage, qui n'ont point encore brisé les liens de leurs. péchés, dont le cœur conserve quelque affection criminelle? etc.
Ne pourrois-je pas vous adresser aujourd'hui les paroles que S. Ambroise adressoit autrefois à son peuple 9 en lui expliquant le mystère de la Pâques ? De quoi vous servira la Pâques, si vous n'imitez pas ce que vous entreprenez d'honorer ; c'est-à dire , si vous ne sortez pas de TEgypte, des ténèbres de vos passions, de votre amour déréglé pour le monde , pour passer à la lumière des vertus et au désir
262 Pour le saint Jour
de votre céleste patrie? Quid pobis prodat^ quodpascha celebniis , si non imitamini quod €9^ iitis , si non iransUh ab ^gypio ^fdest^ àteHÊÊ^ bris vitiomm ad lucem çirtufum^ et à hvjus amore ad desiderium cœlesfis patriœ ? ( Amb. Dom. resnir. serm. 44* ) Plusieuaij ajoute - t - il , se réjouissent en cette féi ils gardent ses solennités; mais ils Vohi vent mal , pour leur propre malheur, parc qu'ils ne passent pas de l's^nonr du monckS et des plaisirs charnels à Tamour du cid*' O misérables chrétiens ! continue-t-il, coUh' ment pouvez-vous vous réjouir en vivant dant TEgypte sous la puissance du démon : O srfl^ sert chrlstiani qui in Mgypio sunt l Je voi^l avertis donc , M. F. , de célébrer la Pâqâet dignement , c'est-à-dire , de passer du péché à la grâce. Pour ceux qui sont déjà vertueux qu'ils passent de vertus en vertus , ensortt qu'il n*y en ait aucun parmi vous qui n'imilt J. G. dans la vérité de sa résurrection* Moneo i>os ^ Fratres^ut pascka rite celebreiis^ id esf^ transitum faeialis , ità ut nullus remaaeai m pobis gui transitum non faciat»
Ici on prendra occasion de presser ceux qui n'ont pas encore satisfait au devoir pas* chai 9 de ne point laisser écouler la semaine sans se mettre ea état de le remplir. On fera bien de leur rappeler le canon du concile de Latran , dont on a parlé ailleurs , et on
de Pâques. ^63
lear dira de donner à leurs pasteurs cette sa- Uactîon 9 qu*il n*y en ait aucun de cette (troisse qui ne célèbre vraiment la Pâques.
Mais ce n'est pas assez, dira-t-on, d'avoir Uté J. C. dans la vérité de sa résurrection , 1 faut encore donner des marques de sa rétarrection, c'est-à-dire, il faut donner des iiarques de sa résurrection à la grâce, et le la jamais perdre : c'est le second point.
IL POINT
Jisus a paru ressuscité, et il a voulu se Qontrer, après sa résurrection , à diOerentes larsonnes et en différentes occasions.
On rapportera ses différentes apparitions à a sainte Mère , à Marie - Magdeleine , à ['autres saintes femmes , à S. Pien*e , à deux Ssciples qui alloient au village d'Emmaiîs, nx onze Apôtres dans le cénacle , et cela e jour même de Pâques ; pendant le temps joi s'écoula depuis sa résurrection jusqu'à son ascension au ciel , il se fit voir encore de temps à autre.
Que nous apprennent ces différentes apparitions? Est-ce seulement pour nous affermir dans la foi de sa résurrection, que Je* sus a voulu paroître en tant de manières ?
Non, M. F. , ça été encore pour nous instruire d'un de nos plus importans devoirs.Quel
^64 pour le saint Jour
est-il ? C'est que nous ne devons pas sevietmeot être ressuscites à ses yeux , en renootçant sincèrement au péché; mais que nous devons encore paroître ressuscites aux yeux des hommes, et marcher dans une vie nouvelle : Ut in noviiate vilw ambulemus.
Oui, M. F., vous devez donner des marques de votre changement intérieur ^ du renouvellement qui a dû ^ faire dans vouS) sur-tout si vous avez eu le malheur d'être à votre prochain un sujet de scandale; vous avez dû et vous devez encore , pendant ces saints jours, renouveler, les promesses de votre baptême , ainsi que TEglise vous y invite , durant cette sainte octave, par b procession qu'elle fait aux fonts baptismaux. Or , qu'avez-vous promis dans le baptême ?
K'est-ce pas de mener une vie exemplaire 9 aussi bien que J. C. ? C'est pour cela (pi*an jour de votre baptême on vous mit à la main un cierge allume, en disant: Accipe lampadem ardcntem. Hélas! combien de fois n'yavez-vous pas manqué, à ce bon exemple, depuis votre bas âge jusqu'à présent; peutêtre même dans les jours consacrés spécialement au service de Dieu , et dans les temps destinés à la pénitence ? Vous avez dû en gémir , lorsque vous vous êtes approchés du sacré tribunal. Mais ce n*est point assez d'en avoir gémi aux pieds d'un prêtre:
de Pâques. 203
i faut qiie comme on a été témoin de vos Icandales , on le soit aussi de votre vie éditante. Vous avez répandu une odeur de mort dans les compagnies où vous vous êtes troutés , par vos discourâ peu honnêtes , vos bédisances ; il faut répandre par-tout l:i bonne odeur de J. C. , ensorte que Ton puisse dire de vous : Surrexit , non est hic ; ce jeune homme , ce père de famille , cette mère est vraiment ressuscitée. ( Oh pourra pousser ce détail , suivant le lieu et les personnes à qui on aura à parler. )
Mais pour combien de temps devez - vous être et paroître ressuscites ? Jésus vous en instiiiit lui-même dans le mystère de ce jour. Sa résurrection fut constante; TEglise a soin de vous le rappeler chaque jour de cette octave dans Tolfice divin : Chrhtus resurgens ex moriuîs jam non morilur; mors ilti ultra non iondnabUur, Qvbd enim mortuus est peccàto^ moriBUS est semel , qubd autem çwit , invlt Deo. Jésus qui est ressuscité ne meurt plus ; la mort n'aura plus de pouvoir sur lui ; car quant k ce qu'il est mort pour le pc'ché , c'est-àdire 9 pour nous en délivrer , ce n'est qu'une fois qu'il est mort ; mais quant à ce qu'il vit présentement , c'est pour Dieu qu'il vit d'une vie glorieuse et immortelle.
C'est de l'Apôtre S. Paul , M. F. , que l'Eglise empi unie ces paroles; écoutez la le- Tofiie 11 M
266 Pour le saint Jour
çon qu'elle vous fait , et rendez-vous encore plus attentifs à ce qu*ajoute TApôtre : lii et exisiimate vos mortuos quîdem esse peccato , .1 ^li^enfes autein Deo ; ainsi regardez-vous vous- -: mêmes comme morts au péché , et ne vivez plus que pour Dieu en J. C. ; que le péché ne règne donc plus dans votre cœur.
Ce n'ast pas , M . F. , pour quelques jours, pour quelques semaines , que vous dcvŒ mener une vie chrétienne , une vie nouvelle; elle ne doit point avoir d'autre tei'me que la : fin de vos jours. Fausse résurrection , ou du : moins résurrection très-douteuse, celle qui n*est pas stable ; résurrection qui doit faire trembler ceux qui ne ressuscitent ainsi , que ^ pour mourir de nouveau.
Ici on déplorera le malheur du christta' .
nisme , où si peu de gens font de véritables Pâques. On trouvera sur ce sujet des passages admirables de S. Bernard, dans son premier sermon pour le saint jour de Pâques, n.^ i4 et i5. Hélas! disoit ce Père en gémissant , ce n'est plus une Pâques que nous célébrons; ce n'est plus un passage du péché à la grâce ; c'est plutôt un passage de la grâce au péché. ( Si toutefois l'on peut dire qu'on l'ait recouvrée.) Plusieurs chrétiens sont après Pâques ce qu'ils étoient avant Après avoir donné quelque temps à la pénitence peuùaiit le Carême j après avoir su s-
de Pâques. 367
pendu nne ou deux semaines le cours de leurs péchés , ils se replongent bientôt dans leurs anciens désordres , et il semble que lu résurrection de J. C. soit le terme qu'ils ont marqué pour leur rechute. Proh dohrlpeccandi iempus , terminus recidendi facta est resur- [, îtciio Salvatoris. Pendant la quarantaine , ils soupirent après ces saints jours , pour se livrer plus librement aux plaisirs: loto hoc tempore quadragesimali adinstanter inhiant dîes resurrectionis ^ heu ! ut liberiàs indu/géant volupiati. Car c'est alors, que Ton reprend ses excès, que l'on réitère ses voluptés , qu'on lâche la bride à ses passions 9 comme si J. C. étoit ressuscité à cette fin , et non pas poui notre justification: JSjc hoc ncmpè commessa-tionts et ebrietates redeunt ^ impudUiliœ repetuntwr ^ et laxanîur concupiscentiis frœna , quasi ad hoc surrejU Christus , et non magis vr opter jusi:ficationem nostram. Est-ce donc ainsi , ô misérables ! poursuit ce Père , que vous honorez J. C. que vous avez eu l'honneur de recevoir ! Sic honoratis , miseri , Christ um quem SHScepistis ! Quoi ! vous lui aviez préparé une demeure dans votre cœur , en confessant vos péchés avec larmes, en châtiant voire corps; et voilà que bientôt après vous le livrez à ses ennemis ; vous le forcez de sortir de votie cœur, en retournant à vos premières méchancetés : prétendez-vous doue allier la lu-
2GS pour le saint Jour
mière avec les ténèbres , J. C. avec votre orgueil, votre avarice, votre ambition, votre haine , vos plaisirs déshonnétes ? J. C. mérite-t-il à présent moins d'honnem* qu'avant que vous le reçussiez ? Devez- vous avoir moins de respect pour le mystère de sa résurrection , que pour celui de sa Passion ? O malheur qui n*esl que trop cpmmun ? On n'honore ni Tun ni l'autre , quand après Pâques on retourne à ses péchés. ( On verra le reste dans S. Bernard. )
On pourra lire aussi , pour bien traiter ce mystère , la retraite de Bourdaloue , oà il traite de la vie éternelle de J. C. en sa résurrection.
n faudra conclure par quelque chosç As touchant. On exhortera ceux qui ont fait leurs Pâques et qui ont tâché de les bien faire , h renouveler pendant la messe et pendant toute l'octave, les résolutions qu'ils ont formées de vivre constamment dans l'éloîgnement du péché : on leur en fera demander la grâce à J. C. avant que de sortii* de l'église.
de Vaques. 269
Troisième sujet» Sur les fruits qu'on doit retirer de la Pâques»
PRÈS g^ue l'on aura instruit les peuples sur la solennité de la Pâques, après qu'on leur aura expliqué l'évangile du jour^ on pourra s'arrêter une année à l'épître qui se lit à la messe ^ et se contenter d'en donner l'explication. Elle a été très-bien choisie , et nulle ne convient mieux au saint jour de Pâques. Elle est tirée du cinquième chapitre de la première lettre de S. Paul aux Corinthiens. Remarquez que dans ce cinquième chapitre 9 il est parlé de l'incestueux de Gorinthe que T Apôtre S. Paul excommunia, et qu'il ordonna de chasser comme un homme capable de corrompre les vrais fidèles. JLxpur gâte vêtus fermentûm , dit-il , et c'est par oîi commence l'épître de ce jour. L'Apôtre prend de-là occasion de donner aux Corinthiens et à tous les fidèles , l'instruction la plus propre au temps de Pâques. On y trouve tout à la fois et les dispositions à une véritable Pâques, et les fruits qu'elle doit produire ; elle convient également et à ceux qui ont déjà fait leurs Pâques , et à ceux qui d^vent les faire. 3
270 Tour lé saint Jour
Lorsqu'on se résoudra à tirer son proœ'. .
de l'epUre , on prendra pour son dessein les ^L dispositions à la Pâques , et les finiits qu'où '-*, doit en tii^r, ou Tun des deux, selon l€8\.j sujets que Ton aura traités avant Pâques. ^^ Comme nous avons déjà parlé des disposition!
à la Pâques , nous donnerons ici un desseiit sur les fruits qu'elle doit produire , et qiu^^ se présentent assez naturellement dans ces "-r, paroles de notre épître : Expiirgafe vêtus fer*' mcrJum , ut silis nova conspersio ; aussi biea *-r" : que dans ces autres : Epulemur non in f^r- . ' menio veteri ^ neque in fermento maliilœ et ne* j quiti'œ , srd in azimis sinceritafis et veriiatis.
Dans l'exorde , on rappellera en peu de "^ mots ce que l'on am^a dit l'année précédente de la solennité de Pâques ou du mys- ' tère de la résurrection de J. C. On pourra le faire en la suivante , ou en quelqu'autre sembla!3le.
Nous voici arrivés , M. F. , à la grande fête de Pâques , appelée avec justice la fête par excellence ; fête qui doit être pour tous les véritables chrétiens un sujet de consolation et de la plus sainte joie. Je vous ai invités, les années dernières, à entrer dans des sentimens d'allégresse en cette solennité : je vous réitère cette instruction aujourd'hui de la part de l'Eglise voire mère : Omnes etec^ a eJHs , agite dies lœtitiœ , et confilemini illi.
de Pâques. 271
( Tab. i3. ) Rendez gloire à Jésus ressuscité , adorez -le, louez -le comme votre Sauveur , votre rédempteur , votre chef , qui remporte une victoire éclatante sur tous ses ennemis. Il est vainqueur de la mort; et par sa victoire il nous donne une assurance de cel e que nous remporterons nous-mêmes. N^en doutez pas , dit S. Pau! , J. C. rendra notre corps , à présent si abject, il le rendra semblable à son corps glorieux : Reformabît corpus humiWaiis nosfrœ , configuraium corpori fiarilaiîs suœ. ( Ad. Phil. 3. ) Mais à quelle condition , M. F. ? A une condition essentielle , savoir , que nous célébrerons di{;;nement la Pâques de J. C. , que nous en tirerons les fruits qu'il exige de nous. Or , quels sont ces fruits de salut que la solennité de Pâques doit produire en nous ? Cest dé quoi , M.
F., je me propose de vous entretenir. Je les trouve renfermés dans l'épitre que nous menons de lire. Je vais vous en donner Texplication. Cest une des plus courtes de l'année, et en même temps une des plus instructives: écoutez-la attentivement. Ceux qui ont déjà fait leurs Pâques , aussi bien que ceux qui se disposent à les faire , y trouveront également de quoi s'édifier. Voici ce qu'elle renferme. ( On en fera la lecture, ou l'on en dira la substance. ) Après la lecture ou le récit de l'Epitre , on
272 Pour'" le saint Jour
pourra dire: Pourquoi, M. F., l'Eglise vow« fait-elle lire cet endroit de la première épitre de S. Paul aux Corinthiens, où TApôtre leur ." recommande de ne point souffrir parmi eux un homme qui y causoit un grand scandale; , il ordonne même qu'on le chasse et qu'on le . retianche de la société des fidèles, comme un , membre gâté et capable de pervertir les ., autres ? Elle veut vous faire entendre le châ- ^ timent que méritent ceux des chrétiens qui ; causent du scandale dans leurs paroisses; elle . veut exciter le zèle des vrais fidèles, et parti- .. cuhèrement de ceux qui ont rautorité-pour .
punir les pécheurs rébelles aux loix de Weu . et à ses saintes ordonnances. Elle vous avertit encore d'éviter soigneusement tous ceux dont le mauvais exemple est capable de vous pervertir. Mais ce qu'elle a principalement en Tue , c'est de vous instruire des fruits salur taires que la Pâques doit produire en vous.
Remarquez , je vous prie , les paroles de S. Paul. Expurga^e v^tus fermentitm ^ ut sitis nova conspersio^ sicut esiis ozymL L'Apôtre, à Toc-, casion du scandaleux qui étoit parmi eux 9 et qu'il ordonna de retrancher de la société des fidèles , leur recommande , i.*? de se pu-, rifier eux-mêmes du vieux levain ^ commue il s'explique dans le reste de ça lettre, de malicç. et d'iniquité ; 2.^ il les exhorte à être comme une nouvelle pâte, pui's , sincères, marchant
de Pâques. 278
toujours dans .la voie droite de la vérité* Voici, M. F., les eflfets salutaires qu'on doit remarquer en vous pour fruit de la Pâques , i.o UQ nouveau désir de vous purifier du pédié, expurgafe vêtus fermentum\ a.^ une plus, grande attention à remplir les devoirs du christianisme que vous professez , ut sitïs nora cons^ fersio,
L R lé; F L E X I O N.
On développera ses effets, et pour les bien, expliquer, on . montrera que quoique Ton se soit confessé, qu'on ait même détesté ses péchés, il reste encore du vieux levain et de l'inclination au pécUé , de la facilité à retomber dans ses anciennes habitudes: Le coeur est comme un vase infecté par une liqueur qui y a Croupi long-temps; quoiqu'on Tait TÎdé, il ne laisse pas de sentir encore mauvais, il faut beaucoup le purifier pour en &ter tonte la mauvaise odeur ; c'est comme une lumière que Ton vient d'éteindre , mais qm se rallume aisément; et pour user de* la comparaison de S. Paul, c'est comme un.
levain qui, quoiqu'en très-petite quantité > peut corrompre et altérer toute la pâte : Nes-^ iitis , dit cet Apôtre , çuia modicum fermentum toiam massant corrumpHl C'est à quoi vous ne sauriez faire trop d'attention. Persuadez-vou^ que vos passions ne sont pas mortes ; dlesne
374 Pour le saint Jour
sont, pour ainsi dire , que comme assoupies; ^ la racine n'en est pas détruite ; bientôt elles — se réveilleront; ces mauvaises' racines pro*-'' duiront de mauvais rejetons; dans peu vous- ^ serez les mêmes qu'avant Pâques, si vous ne- '^ travaillez sérieusement à vider votre cœur de . ^ toute affection au péché: Puiata repulluUaA^ «^ fjffugaia redfunt ^ reacciridwitùr exiinctaj et sopUa. c denud excitantur^ dit S. Bernard.
l^ue chacun de vous rentre en soi-même, • et qu'il examine ce qui reste dans son cœur, du levain du péché. Videte ^ f r aires ^ dit S.- Ambroise, videle ne fermentum vêtus sit npui ços, ( Ici on entrera dans un détail. ) A quelles • passions, dira-ton^ étiez-vous plus sujets avant - Pâques? Jeunes gens, pères de famille, travaillez de plus en plus à extirper ce qui vous reste du vieil homme ; sans quoi vous ne renaporterez point de cette Pâques le fruit qui doit en être insé[>arable ; vous n'imiterez point J. C. notre Pâques , comme l'appelle l'Apôtre: Etenim Pascha nostrum immolalus est Christus. De même que J. C. vrai Agneau a été sacrifié sur la croix, et que ce n'est que par l'efiiision de iout son sang qu'il est devenu notre véritable Agneau, et nous a mérité le pardon de nos péchés , la délivrance de la servitude du démon , et les biens de la grâce et de 1^ gloire ; ce n'est aussi qu'en détruisant ce qu'il y a en nous du vieil Adam, c'est-à-dire, toutes
de Tâques. 2^5
nos inclinations mauvaises, que nous pourrons lui ressembler dans le saciMfîce qu'il a offert sur la croix. C'est ce qu*a voulu nous donner à entendre TÂpôtre, lorsqu'il dit que . notre vieil- homme a été sacrifié avec J. C. afin que le corps du péché soit détruit , et ^e nous ne soyions plus désonnais esclaves du péché: Hoc scientes 9 quia çetus homo noster simul crucifixus est^ ut desîruatur corpus peccati , et ultrà non serçiamus peccalo. ( Rom. 6. )
On donnera ensuite quelques moyens pour vaincre de plus en plus ses mauvaises habitudes; on recommandera particulièrement de pratiquer avec fidélité les avis et les pénitences des confesseui^ , sur-tout d'éviter les compagnies , les affaires et toutes les occasions qui pourroient réveiller les passions et rengager dans le crime. Voilà, dira-t-on, le fruit de la Pâques, c'est à quoi vous pourrez juger si vous avez fait une bonne confession et une digne communion. Ce sera donc aux soins que vous prendrez pour extirper le péché de votre cœur ; ce sera encore à l'attention que vous aurez pour mener une vie nouvelle, une vie vraiment chrétienne, et qui doit être le second finit de la Pâques: Ut siiis nos^a conspersîo.
ji
37^ vour le scdnl Jour
Rien de plus recommandé par TApôtre ^ Paul , que cette vie pure. Durant tout le temp&, de la Pâques , il n^étoit pas permis aux Jiûfik d*avoir chez eux du pain levé. Ainsi tout doôt, être pur dans l'Eglise, dit-il, tous doivent être, saints^ innocens, sans tache, à l'exemple de J. C. notie Agneau paschaL Pureté , inuQcence , qui nous sont représentées par les cérémonies du baptême, dont on nousrappdl^ le souvenir en ce temps de Pac^sX'habit blanc dont on nous a rev( tu, ( c'est le chrémeau blaoc^ que Ton nous met sur la tête, ) le cierge que^ Ton nous a mis en main, nous marquent Ift soin que nous devons avoir de mener, à Té-, x^mple de J. C. une vie pure et exemplau-ei Accepisti çestimenla candida^ dit S.. Ambroise, ult. sit indiluin qubd exueris involucrum peccatorum ^. et ùidueris innoceniiœ casta velamina. C'est encore pour cet elFet que TApôlre S. Paul nous rap, pelle l'immolation de J. C. Pascha mstrum, etc^ B veut par là nous engager à pratiquer les vertus dont il nous a donné l'exemple sur la croix. S* Bernard en tiroit cette morale dans une instruction qu41 faisoit le jour de Pâques:. Pascha riostnan , etc, disoit ce saint docteur y amplectainur commendatas nobis in cruce vlrtutesy hwnilitatem.j patîcfitiam ^pbedieiiiiam et charitatem^
de Moques. 377
Oo prendra de là occasion d*exhortcr les
peuples à s'exercer au plutôt dans les vertus
dont ils ont plus besoin, et spécialement celles
qui sont contraires aux vices auxquels ils
ont été sujets. Détadiez-vous de plus en plus
des choses d*ici-bas , pour ne rechercher ({ue
les biens du ciel ; car c'est ce que S. Paul
exige particulièrement de tout chrétien qui
tst ressuscité avec J. C. Si consurrcxlsHs cum
Chrisio^ quœ sursàm sunt çnœrile; çjiœ sursùm
sunt sapife^ non qua super terram. On ajoutera
que ce n*est pas pour quelques jours seulement
qu'ils doivent s'exercer dans la pratique des
Tertus chrétiennes, dans ce détachement des
biens de la terre, et cet amour des biens célestes^
mais avec persévérance ; de même que les Juifs
n'usoient que de pains azymes, pendant les
wpi jours qu'ils célébroient la Pâques ; tout
chrétien qui mange la chair du véritable
igneau qui est J. C , doit vivre dans la
simplicité et l'innocence tout le temps de sa^
vie , qui est représentée par sept joui*s: Il A
omnis christianus qui verum ylgnum , id est^
Ckristi carnetn camedil , per omne tempus^ vilœ
suœ , quodper septem volvilur dies ^ simpUciter et
innocenter débet contrer sari. C'est ainsi , ajou*-
toit ce saint Père à son peuple , que vous
serez tous de véritables chrétiens , si vous
évitez tout le mal qui est marqué par le
liieux levain , et si vous accomplissez fidèle-
378 Tour le saint Jour
ment ce que voas avez promis dans It baptême.
On conclura par inviter les auditeurs i prier pendant la messe , pour obtenir la force de détruire en eux les restes du péché;* et pratiquer les vertus propres du christiar nisme.
H sera bon et même nécessaire d'avertir ceux qui n*ont pas encore satisfait au devoir' paschal , et de les supplier de se mettre aa plutôt en état de s'acquitter de ce devoir.
C'est à vous principalement , leur dir»-t-on, que l'Apôtre S. Paul a parlé. Redoublez donc vos efforts pendant cette semaine, powr détruire en vous tout ce qui pourrôit vous empêcher de faire une digne communion ; n*oiir. bliez rien pour vous mettre en étaf de participer au banquet sacré , ayez les azymes de la sincérité et de la vérité. C'est à eux qu'on expliquera les dernières paroles de l'Apôtre : Epulemur non in fermenta peieri. On leur suggérera de dire souvent chaque jour cette belle prière du prophète: Domine ^ miserere met , et ressuscita me. ( Psal. 4<>' )
On trouvera, dans les homélies de S. Grégoire , une belle exposition de la manière de faire la Pâques chrétienne ; homélie aa sur Vévâng. du smnedi de Pâques.
de Pâques. 279
Pour le /. dimanche après Pâques»
E dimanche est appelé communément le dimanche de Quasimodo , qui sont les premières paroles de Tintroït Nous le nommons aussi le dimanche In albls , 5^11 in pesiibus albis iqfositis : à cause des habits blancs dont on revêtoit autrefois ceux que Ton baptisoit la veille de Pâques • et qu'ils ne quittoient qu*à la fin de Voctave. On lui donne encore le Dom de Pâques close , parce que c'est en ce joor que finit le temps prescrit pour la com- [mmion paschale. L'évangile qui se lit à la Doesse est tiré du chap. 20 de l'évangile selon S. Jean : il contient deux apparitions du Sauveur; l'une le jour même de Pâques , l'autre huit jours après ; de quoi il est à propos de parler en ce dimanche. L'épître est prise du cinquième chapitre de la première lettre de S. Jean. Comme on doit supposer que les fidèles ont satisfait au devoir paschal et que par conséquent ils sont dans la grâce de Dieu , il paroît qu'il est du devoir d'un pasteur de leur faire sentir le bonheur de leur état, et de les exiiorter à une sainte persévérance. L'évangile et l'épître de ce jour lui fourniront de quoi satisfaire à son obligatioa. L'exemple de J. €• qui , apparois-
28o pour I. le Dimanche
sant à ses disciples, leur souhaite la paix^ doit rengager à la souhaiter de même à soft peuple. C'est par ces belles paroles qu'il peut r : commencer son instruction , s'il n'aime mieux ; raconter tout au long l'histoire de rappari-»-'. > tion de Jésus-Christ. , «i
On peut donc prendre pour un sujet d'ins*,^ truction, en ce dimanche, la paix chrétienne}. \:^ pour une autre, la persévérance dans là grâce;, lJ enfin , on peut parler de la foi en J» C r ressuscité , ou du souvenir fréquent de la ré-, surrection de J. C. comme dune vérité àe^7 plus propres à nous animer à une sainte per«», sévérance. L'épitre tirée de S. Jean , aussi-- ^^ bien que l'évangile , nous> rappellent ce der/-- nier sujet. • .
Premier sujet. Sur la paix Chrétienne-
vJne première année , il est à propos de faire dans son exorde le récit de l'évangile. Aujourd'hui , M. F. , qui est l'octave de la grande fête de Pâques , l'Eglise nous met devant les yeux , dans l'évangile, deux ap-> paritions de J. C. , par lesquelles il confirme la vérité de sa résurrection , et qui nous la rendant évidemment croyable. L'une ainn va le jour même de Pâques , et l'autre hait joursaprès-
après pâques. 281
On rapportera Tévangile , ensuite on pourra dire : Vous êtes bien persuadés , M. F. , de I la résurrection de J. G. ; j'ai même lieu de croire que , dociles aux avis que nous avons donnés , pendant le Carême et dimanche dernier , vous avez satisfait au précepte de l'Eglise touchant la communion paschale. Vous êtes à présent dans la grâce de Dieu ; vous éles ses fidèles disciples ; vous croyez en lui dune foi vive et animée , vous jouissez de la paix d*une bonne conscience. Ah ! comprenez bien votre bonheur ^ sentez tout l'avantage de cette paix^ et n'oubliez rien pour vous en faire connoitre tout le prix; je vous enseignerai les moyetw de vous y maintenir. Quelle est la paix que J. G. a souhaitée à ses Apôtres , et qui sont les fidèles qui ont le bonheur d'en Jouir? Vous le verrez dans h premier point. Que faut-il faire pour la conserver ? Ce sera le second point
L POINT
Quelle est , M. F. , cette paîx que J. 0.
souhaite jusqu'à trois fois à ses disciples , et dont il est fait mention dans noti^ évangile? n Ta 4it: lui-même 9 lorsqu'après sa Passion^ il leur déclara qu'il leur laissoit la paix pour héritage : Pacem reîinquo vobis ; c'est ma paix , leur dit-il, que \e vous laisse: Paccm nuam
282 . Pour îe L Dimanche, do vobis : ce n'est pas comme le monde k;^ , donne : Non quomodà mundus daf ^ ego do coibr . M ( Joan. 1 4. ) La paix du monde , c'est-àdire , la paix dont prétendent jouir ceux cpsfe' s'attachent au monde, qui en suivent lesuMK; zimes , et qwi cherchent à contester leurt^ passions , n'est qu'une fausse paix, une paix^^ qui n'a rien de solide ; <;'est plutôt un trouble j ^ une agitation continuelle , qu'une paix véri- 4 table: Dicentes^ Pax^ pax ^ cùm non esset paxi ^ ( Jérem.. 8. ) La paix dont je viens vous -r' parler , c'est la paix de J. C. , ainsi que s'ex- ^ . prime S. Paul; Pax Chn'sfi; et, comme 'A'''^f dit ailleurs , la paix de Dieu mênie ; Pàx Deii -A paix de Dieu , parce qu'elle vient de Dieu ^ ^'5 et qu'elle a Dieu pour objet et pour fin: ' paix de J. C. ; parce que c'est lui qui nous* Ta apportée du ciel , qui nous l'a méritée ' par sa passion ; et c'est pour cela qu'il est appelée par Isaïe, le prince de la paix, et par S. Paul , notre paix : Ipse est pax nosira. ( Ep. 2. ) H l'a fait annoncer dès sa nais* sance par les anges qui apparurent aux bergers, n ordonna à ses Apôtres de la porter dans tous les lieux où ils iroient : Primûm di* cite: Pax hiiic domui. ( Luc. 10. 5. ) H Ta donnée lui-même à tous ceux qui s'en sont rendus dignes ; il veut aussi , M. F. , que nous n'oubliions rien pour vous la procurer.
après Pâques. 385
Nous sommes envoyés parmi vous, pour vous prêcher TEvangile de la paix. Et que pouvons-nous vous souhaiter de plus admirable que celte paix de Dieu et de J. C. ! Aimable paix, si les hommes te cotinoissoient bien, que ne feroient - ils pas pour te posséder !
Connoîssez-la bien , M. F. , comprenez bien en quoi elle consiste , et qui sont ceux qui s'en rendent dignes. La paix , dit S. Augustin, n'est autre chose que la tranquillité de l'ame : Par -est iranquiliitas animi ; c'est le contentement du cœur, le repos de l'esprit, en un mot , une exemption de toute inquiétude , autant qu'il est possible en cette vie. Paix ' que tout le monde désire ; que tout le monde cherche , mais que peu de personnes trouvent, parce qu'ils n'en prennent pas le chemin: Viampacisnon cognoverunt. ( Psalm.
ï3. ) On fera remarquer aux auditeurs, que la paix est le but de toutes leurs pensées , de tous leurs désirs , de tous les mouvemens quils se donnent. On en fera enfin sentir tout le priXf en expliquant ces paroles de S. Paul : Pax Dei quœ exsuperat omnem sen^ sum. Elle est au-dessus de tout ce qu'on peut en dire ; elle est préférable à toutes les richesses , à toutes les grandeurs , h tous les plaisirs de la terre. Et que serviroit à un homme d'avoir tous les biens sans celui-ci:
Melius est modicum justo super divitias peccaXd^
284 Tour le /. Dimanche
- rum mulias. ( Psal. 87. 16. ) Le juste est pluj
heureux avec le peu qu'il possède , que les pécheurs dans l'abondance de leurs biens. \ On j^eut même dire qu'il o'y a point de vé- : ritable bien sans celui-ci ; il est la semence | de tous les autres , il les vaut seul tous en** . ) semble , mais tous les autres ensemble ne . j peuvent l'égaler: Pax Dei quœ exsuperat om- .\ nem sensum. Tous, les hommes ne peuvent ,i nous la donner : Quant mundus dare non potesl ■. . pacem. C'est de Dieu seul que nous la recevons , et par les mérites de Jésus-Christ*
Mais à qui est-elle promise y cette véritable . > paix? Aux seuls justes, aux vrais chrétiens » à vous , M. F., si vous êtes de ce nombre* .
Pacem meam do pohis^^ dit le Sauveur à ses disciples, je vous donne ma paix à vous qui m'êtes attachés , qui gardez mes comnaiandemens: Erît opus justitiçe pax, (Is^ïe Sa. ) Et le psaliniste : Justilia et pax osculatœ sunL Pax tfiulla ditigeniibus hgem iuam. ( Psal. 118.) En un mot , M. F. , elle ne se trouve que danê le témoignage d'une bonne conscience, qui n'a rien de considérable à se reprocher; elle n'est que pour les âmes chrétiennes, qui remplissent exactement leurs devoirs envers Dieu, envers le prochain, envers eux-mêmes; elle.
. est pour ceux qui sont vraiment soumis à .
la loi du Seigneur , qui se tiennent dans la dépendance qu'ils lui doivent , soit pour la
après Fâques. 205
foi , soit pour les mœurs. Ce qui a fait dire à un saint docteur , que la paix est la tranquillité qui vient de Tordre , î ranquillilas \ ordinis. Par-tout où est établi cet ordi-e , la paix de Dieu y règne; ôtez cet ordre , il n'y a plus de paix. ( Exemple des bienheureux et des réprouvés; paix parfaite dans le ciel^ ► parce que tout y est dans l'ordre ; trouble ' le plus affreux dans Tenfer , parce qu'il n'y a point d'ordre. ) Dites de même Ii proportion de ceux qui vivent sur la terre, des états , des familles, et de chaque particulier. Remarquez-le par vous-mêmes, M. F. , qui sont ceux qui sont plus tranquilles parmi vous?
Ne sont-ce pas ceux qui vivent pluij chrétiennement ? Appliquez ceci à ceux qui vivent encore dans le péché. Ce n'est point pour vous ) dira-t-on , qui , réWlIes aux lois de Dieu et de l'Eglise , refusez de satisfaire au devoir paschal, qu'elle est accordée, celte paix. Attendez-vous . au contraire, à ètie toujours dans le trouble et rinquiétude , à éprouver de vifs remords de conscience ; et si vous n'en éprouviez pas, ce seroit le châtiment le plus funeste de la justice de Dieu. Vous n'êtes point des enfans de paix; notre Maître nous défend de vous la donner, tant que vous lui résisterez ; mais dès cjue vous serez vraiment convertis , que vous vous soumettrez à ses divines lois , il vous remplira
:^86 Pour le L Dinutnche
de cette paix : Loquetur pacem in pleben et super sanclos suos^ et in eos qui convei ad cor. ( Psal. 84. ) Oui, M, F^ ceu3 ont toujours été dans Tétat de justic les pécheurs qui ont été véritablemen vertis au temps de Pâques , tous jouir la paix que le Sauveur souhaita à ses très , lorsqu'il leur apparut. Y auroit-il qn*un paimi vous qui voudroit s'en i indigne *l Je suis très-persuadé que v desirez ; et la bonne opinion que je dois de vous me fait présumer que vous av( vaille à vous la procurer , et que vous lez la conserver à jamais. Fasse le ci F. 9 que toute cette paroisse vive en que tout le peuple que Dieu m'a con£ comme le peuple dont parle le prop que vous reposiez tous dans la beauté paix : Sedebit populus meus in pufchritudi as , et in tabernaculis fiducies et in requ\ lentâ. ( Isai. 82. ) Je la demande pour à Dieu , M. F. , je vous la souhaite d profond de mon cœur : Fax vobis : iteri çobis. Je souhaite , avec l'Apôtre S. Pau la paix de J. C. triomphe dans vos c Pas Dei exulttl in cordibus t^estris ; qu'elle plisse vos esprits aussi bien que vos c Cusiodiat corda vestra et intelligeniias fes C/iristo Jesu. ( Phil. 4. )
Mais de quels moyens devez - vpui
(xprès Pâques* 287
^lervir pour la conserver , cette paix ? Je Tais prous en indiquer quelques uns , et je ne doute ipoint que vous ne les entendiez avec plaisir. k ( Voyez Bourdaloue dans son sermon de paix , tom. 3 du Garêm. Item , Gre- Iç dans ses privilèges de la vertu, Guide pécheurs. )
IL POINT
C o iH IH £ if T pouvez- vous vous conserver dans la paix ? Ce sera , M. F, en vous con- ' aervant dans la grâce et dans l'horreur Al péché 9 en un mot , en ne faisant rien ^e. la conscience puisse vous reprocher. Là {[râçe et la paix sont inséparables ; aussi S. Paul a-t-il coutume de joindre Tune à Tautre. Nous remarquons que dans tou'e; ses lettres, iqprès sN^oir souhaité la grâce, il y ajoute toujours la paix: Gratia vobis et pax. S. Pierre, S* Jude, S. Jean en font autant dans leurs lettres. Oui , M. F. , conservez-vous dans la grâce , et je vous réponds que vous vous conserverez dans la paix; vous aurez la paix avec Dieu , avec le prochain , avec vousmêmes , le péché seul étant capable de vous en priver. Rappelez- vous, M. F., ce que nous avons dit de la nature de cette paix; ce n'est autre chose que la tranquillité qui vient de lordie. On est en paix, des que
288 Pour le L Dimanche
•1*011 se soutient dans Tordre que Dieu a bli. Or , que Dieu demande-t-il de nous?] . demande trois choses : que nous nous mettions à sa volonté ; que nous vivions union avec nos frères; et que nous régi»
les puissances de notre ame , suivant les mières de la raison et de la foi.
On s'étendra sur ces .trois points , et 11 montrera quelle est cette soumission que devons à Dieu, soumission de notre esprit!
de notre cœur; ensuite comment nous dev( être unis avec notre prochain , Pacem inter ços; ( Marc. 9,) enfin comment nous vons tenir toutes nos puissances dans la m( ration. Ou bien , on fera voir qu'il faut envers Dieu un cœur d'enfant , envers prochain un cœur de mère ; envers soi-m^ un cœur de juge. Alors tout sera dans l'ordnj et par une conséquence nécessaire , tout seÀ dans la paix.
Servons-nous, dira-t-on, d'une comparaison et d'un exemple. Qu'est-ce qui fait la sant^ du corps; c'est la juste proportion des mein« bies, aussi bien que des humeurs. Ta:;dis q» tout est dans l'ordre, l'homme est tranqtiiUe il jouit d'une santé parfaite. Pendant combiei deteinps vos familles se maintiennent-eîles dan la paix ? Elles s'y conservent tant que chacui y fait son devoir, que vos enfans, vos do mestiques vous obéissent Disons de même de
pai'oisse
après Pâques. 289
paroisses entières. Quand est-ce que la paix en est bannie? Undè bella et lîies in pobis ? '( Jac. 4* ) demande S. Jacques. Il n*y en a pomt d*autre cau^e que le renversement de Ibrdre établi de Dieu.
On pourra entrer dans le détail des devoirs te chaque homme envers Dieu, des devoirs des supérieui-s et des inférieurs les uns envers les autres, et des devoirs envers soi-même.
Oo exhortera à les remplir , et on pourra se servir de ce beau passage de S. Paul aux Philippiens , chap. 4* 9 ^^ » après leur avoir KNibaité la paix de Dieu, il ajoute incontinent: De cœfcro, fratres^ quœcumque suni vera^ qua^ ^mquepu^a^ quœèumquejnsta^tjuctcumquesancfa, fÊŒCumque amabiUa^ qwBCumque bonœ famœ^ si fÊÊt pirfus^ si (fua laus dîsciplinœ^ hœc cogitale. Comme s*il eût dit; L'unique moyen de goûter Cette paix dont je viens de vous parler, et qui est au-dessus de ce que l'on peut en penser^ c*est d'aimer et de pratiquer tout ce qu'il j a de pur, de vrai, de juste, de saint, d*ai<nable, d'entretenir l'amitié et la concorde , tout ce qui fait une bonne réputation, ce qu'il y a de vertueux et de louable en fait de dii»cipline. Oui, continue l'Apôtre, mettez en pratique ce . qu'on vous a enseigné , ce qu'on vous a appris , ce que vous avez vu en moi , et le Dieu de la paix sera^ avec vous: Quœ et
iidicislis ha^ ogite^ et Deus pocis erit