I. POINT
Non, m. F., rien de plu« digne de vos soins^ que la conservation de la grâce ^ rien qui demande plus d'attention et de vigilance. Je pourrois vous apporter quantité de raisons pour vous en 'pei'suader, les proniesses que vous a»vez iaites à Dieu,, la bonté dont û a usé à votre égard, les malheurs où vous tomberez en perdant la grâce ; «mais je me réserve à vous «en parler dans une autre occasion |
après Pâques. 293
lorsque je parlerai de la rechute dans le pëchë. le m'attache» en ce jour, à vous mootrer que la grâce que vous possédiez demande tous vos soins, i.^ par sou excellence ; 2.^ par le danger continuel de la perdre.
Première raison prise de l'excellence de la |râce. Quoi de phis estimable, quoi de plus excellent que la grâce sanctifiante qui est une participation de la nature divine, ou une quafitë surnaturelle qui -rend notre ame agréable aux yeux de DiM, Tobjet de ses complaisances; qui fait que la très-sainte Trinité habite en nous, nous enrichit de ses dons; et par laquelle nous avons droit au royaume du Ciel en qualité d^enfans adbptifs de Dieu? Grâce par conséquent plus précieuse que la possession de tous les royaumes. ( On ajoutera quelque chose de la nature et des effets de cette divine grâce. ) Cest donc un bien dont la conservation doit vous être extrêmement à cœur. Non , il n*y en a point, et il n'y en peut avoir aucun qui lui soit comparable. Ce n'est pas la beauté du corps, ce n'e$t point l'estime des hommes, la réputation, ce ne sont point les biens de la terre : Omne aurum^ in comparatione iiltuSj arena est ejîgiia ( Sap. 7. ) Ce ne sont pas non plus les titi^es que donne la naissance distinguée. Conservezvous dans la grâce; vous serez véritablement riches, vous aurez la véritable beauté , vous
2 94 Tour le L Dimanche
serez dans le véritable bonheur. Comme, an != contraire, si vous venez à la perdre, fiissic»- ;~ vous d'ailleurs comblés de richesses et d'hon- s neurs , doués de la beauté extérieure la plus j parfaite, issus du sang royal , vous serez lofit à fait pauvres, misérables, hideux et mépri-' sables: Miser ^ et miserabilisj et pauper ^ et dB- 1= cus^ et nudus. ( Apoc. i. ) Le croyez- vous, c M. F,? L*avez-vous cru )usqu*a présent? Hélas! ^ combien de fois ne l'avez- vous pas perdue, § cette grâce, pour un bien fragile, un honnei» ~ vain ? N'avez-vous pas pris plus de peine pour 3 la conservation de la beauté de votre corp^t ^ que pour la conservation de la grâce, que pour entretenir la beauté de votre ame? Hélas! ott e^t dans des craintes continuelles, lorsqu'on court risque de la fortune , de la santé, etci; et l'on ne se met point en peine du danger où l'on se trouve continuellement de perdre, la grâce!
Deuxième raison.. Quelque excellente que soit la grâce, on est sans cesse en danger de la perdre. Danger d^ns soi , et hors de soi*; dans soi , les passions portent continuellement au mal, les anciennes habitudes augmentent, le penchant et les mauvais exemples entraînent au pédié : Mundiis totus in maligno posifus est. ( T. Joan. 5.) Le démon cherche de toutes manières à rentrer dans l'ame d*où il a été chassé, De-là jugez, M. F., s'il est quelque
après pàques. SSg
chose qui demande de vous plus de vigilance.
Le lion rugissant, dit S. Pierre, tourne toujours autour de vous pour vous perdre. Veillez sans cesse pour lui résister. Mais combien peu qui l'aiment , cette vigilance ; aussi combien peu conservent la grâce qu'ils ont recouvrée à Pâques ! Beaucoup la perdent malheureusement. Cest peut-être ce qu'une trop funeste expérience vous a appris. Ah ! prenez garde qu'il n'en soit de cette année comme des années précédentes. Veillez sur-tout avec plus de soin; et pour vous y engager, considérez combien il seroit difficile de la recouvrer, si TOUS la perdiez.
Troisième raison. Qui sait si vous auriez le temps de la recouvrer, cette grâce: si la mort ae vous enlèveroit point après le premier péché mortel que vous viendriez à commettre ; Bt ne méritériez-vous pas bien ce châtiment du Seigneur? Mais quand même il vous laisseroit le temps de faire pénitence , seroit elle de votre part bien sincère ? N'y auroit-il pas bien lieu de s*en défier, et qu'il ne vous arrivât comme k Samson qui, trompé par sa fausse e<^pérance de se dégager dans la suite des liens de ses ennemis, comme ilTavolt fait auparavant, tomba en leur puissance , et fit une fin malheureuse. ( Voyez-en l'histoire dans le livre des Juges , chap. i6. )
Ah ! M. F. , faut-il donc s'exposer à une
agfî -Pour Je K Dimanche
perte telle que celle de la grâce ? ( apporta " la comparaison d*im diamant prëcienx, àm trésor , enfin de la vie corporelle» ) Quoi donc, dira-t-on, est-il une perte qui égÛA celle de la grâce? ne devrions-nous pai perdre plutôt mille fois la vie naturelle, qw 4 la spirituelle? Perdre un Dieu, quelle perte! N« '*^ tremblez-vous pas, M, F., dans la setde pensée que vous êtes continuellement exposés à faire cette perte? Ne desirez-vous pas de savoir les moyens de vous en garantir? Ecoutez*les, je vais vous en instruii^e.
Voulez-vous, M. F., vous conserver dans ^ la grâce? Réfléchissez, défiez- vous de vousmêmes, priez, fréquentez les sacremens : quatre moyens également nécessaires et efficaces, pour ne jamais perdre Tamitié de Dieu.
La réflexion fréquente sur les vérités que vous avez entendues, sur les résolutions que vous avez formées, sur les motifs qui vous ont engagés à vous donner à Dieu; c'est le premier moyen que Ton doit employer pour persévérer dans la grâce. Pourquoi la perd-on? C'est qu'on oublie les vérités saintes de la religion; on n'y réfléchit plus , ou très rarement et trèssuperficiellement. Tout occupés du monde et des affaires du monde , les grandes vérités de
après vaques. 297
la religion, qui ont autrefois frappé, ne font plus d'impression; on écoute les passions, on en suit les nM>uvenieiiS, on succomlie aux tentations, on perd la grâce. Eh! comment la arnserveroit-on au milieu des eml)arras, des .distractions, si Ton ne nourrit pas son esprit de réflexions saintes? Cest-là, dit S. Jean, c^ qui nous fait triompher du monde : Hœc isi picforia , quœ pincit mundum^ fides nostra. ( Joan. 5. ) Etes-vous, M. F., dans la résolution de ne passer aucun jour sans réfléchir, sur-tout le matin, sur quelques-unes des vérités saintes qui vous ont le plus touché au temps de Pâques? Rappelez-vous souvent, M. F., ces résolutions que vous avez prises de faire telle et telle chose. Vous, jeunes personnes, vous, pères chrétiens, etc. , réitérez tous les matins vos promesses; demandez-vous à vous-mêmes, pourquoi vous vous êtes donnés à Dieu , pourquoi vous avez quitté le péché, vous avez renoncé à telle compagnie. C'est que vous avez reconnu que Dieu seul méritoit voire cœur^ que le péché étoit à craindre, que telle compagnie vous étok pernicieiise , et que , si vous vous rengagiez dans cette occasion, vous ne manqueriez pas d*y périr. Or, toutes ces raisons n'auront-elles pas toujours la même force sur votre esprit, si vous avez soin de vous en souvenir? Dieu ne sera t- il pas toujours égakment aimable? Le péché cessera-4-il dêtre à
298 Pour le L Dimanche
craindre?Ces compagnies, ces occasions seront^ 1 elles moins dangereuses à l'avenir 7 Servez^vous donc, M. F., de ce premier moyen : et que rien ne soit capable de vous empêcher d'en faire usage. ( On indiquera en- quel temps on pourra faire ces réflexions, et oa en facilitera la pratique. On la persuadera par l'exemple de plusieurs chrétiens qui vivent dans lemonde. )
IJn second moyen de conserver la grâce, et qui sera comme un effet du premier , c'est la défiance de nous-mêmes. Vous n'ignorez pas,.
M- F., quelle est notre foiblesse; rien de plus incanstant que l'homme ; dès-là qu'il s'appuie sur lui-même , il tombe. S. Pierre avoit fait tes plus belles protestations à son Maître; ( onks rapportera; ) mais parce qu'il présuoïa trop de ses forces , il fit une chute qu'il pleura toute sa vie^ et qui lui apprit, aussi bien qu*à nous, qu'il faut toujours se défier de soi-même, ne point s'exposer au danger, et attendre toute sa force du secours de Dieu. Songez, M. F. , que vous êtes aussi foiblesque voits Tétiez avant Pâques,etqu'en quelque bonne dispositionquevous soyez maintenant, si vous vous exposez témérairement à l'occasion du péché, toutes vos saintes dispositions dîsparoîtront bientôt Le respect humain, la crainte des railleries du monde, l'attrait des plaisirs Temporteront sur la crainte que vous devjez avoir de Dieu^ vous.
après Pâques. 299
^aJ)SHidonnerez lâchement; et il se retirera de TOUS. Hébs ! combien ne voit- on pas tous les jours de ces tristes effets de la présomption des hommes! J'en appelle à vous-mêmes qui, dans les dernières Pâques, aviez paru tout changés, et qui, peu de semaines après, vous êtes livrés de nouveau au péché.
Est-ce assez de réfléchir et de vous défier de vous-mêmes? Non, il faut encore prier, La grâce vous est absolument nécessaire pour combattre et pour remporter la victoire sur les ennemis de votre salut. Quelque attentifs que vous puissiez être à éviter le danger, vous ne laisserez pas de vous y trouver de temps en temps iexposés ; nul endroit si saint qui soit exempt de tentation; le démon osa bien tenter notre divin Maitie jusques dans le désert. D'ailleurs, nous portons toujours avec nous un fond de malice, et notre chair est pour nous l'ennemi le plus dangereux. Comment se soutenir au milieu des dangers? En priant journellement, sur-tout le matin et le soir, en faisant des prières courtes, mais fréquentes, durant le^ jour, et spécialement dans le temps des tentations, mais prières humbles et pleines de confiance : Qui indiget sapientiâ^ dit S. Jacques, postulai à Dio^ nihil hœsUans. ( Jac; i. ) On s'étendra un peu plus sur la prière, si on le trouve l>on. (Voyez Bourdaloue dans sa retraite sur la fin de l'ouvrage; \
3oo Tour le L Dimanche
A la prière , ne manquez pas d'ajouter k fréquentation des sacremens. Le sacrement de Pénitence 9 est le remède préservs^f ; VEuebristîe entretient et augmente la vie de l'âme* Gardez- vous bien, M. F., de vous en éloigner, et d^attendre, comme font plusieurs^ des quatre et cinq mois, même des années entières, à vous approcher du sacré tribunal. Ce qui vous a donné la vie de la grâce, doit l'entretenir en vous. (^ On se servira ici de la comparaison prise de la nouiTiture corporelle pour conserver la vie du corps, spécialement par rap* poi't aux convalescens. On ne manquera pas de recommander la confession pour cbacpte mois, mais auprès d'un confesseur cbarit2d>le) on insistera sur ce dernier moyen plus on moins, selon que la prudence le dictera. )
Ce sontJà, M: F., dira-t-on en finissant, les uftoyens dont tout chrétien, qui a vérita** blement à coeur la conservation de la grâce, doit se servir pour ne jamais la perdre; si vous y voulez faire une sérieuse réflexion, vous reconnoitrez par vous-mêmes la nécessité où vous êtes d'en faire usage. Y êtes-vous résolus? Quoi donc! cela est-il trop difficile? Peuton trop en faire, lorsqu'il s'agit de se conserver dans l'amitié d'un Dieu ? Voyez , M. F. , je vous prie, ce que Ton fait dans le moncfe, pour s'entretenir dans l'amitié des grands de la terre, ^h! que la conduite des enfans du siècle
après Pâques* 3oi
condamne bien celle des chrétiens! Rendez-
TOUS donc , M. F. , à Tinvîtation que je vous
£08, ou plutôt à Tinvitation de J. C. lui-même :
gravez bien dans vos cœurs ces belles paroles
qail dit autrefois à ses disciples , en les exlior-
Int à se conserver dans son amour : Manete
U dUêctione meà^ demeurez dans mon amour;
ne vous rendez pas indignes de mon amitié ;
vivez de telle sorte que vous méritiez d'être
toujours aimés de moi; et que rien ne soit
capable de vous séparer de mon service ;
gardes à jamais mes divins préceptes : Si prce-
€êpfa mea sen^aperHis ^ manebitis in dilectione meâ.
Fasse le ciel ^ M. F. , qu'il n*y ait aucun de vous
qui ne se conserve dans cette divine amitié^
Quiconque y persévérera ^ dit le Sauveur ^
sera infailliblement sauvé : (^ui persévérasse^
rit^ etc^
Troisième sujets De la foi en Jésus ressus^
cité»
N troisième sujet que présentent l'épître et l'évangile, c'est la foi en Jésus ressuscité. C'est le but de IMvangéliste S. Jean, comme il est rapporté à la fin de l'évangile de ce jour : Hœe euiem scripta suni^ uf credalis quîa Jésus est Chris^ ius fiiius Dell c'est-à-dire, ce que je viens
3o2 Pour le L Dimanche
d'écrire, particulièrement des apparitioûs Je, , J. C, est afin que vous croyiez qu'il est vraiment J. C, le Fils de Dieu. J.. C lui-même a voulu l'inspirer, cette foi, lorsqu'il dit à saint Thomas : heureux ceux qui n'ont point vu et qui ont cru. Enfin S. Jeian, dansl'épître qu'on lit à la messe , fait sentir la nécessité de cette foi : il en rapporte en même temps les effet» merveilleux dans ces paroles : Hœc est mforia^ ^uœ vincit mundiim^fides nostra.
Remarquez que l'Eglise a choisi exprès l'évangile et l'épître dans les ouvrages de saint Jean 9 afin de nous affermir de plus en plus dans la foi; par l'autorité de celui des Apôtres et des évangélistes qui a été le plus éclairé, spécialement en ce qui regarde les mystères de J. C. y et qui avoit été témoin oculaire de ce qu'il a écrit.
Lorsqu'on voudra traiter ce troisième sujet, on pourra le tirer de l'évangile ou de l'épître; Si on le tire de l'évangile , on prendra pour son texte les paroles que J. C. dit à saint Thomas : ^jffir manum tuam^ et mitte in latus meuniff et noliesse incredulus^ sedfidelis. On poïir- ' roit aussi prendre ces autres paroles : Quia t^idistimey Thoma ^ credidisti. Beatl (juinon viderunt et crediderunt ; ou enfin les dernières paroles de l'évangile : Hœc scripta sunt , ut eredatis J etc.
Ainsi parla I. C à S. Thomas , dica-t-on^
après Pâques» 3a3
en apportant le texte : Affer manum , etc. et en Texpliquant, on verra l'histoire. Vous admirez saas doute, M. F., la bonté de J. C. envers ce disciple; mais ce n'est pas pour lui seul (ju'il a voulu rendre sa résurrection indubitable; c'esj: pour vous, dit S. Grégoire; et il a permis l'incrédulité de cet Apôtre, qui ne voulut pas croire ce que lui avoient dit les autres Apôtres de la première apparition de leur Maîti^ , afin de nous affermir nous-mêmes dans la foi. Eneffet, M. F., rien de plus propre à nous fortifier dans cette foi , comme rien n'est plus consolant ni plus efficace que le souvenir des apparitions de J. C. après sa résurrection^ C'est ce qui m'engage à vous en entretenir aujourd'hui comme d'un moyen excellent pour affermir votre foi , et la rendre agissantCi
Souvenons -nous, M. F., souvenons-nous souvent , particulièrement durant le temps paschal, des différentes apparitions du Sauveur. Ce souvenir nous consolera et fortifiera notre foi en Jésus ressuscité : premier point. Cette foi ainsi affermie nous conservera dans la grâce^ et nous fera avancer dans Tamour de J. C. r second point..
L POINT
Parcourons, M. F. , les différentes apparitLOflS; du Sauveur; nulle qui ne soit poy r nou&
3o4 Pour le L Dimanche
un sujet de consolationi , qui ne soit une noih velle preuve et un nouveau motif de notre foi en Jésus ressuscité. Je vous l'ai dit ailleurs, le Sauveur apparut différentes fois après sa résurrection ; d'abord à sa sainte Mère , ensuite à " Marie Magdeleine, à plusieurs autres femmes dévotes, à deux disciples qui alloient à Emmaiîà; il se remontra encore en différentes manières à ses Apôtres: Quitus^ nous dit S. Luc, prœbmi se ipsum vwum^ in multis argumeniis apparens rfi, ei loquens de regno Dei. ( Act. i . ) Enfin , il se fit voir à tous ses disciples assemblés, avant que de monter au ciel. O! M. F., quelle soiurce de consolations pour nous, si nous voulons ré-
fléchir attentivement sur chacune de ces ap- J paritions qui sont rapportées dans l'évangile! les âmes justes qui ont toujours été fidèles à J. C, aussi bien que tous les vrais pénitens, y trouveront de quoi se rassurer et se remplir d'une sainte joie.
Remarquez d'abord que la première apparition dont parle l'évangéliste, est celle que fît le Sauveur à Marie Magdeleine et aux femmes dévotes qui l'avoient assisté au calvaire, et qui forent les plus empressées à venir à son tombeau. Et comment leur apparoît il ? H les salue ^ salut qui est un souhait de paix et de toutes sortes de biens. 11 appelle Marie Magdeleine par son propre i^om ; il lui demande pourquoi elle pleure^, qui elle cherche.
fiprès pâques* 3o5
fi donne aux Apôtres , et h votis en leurs personnes, le nom de frères: allez, leur dit-il, et (fites à M. F., que je m'en irai bientôt vers Ddn'Père, qui est le leur aussi bien que le lAtre: Vade adfratres meos^ et dicetis^ etc. ( Joan. so.) Quoi de pins coa^olant pour les vrais fidèles, que de savoir qu*ils sont tes frères de j. C , qu'il les chërit comme ses frères , et pins tendrement que des frères selon la chair ne s^aiment les uns les antres^ qu*il veille à nos besoins, qu41 connott toutes nos peines, qu*ii est avec nous dans tes afflictions, que nou3 avons te m 'me père que lui, par conséquent lé même droit au même héritage, dont ne tient qu'à nous d entrer en possession, et qui ne pourra jamais nous être enlevé.
Les apparitions du Sauveur, soit aux deux disciples qui alloient à Emmaiis , soit à S, Pierre en particulier , soit à tous les Apôtres, ne sont pas moins consolantes que celles dont nous venons de parler. Voyez ce divin Sauveur se joignant à ses deux disciples qui faisoient le voyage de Jérusalem à Emmaiis comment il les entretient, leur explique les saintes Ecritures , leur fait une charitable correction sur leur peu de foi, enfin se fait connoître à eux dans la fraction du pain. Apprenons de-là, M. F., combien J. C. favorise ceux qui aiment à s*entretenir de lui, ainsi que faisoient ses disciples , lorsqu'il se joignit à eiu»
3o6 Pour le L Dimanche
Entretenez - vous souvent crisemble de d que l'on vous a dît à Vëglisc. Parlez dans w familles , dans vos voyages , dés saintes Ecrv* tures que Ton y explique; aimez sur- tout V vous édifier les uns les autres par de sainl^É^ lectures, par quelques discours touchant ^j^W vie, la mort, la résurrection de J/ C. et voiïl s; . sentirez, aussi bien que les disciples, le fi*;R divin, qui, en embrasant vos cœurs i calmeri -^ vos tristesses , et vous donnera une saint» •"' joie.
Que vous dîrai-je de la bonté du Sauveur il envers S. Pierre qui Vavoit renié lâchemeutiqui avôit protesté, juré même qu'il ne kf connoissoit pas? Ah ! pécheurs pénitens, qud !] trait plus marqué de Taffection que J. C. vous porte, et qu'il conservera, si vous pei'sévércz^ dans les sentimens que là pénitence vous ins^ | pire! Tous les Apôtres ont senti les effets de cette nlême bonté. Il leur apparoît dans le cénacle; il fait un miracle des plus éclatans,. pour venir les consoler. ( On rapportera ce qu'il dit dans sa première apparition: NoUie iimere: pax vobîs. ) Maïs de toutes les apparitions. Il n'en est aucune dont la considération soit plus charmante que celle dont parle l'évangile de ce jour, et où S. Thomas se trouva* Qui l'eût pensé que Jésus porteroit son attention jusqu'à montrer ses plaies à un disciple crédule ^ qu'il lui ordonneroit d'avancer sa
• après Pâques. 3o7
kl et de la mettie dans son côté, de conipler les plaies de ses pieds et de ses mains? oyez les méditations eccl. de Beuvelet, pour ete de saint Tliomas. ) Mais prenez garde, F., que c'a été pour nous, aussi bien que ir cet Apôtre, qu'il a opéré ce prodige Dour, de conserver les cicatrices de ses es, afin qu*elles fussent pour nous un lieu refuge dans toutes nos peines et nos miis corporelles et spirituelles. Il les garde Qre dans le ciel, où il les montre à son e, pour l'engager à user de miséricorde 3rs nous. On exhortera les auditeurs à s'en renir dans leurs afflictions, à se cacher s les plaies du Sauveur, fais ce n'est jpas assez de tirer ce premier t des apparitions de J. C. ; il faut encore slles affermissent de plus en plus notre foi. 'dez-voujs bien d'entrer dans aucun doute
la vérité de cette résurrection: JVi?// ^55^ edulus. Vous devriez la croire , et la croire nement , quand même vous n'auriez pas jtres preuves que celles qu'en donnèrent Apôtres à S. Thomas, lorsque Jésus leur
apparu le jour de Pâques. Leur témoi- :ge seul suffiront pour la croire sans hésiter, is combien votre foi doit-elle être ferme et 3ranlable, après cette multitude d'appariis faites à différentes personnes, en tîHit Ueus différens, et avec des circonstances
3o8 Tour le L Dimanthe si marquëes! Apparitions que tons les kpl ont attestées, non-senlement dans Jénisa!
dans toute la Judée et la Palestine, mais no dans le monde entier; qpa*iis ont soute devant les tnbnnau^ , jusque- souffrii tourmens les plusrigonreuic, et la mort n pour marque de leur foi. Ecriez-vous souvent avec S. Thomas r Dominus et Deus mens. Je crois fermement , Ô divin Jésus ! que vous êtes véritabferaeni suscité; que vous avez apparu plusieur après votre résurrection; que vous cons dans votive corps glorieux les marqu< vos plaies. Je les adore avec le respc plus profond. Augmentez ma foi; rend vive et agissante. Vou? serez heureux F., si vous avez .soin de vote afi^nni plus en plus dans la croyance de Jésn suscité. C*est le Sauveur lui-même qui lîfie de bienheureux ceux qui , ne Tayai vu des yeux du corps comme S. Tho n'ont pas laissé de croire fermement s surrection sur le témoignage qu'il leur donné : Beati qui non çideritnt , et credU Je pourrois encore vous confirmer de en plus dans cette foi , par une autre x rition de J. C. à plusieurs de ses Apô sur le bord de la mer de Tibériade, pi^rtée par Saint Jean dans son évang la suite de belles que nous avons lues au
après Pâques» 309
}luii à la messe. ( Oa ea rapportera la sutbsaoce 9 si on le juge à propos. ) Mais celles {ne je vous ai détaillées sont déjà plus que pffisantes pour vous persuader ^e ce que la bi vous enseigne de la résurrection de J C.
^œc scrîpta sunt^ ut credatis.^ ,ek. Voyez donc Joëlle doit être votre foi, et ce qu'elle doit [^rer en vous. C*est ce qu*il vous importe je bien savoir ; et ce qui me reste à vous expliquer dans le second point.
IL P O IN T
- En TRX les effets que la foi ferme en Jésus Des&uscité doit produire en vous, il y en a deux principaux auxquels )e m'ariêle; la conlervation delà grâce ou la fuite du péché, et une augmentation d'amour pour J. C.
SL Jean nous déclare le premier de ces deux effets dans sa première lettre, dont nous venons de lire k la messe le cinquième chapitre : mes bien aimas , dit-il , c'est par la foi .que nous nous garantissons des péchés^ et ijue nous vivons en vrais enfans de Dieu:
^œcâst picioria,^ quœvincitmundum^fidesnostra. Et qui est celui qui remporte la victoire sur \t jnonde, ajoute-t -il , sinon celui qui croit ^e Jésus est le .fils de Dieu ? Quis est çui wncit munduitij^ nisi gui crédit quopiam Jésus est films Dei't Quelles victoires eaefiet^'^MfeNttlfe
3io Tour le. L Dimanche , j^
pas fait remporter dans tous les siècles? OeÉTj die qiii a donné tant de courage aux Apôtraf c'est par cette foi que les martyrs ont triompl de leurs tyrans, que tant de vierges ch tiennes ont méprisé les chai mes et les plaisî du monde ; en un mot , que tous \e/^ fidèles ont vaincu leurs passions , et se conservés dans la grâce. Pourquoi donc foi est elle si peu agissante aujourd'hui qn* semble morte ? C'est qu'elle est , dans plupail des chrétiens , foible et languissante»^ O ! M. F., fii vous étiez bien établis dant:'^ cette croyance, que Jésus est mort pour vw .^ péchés, et qu'il est ressuscité, conune £t« l'Apôtre , pour votre justification ; si vous!^ aviez soin de vous rappeler que, comme H' 3 est ressuscité pour ne plus mourir , vous' devez aussi être morts au péché, et vivre à* jamais d'une vie étemelle ; pourriez - vour vous laisser aller désormais à vos anciens déréglemens ? Vous vous diriez à vous-mêmes : Jésus est le modèle de ma résurrection spirituelle ; j'ai quitté tel et tel péché, j'ai renoncé à telle et telle compagnie ; j'ai com-' mencé une vie chrétienne ; il faut qu'il m'en coûte pour marcher dans cette vie nouvelle:
Ita et nos in noçitate iniœ ambulemus. (Rom. 6.) . On ne doit plus remarquer en moi de ces vicissitudes du péché et de la pénitence, de l'édification et du scandale; et si quelquefois
après Pâques. 3ii
>iblesse me fait tomber, je .dob me re- ' promptemeat et recourir au remède de eaitence; je ne dois même rien négliger : prévenir mes rechûtes, et me servii*e:iLacint des moyens qui m'ont été. prescrits le médecin de mon ame.
Q effet plus excellent de cette foi en J. C.
oscité , c'est un accroissement d'amour r lui. Elle le produisit dans les disciples allèrent à Emmaus , dans S. Thomas et { tous les fidèles à qui le Sauveur mani- I sa résurrection. Doit elle avoir moins brce à notre égard ? Non , M. F. , sa a ne sera pas moins puissante sur nous, >us n'y mettons pas obstacle. Comment nentera-t-elle en nous l'amour pour J. C.
iscité? Le voici: c'est en nous faisant idérer attentivement les amabilités de .dans l'état de sa résurrection. En quelque de sa vie que nous l'envisagions , il est ours infiniment aimable , puisqu'il a tous renfermé dans sa personne des perfecs infinies. Il faut néanmoins l'avouer, que int le cours de sa vie mortelle , il sembla r. quelque chose de moins aimable que I sa vie glorieuse. Sujet aux misères hules, il n'avoit pas de quoi charmer les rs ; mais après sa résurrection , on ne ve rien en lui que de ravissant , son corps doué de toutes les qualités les plus ai-
3i!i Pout le L Dùnanche
mables, la clarté, Timpassibilité , râ^litj^ la subtilité. Si un seul trait de cette glwiL qu'il laissa échapper sur le Thàbor , fit eal S. Pierre dans un ravissement dont il pouvoit revenir ; quels charmes n*eat-il après sa résuri ection, oii cette gloire tout entière ? Non , rien dans tout î.univj qui approche de la beauté de son c Réunissez, si vous le voulez, dans une personne, tout ce qa*il y a de beau £t did charmant dans le reste des créatures ^ ce n'flÉkî rien au prix de la beauté du corps de h C^'i^ ressuscité. Mais ce qui doit nous tran^>OTt0Pd'amour pour lui , c*est la vue de ses saccéo^ plaies dont il conserve les marques , et qflif| seront un monument étemel de sa chaiilii envers nous. Pourrons-nous y penser, et ne pas sentir en même temps le feu divin s'eiu»
brâser de plus en plus dans nos cœurs f Contemplez-les , M. F. , contemplez-les souvent , les marques de ces divines plaies; ditesvous à vous-mêmes: voilà jusqu'où un Dieu m*aime ; son amour envers moi ne* s*6St point diminué ; il est infini , et éternellement il présentera ses plaies à son Père en ma faveur. Je ne dois donc mettre aucune borne à mon amour, je ne pourrai payer le sien à mon égard , que par un amour infini* L'Apôtre S. Paul étoit bien persuadé de cette vertu de la foi en J. C ressuscité , et du
souvenir
après Pâques 3i5
j^nir fréquent de sa résurrection. Aussi A rapp€loit-il souvent', et exhoitoit-il son âplè Titnothée à né le pas oublier. Souez-voos 9 lui disoit-il, qtïe lé Seigneur lis est ressuscité des morts : Mehior esfo ninumJesum. Chtiiturh resurrexhse à rfiorluis, souffre tout pour lui-même jusqu*à être' is les fers comme un criminel, c'est dans te vue qiie j*endurè tout : làeb omnîa suso. ( 2. ad Tim. 2.)
Fe ne puis , M. F., finir par un plus bel' boit; Souvenez vous que J. C. est ressuscité; çrelèz-vous de temps en temps , parti cblièœnt pendaùt cette semaine , ses difTérentes paiitiotis* Ce souvenir vous consolera dans i peines, vous foîftifîera' dans la foi, vous nservera dans la grâce, vous fera snppor- • , pour Tamour dé J. C. , tous les travaux nne vie chrétienne ; et vous assurera en gme temps une résurrection semblable à ille de Jésus.
Quatrième sujet. Sur Tépttre.
hs obligations de ceux qui ont été régénérés par les eaux du baptême.
l^UANT à l'épttre , il est à propos dé. saoir pourquoi l'Eglise l'a choisie pour lé di- Tome IL O
3 1 4 ^our le L Dimanche
manche dans roctate de Pâqaes. 'Comnae ert" ce dimanche, les nouveaux baptisés quit' toient les robes blanches qu'ils avoient portées depuis leur baptême , TEglise , dans tépitre du jour, tirée du chap 5. de la première lettre de S. Jean , vouloit les instruire de leui*$ obligations, et leur apprendre h vie qu'ils dévoient mener après leur baptême, et à quoi la foi en J. C« dont ils faisoient profession , devoit les engager , elle tâchôit de les affermir dans cette foi , et de leur montrer les effets qu'elle doit produire en enxi * Un pasteur en pourra prendre occasion de parler des obligations de ceux qui sont r^énérés par les eaux du baptême , qui ont reçu une nouvelle naissance en J. C.. U suffira.' d'expliquer ces paroles, par lesquelles corn-' mence Tépitre : Tous ceux qui sont nés de Dieu , sont victorieux du monde. C'est la foi qui nous en rend victorieux : Omne quoi M' tum^ etc. Il montrera quelle est cette victoire que les enfans de Dieu doivent remporter sur le monde : première réflexion. Quel est k moyen de remporter cette victoire ? C'est la foi', mais sur-tout la foi en J. C. ressuscité: Quis est gui pîncit , etc. seconde réflexion.