II. POINT
Vèuft âesirez sans doate, M. F^ recsevoir le Saint-Elsprit aussi biea que les pilTetniers fi«^ dèles auxquels il fut comiiiuiiî<|Hé. le |<duc de k: Pentec^e. Vous n*a¥ez qu'à suivre leur exemple : ouvrez^ les livres sacrai et v4>yeB ce q^e saiut Luc nous eu apprend. Aussitôt que le Sauveur fut monté au cid , îk exéeutèreot l'ordre qu* il leur avoit d^nné en leur disalot ; teuefc-vous dans la ville de JérusaleBoi jusqu'à ce que vous s^ez revêtus de la force qfoi i^enl d'en haut , c'est-à-dire^ de me» Esprit qui doit. vous, remplir de force et que je vous eèr verrai du kaut du ciel : Vos autem seieie in etvitaie ijuoad usfui inéuunm cirtak ex aUù. (Luc» a40 Us se retirèrent dooic à Jérusalem, se réunirent tous dans une maison , dans un a^ partement supérieur qu'on appeioit le cénacle, et là persévérèrent dans un même esprit y dane l'exercice de la prière et de l'oraison^ avec lea saintes femmes et Marie^ mère de Jésus. H est facile de voir à quoi se réduisent les dispositions que vous (Jevez appcM*ter à l'exemple de ces premiers fidèles. La première est le re* cueiUement et la retraite, autant que votre étaà peut vous le permettre. La seconde est ki prière, mais une prière humble? et persévi-^ rante. La troisième est la charité et l'union fraternelle.
après Pâques. 44^
i.^ La retraite et le recueillement întërieur. Ce n*est pas aa miliea du monde , des plaisirs , de la dissipation , des embarras du siècle que hôn peut bien écouter la voix de l'Esprit saint HâBc POT , dit S* Bernard , non sonat in foro , non ûudflur in publico , secrelum quœrit audiiunu
L*égarement oti sont l^esprit, les sens et les affections de notre ame , lorsque nous noas trouvons habituellement et avec plaisir dans les vaines sociétés de ce monde , ôte , pour ainsi dire, au Saint-Esprit, le goût de nous parler intérieurement , de nous visiter : bu s'il nous parle , nous n'entendons point sa voix, nous ne la goûtons point, nous n'y donnons point l'attention convenable : Non in commotione Dominus. Semblable à un ami qui a des choses intéressantes à nous com- Aiuniquer, il veut nous trouver seuls pour nous parler à cœur ouvert , la compagnie lui déplaît et le fait retirer.
Concluez de là , M. F. . que la fuite du ûionde qui consiste au monis à se mettre en garde contre sa corruption, ses vanités et l'esprit de dissipation qui y règne, en un mot , i n'avoir de commerce avec lui qu'autant qu'on y est obligé par les devoirs indispensables de son état, est la première chose qu'on doit faire pour se disposer à recevoir le Saint -Eisprrt Cest là une condition essentielle, sans laquelle nous ne le rex^evrons
J^^6 Pour le Ff. Dimanche
point. Pendant ces huit jours qui précèdeot la fête de la Pentecôte , à fexemple des Apôtres et disciples, separons-nous du. monde; vivons dans une retraite plus religieuse que de coutume ; éloignons de nos esprits mille idées vaines , qui ne pourroient que les distraire et les dissiper ; vidons dos cœurs de ces attachemens mondains , qui nous empêcheroient de goûter les délices ineffables que r£sprit saint répand dans nos âmes.
Prenez garde au reste , M. 'F. , on ne vous demande pas que vous interrompiez vos travaux pendant ces huit jours ; que tous abandonniez les occupations nécessaires de votre état; non, on ne le demande point* Mais on demande que vous renonciez pendant ces saints jours à tout amusement frivole , à toute occupation trop dissipante , si elle peut êti*e remise à un autre temps» Allez à votre travail ordinaire; nous vous y invitons: mais en le faisant , tenez-vous plus recueillis; supportez-en. les fatigues avec plus de patience ; et interdisez-vous sur-tout ces paroles oiseuses , ces murmures qui vouseo font perdre le prix ; élevez^ souvent vos cœurs vers Dieu , et entretenezvous dans un esprit de prière habituelle. C'est la seconde disposition que vous devez . apporter à la venue du Saint-Esprit, pourTattirçr dans vos cœurs.
L«B Apôtres doiveat encore ici vous servir
après pâques» 447
de modèles. Us "ne se contentèrent pas depuis l'Ascension jasqa'à la Pentecôte, de vivre séparés du reste des hommes et de n*avoir aucune relation avec eux; mais ils pas-* sèrent ces dix jours dans la prière et autres exercices de pieté. Rs pei^évéroient unanimement, nous dit le texte sacré, dans la prière avec les saintes femmes et Marie y mère de Jésus : Erant persévérantes unanimiter in oraiione cum mnUeribus et Maria matre Jesu» ( Act. I. 14.) Si, comme eux, nous desirons recevoir le Saint - Esprit , comme eux aussi nous devons le demander par les prières \es plus ferventes ; car Dieu ne donnera son Saint-Esprit qu'à ceux qui le lui demanderont avec ferveur et constance; Dominui dabil Spiritum bonum petenlibus se.
Mais pour prier , il faut désirer ; et si les Apôtres prièrent si ardemment , c'est qu'ils desiroient encore plus vivement la venue de l'Esprit consolateur , du divin parackt Ils sen* toient le poids de leurs misères, ils voy oient l'étendue de leurs besoins, ik étoient vivement touchés et affligés de se voir sans maître, sans guide , sans consolateur dans leur tristesse et leur affliction. Il leur tardoit de voir enfin s'accomplir les grandes promesses que leur bon mattre , notre divin Sauveur , leur avoit faites. Voilà ce qui les engageoit à eut solliciter Taccomplissement avec tant d'ardeur
44^ Pourrie Vh THmanche
el par des prières si continaelles. Comme eux, M* F. 9 sentons nos. besohn , nos misères ; Toyons- le triste état oii bous sommes réduilsr sans goût pour le ciel, n'ayant de l*aniottr que pour les choses de la terre , que penr les plaisits peat-étre et les ioKes de <:e Bsoode, aans cependant aroir^ pn jdaqift'ici y tronver notre bonheor. Dans de si tristes circ<HUtances , que ponvons^nons Êiire de nuiemc, qoe de désirer ardemment la venue de TEsprît saint , de cet Esprit qui nous éclairera , qui nous détachera des choses de la terre, nous en fera sentir le vide et le n^oit, et ne noos fera plus soupirer que pour les choses du ciel.
Multiplies donc vos prières , M* F* 9 pendant ces saints fours, à l'exemple des Apètres; faites-les avec plus d'attention et de ferveur qu'à l'ordinaire. Assistez chaque }oor à la sainte messe , si vos- occupations vous le permettent Si vous ne te pouvez pas, unissez vous du rnoin» de coeur et d'esprit aux saintes âmes qui ont le bonheur d'y assister, ETn un mot , ptûez dans l'union et la charité fraterr nelle: autre disposition pour recevoir le Sâmt- Esprit, qui n*est pas moins nécessaire que l'es précédentes.
En eflfet , M. F. , sur qui croirez- vous que l^pmt saint descendra , et dans quelle &mille pensez-vous qu'il viendra faJre sa demeure ? Se eoçimuniqueroit - 3 à ces per-
après Pâques. 449
sonnes qui vivent habituellement dans la haine et la rancune , qui ne peuvent vivre en paix avec qui que ce soit , qui ne veulent rien souffrir, rien pardonner? Viendroit<*U dans oes fanûIleB où iL n*y a que brouilleries et dissentions, que disputes et querelles , où les pères et mères vivent sans union , sans accord, et dans de scandaleuses divisions , où les. frèi*es et sœurs se d<^cbirent mutuellement, sont sans attention, sans complaisance Tes uns envers les autres? Dans ces. familles, en un mot ^ où règne une guerre perpétuelle?
lïbn , M. F. , ce n*est point là que l'Esprit i^aÎDft viendra. Il est un Dieu de pai^ et de cbaritë , d'union et d*amour , il ne viendra point où ces vertus ne régnent point
Sur qui donc viendra-t-il? Sur ces hommes hnihbles ^pacifiques, doux, patiens , qui vivent en paix avec chacun , qiui pardonnent de bon cœur, et qui aiment le prochain comme eux-* ttiêmes.n viendra dans ces familles qui sont, en (Quelque sorte, l'image du ciel, par Tunion , la concorde , Tordre et la paix qui y régnent Dans ces familles où Ton s*aime, où l'on se chérit mutuellement ; où les pères et mères vivent dans la plus parfaite union; où L'on se plait à aller au-devant des désirs les uns des autres ; où Ton s'applique à vivre en. paix avec chacun au- dedans et au dehors: à rendre service à chacun , à pardonner de bon cœui:
45o Pour le VI. Dimanche
et pour Tamour de Dieu les ofieQses,et à n'en faire à personne. Voilà , M. F. , où l'Esprit saint viendra et où il fixera sa demeure; parce que c'est là qu'il se plaît 11 est TumoQ du Père et du Fils; il est le Dieu de paix et de charité, et il ne peut venir que dans des cœurs remplis de charité. Aussi, voyonsnous que les premiers fidèles sur qui l'Esprit Saint descendit au jour de la Pentecôte , vivoient dans la plus parfaite unanimité; qu'ils n*avoient tous qu'un cœur et qu'une aine pour l'unité des sentimens et l'union des cœurs. Imitons-les , et comme eux nous aurons part aux dons de l'Esprit saint : comme eux nous le recevrons.
On finira par exhorter les auditeurs à . se pénétrer des vérités qu'on leur a annoncées , et à entrer dans les dispositions qu'ils doivent avoir pour recevoir l'Esprit saint On pourra leur suggérer quelques prières courtes poui:
demander la venue du Saint-Esprit , telles que celles dont il est parlé à la fin de l'instruction précédente , , ou autres également proprés à enflammer leurs désirs ou à soutenir leur dévotion. On les invitera à ajouter à tout cela quelques autres bonnes œuvres , conmie aumônes, mortifications,. etc., sur- tout pour la veille du jour de la Pentecôte, qui U un jour de jeûne de précepte pour ceux
i n'en sont pas légitimement dispensés. Oa
après pâques* /^%\
les invitera aiissi à purifier leurs cœurs par la digne réception des sacremens et à assistei* avec tout le recueillement et la dévotion dont ils seront capables aux offices du jour, et même les personnes qui en auroient le temps, aux offices de la veille ; le matin à la bénédiction des fonts, pendant laquelle ils feroient bien de renouveler les vœux de leur baptême, et l'après-midi aux premières vêpres de la Pentecôte, si on est daus l'usage de les chanter dans la paroisse.
: Un excellent sujet à traiter en ce dimanche, seroit la méditation ou oraisop mentale. Pour cela , on s*attachera au point particulier recommandé par S. Pierre et exprimé dans ces mots: Vigilate in oralionibus. C-est sur-tout par là , M. F*^ dira-t-on , que vous devez vous disposer à recevoir l'Esprit saint , ainsi que firent les premiers fidèles, Eranl pcrseçeranfes iu or a*
twne. Je vous ai entretenus ailleurs de la nécessité et des conditions de la prière prise en général , et vous en êtes suffisamment instruits; mais comme il y a difîérentes espèces de prières, ainsi que l'insinue saint Pierre en vous disant de veiller dans les prières» Ce temps m'a paru plus propre à vous instruire d'une sorte de prière dont vous n'avez peut-être jamais entendu parler, ou du moins que plusieurs s'imagineront ne leur pas convenir , que d'autres regarderont comme im-
45^ Pour le F7. Dimanche
possible , et qui est cependant très-nécessaire, tràs-sakitaipe eC mâixie très- facile à pratiqoeft On rappelle /;ri^r^ mmtaU ou même prière de coeur; on lui dosne aussi te nom d^Mftmi' ou de médiMiaMé Mats que ces noms ne tous rci)utent point : pour peu que voms Toolies dire attentifs, vous conviendrez bientôt de b facilité , de l'utUité et mtoie d^ la nécessité decesai»t exercice. Voilà ,, M. F. , le sujet de cet entretien ; mon but est de tous fiiire pratiquer la même oraison, les mênFiea prières qui firent Poccupation des Apôtres et des disciples rassemblés au cénacle^ d>nrant les dix joursi qui précédèrent la Pentecôte; Fasse le^ ciel que j*j réussisse I Quel elum([enieiit oe vorroit-on pas parmi vous dems fort peu de tempsv det enfretien renfermera deux réflexions : la première sur la nécessité et Tu* tilité de l'oraison mentale ; k seconde sur la méthode que Ton doit y garder ou la manière d'y vaquer.
L RÉFLEXION
Avant de commencer le corps de tinstructton , il est bon d^avertir les peuples , qu'en valant de leur parler de cette espèce Aaraison , on ne fait qu'obéir à l'intention de N, S. P* le Pape Benoit XIV, qui, dans son bref du i6 décembre 1 74^ 9 enjoint aux Pasteurs de
après Tàçues. 453
jEûre l>ien coilnoltre aux fidèles la nécessité et ratilité de l'oraîson mentale, et de ne rien négliger pour les porter à ce saint exercice ; il accorde même des indulgences trè^ abondantes à toutes les pei^sonnes qui Tap^ jprendi^ont et la pratiqueront
Rien de mieux fondé , rien de plus sage que la conduite du Saint Père. Il n*est personne à qui cette oraison que nous appelons meataïe , ou méditation , ne soit nécessaire , et tous les prétextes dont on se sert pour s*en dispenser , soni sans fondement. On montrera la nécessité de cet exercice , en exposant sa nature. Qu*entend-on par pnère mentale ou ifraisonî Ce n'est autre chose qu'une réflexion -sérieuse sur les vérités de la religion , sur nos devoirs, sur notre ^ut, d'où suivent les bons désirs et de saintes resolutions ac- •compagnées de prières ou de demandes ^ pour pratiquer ce que l'on a résolu ; or , M. F. , qui peut douter qu'un tel exercise ne soit nécessaire à tout chrétien? Déjà Dieu en avoit fait une loi , un précepte à son peuple dnns l'aticienne loi : Tu mettras ces cemmandemem 'dans Um cœur , dk le Seigneur , tu Us enseigneras à tes enfans , tu les méditeras souvent et €&nlittuellement , non seulement quand 4u seras en repos dans ta maison^ mais encore 'dans tes voyages ; ^ Y penseras dk le matin^ 4u Ven occuperas em te couchant. Meditaberis in eis sedens iu domo
454 Pour h VI ^ Dimanche tuâ ^ ambttlans in itinere^ iormiens atqm^ tic, ( Deuter. 6. ) Les chrétiens sont-ils moins obligés à ces réflexions ? Et d*où vienoent les désordres? N'est-ce pas du défaut dé réflexion? Desolatione desolata est omnîs ferra ^t/m nullus est qui recogitet corde. (Jerem. 11.) Nullm est qui agaf pœnifenfiam super peccalo suo , dicens: quid feci ? Ce n*est pas qu'on ait perdu entièrement la foi , mais elle est comme morte, n'étant pas vivifiée par la réflexion ; et comment ne se livreroit-on pas à ses passions, en négligeant de nourrir son ame des vérités saintes de la religion ? Comment pourroit-on réussir dans la grande aflaire de son salut, sans ce moyen ? Que faut-il pour se sauver ?
11 faut connoître Dieu d'une connoissance qui puisse produire en nous son amour ; il faut se connoître soi-même pour réformer ses défauts; pour les combattre et s'en humilier ; il faut connoître ses devoirs non seulement généraux, mais particuliers, pour s'exciter aies remplir ; il faut enfin prévoir les difficultés du salutpour les surmonter et vivre dans cette vigilance continuelle, sans laquelle on ne peut réussir dans la grande affaire de l'éternité; et comment faire toul cela , si on ne i^entre en soi-même par de fréquentes réflexions? On reprendra le détail ci-dessus, ensuite on réfutera les pré- ^ex tes d'affaires temporelles, d'ignorance, d'éirement d^imagination , et même d'une hu-
après Pâques. 455
milité mal placée , qui fait croire à plusieurs que Texercice d'oraison n'est bon que pour des religieux, des ecclésiastiques ou pour des personnes qui n'ont rien à faire que de prier, qui sont éclairées et qui font profession d*une piété particulière. Mais reprendra-t-on, i.^ êst-il donc une affaire plus intéressante que celle du salut ? 2.** Chacun n'est-il pas capable de réfléchir, et ne pensez -vous pas tous aux moyens de réussir dans vos affaires temporelles , dans vos différentes entreprises ?.... 3.® L*ëxercice dont je vous parle n'est point au-delà de votre portée , et pour peu qne vous ayez de bonne volonté , vous vous en instruirez aisément , vous viendrez bientôt à bout de le pratiquer. 4«^ Vous importe-t-il moins de faire votre salut qu'aux religieux, qu'aux ecclésiastiques et aux chrétiens fervens qui vivent dans le monde? Regardez donc, M. F. , comme une illusion du démon , l'erreur où vous avez vécu jusqu'à présent sur un point si important, et persuadez-vous bien aujourd'hui que vous ne réussirez jamais dans l'affaire indispensable du salut , si vous négligez d'y réfléchir souvent.
On pourra citer ici le sentiment de saint
"François de Sales , dans son introduction à la
Tie dévote, qu'il a faite pour les gens du monde.
Mais pour vous engager plus efficacemenl;^ à
cet exercice , connoissez-en bien Tutilité: je
45<5 Pour le VI. Dimanche
TOQS en iii'(.1é)à dit quelque cbose dans an autre eutietien : il y a des avantages singuliers attachés à ces saintes réflexions ; car elles éclairent Tentendement ^ elles parifient la volonté , elles corrigent les défauts elles règlent les mœurs , elles rendent toute la conduite honnête et chrétienne; la oo s'instruit de tous ses devoirs , on prévoit les dangers du salqt et on les prévient , on coo« noit ses fautes et on les répare , on se fortifie dans les vertus théologales et morales, en un mot , par ce moyen , on met son salut en assurance ; c'est le sentiment de tous les Saints qui sont nos msdtres dans la vie spirituelle. Voyez S. Bernard y de cunsideràiione ^ au Pape Eugène. Après avoir développé tous ces avantages, on conclura avec S. François de Sales ( Voyez le chap. i. de la a*^ partie de l'introduction 9 n.^^ 9 et lo» ) qu'il ne faut rien négliger pour méditer chaque jour. Vous me direz sans doute que vous souhaiteriez bien le faire , mais que vous n'en avez pas le temps, et que vous n'en savez pas la méthode. Vous pouvez le ti^ouver, ce temps, malgré toutes vos occupations , et il ne vous est pas difficile de pratiquer dans votre état » l'exercice dont je vous parle ; écoutez ce que je vais vous dire dans une seconde réflexion.
' après Pâques. 4^7
il RÉFLEXION.
Non, m. F., fe saint exercice dont je vous parle n*eât point si difficile qu'on se le persuade communément dans le monde, et il n'en est aucun parmi vous qui n*en soit capable :
les premiers clirétiens en faisoient une de leurs principales occupations; il y a encore de nos joui'S plusieurs âmes justes, non-seulement dans les maisons religieuses, mais même dans Je siècle , qui ne passent aucun jour sans y donner quelque temps, selon que leur âge et les devoirs de leur état peuvent le permettre. Je n'ai qu^à vous proposer leur exemple et à vous mettre devant les yeux la méthode qu'ils y observent. ( Il est ici besoin de beaucoup de pri:^dence pour dire ce qui convient à la paroisse , eût égard aux personnes qui la composent. Dans les paiK>isses où il y a un certain nombre de gens qu'on appelle honnêtes, qui ne sont pas obligés d'aller aux travaux de la campagne, on entrera dans quelques détails sur la méthode ordinaire de Toraison mentale, pour la préparation, le corps de l'oraison et la conclusion en les exhortant à ce saint exercice^ Oq leur indiquera les livres qui pouiroient les instruire. S'il n*y a que des gens de travail dans la paroisse, on leur enseignera une manière de faire l'oraison, qui soit à leur portée 7onw IL V
458 Pour le VI . Dimanche
et qui puisse s'accommoder à leur travail coi-porel ; par ex. ou leur proposera de se conserver en la présence de Dieu , après leur prière du matin, et sur- tout de se rappeler la manière dont Jésus-Christ commençoit son travail, lorsqu'il étoit avec saint Joseph; ils Tadoreront intérieurement, et le prieront de leur communiquer de saintes pensées, de pieux sentimens et quelques bonnes résolutions pour passer saintement la journée. ) Cela peut se faire , dira-t-on , soit à la maison , en s*y occupant du soin du ménage, soit en voyage^ soit dans les ouvrages de la campagne* ( Après cette coQi te préparation , on leur recommandera de garder le silence autant qu'ils pourront , le premier quart d'heure de leur travail, et durant ce temps ils feront ce qu'on appelle le corps de l'oraison, en faisant usage des trois puissances de leur ame : la mémoire , l'entendement et la volonté. ) Rappelez- vous, leur dira^-t-on , quelques vérités de notre sainte religion, celles que vous aurez lues le soir, ou que vous aurez entendues le dimanche à l'église, ou quelque autre qui vous paroitra plus importante. ( On peut leur indiquer différens sujets pour chaque jour de la semaine, y Animez votre foi, dira-t-on, et croyez ce que J. C. vous a dit sur cette vérité; demandez* vous à vous-même si vous en êtes bien periadés; voyez comment vous vous comportez
après PâqueSé 4^9
)i cet égard; faites attention aiut saints mou- Temens que produira en vous le Saint-Esprit; formez quelques bons actes, par ex* d^amour, de contrition, etc., ne manquez jamais de prendre quelques saintes résolutions pour le Jour même, et qui vous, soient particulières, c'est-à-dire, pour vous corriger de quelques défauts, et acquérir quelques vertus, selon que vos besoins spirituels les plus pCessans pourront l'exiger. Teiminez le tout par une courte prière, mais humble et fervente, pour obtenir la force d'exécuter ce que vous aurez résolu, et priez la mère de Dieu, votre bon ange gardien , votre saint patron et celui de la paroisse, d'intercéder pour vous. Y a-t-il rien là, M. F., qui soit impossible à un esprit raisonn«'ible, à un chrétien qui désire sincèrement son salut? Eh quoi! durant votre travail , lorsque vous êtes seul, n'occupez-vous pas votre esprit de mille choses vaines, inutiles et terrestres; ne pensez- vous pas à vos intérêts temporels à rendie votre travail plus profitable, à perfectionner vos ouvrages ? Si vous travaillez en compagnie , ne vous entretenezvous pas de diflféiçns objets avec les personnes avec qui vous êtes; ne les écoutez-vous pas lorsqu'elles vous parlent, sur-tout si elles vous dirent des choses qui vous intéressent?
Et pourquoi ne vous occuperiez- vous pas, lorsque vous êtes seul , de votre affaire éter-
46o Pour le VL Dimanche nelle? Pourquoi n*écouteriez-vous pas Dieir qui vous parle au fond du cœur? Qui vous empecheroit de consacrer à cela au moins un quart d^heure dans la naatinée? Qu*il seroit édifiant , M. F., de voir une troupe d*ouvriers faire ce généreux sacrifice dès le matin, et s'interdire toute conversation pendant Tespace )d*enviroti ^n quart d'heure, poui* converser d'une manière chrétienne. Ce seroit bien alors que l'on pratiqueroit ce bel avis de saint Pierre dans lépitre de ce jour : Si cuis loquitur^ quasi sermcnes Dei. On n'entendroit parmi vous que des discours édifîans. Quelle douceur même, quelle consolation ne goûteriez- vous pas dans votre travail. Faites-en l'expérience, je vous en supplie, /pendant cette semaine, Gustate et videte quoniam suam est Dominus.
( Ps: 33. ) Pères et mères, maîtres et maîtresses, ayez soin de mettre en pratique ce que je vous reconunande ; c'est de vous principalement que dépend l'observation de cet avis le plus important que l'on puisse vous donner. Ne doutez point, si vous y êtes fidèles, que le Saint-Elsprit ne descende dans vos maisons et 5ur tonte votre famille : DnhU spirihwi banum peieniibus se. ( Le Pape recommande l'oraison mentale en famille. ) On terminera ce second point en conjurant le Saint-Esprit de répandre sur la paroisse l'esprit d'orabon conmie il le épandit sur les fidèles au,cénale. Heureux le
après Pâques* ^6i
pasteur qui pourra gagner sur ses paroissiens de vaquer à ce saint exercice !