I. POINT
Il faudra exposer ces raisons avec clarté et avec force; en voici quelques-unes, i.^ C'est que le Carême est le temps de se convertir , et il est déjà venu : Ecce nunc iempus. ^,^ Dieu donne ses grâces aux pécheurs , et ils doivent y répondre dès-à-présent, 3.o Le temps s'écoulera , les grâces passeront , et ceux qui n'auront pas voulu en profiter dès l'entrée du Carême , ne les auront plus à la fin.
( Voyez Grenade dans son Guide des pécheurs , troisième partie du premier livre. )
Raisonnez avec vos auditeurs et demandêz-leur pourquoi ils veulent différer l'ou-
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vrage de leur conversion jusqu'à là fin du Carême, et peut-être au-delà. Vous sera-t-ôl plus facile de le faire alors qu'à présent ?
D'où vient que vous ne le voulez- vous pas com* mencer? Aurez-vous moins d'obstacles qn*à présent? Au contraire , les habitudes qui se seront fortifiées, les grâces qui seront diminuées , le démon qui s'efforcera de rendre inutile le projet que vous formez peut-être 4e vous approcher dans la suite du sacrement de Pénitence, les embarras temporels qui surviendront; tout cela n'augmentera-t<*il pas la difficulté de votre conversion ? Quis scii Si cont^erfafur et ignoscai Deus ? ( Joël, a*)
Ah ! M. F. , ne serolt-il pas étonnant que TOUS vous aveugliez jusqu'à ce point, et que vousne voyiez pas le danger évident que vous courez pour votre salut? Quoi donc, si vous aviez reçu une plaie mortelle, différeriez -vous à vous en faire guérir? Si vous étiez attaqués d'une fièvre continue, etc. si vous aviez eivcouru l'inimitié du prince , et que vous puissiez l'appaiser aujourd'hui , remettriez-vous au lendemain? N'y aura-t-il que pour la guérison de votre ame, pour vous réconcilier avec Dieu, que vous userez de délai?
Non, M. F. , il n'y a pas à différer; tout vous presse de changer de vie; et rien ne peut justifier votre retardement. Il faut que ce jour en soit l'heureuse époque: Diaii^^ nunc cœpL ( Psal. 76. )
de Carême ig
Mais quels moyens devez-vous prendre, pour travailler efficacement à ce grand ouvrage de votre conversion ? Je vais vous en instruire , donnex-moi toute votre attention.
IL P O I N T
Voulez-vous, M. F., voulez- vous sînci* rement vous convertir? Jetez les yeux sur J. C. retiré au désert, son exemple vous instruit des moyens dont vous devez vous servir pour vous convertir véritablement.
I.® Il s'éloigne du monde. 2.^ Il vaque à Toraison. 3.^ Il jeûne. 4-® H résiste au tentateur: voilà, M. F., le modèle que vous devez suivre. Beaucoup d'obstacles se présentent à vous , et vous font regarder votre conversion comme impossible, ou du moins très-difficile ; Tamour que vous avez pour le monde vous retient, votre négligence à prier, rattachement à vos aises, enfin le tentateur; voilà ce qui vous a arrêtés, ef ce qui vous a rendu jusqu'à présent inutiles les grâces que Dieu vous a données pour retourner à lui : il s'agit de les surmonter, ces obstacles, i.'^ Par l'éloignement du monde; a.** par l'exercice de l'oraison, de la prière et des saintes réflexions; 3.° par la mortification; 4«** .enfin, par une résistance courageuse aux tentations du démon. On expli-
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quera ces quatre moyens de conversion, en commençant par la retraite, dont on montrera la nécessité, soit pour fuir les occasions du péché, soit pour rentrer sérieusemftit en soi - même. Le commerce du monde, dira-t-on, vous a perdus ; ce sont telles et telles compagnies; ce même commerce, ces mêmes compagnies entretiennent vos passions; tant que vous refuserez de vous eu séparer, que vous ne voudrezpas vous retirer de rembarras de vos affaires; ces affaires, ces objets vous empêcheront d'écouter la voix de Dieu ; mais dèft qu'éloignés du monde, et dégagés de vos embarras, vous serez seuls avec Dieu« vos yeux s'ouvrii'ont, vos passions commenceront à se calmer; voua sentirez votre mal; vous gémirez; vous voi^ convertirez. Quels exemples ne pourrois-je pas vous produire de* cette vérité ! Combien de saints pénitens sont redevables de leuf salut à quelques jours de retraite! On en pourra produire quelques-uns.
Vous me direz, sans doute, que cela vous est impossible. Je sais , M. F. , que vous ne pouvez pas quitter entièrement le monde; mais vous est-il impossible de prendre tous les jours quelque temps , pour vous retirer seuls avec votre Dieu , pour considérer l'état de votre ame, pour repasser sur la conduite que vous avez tenue les années précédentes.
du Carême. 2t
Que ne suis:-je assez heureux pour faire «nbrasser à tous les pécheurs qui m'écoutent cette sainte pratique! Nul d'eatr'eux qui dans peu ne changeât de vie. Je vous demande donc, pour le salut de votre ame , au moins un quart-d'heure chaque jour de cette semaine , où vous gardiez la solitude. J. C. y a passé quarante jours pour le salut de cette mémç ame ; refuserez-vous de lui donner un qu'art-d'heure? ( Si on fait la prière le jsoir à Téglise^ on indiquera le temps pour faire cette petite retraite, ou bien on exhortera à la faire le matin après la prière, ou au commencement du travail , ou le soir avant de se coucher.) C'est là, M. F., le premier moyen, un moyen que Ton peut dire nécessaire pour travailler sincèrement à sa conversion.
n faut y en ajouter un second, à l'exemple de J. C. C'est l'oraison que fit le Sauveur, pendant sa retraite; il s'humilioit devant son Père, il contemploit ses divines perfections , il pensoit à nous, il prioit continuellement pour nous. Faites eij de même, M. F., humiliez-vous dans la prière, implorez le secours du Tout^puissant; considérez la bonté de celui que vous avez offensé; cherchez des remèdes à vos maux spirituels.
Troisième moyen. J. C jeûna, se mortifia;
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pratiquez comme lui la mortification du corps: vous avez fait servir vos membres à l'iniquité, faites-les semr présentement à la justice divine. Votre âge, votre état, votre santé peuvent ne pas vous permettre d'exercer de grandes mortifications ; mais rien ne peut vous dispenser du jeûne spirituel: Je-junet vcidus ^ jejunet auris^ etc.
Enfin , tenez- vous en garde contre le ten^ tateur; il n*a pas épargné J. C. dans le désert, comment vous épargneroit-il dans, le monde ? ) On rapportera les différentes tentations , et particulièrement la peine qui se rencontre à changer de vie, à quitter • les plaisirs du monde, à mépriser les honneurs qu'il offre. ,) Ne l'écoutez pas , Vade , saiana; souvenez- vous qu'il ne faut adorer et servir que Dieu seul; Dominum Deum ittum adorabis , et illi soli serms, O mon Jésus ! gravez profondément dans la mémoire de mes auditeurs cette grande vérité; faites que nous ne nous attachions qu'à vous, que nous renoncions de bon cœur, pour votre amour , à tout ce qui nous a enchantés dans le monde, etc. Demandez-lui cette grâce, M. F., et rendez vous dignes, par votre fidélité à imiter Jésus dans sa retraite , d'être visités comme lui par les anges, d'en être assistés, et d^en recevoir des consolations célçstfis, qui vous dédommageront
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abondammeiit de tous les eflfbrts que vous aurez faits pour vaincre le démon , la chair et le inonde , et pour vous donner prompte ment et entièrement à Dieu.
Si Ton juge à propos de traiter cet évangile en homélie, on pourra prendre ce dessein : Qu'est-ce qui a conduit J. C. dans le désert, et pourquoi TEglise le propose-t-elle au commencement du Carême? Premier point.
Qu'est-ce que J. C. a fait dans le désert, et qu'a-t-il voulu nous apprendre ? Second point.