‹ Projets de prônes pour tous les dimanches de l'année, connus sous le nom d'instructions de ToulChapitre 7 sur 39 · I. POINT · texte numérisé non relu

I. POINT

On exposera dans le premier point les raisons qui ont conduit le Sauveur dans le désert, et on invitera les auditeurs à s'y conformer, ainsi que le souhaite TEglise. Dans le second point, on suivra la conduite du Sauveur dans le désert, et on l'appliquera aux fidèles pour sanctifier la quarantaine.

On ne manquera pas de leur donner pour fmit de cette instruction, i.^ de se rappeler tous les jours, durant le Carême, le Sauvenr retiré dans le désert, priant et jeûnant pour nous; 2.° d'unir leurs jeûnes et leurs prières, et toutes leurs mortifications à celles de ce divin Sauveur; 3.® d'honorer son silence et son recueillement par un grand éloignement du monde, par des réflexions plus fréquente;»

24 iPour le L Dimanche

sur les vérités de la foi; enfin, par une pi grande attention à penser à Dieu et à eu] mêmes 9 en veillant davantage sur leurs et sur les mouvemens de leur cœur, ensoi que tout le temps du Carême soit véril blement pour eux un temps de salut

Il est nécessaire de traiter expressément l'obligation du jeûne , ou le dimanche de Quinquagésime , ou le premier dimanche Carême, au moins d'une année à une autre mais il faut avoir bien égard aux circôi tances des lieux et des personnes. Dans grandes Paroisses, où il se trouve du grànc monde et beaucoup de gens obligés au jeûne^] de même que dans les endi*oits qui sont près, des hérétiques, il faut en établir solidement la nécessité, et en enseigner ensuite la pratique.' On trouvera en différens endroits , des preuves du jeûne quadragésimal , par ex. dans les controverses de Bellarmin. On aura soin de détruire les calomnies des hérétiques et les fauses raisons qu'ils apportent pour abolir le jeûne du Carême. On n'oubliera pas de faire voir la fauseté des prétextes dont plusieurs ca-tholiques s'autorisent pour s'exempter du jeûne» et même de l'abstinence de viande; on les pressera d'y satisfaire, par la considération du précepte que l'Eglise en fait et des grands avantages qui suivent .de son observation.

Je sais cependant, M. F., que vous n'êtes^

pas

de Carême» 25

pas tous indifféremment obliges à ce préceptt ; ( on en rapportera des exemples ) mais combien qui s*en dispensent, ou qui s'en font dispenser sans de justes raisons, qui n*ont jamais éprouvé leurs forces, qui refusent de jeûner . pour une légère incommodité ! Eh ! quel mérite y auroit-il dans le jeûne, s'U n'étoit pas pénible, s*il ne mortifioit pas la chair, etc. Ah! que l'exemple des premiers chrétiens, de tant de religieux et de religieuses, condamnera bien hautement la lâcheté et la déficatesse de tant de personnes du monde , qui ayant bien plus besoin que ces saintes âmes renfermées dans les cloîtres ^ de mal-> ^traiter leur chair et de réduire leurs corps en servitude 9 ne peuvent se résoudre à faire pendant quelques semaines , ce que ces âmes religieuses pratiquent pendant plusieurs mois de Tannée! ( On leur dira que, dans le doute , ils doivent consulter un prudent confesseur, et s*en tenir à ce qu'il leur dira. ) . Remarquez que dans les Paroisses où il y a de personnes obligées au jeûne, il ne a pas laisser d'exhorter les fidèles qui >8ont dispensés 5 à jeûner au moins de temps I temps, selon leurs travaux, leurs forces, âge et leurs passions, umettez-vous donc , M. F., à une loi ntestable, à une loi si ancienne, si salus , si juste ; mais soumettez-vous-y dans Tome 11 B

26 Tour le /. Dimanche

vj^ esprit vraimept chrétien; ayea soin de pratiquer le jeûne selon que l'Eglise le demande de vous. Comment faut-il jeûner? Cest le second point,

IL POINT

San$tifuûte pejuab^m^ dkt le prophète JoëL Que faut-il faire pcxi(ir le sanctifier ? il n*y a qu'à peter les yeux sur le jeûne du Sauveur.

(Expliquez et parapkrasez la préface de la Messe: Qui corporati jejufiio^ eic. Cest un détail des avantages spirituels que l'on retire du jeûne. ) U s*y prépara par le baptême; il je4na pour ohéir à son Père, pour satisfaire à sa justice^ il y joignit d'autres bonnes œu* vreS', et il persévéra pendant quarante jours. Ainsi, M;. F. y devons-nous sanctifier notre jeûme.

1.0 ¥^ eommençant par purifier notre ame dans le saicrement de Pénitence. (On invitera de nouveau à se confesser de bonne heure, sur-taut, si on a le malheur d'être en état de péché mortel, et on montrera ta conséquence de cette pureté d'ame* )

a.*^' H faut jeûner exactement , en s'abstenant des mets que l'Eglise défend, se contentant d'un seul repas avec une légère collation. On s'étendra sur ce point plus ou moins , à proportion de ce que l'pn en aur^

f/e Carême. tj

iéja dît le cHmaficbe précédent. On parlera |>articalièrement ponr eetix qm font des collations trop fortes ou trop délicates^ et qni abusent ainsi d'une parc tolérance et condescendance de PEgËse, aussi bien <jae pour ceux qtfi demeurent trop long-temps à table^ «a qui se nomrisse^t avec trc^ de délicatesse et de superfluité.

3.^ Jeoner comme 3. C, Cesi-à-dire, avec le même esprit, dans les mêmes intentions , unissant notre jeène ati sien^ afin que la perfection de son jeâne supplée au défaut du aôtre. Cest une sainte pratique, dira-t-on, de faire cet acte d'union ou d'offi*ande, tous les matins; il faut jeûner courageusement et sans se rebuta* par la longueur du Cai^me.

-Àh! que tt'avons nous pas mérité par nos péchés! peut-être de souffrir une faim et une «oif étemelles! Quel est le réprouvé qui n*accepteroit de bon cœur de jeûner au pain et à Teau pendant quarante jours, s'il pouvoit, à cette condition, se racheter de l'enfer?

Entreprenons donc, M. F. cette camère de mortifications , commençons et continuons ce saint temps de pénitence en vrais disciples de J. C. en dignes enfans de l'Eglise catholique; souvenez-vous que, pour participer ù la gloire de Jésus ressuscité et triomphant dans le ciel, il nous faut prendre part à ses souflrances et à sa vie pénitente.

28 iPour le L Dimanche

Il faudra avertir les chefs de famille de faire ensorte que ceux de leurs maisons qui sont obliges au jeûne le pratiquent exactement, et d'en donner eux mêmes l'exemple.

On dira aux parens d'y accoutumer peu à peu leurs enfans; enfin on recommanderai toiis le jeûne spirituel , dont personne n'est dispensé.

On trouvera encore dans la tentation du Sauveur, de quoi parler très-utilement et trèsconvenablement pour ce dimanche ^ en exposant les raisons pour lesquelles ce divin Sauveur s'est soumis à la tentation, et comment; à son exemple , nous devons nous y prë-.

parer et y résister.

Quant à l'épître de ce dimanche, qui est prise du. sixième chapitre de la lettre de S. Paul aux Corintliiens; elle ne peut être mieux choisie; les premières paroles fournissent un excellent texte pour un sermon ou pour un prône: Exhortamur ne in pocuum gratiam Dei recipiatis. Ecce nunc tempus acceptabile^ ecce nunc dies saîutîs. Voici le dessein qu'on peut prendre sur cette . épitre , et ^ qui se présente assez ; naturellement; savoir l'estime que l'on doit faire du temps du Carême, et l'emploi ou l'usage de ce temps. Vous devez estimer singulièrement le temps du Carême: premier point. A quoi faut- il employer ce temps, ou» quelle est la manière de le bien passer ? Second point

de Carême* 2Q

L POINT

On montrera combien fl est estimable: par trois endroits; i.® parce qu'il a toujours été en singulière vénération depuis les Apôtres; 2.^ à cause des fins de son institution; 3.^pour les biens spirituels qu'il procure, - En expliquant, comme il faut, ces trois raisons , on donnera aux fidèles une haute idée du Carême, comme d*un temps oîi ils doivent singulièrement travailler à la grande affaire du salut: dies salutis^ etc. On leur apprendra à entrer dans les fins de TEglise, et on leur inspirera une sainte ardeur de participer aux grandes grâces que Dieu a coutume d'y répandre sur ceux qui le passent chrétiennem^it

IL POINT

Pour l'emploi du temps du Carême, on peut s'an'êter à ce que l'Apôtre lui - même dit aux Corinthiens : Nemini dantes ullam offensioFiâm.:» sed in omnibus ejrJdbeamus nosmetipsos sicut Dei ministros^ in laboribus^ in jejuniis ^ etc. Paroles qui renferment , et ce dont on doit s'abstenir durant le Carême , et ce que l'on doit y pratiquer. Nemini dantes ullam offensionem j voilà ce que l'on doit éviter , tout ce

3a Pour le L Dimanche '^

qui peitt scandaliser nos frères et ceux qui '^ seroient témoins de notre conduite. Là on re- ï* prendra ce que nous avons dit plus haut de '^ la fuite des occasions, du jeûne des sens, à n^ plus forte raison de tout plaisir crimin^, ^ de toute injustice, etc. ' i

In omnibus exhibeamus nosmeiîpsos skut Dêi .

mînistros : c^est ce que Ton doit pratiquer* \ Quoique cet avertissement soit paiticuliè- ] rement pour nous ministres du Seigneur éta* blis pour réconcilier les hommes avec lui, ovt p^ut aussi en faire Tapplication à toiït chrétien qui, selon la belle pensée de Tertulien , est eu quelque sorte ministre de Dieu, pour le venger des injures qu'il lui a faites par ses péchés : Pœnitenifd^ dit-il, pro Dei iniignaiione fu'gitur. ( Voyez le P. Nepveu, tom. 3. de * Tesprit de pénitence , le 1 7 Sept«nbre , et tome 4* 1® i3 Décembre. C*est ce qui est encore mieux expliqué dans ses exercices extérieures pour le Carême; )

Or, comment , M« F. , ddves-vous fairô la fonction de ministres de la justice divine ti votre égard ? Vous avez; offensé Dieu , il veut bien vous pardonner , mais à cette condition , que vous prendrez ses intérêts en main contre vous-mêmes ; que vous vous traiterez comme ayant été ses ennemis ; que vous punirez votre propre corps comme un esclave insolent qui a osé se révolter contre son souVerain maître.

de Carême. 3i

O! M. "Pi ^ 8j je pouvois vous inspirer cet esprit de pénitedce , quelle ferveur ne verroHcm pas en vous durant ce Garéine I H vods suggéreroit mille moyens poiâ* ciiicifier votre chair par les jeûnes , par )^ veilles et quantité d'autres innocentes cruautés.

Mais j hélas ! où trottve-t>on cél esprit de pénitence ? Où sont les chrétiens qui se regardent comme exécuteurs de la justice divine envers eux-mêmes? Toute la pénitence ne se réduit-elle pas aujout*d*hui à deb paroles et à des apparences ? On se coDresse , ce sont des paroles j on pronooce des actes de contrition , ce sont encore des paroles ; on dit ensuite quelques prières , quelques chapelets , sans attention , sans componction ; il n'y a en tout cela que des paroles : voilà encore uiie fois où se réduit la pénitence de la plupart des chrétiens ; presque point de véritables conversions» Pourquoi cela ? Parce que voUs n*êtes pas animés de l'esprit de pénit(»ice.

Avoue2-le 5 M. F. ^ que depuis plusieurs années votre pénitence s^est terminée à Textérietur. Ah ! commences du moins cette atlnée à imitéf véritablement Jésus pétiitedt au déseit; et après l'avoir reiuerdié de Texémplé qu^il a bien voulu vous donner , eil ëiffligeant sa chair pour votre amôtir ^ et en gémissant stir vos propres jfâutes^ detnande^-lui la grade de marcher sur ses tracer , et de ne plus i^écè-

32 pour le IL Dimanche **

yoir en vain la grâce qu'il vous offre. Not»^ vous en conjurons de tout notre cœur; unisse»-^ ^ vous à nous , pour obtenir de ce divin Jésus ■ que nous allons offrir à la sainte Messe , la ^ foi ce d'exécuter, durant ce Carême, tout ce " que je viens de recoQimander ; Adjui^aïUes ^ -v, exhorlamur ne in vacuum , elc. 2

Quand on ne fera pas son instruction sur •:

l'épître même , on pourra toujours se servir v utilement de c« qui y est rapporté , soit dans l'exorde , soit en finissant.

Pour le second dimanche de Carême.

• KJfvoiqv^ov lise l'évangile de la Transfiguration à la Messe, et qu'on doive faire son instruction sur la matière qu'il présente , il semble cependant qu'un Pasteur peut instruire avec fruit, en rapportant l'histoire de la Cana* néenne, tirée du chap. 18. de S. Matthieu, .pour fournir aux pécheurs représentés par la fille de la Can.tnéenne possédée du démon , une figure de l*état de leur ame , et un modèle de la prière qu'ils doivent adresser au Sauveur pour s'en délivrer. Ainsi un Pasteur peut traiter , en ce dimanche, des effets du péché y et de la prière comme d'un moyen nécessaire poui* se disposer à une vraie pénitence. U

de Carême* 33

commencera par raconter Miistoire de la Cananéenne ; ensuite il en prendra occasion de représenter les ravages que le péché fait dans une ame, et spécialement' la mauvaise servitude du démon ; et après en avoir fait un juste portrait , il enseignera le moyen d*en sortir , qui est d'imiter la Cananéenne. Il peut aussi faire une instruction particulière sur chacun de ces sujets , par ex, sur Tétat du pécheur , en faisant voir et le triste état dû pécheur réduit dans l'esclavage du démon , et Theureux état où il est rétabli par sa délivrance. Pour la prière ,il en établiroit la nécessité dans le premier point ; et dans le second il en expliqueroit les qualités.

Nous lisons dans Tévangile , M. F. , une histoire des plus^ édifiantes et des plus instructives. Jésus étant venu dans les confins de la Judée , du côté de Tyr et de Sidon, qui étpient habités par des idolâtres , une femme de ce pays ayant appris son arrivée , alla aussi* tôt le trouver et le prier de guérir sa fille , qui étoit fort tourmentée du démon. Jésus , fils de David , s*écria-t-elle , ayez pitié de moi ; ma fille est fort tourmentée du démon.

( On finira l'histoire. ) Pourqnoi , M. F. , "VOUS rappelé -je aujourd'hui cette histoire ? En voici la raison. Cette fille tourmentée par le démon est la figure de l'ame qui est esclave du péché mortel ^ et qui par-là même

34 Pour le IL Dimanche \f^

est réduite sous l'esclavage du dëmôo mémo ri qui tourmeotoit cette Bile ; et la prière qui ,« obtint la délivrance de cette fîUe possédée 9 fs est le modèle de celle que tout pécheur doit ^ adresser au Sauveur ^ sor^tout en ce tempi rr de Carênie , pour sortir de la servitude oii il ^ gémit Que n*ai-)e ^ M. F. ^ assez d'éloqoeûc^ , pour vous tracer le portrait d'une ame M :, péché mortel I quelle horreur &- en inspire^ rois')e pas à tous les pécheurs , et qu- elle Gom-* passion n'jeu concevtoient pîl» les atEves justes 1 Je vais essayer de vods en donner quelque légèi*e connoiss«ince# Rien de si affreux que l'état d'une £uue ed pédhé mortel : c*est lé preoiier point. La prière est un moyen des plus efficaces poiir eim sortir : c'e%t le second point Ou bien ^e vous mobtretat , dans le premier, le malheur d'une ame dans l'escla^ vage du démon ^ et dand le second 5 l'heu^ reux élat où elle se trouve apès sa dâitrâoce.

P o r R bien eiq>liquer ce premier point y on compaererales effets de la possession ou ob^ session corporelle y à ceux de la possession spirituelle.

Rieïi n'est plu^ tndte , M. F. , ni plus afireux , que l'état d'une personne possédée QU obsédée du malin esprk. Ces sortes àt

de Carême» 35

possessions ou obsessions au]ourd*liai trèsrares , du moins [iarmi les chrétiens , étoicfit autrefois fort comlildnes , Dieu donnant ati démon une puissance plus étendue c{u*il n*en a eu depuis llncamatidn de son flls , qui est venu poitr déimire son éttipire et le chasser des colps au^i bien que des âmes. Notis voyons dans Tévangile plusieurs possédés qu'il a délivrés; et ce qiii en est rapporté suffit pour juger du misérable état où sont réduits ceux qiié le démon possède. ( Ici on citei'a deux ou ttois tt-dits de Vévailgile , oîi il est fait ttiétttiôh de ces possédés ; entr*autres le fameux démoniaque qui habitoit dans les tombeaux , et dont parlent S. Matthieu , chap. 8. S. Marc, chap. ^. et 8. Luc, chap. 8. , aussi bien que le jeune homme possède d'un démon lunatique qui le rendoit sourd et muet, et que les disciples ne purent chasser : il en est parlé en S. Matth. chap f u

Ést^il rien de plus déplorable , M. P. , qu'une semblable situation ! et s'il y avoît dans cette paroisse plusieurs hommes Semblables à celui qui habitoit dans les sépulchres; à ce jeune homme que le dénfion faisoit tomber tantôt dans l'eau, tantôt dans le feu ; à cette fille de la Cananéenne qui en étoit vivement tourmentée ; n'en seriez-vous pas touchés, ne craindriez-vons pas un semblable état ? Ah ! M. F. , il y a parmi Vous deâ jeunes

36 pour le IL Dimanche î-"*

gens, d*autres plus avancés en âge, de V%ytki*i et de Tautre sexe , que le démon possède-?

d'une manière bien plus pitoyable , quoiqu'elle soit moins sensible. Il n'agit pas visi- jl blement sur leurs corps , comme sur ceia ^i des possédés ; il ne les fait pas tomber tantôt * dans l'eau , tantôt dans le feu ; on ne les .; voit pas. s'agiter, se tourmenter, etc. Mais \ quelle fureur n'exerce-t-il pas sur leurs âmes, , il en est lé maître , et il y exerce toute sa tyrannie. ( On rappellera ici la servitude des Juifs sous Pharaon , après la mort du Patriarche Joseph. ) Ce n'étoit qu'une figure de la servitude du démon , sous laquelle les pécheurs gémissent II ne tiendroit qu'à eux d'en sortir, mais, ô aveuglement! ils se plaisent dans un tel esclavage, ils n'en sentent pas la dureté^ ou plutôt ils ne veulent pas y faire attention. Des ténèbres aussi épaisses , et plus épaisses que celles dont Dieu frappa les Egyptiens , les empêchent d'appercevoir leur malheur.

C'est bien d'eux que l'on peut dire : Vos ex pâtre diabolo esiis : et desîderia palris t^esiri puftis facere. ( Joan. 8. ) Oui , ils sont les enfans du démon; ils l'ont pour chef, ils suivent toutes ses volontés ; et il les fait agir à son gré , et en les entraînant tantôt dans un crime , tantôt dans un autre. Voyez , M. F. , à quoi il les porte , ouvrez les yeux de votre foi , et vous reconnoltrez les effets de cette

de Carême* 3 7

possession spirituelle, et dans vous et dans les autres. Cette jeune personne, qui scandalise par telle et telle faute, n*est-elle pas possédée d*un démon mille fois plus à craindre que celui qui tourmentoit la fllle de la Cananéenne ? Cet autre qui, depuis son enfance , tombe tantôt dans Texcès du vin , tantôt dans une paresse mortelle , qui ne veut écouter ni les remontrances d'un père et d'une mère, ni les avis d'un Pasteur, qui ne sait ce que c'est que de parler^à Dieu dans la prière , même dans le saint sacrifice de la messe , ne ressemble-t-il pas à ce jeune homme qui , depuis son enfance , étoit livré à un démon lunatique , qui mettoit souvent sa vie en danger , qui l'empêchoit de parler et d'entendre ? Ce père de famille , qui ne peut vivre en pai:i avec ses voisins , cet homme avare, colère , furieux; cette femme emportée , querelleuse , joueuse , etc. à quel démon appartiennent-ils ? N'est-ce pas au démon de l'avarice , de l'envie et dé la colère ? etc.

Direz- vous après cela, M. F. , qu'il ne se trouve plus présentement de possédés ? Ah ?

le nombre en est peut-être plus grand que jamais ! L'empire du déihon , pour être moins visible , n*en est pas moins étendu.

Que chacun de nous, M. F. , considère l'état dé son ame , à quelle passion il est sujet; autant de diiTérentes passions qui vous

38 Pour le IL Dimanche

dominent , autant de démons qui vous possèdent N'êtes^vous point comme ce démoniaque^ qui répondit au Sauveur qui lui demaodoit son nom : Legio mihi nometi^ quia multi sumus I ( Marc. 5. ) Mon nom , c'est Légion, car nous sommes plusieurs ? N'y a-t-il pas encore parmi vous quelque personne setnbliH ble à Marie-'Magdelaine , de qui le Sauveiii* chassa sept démons ? Ah ! puissie&^votts l€6 uns et les autres être affranchis , durant ce Carême 9 d'une possession si malheureuse !

Demandez , pécheurs et pécheresses , detnàtldez à J. G. qu'il veuille bien vous éclairer , pour connoître à quel démon votl^ ame est livrée, faites sur vous-mêmes ces réflexions: Est-ce du démon de l'orgueil? Vous le côflnoitrez à telle et telle marque. Elst-ce du démon de l'avaiîce ? En voici les effets. Est-ce dû démon de la luxure ? Vous en jugerez par vos discours, par vos regards , par vos actions , etc.

On poursuivra le détail, et si l'on juge à propos de finir , on donnera pour fruit , de s'examiner pendant le reste de la messe , et d'offrif le saint Sacrifice pour obtenir la vicjtoire de' Cette passion. On priera J- C. d'opérer sur nous les mêmes miracles qu'il opéra silr ceux dont il chassoit les détnons durant sa vie mortelle.

de Carême. 39

IL POINT

Si Ton a pris pour dessein de faire voir dans son second point Theureux état de Taltie délivrée du péché , on le comparera à celui d'un homme délivré de la possession du démotiu Si la situation de ces possédés 9 dont il est fait mention dans l'évangile , étoit bien digne de compassion ^ avant que le Sauveur les eût délivrés , l'état oti ils se trouvèrent après leur délivrance est bien digne d'admiration.

Le texte sacré nous dit^ que la mère qui étoit venue demander au Sauveur Jb délivrance de sa fille , qu'elle obtint par sa persévérance 9 s'en étant retournée chez elle , trouva sa fille dans un état de tranquillité , reposant sur un lit , pleine de joie ^ et délivrée de l'esprit immonde qui jusques-là l'avoit tourmentée :

InvenU puellam faceniem super lectum ^ et dœmo-»' nem exiisse. Nous lisons aussi que l'homme possédé d'un démon x furieux, dont je vous ai parlé , ayant été délivré par le Sauveur, fut aussitôt tranquille , se tenant aux pieds de Jésus , habillé et dans son bon sens :

Vénerunt ad Jesum , et inçenerunf hominem sedentem^ à quo dœmoma exierant ^ vestiiwn oc sand mente , adpedes ejus, ( Luc, 8. )

Le jeune homme , qui depuis son bas âge avoit été possédé du démon ^ et 'que le San-*

4o Pour lé ÎL Dimanche

veur délivra , parut d'abord comme mort ; mais Jésus le prenant par la main , l'aida à se relever ; Tenfant se leva , commença à marcher et à donner des marques d'une parfaite guérison.

Voilà , M, F., une peinture bien naturelle de ce qui arrive à ceux qui sont délivrés de l'esclavage du péché. Tandis qu'ils vivent au gré de leurs passions , que d'inquiétudes ne ressentent-ils pas au- dedans d'eux-mêmes, que de remords de conscience , que de troubles , de craintes , de frayeurs! S'ils n'en sont pas continuellement agités , s1ls semblent quelquefois jouir d'une certaine tranquillité , se livrer même à la joie, ils éprou^ vent fort souvent la pesanteur du joug sous lequel ils gémissentj le maître qu'ils servent ne les laisse pas long- temps en repos.

Outre les peines intérieures , que de suites funestes n'apperçoit-on pas dans cette déplorable servitude ? Les scandales que donnent les méchans,les troubles qu'ils causent dans leurs familles , dans toute une paroisse, tout cela n'est-il pas l'effet de l'empire que le démon a sur leurs âmes?

On poussera plus loin ce détail , si on le trouve à propos. Sont-ils délivrés, les pécheurs, de la tyrannie du démon? Ont-ils fait une bonne confession qui les a heureusement affrancliis du péché ? Quoi de plus

de Carênièy J^i

tranqaille qne leur conscience ! La paix succède au trouble, la joie à la tristesse; mais une paix , Une joie qui surpassent tout ce que Ton peut en dire.

Ce n*est pas tout : chacun ressent les effets de leur délivrance. La famille où ils vivent , la paroisse où ils résident , tout le monde en est édifié. De colères , ils deviennent doux et patiens : de processifs et d'avai'es , pacifiques et charitables ; de scandaleux , exemplaires. Détail pour un enfant de famille, fille ou garçon ; pour un père ou une mère, etc. On 4çs voit souvent aux pieds de J. C. modestes, dévots, appliqués aux bonnes œuvres; en un mot , ils ont Tesprit et le cœur tout changés, on ne les l^econnoit plus. Les âmes justes en bénissent Dieu , et reconnoissent que leur changement est un effet de sa puissance et de sa bonté. On pourra citer quelque chose des pécheurs convertis , entr'auti'es de S. Augustin.

Après cette exposition , on s'adressera à tons les pécheurs de la paroisse , et on leur demandera dans lequel de ces deux états ils aiment mieux vivre. On les conjurera de faire l'expérience des biens qu'on leur promet s'ils font de généreux efforts pour chasser les démons de leurs âmes. Vous le pouvez , dirat-on; J. C. le souhaite ardemment; il vous offre ses grâces , particulièrement ei;i ce temps;

4 2 Fout le II. Dimanche

voire délivrance dépend donc de vous. Àh!

ne diffère* pas à vous la procurer; jeté»vous à ce moment aux pieds du Sauveur qui délivra la possédée dont il est parlé dans l'évangile ; priez avec foi , avec hlimilité 9 comme la mère de cette fille ; et ne cesses de prier que vous n*ayez obtenu l'effet de votre demande.

Si Ton suit le plan de faire voir dans un même prône ^ le malheur d'une ame possédée du déilion ^ et Theureux état de Tame qui en est délivrée, on invitera les âmes justes à prier pour les pécheurs* ( On le pourra faire en cette manière^ ) Mais hélas ! qu*il est ' à craindre que les pécheurs ne négligent la prière , et qu'ils ne soient insensibles à leurs maux ! Je m'adresse donc à vous, âmes }nstés de cette paroisse , je vous conjure d'imiter cette mère affligée qui vient prier pour sa fille. Cette mère représente l'Eglise, qui comme une bonne mère , ne cesse de demander^ sur-tout dans le temps du Carême , la conversion des mauvais chrétiens. Tous les vrsds fidèles et toutes les âmes justes doivent s'unir à elle , pour toucher le cœur de J. C. ( On commencera par les mères chrétiennes. ) Si vous aviez , leur dira-t-on , une de vos filles, un de vos garçons tourmenté du malin esprit , que de mouvemens ne vous donnerieivous pas pour le faire délivrer? Vous recoure

de Carême. ^3

itBL a nous , pour faire' les cxorcismes de

Utilise. Ah ! peut-être y a-t-il quelqu'un de

tplre Emilie ^ C ^^ Dieu veuille qu'il n'y en

lit pas plusieurs , ) dont Tame est esclave du

dàiuHL. Aurez-vous moins pitié de leur ame,

^ vous n'auriez de leur corps ? Imitez doue

k mère dont il est parlé dans l'évangile, re-

Cubiez vos prières et vos cris, et continuer

jusqu'à ce que votre garçon , votre fille ou

fotre époux se soit converti; adressex-vous à

Jésus avec confiance ; et ne doutez pas qu'il

fie se raide à votre persévérance. ( On dira

de même aux pères de famille. ) Imitez le père

dont il est parlé dans l'évangile , qui n'avoit

qu'on fils que le démon possédoit depuis long*

temps; dites à Jésus, comme ce père désolé :

Ob$€cro te ^ respke infiiium meum^ quia unicus

est mihi, ( Luc. 9. )

Mais peut-être, pères et mères , êtes-vous

"vous-mêmes des esclaves du démon ; du moins

nous n'avons que trop lieu de craindre que

plusieurs chefs de famille ne soient dans cet

état. Je recours donc à vous , âmes fidèles ,

enfans chrétiens ; faisons une sainte violence

an Ciel, pour obtenir à tous les pécheurs de

cette paroisse un cœur véritablement contrit.

Je vous demande pour cela tous les jours

de ce Carême , un Pater et un Ai^ey Maria y

dans toutes les familles de la paroisse.

Bemarquez qu'il est bon de faire dire un

44 Pour le IL Dimanche

Pater , et un Ai^e , Maria , tous les dimanches l

de ce Carême, pour la convei'sion des pé- 5

cheurs , ou après avoir fait les annonces de \

la Messe, ou à Tissuc des Vêpres. On en -

avertiroit les assistans , après avoir donné la

bénédiction.

Dans un second prône , on donnera un < modèle de la prière que doivent faire les pécheurs , pour obtenir leur conversion.

Nous vous avons exho; té, M. F. , dimanche dernier, à quitter vos péchés, à entrer àxùs les sentimens de J. C. retiré au désert et faisant pénitence pour nous. On récapitulera ce que Ton aura dit de la pénitence, aussi bien que du jeûne. Mais ce-n'est pas assez, ajouterat-on, d'avoir quelques désirs de conversion , ni même de pratiquer le jeûne corporel et l'abstinence ; il est encore nécessaire de joindre la prière à la mortification; sans elle on ne peut obtenir la grâce de sa convei^ion; ainsi qu*il a été défini par TEglise. On établira plus au long cette nécessité , et Ton fera bien entendre que , selon le cours ordinaire de la providence, aucun pécheur n'est justifié, s'il n'a soin de s'humilier dans la prière; et de demander à Dieu la grâce de sa conversion. ( Trid. sess. 6. can 3. ) Mais comment devezrvous prier? C'est, M. F., ce que je me propose dé vous expliquer en ce jour , en

de Carême. ^5

tous mettant devant les yeux les qualités lUla prière de la femme Cananëenne. S. Jérôme en remarque trois principales qui feront le partage de cette instruction ; la foi , l*humifilé et la constance ; fides , constaniia , humi" lii«. 11 faut prier avec foi , première réflexion ; avec constance , seconde réflexion; avec humilité , troisième réflexion.

L RÉFLEXION

Ok suivra l'évangile. A peine cette femme cat-elle appris l'arrivée du Sauveur, que , sans douter d'un moment de sa puissance et de sa bonté , elle vint demander la guérison de sa fiDe. Quoi de plus admirable '/ Qui étoit ' cette femme , et en quelle religion avoitelle été é!evée ? Combien cet exemple , M. F.\ ne doit-il pas vous animer et même vous confondre! Pourriez-vous douter de la puissance du Sauveur? N'êtes-vous pas assurés du désir (pe Dieu a que vous vous conveiiissiez? On s'étendra sur ces deux pensées que l'on confirmera par quelques traits de l'écriture. Commencez donc dès ce jour , à vous adresser à Jésus ; il est le même qu'il étoit autrefois : Jésus Christus heri et liodiè , ipse et in sœcuîa , ( Heb. i3. ) dit l'Apôtre. Il est réellement parmi nous, il est en cette église, selon son humanité sainte ; il remplit tous les lieux par

46 Pour le. IL Dùnanche «a divinité ; vous pouvez par-tout l'invoquer, dans les champs, dans vos maisons et dans^ vos voyages. Dites-lui , et dites-lui dana une sainte ardeur, crie»-hii avec la Cananéenne:

^^5» , jm Dwid , ^€. Jésus fils de Da^id y ayez pitié de mou ame ; de furieux démolis la tourmentent et la possèdent depuisi longtemps : c'est le démon de la vanité , c'est fe démon de la cupidité, c'est le démon de l'ivrognerie , etc. Mais ne pensez pas ^'il vous suffise de prier une seule fois, ni même un seul jour.

IL RÉFLEXION

Une seconde qualité que doit avoir la prière , c*est la patience , le courage, là constance. Jetez les yeux sur le modèle que propose l'évangile. Le Sauveur ne semble pas écouter cette femme , il paroit même la rebuter. Se décourage-t-elle ? Non , elle crie encore plus faaut^ jusques-là que les Apôtres se voient obligés de prier leur maître de la renvoyer. Elle avoit commencé à le prier dans le chemin où elle le rencontra , elle le . suit jusques dans la maison où il entre, et elle se jette à ses pieds.

Ainsi , M. F. , devez-vous vous comporter.

Ne perdez pas courage, quoiqu'il vous semble que vos prières sgiient sans effet. Dieu

de CarérMê 47

Veut éprouver votre patience; il veut vous bire sentir le besoin qUe vous avez de sa grâce , la misère où vous êtes réduits par vos péchés , la force de vos chaînes. Après tout , M. F. 9 n'est' il pas fort juste qu'il vous la fasse demander long-temps , cette grâce ?

Dites-moi , je vous prie , depuis combien de temps êèes-vous dans le péché ? Combien y a-t'il de semaines 9 de mois , peut-être d'années que Dieu vous presse de vous convertir, \ et que vous ne répondez pas h ses invita* tions , que vous abusez de sa patience ?

Devez-vous trouver étrange qu'il vous fasse attendre à la porte de sa miséricorde ? Sa justice même , sa sainteté ne semblent-ils pas exiger une telle épreuve de votre part ?

Continuez-donc , M . F. , priez le jour et la nuit ; priez à toutes les heures du jour : priez durant tes intervalfes de la nuit 9 où votre sommeil seTa inten-ompu. Priez avec le Roi Prophète : Dt profmdit clamapL Mambus mets mcteconirà.eum. ( On citera quelques passages des Psaumes bien choisis ; et on recomman- <fera de s'en servir par manière d'oraisons jaculatoires. ) Votre constance et votre patience dans la prière toucheront infailliblement le coeur de Dieu , pourvu toutefois iju'elles soient accompagnées d'humilité.

4d Pour le H. Dimanche

IIL RÉFLEXION.

L*Ht7MiLiTé est absolument nécessaire , car Dieu résiste aux superbes , et donne sa grâce aux humbles. Tout pécheur qui s'humilie ap« ' paise infailli})lement sa colère , et l'engage à. lui faire part du don de la pénitence : Oraiio humîliantis se nubes peneirabit. ( Eccli. 35, ) On rapportera l'exemple du Publicain, on confix^ mera cette proposition par la Cananéenne.

Le Sauveur la rebute , il la compare aux vils animaux ; et elle lui répond avec une humilité qui le gagnç , qui tire même de sa bouche une éloge magnifique : O mulier^magna est fides tua ! Je vous accorde ce que vous me demandez. Reconnoissez-vous donc indignes des grâces spéciales du Seigneur, ainsi que cette femme avouoit qu'elle ne méritoit pas des faveurs particulières; suppliez seulement le Sauveur de jeter sur vous un regard favorable, comme sur un grand pécheur , une grande pécheresse : Propilius esta mihi peaatorL ( Luc. 18.) Marquez votre humilité par le respect profond avec lequel vous priez, mais qu'elle soit sur-tout dans votre esprit et dans votre cœur.

Si votre prière, M. F., est pleine de foi, de constance et d'humilité , je vous assure , de la part du Seigneur , que vous serez infailliblement

de Carême. ^o

Uement exaucés. Cor contrit um et humiliât um , Ans, non despîcies : Non, mon Dieu, vous ne Rjeterez pas la prière du pécheur qui s1iu- ■Siéra en votre présence , cor tontritum : donfa à tous les pécheurs qui m'écoutcnt ces fiantes dispositions , afin qu*ils rentrent dans votre amitié , et qu^ils soient en état d'ap- |>rocher au plutôt de votre sainte table.

Lorsqa*OQ voudra faire un prône entier sur la nécessité et les qualités de la piicre, ûQ en montrera, comme nous Vavons dit, la nécessité dans le premier point. Nécessité , i.^ pour les pécheurs. 2.® Nécessité même poiu* les justes. Pour les pécheurs, parce qu'ils sont dans on état de mort ; et que sans la grâce ^Dieu , ils ne peuvent pas plus recouvrer la vie de la grâce , qu*un homme mort peut se rendre la vie naturelle. Or, pour obtenir cette grâce , le moyen ordinaire est de la demander, n y a à la vérité des conversions miraculeuses , telle qu'a été celle d'un S. Paul , qui fîit changé avant même qu'il eût prié ; mais pour les conversions ordinaires , elles ne s'opèrent que quand les pécheurs crient eux-mêmes : cette conduite de Dieu est conforme à sa sagesse. Il faut que le pécheur qui s'est révolté contre son Dieu , sente le besoin qu'il a de son secours , qu'il s'humilie devant lui , qu'il ait recours à sa puissance.

Soyez-en donc bien persuadés , pécheurs Tome IL C

5o Pour le IL Dimanche

qui m*écoutez , que la prière vous est absolument nécessaire , et que si vous la négligez, bien loin de chasser le; démon de votre ame , il s'y fortifiera de plus en plus.

Mais ce ne sont pas seulement les pécheurs qui ont besoin de prier, les justes même ne peuvent s'en dispenser, sans un danger évident de tomber sous la puissance du serpent infernal. Quoiqu'il ne possède pas les âmes des justes , on peut dire qu'il les obsède. H est s.ans cesse autour d'elles pour les faire tomber dans le péché ; comment s'en éloigner, comment lui résister ? Par la prière : rien de plus commandé par le Sauveur dans Tévangile. Combien de fois ne l'a-t-il pas dit à ses disciples qui étoient ses amis ? Or, si les disciples même du Sauveur ont eu besoin de prier , si , sans la prière , ils eussent succombé aux tentations du démon , quelle est Tame juste qui pourroit espérer de se soutenir dans la grâce , sans ce secours? Pourquoi voit-on de temps en temps des justes se relâcher; tomber même dans de grands péchés ? Leur négligence à prier en est souvent la cause , comme elle le fut dans les disciples du Sauveur au temps de ea Passion.

Redoublons donc tous , M. F. , notre assiduité à la prière , sur-tout durant ce Carême. Priez, péchem*s , pour votre conversion ; priez ,

jJe Carême, 5i

justes, pour votre sanctificatioD. Mais commeal &ut-il prier ?

Quant à Vépitre de ce dimanche, qui est tii*ée de la première lettre de S. Paul aux Thessaloniciens, et du commencement du chapitre quatiîème , elle contient des aveitissemens trop salutaires 5 pour n*en pas faire pai t aa peuple que Ton instruit. L* Apôtre y conjure les fidèles par le Seigneur Jésus , de se conduire d'une manière qui les rende agréables à Dieu , ensorte qu'ils profitent de plus eu plus dans la piété. Il leur rappelle les préceptes qu'il leur a donnés au nom du Seigneur Jésus : Scitis quœ prœcepia dederim uobis per Dominum Jfsum. Mais sur quoi il insiste le plus c'est sur leiir sanctification , c'est de conserver leurs corps dans la sainteté , en évitant tout ce qui peut blesser la pudeur, et en vivant dans la chasteté propre de leui' état : Hœc est enin yobmias Dei , sanclificaiîo vestra , ui absiineatis vos à fornkalione , ut sciât unusquîsque veslrûia pas siium possidere in sanciificalione et honore. . Si jamais cet avertissement fiit utile , c'est dans le temps du Carême , et lorsqu'il s'agit de préparer les fidèles à la cooamunion Pascliale. Ce qui rend un grand nombre de chrétiens indignes de s'en approcher, ce qui cause une infinité de communions sacrilèges , c'est le péché opposé à la sainte pureté , dont plusieui^s sont esclaves. Un Pastèm* ne doit donc

52 Pour le IL Dimanche ï

pas oublier de faire sentir à son peuple la né-,-. cessilé oîi il est de lui parler de cette verta,ji qui est absolument nécessaire pour faire une ^^ (l'gne communion. -.

Je vous ferai aujourd'hui une instmction ^ M» F., sur Tépître de la messe : voici ce qu'elle v^ renferme. (On le rapportera.) Que puis- je Éerire . de mieux ^ en ce temps du Carême , pour.

vous préparer à une bonne confession et à une . digne communion , que de vous faire la même^ juière , et vous donner les mêmes avis que S. Paul adressoit aux premiers fidèles ? Je vous conjure donc , au nom de J. C. , de vous comporter , sur- tout en ce temps , d'une ma-. nière irréprochable , et de multiplier vos bonnes œuvres, de chercher plus parfaitement à plaii*e à Dieu , de marcher en sa présence , ainsi que nous vous y avons déjà exhortés. Vous Favez ce que nous vous avons autrefois recom* mandé , les préceptes que nous vous avons intimés : Scitis quœ prœcepia dederim vobis» ( On en rapportera quelques-Hns des principaux , soit pour la fuite de certains désordres , soit pour la pratique de quelque vertu particu-^ lière.) Ce n'est pas de nous-mêmes et en notre propre nom , que nous vous avons parlé, c'est au nom et de la part de Dieu et de J. C. Per Domînum Jesum.

Mais ce que j'ai aujourd'hui à vous recommander particulièrement, c'est le précepte

de Carême* 53

de la chasteté , sar lequel S. Paul inâiste dans l*épître de ce jour. Que chacun de vous , ditil , use de son corps saintement et avec respect , et qu'il évite tout ce qui peut le souiller.

C'est pour chacun de vous une nécessite indispensable , de conserver son corps dans la pureté ; je vous le montrerai dans une première réflexion. En quoi consiste cette pureté , et comment vous la procurer : ce sera la seconde.

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