‹ Prolégomènes à la Dogmatique Évangélique LuthérienneChapitre 2 sur 2 · AT · texte numérisé non relu

AT

nés dans le Nouveau Testament, des prêtres ou anciens en ce qu'ils ne sont pas comme ceux-ci attachés exclusivement au service d’une communauté. Ils ont la mission plus générale de fonder des Églises et de diriger le développement de l’Église naissante. Ils s’attribuent une grande autorité (1 Cor. XIV, 28. «Dieu a institué en premier lieu l’apostolat. » Comp. Eph. IV, 11); ils s’appellent colonnes de l'Église (Gal. IT, 9); ils installent des prêtres dans les Églises, en leur donnant des instructions et des conseils; les yeux‘des fidèles et des pasteurs sont continuellement dirigés sur eux. Enfin ils décident en matière de foi dans les questions litigieuses qui surgissent dans les diverses communautés, et revendiquent de l'autorité pour leur jugement (2 Cor. XI, 4; Gal. I, 9). Les paroles du maître (Matth. XVI, 18 et suiv. ; Luc XXII, 19 ; Jean XXI, 15 el suiv.), le respect des disciples (Gal. IT, 7 et suiv.), l’histoire apostolique (Act. I, 15; IT, 14 ete.) placent en tête de ce collége sacré l’apôtre Pierre.

Nous voyons que la première Eglise soumettait sa foi à l'autorité normative des apôtres, et qu'une communaulé n’était véritablement Église de Dieu que si elle était Eglise apostolique, fondée sur leur enseignement et dès lors en droit d’en appeler à leur autorité et de revendiquer leur patronage (Eph. IT, 19-22). Pouvonsnous encore aujourd'hui reconnaître l'Eglise à son apostolicité ? pouvons-nous nous baser sur Pautorité des apôtres, et de quelle manière le pouvons-nous? Ici nous sommes en présence de deux opinions contraires.

Les uns répondent à notre question par les considérations suivantes : quoique nul document sur la fondation de l'Église ne nous oblige à croire que Christ en

créant l’apostolat ait eu en vue une institution permanente, il est cependant de fait que les apôtres eurent, aussi bien que les anciens, des successeurs qui, sous le nom d’évêques, s'établirent comme héritiers de la puissance des apôtres, comme chefs et directeurs de l'Eglise. À leur tête se plaça le successeur de saint Pierre avec l’autorité et les droits qui avaient mis saint Pierre lui-même à la tête des apôtres. L'Église eut donc «dans son épiscopat, c'est-à-dire dans l’apostolat permanent, sa représentation visible, palpable, abordable. De son côté le pape, l’évêque des évêques, représente l'épiscopat et réunit en sa main leur autorité. Ses décisions sont le contrôle définitif en matière de dogme; la cour de Rome est la dernière instance que nous puissions invoquer; juge infaillible, le pape veille sur la pureté de la tradition, il approuve les conciles dont les décisions n’obtiennent que de cette manière une valeur ecclésiastique ; enfin ce que le pape promulgue, ce que l'Église enseigne en son nom et avec son approbation, est apostolique, est vrai, et à partir de ce moment plus de doute, plus d’hésitation ; un oracle visible répond à toutes nos questions, et forme notre dernière et incontestable autorité.

Pendant des siècles pas le moindre doute ne s’éleva sur linfallhbilité du saint-siége; l'Eglise y trouva sa paix; les dogmatistes bâtirent sur elle leurs systèmes comme sur une base inébranlable.

Personne n'aurait osé attaquer les titres dont les papes appuyaient leur autorité. Mais tout à coup une cruelle découverte frappa quelques esprits distingués, enflamma le monde chrétien et fut le point de départ d'une immense catastrophe qui fit perdre au pape la

moitié de ses adhérents, et lui rendit un instant douteuse la conservation de l’autre moitié. Le saint-siége s'était évidemment trompé! Un acte important de son pouvoir dictatorial sur le dogme, la sanction papale donnée à une croyance repoussée jadis comme une hérésie, révolla tellement la conscience chrétienne que l’erreur était manifeste el que l’autorité du pape ne pouvait plus la soutenir. La Réformation renversant une décision du pape, dut renverser en même temps son autorilé, opposer une négation formelle à la thèse fondamentale de son pouvoir, c’est-à-dire au principe de la succession apostolique et chercher un autre moyen pour établir l’apostolicité de l'Église.

Si les apôtres n’ont pas eu de successeurs dans leur ministère et dans leur autorité, l’apostolat a donc été un ministère extraordinaire, et la période pour laquelle il fut créé doit aussi avoir eu un caractère et une signification particulière. Cherchons si un pareil fait ne trouve pas sa place dans l’ensemble des faits chrétiens, si une nécessité intérieure ne nous oblige pas de l’admetire.

Longtemps l'Eglise, c’est-à-dire la communauté des croyants se recrutait dans un seul peuple ; les fidèles Israélites étaient membres du royaume de Dieu; la loi du peuple juif, ses mœurs et son organisation étaient en même temps constitution de l’Église. La communion avec Dieu dépendait de Punion avec le peuple d'Israël. L'Église actuelle, au contraire, l'Église du Christ s'étend sur la totalité des peuples autrefois exclus de la révélation divine, et n’a plus rien de commun avec la loi mosaïque. Déjà peu de temps après sa fondation, la différence qui séparait Israël des gentils s’effaça devant l'union en Christ; des Grecs furent reçus dans l'Église

sans être obligés de renier leur nationalité, et la métropole Jérusalem déclara ouvertement que pour les croyants la loi mosaïque n’était plus obligatoire (Act. XV; Gal. [L ID.

Dieu avait élu le peuple d'Israël pour être son peuple et lui avait promis de concentrer sur lui ses bénédictions et les dispensations de sa grâce. Si cependant l’Église s’étendit au delà des limites de cette nationalité privilégiée, Dieu a dû, au moins temporairement, rejeter son peuple; la transmission du salut des Juifs aux païens, la fondation d’une Eglise parmi les gentils a dû être en projet dans l’éternelle volonté de Dieu. Aussi saint Paul appelle-t-il ce projet un mystère dont les prémisses sont cachées dans les profondeurs insondables de la grâce divine (Rom. IX , 11 ; Éph. [, 1. 42 etc). Mais si l’établissement de l’Église parmi les païens fut dans l’intention de Dieu, s’il fut un événement que les Juifs croyaient impossible, que les Gentils n'avaient jamais espéré, que les premiers chrétiens même n’acceptèrent qu’à contrecœur et qui semblait à tous merveilleux et incompréhensible, Dieu lui-même et Ghrist, le Seigneur de l'Église, durent puissamment contribuer à l’'amener. Ce fait merveilleux est nécessairement un fait divin, et comme l’histoire apostolique tourne autour de ce fait central et aboutit à lui, nous en concluons que l’établissement de l'Église, que son premier développement ne purent se faire sans une intervention miraculeuse et surnaturelle de Dieu.

De plus le rapport de la jeune Église avec Israël, d’où elle sortait, et avec le monde des gentils dans lequel elle s’établissait, dut être au commencement bien difficile et embarrassant. D'un côté elle eut à défendre son

trésor contre les objections et les attaques d’un peuple qui jusque-là avait été exclusivement la communauté du salut. L'Église eut à prouver que Jésus crucifié est réellement le Messie qu’espérait Israël ; elle dut prouver que réellement l’ancienne révélation a été accomplie par sa venue, et que la contradiction même entre la prédiction et la réalisation a été dans l’intention divine. Mais le peuple d'Israël repoussant généralement le salut en Christ, on était en présence d’une autre question: Estce que le culte et la loi de ce peuple’ne lui ont été donnés que pour une durée limitée? Dieu peut-il ne plus vouloir s’en servir comme d’un organe de sa révélation? N’estce plus Israël qui est le peuple privilégié du salut? Non certes, l’Église était heureuse dans la conviction de son universalité, mais quel embarras ,.quel danger n’y avaitil pas à la mettre en pratique, quel pas difficile n’étaitce pas que de rompre avec une nationalité dans laquelle naguère encore on avait déposé toutes ses espérances pour le présent et pour l'avenir, pour la terre et pour le ciel! Quelle tâche difficile surtout, que de mettre cet événement en accord avec la prédiction! L'Église se sépara du peuple d'Israël, et dès lors la lutte se porta dans le sein même de l’Église. D’un côté parmi les chrétiens sortis du peuple juif, il dut s’en trouver un grand nombre qui, méconnaissant la doctrine de la justification par la foi seule et brûlant du désir de conserver au peuple juif sa valeur comme peuple du salut, demandèrent aux païens de se soumettre à la loi coutumière d'Israël. D'un autre côté 1l est naturel que des chrétiens sortis des gentils tardèrent à déposer les principes laxes d'une morale dépravée, et à vivre conformément à leur nouvel état, Il s'agissait de combattre les uns et les

autres, de défendre contre les uns la touté-puissance de la foi, contre les autres sa sainteté.

Ces questions, et d’autres non moins graves, durent surgir l’une après l’autre, à mesure que l'Église prenait sa position dans le monde. L'existence de l'Église dépendait d’une solution juste et conforme à la volonté de Dieu. De tous côtés, l'importance de la situation rendait indispensable une intervention extraordinaire et miraculeuse du Saint-Esprit. Voyons si les faits que raconte l’histoire apostolique correspondent avec les résultats de notre déduction.

Encore aujourd’hui le Saint-Esprit dirige l'Église ; ce fait résulte de notre définition de l’Église; l’histoire de l'Église le prouve, l'Église actuelle s’y fie et s’en réjouit. Mais, pour la diriger, il se sert de moyens naturels; d’une main invisible il place en avant des hommes de talent, il profite des circonstances, et semble souvent abandonner entièrement l’Église au courant des événements. La volonté humaine est pour beaucoup dans le développement de l’Église ; de là la lenteur de ce développement, de là ces nombreuses erreurs , de là ces longues périodes où l'Église de Ghrist est tristement en proie aux faux docteurs, au mensonge et à la corruption. L'Église se développe, disons-nous, et elle le fait d’après les lois naturelles de tout développement, du grain de sénevé comme de la vérité. D’après ces lois le premier degré du développement est en même temps le plus bas, et l’époque de l'Église primitive serait d'après elles une période de tâtonnements, un premier et faible essai de faire quelques pas dans le monde; son intelligence de la vérité serait inférieure à celle des autres périodes, et elle nous présen-

terait le spectacle d’une petite et faible communauté, ayant des croyances peu arrêtées, se débattant contre le judaïsme et le paganisme, et essayant vaguement de comprendre les intentions de son fondateur:

Mais l’histoire nous donne une tout autre idée de lépoque apostolique. D'abord elle nous raconte une foule d'interventions miraculeuses du Saint-Esprit. À la suite de toutes les manifestations de la puissance divine qui eurent lieu au jour de la Pentecôte, nous voyons que les apôtres restent doués de capacités merveilleuses; des événements extraordinaires se font, en leur faveur; dans la marche progressive de l'Évangile, dans la série des événements qui fit passer l’Église des Israélites aux Grecs, dans son rapide développement de Jérusalem à Rome, partout se montrent la puissance surnaturelle et l'intervention immédiate du maître et du Saint-Esprit de l’Église. La conversion du treizième apôtre est un des miracles les plus étonnants que l’histoire de la révélation divine puisse mentionner, et dans la foule des croyants, la bénédiction apostolique réveillait çà et là dans les âmes des charismes merveilleux, manifestations de la nature transfigurée, dont la complète effusion est encore l’objet de l’espérance de l’Église. L'Église apostolique pouvait donc se vanter, bien autrement que l’Église subséquente, du secours que le Saint-Ésprit lui accordait; sa présence efficace se manifestait par des miracles, son intervention consistait dans des actes tout-puissants; sa manière de diriger l'Église ressemblait au secours que Dieu avait accordé jadis au peuple d'Israël dans ces périodes glorieuses où il voulait révéler en lui sa grandeur et son amour. L'établissement de l'Eglise dans le

monde est un fait divin, son histoire une histoire sacrée. |

La période apostolique, qui se distingue ainsi de toutes les autres périodes, était d'autant plus importante que l'existence de l’Église entière dépendait de la solution des questions quis’y agitaient. Il fallait qu'elles recussent une réponse péremptoire, que tous les embarras fussent mis de côté d’une manière qui ne laissât plus de doute sur le véritable caractère du christianisme, afin que sur ce chemin aplani l'Évangile pût commencer sa marche par le monde. Il fallait une base solide à ce grand développement; il fallait édifier l’Église sur une puissante assise; 1l fallait un commencement sûr et décidé qui fût une garantie de la vitalité et le gage du triomphe final de l'Église.

L'Église actuelle est une Église chrétienne parmi les paiens ; elle existe par conséquent à la même condition que l'Église apostolique et a pour base les mêmes principes. Les mêmes ennemis l’attaquent, les mêmes dangers la menacent, les mêmes questions l’embarrassent; mais elle à aussi contre les premiers les mêmes moyens de défense à son service, contre les seconds elle a à prendre les mêmes mesures et les troisièmes doivent trouver en elle la même solution. Comme l'existence de l’Église apostolique est la condition de l'existence de l’Église en général, comme la première a ouvert et tracé le chemin à la seconde, l'expérience de la première peut venir en aide et profiter à l’autre, son exemple peut la diriger, sa manière d'agir peut lui servir d'avertissement et d'enseignement. L'Église apostolique est époque normative pour l’Église, aussi longtemps que celle-ci est Église chrétienne parmi les gentils.

Le Saint-Esprit doit nécessairement avoir dans cette période des instruments aussi extraordinaires que son action, et nous voyons maintenant combien l'Église évangélique a raison en admettant un ministère dont l'existence est restreinte à une époque, mais dont l'autorité s'étend sur tout le développement de l'Église chrétienne. Les apôtres avaient la tâche de diriger l’Église dans cette mémorable période et durent, pour être à la hauteur de leur charge, être doués des moyens intellectuels et moraux nécessaires à l'accomphir. Si en effet nous comparons un seul des écrits dont l’origine apostolique est incontestée avec l’enseignement des docteurs et Pères de l’Église qui vinrent après eux, nous trouvons chez les premiers une intelligence si grande, une expérience si puissante de la vérité chrétienne, que tous ceux qui ont essayé après eux de pénétrer dans le secret de la sagesse révélée, ont dû renoncer à atteindre ce prodigieux degré de compréhension. Personne n’a encore scruté comme eux les profondeurs de la vérité divine; personne n’a encore présenté à l'humanité l’image du Christ d’une manière si claire, si immédiate, si vraie. L'enseignement des apôtres est une source qui n’a pas été épuisée, un idéal de conception et d'exposition qu'aujourd'hui encore nous essayons vainement d’attemdre.

Les apôtres eux-mêmes se savaient être les organes de la révélation divine (Éph. IT, 2 et suiv.). Ils avaient conscience de la sagesse extraordinaire dont Dieu les avait doués ; ils étaient persuadés que leur enseignement était l’exacte reproduction de la vérité chrétienne. Cela ressort des épithètes qu'ils donnent à leur prédication et à tout enseignement qui la reproduit. Elle

est Parole de Dieu (Col. I, 25; 1 Thess. IT, 43) ; l’image de Christ ne perd rien de son efficacité en étant traduite en paroles et en leçons (Gal. IIT, 1-5); au contraire, cette parole produit des effets merveilleux (1Tim. IV, 5; Hébr. IV, 12: «£@r 6 Aoyog»; Jacq: I, 21: COvrduevoc oùoœ > ; elle suscite la foi (Rom. X , 17) ; elle régénère l’homme (1 Pierre I, 23 et suiv.). Prédication divine, elle n’a pas une valeur temporaire seulement ; elle reste en toute éternité vraie et immuable (A Pierre I, 25 : wéver eg Tor aix va. . Col. T, 5 : Aoyoc Tic Ghndeiag etc.). Enfin ils demandent, au nom de leur divine autorité, que les hommes ajoutent foi à leur parole, avec la promesse que ceux qui y croiront seront sauvés, et avec la déclaration que tout enseignement contraire, toute doctrine non conforme à la leur, est erreur et mensonge (Gal. [, 8).

L'enseignement des apôtres était donc digne de servir d'autorité ; leur expérience chrétienne était assez grande pour gouverner l’Église dans cette période si importante. Mais comment ces hommes étaient-ils arrivés à ce degré d'intelligence auquel cependant leur éducation ne les élevait pas ? Car n'oublions pas qu’en exposant la vérité chrétienne, les apôtres développaient leurs propres idées et racontaient leur expérience. Ils n’enseignaient pas des choses qu’eux-mêmes ne comprenaient pas, des principes qu’on leur avait transmis et qu'ils transmettaient aux hommes d’une manière tout extérieure. En prêchant, ils ne répétaient pas machinalement l’enseignement de Christ, aussi peu qu'ils étaient mstruments sans vie, organes sans intelligence, pantomimes du Saint-Esprit (4 Cor. XIV, 19 : kalMoœ da voi voos). Le Saint-Esprit, qui leur avait

confié le ministère de la parole, voulut aussi les assister dans l’exercice de leur fonction. Il élargit donc considérablement leur expérience, et leur donna la puissance d’embrasser et de comprendre tous les faits évangéliques, en purifiant leur conception de toute erreur qui aurait pu troubler le tableau divin. Les apôtres exposent, il est vrai, la vérité divine sous une forme humaine; mais, grâce au Saint-Esprit, cette forme ne nous empêche pas de saisir l’idée dans toute sa pureté. C’est ainsi que le Saint-Esprit suggérait aux apôtres les idées et les paroles dont ils avaient besoin pour leur ministère ; dans cet état ils étaient inspirés, c’est-à-dire sous la puissance d’un agent divin, qui dirigeait leur volonté sans la paralyser, et agissait sur leur-intelligence sans la remplacer (2 Pierre I, 21).

Or, si l’enseignement des apôtres doit guider l’Église de tous les temps et l’éclairer dans son développement, il faut qu’il y ait dans tous les temps possibilité pour l'Église de le consulter et d'y puiser les conseils et les directions nécessaires. [l faut que l’enseignement des apôtres soit transmis intégralement, dans son ensemble et dans sa pureté, aux siècles suivants. La parole se transmet par l'écriture ; il était donc de la mission de l’apostolat de déposer ses doctrines dans des écrits ; il était dans le but et dans l'intérêt de l’œuvre de Christ qu'ils le fissent d’une manière suffisante, claire et authentique ; il était dans les attributions du Saint-Esprit d'engager au moins quelques-uns des apôtres d'entreprendre ce travail important, et de les y diriger.

L'Église prétend, en effet, avoir une série d'ouvrages apostoliques. Les écrits du Nouveau Testament suffisent

entiérement pour nous donner une idée complète et exacte du siècle apostolique. Ce sont des documents de son histoire, des traités sur les questions agitées , des lettres pastorales, des écrits apologétiques contre les Juifs et les païens, en un mot, un ensemble de pièces qui nous sont restées de.ce vaste développement de l'Église au premier siècle.

Nous n'avons pas besoin de dire que les apôtres en devenant auteurs n’abdiquaient pas leur ministère apostolique, c’est-à-dire qu'ils écrivrent sous la direction du Saint-Esprit, avec une parfaite connaissance de cause et une grande fidélité. Ajoutons, enfin, que l’inspiration ne préserve pas d'erreurs, pourvu que cellesci ne nuisent en rien à l’exactitude du tableau considéré dans son ensemble.

Mais ces écrits apostoliques ne sont pas les seuls ouvrages dont se glorifie l'Église; ils nous renvoient, au contraire, à une autre série d'ouvrages dont ils invoquent l’autorité à chaque page, et dont l'étude est nécessaire pour quiconque veut comprendre le véritable sens de la révélation chrétienne. Car le Nouveau Testament est bien le monument de lhistoire de la réalisation du salut en Christ; mais Dieu s'était depuis longtemps déjà manifesté au peuple d'Israël, et avait préparé ce peuple , et par lui le monde, à la venue du Sauveur.

L'histoire de l'ancienne Alliance forme une partie de l'histoire du développement du salut et par conséquent de la vérité chrétienne dans le monde ; elle raconte des faits divins, comme l'histoire du Christ et des apôtres : elle est donc aussi une histoire sacrée , pleine d'enseignements pour le chrétien. Cette histoire

a eu des hisloriens qui, suivant le témoignage apostolique, ont écrit dans les mêmes conditions que les apôtres eux-mêmes. Ils étaient inspirés du Saint-Esprit (2 Tim. IT, 16 : xäoa yoap Seonvevorog; À Pierre I, 10); leurs ouvrages sont dignes d’être appelés Parole de Dieu (Rom. I, 2; Hébr. I, 1); témoignages fidèles de l’œuvre divine, ils ont une valeur réelle et continue pour l'Église chrétienne; disons mieux, le peuple de l’ancienne Alliance préfigurant celui de la nouvelle, et ayant trouvé dans celui-ci la réalisation de son but et la conclusion de son histoire, son histoire a été écrite en vue et dans l'intérêt de l'Église (Rom. XV, 4 ; 1 Cor. IX , 10), et nous devons ajouter foi au récit des auteurs sacrés de l'Ancien Testament (Luc XXIV, 25 etc.).

Tous ces ouvrages, ceux de l’ancienne et ceux de la nouvelle Alliance, réunis sous le nom de suintes Écritures, forment ensemble une exposition complèle du christianisme. C’est-une série de documents qui, sous une forme humaine et souvent imparfaite, nous racontent, avec une exactitude qui ne laisse rien à désirer et une clarté inimitable, l'histoire de la révélation divine depuis son commencement. Expression classique de la vérité chrétienne, œuvre divine, l'Écriture est la Parole de Dieu. Parfait tableau du développement de l’Église pendant le temps où Dieu la dirigeait d’une manière extraordinaire, la Bible doit servir d'autorité à l'Église actuelle, en suffisant entièrement à tous ses besoins. L'Église doit tendre vers une réalisation de plus en plus complète de son idée, et se conformer chaque jour davantage au tableau que font les apôtres et les prophètes de l'Église idéale. Elle doit rester fidèle à sa divine origine, et suivre le chemin

tracé par Dieu , en consultant sans cesse ce document, pour ne pas s’écarter de la juste voie. L'expérience apostolique étant toujours encore infiniment au-dessus de celle de l'Église, celle-ci doit y puiser les conseils dont elle a besoin, et, en l’approfondissant de plus en plus, pénétrer toujours plus avant dans l'intelligence de l’œuvre du Christ et de sa propre mission.

Nous avons maintenant trouvé le signe caractéristique que nous cherchions pour pouvoir reconnaître la véritable Eglise. Ce signe c’est la conformité de son enseignement avec la doctrine des saintes Ecritures. L'Église invisible se rend visible à nos sens partout où nous entendons enseigner la Parole de Dieu et prêcher l'Évangile dans sa pureté primitive. Toute doctrine, fût-elle prêchée aux fidèles ou enseignée à des disciples, ou octroyée comme dogme à la foi des chrétiens, est un produit de l'Église de Dieu et un témoignage en faveur de la vérilé, à condition d’être issue en même temps de la source de tout enseignement chrétien, de la Bible, et en ce cas seulement elle a les qualités nécessaires pour pouvoir être invoquée par le dogmatiste en faveur de son système. Le théologien doit donc avoir une connaissance scientifique du contenu de la Bible: il examinera les doctrines qui prétendent avoir une autorité dogmatique et cherchera si elles sont marquées ou non au coin de l’apostolicité; enfin, son système sera une exposition de l'expérience de l'Église orthodoxe.

Au seizième siècle, une série de communautés organisées se séparèrent de l'Église romaine, en réformant le dogme de l'Église d’après l’enseignement des saintes Écritures et prirent le nom d’Église évangélique. Malheureusement une grande divergence dans l'intelli-

gence d’une partie de l’enseignement biblique amena une différence de conception dans plusieurs dogmes importants et causa une séparation douloureuse dans l'Église évangélique. Nous n’avons pas dans nos prolégomènes à examiner cette différence ; l'intérêt pratique peut conduire à la dissimuler, l'intérêt de la science demande avant tout que nous la constations. L'Église que, suivant notre conviction, l'étude des saintes Écritures a conduite sur le vrai chemin de la vérité et qui est par conséquent à nos yeux l'Eglise par excellence, l’invisible communauté des croyants, la visible manifestation du Saint-Esprit, c’est l'Eglise évangélique-luthérienne. Les autres communautés que cette Église a, soit à côté d'elle, soit en opposition avec elle, sont des Églises dans le sens vaste du mot, parce qu’elles sont des sociétés chrétiennes, mais ne sont Églises du Saint- Ésprit que relativement, dans la mesure de leur vérité.

Notre dernière recherche semble devoir nous permeltre de tirer maintenant nos dernières conclusions. Mais voici qu'une nouvelle difficulté surgit devant nous, et le moyen que nous croyions avoir trouvé pour vérifier le dogme, semble de nouveau devoir échapper à nos mains.

En effet, nous avons vu que le code sacré de l'Eglise est un ensemble de pièces de caractère différent, rédigées à différentes époques par différents auteurs et que ces ouvrages n’ont de valeur canonique qu’en tant qu'ils sont en.vérité documents de l’histoire sacrée, écrits sous l'influence du Saint-Esprit. Or beaucoup de ces traités sont sans nom d'auteur ; l’authenticité des uns a été contestée, l'époque de la rédaction d’une partie des

autres est incertaine. La tradilion peut s'être trompée; la Bible elle-même ne donne pas un regisire de ses parties; notre expérience chrétienne ne nous donne aucun critère. Il faut nécessairement, pour arriver à la certitude qu’un écrit est réellement inspiré et occupe avec raison sa place dans le Canon, que l’usage scientifique de la Bible soit précédé d’un travail de critique examinant la composition du Canon.

En second lieu , nous savons que les apôtres se sont exprimés dans une forme qui n’est que relativement parfaite. D’un côté elle ne laisse rien à désirer; elle est inimitable, parce qu’elle exprime clairement et simplement leur pensée, sans l’obscureir et sans l’altérer ; mais d’un autre côté, les auteurs sacrés ont parlé à leur temps et avaient tout d’abord en vue leurs contemporains. Ainsi Luc s'adresse dans ses écrits à son ami Théophile, Paul à telle communauté qu'il a fondée. Ils se meuvent naturellement dans les idées de leur temps, ils s’accommodent à l'intelligence de leurs premiers lecteurs, et se rendent avant tout compréhensibles à leur raisonnement. Il en résulte que le lecteur actuel, qui vit si longtemps après la rédaction de ces écrits, qui parle une autre langue et appartient à une autre nationalité que les écrivains sacrés, est obligé de refaire leur travail intellectuel, de repenser pour ainsi dire leurs paroles pour s’en approprier le sens. Il est naturel que dans cette opération il est souvent arrêté par des expressions dont la signification ne saute pas aux veux, par des passages dont l’idée fondamentale, dont la portée, dont le contexte sont difficiles à trouver, par une argumentation qui lui semble étrange et incompréhensible, Tout ceci nous conduit à établir la

nécessité d’un éravail exégétique dégageant l'idée apostolique de sa forme contingente.et temporaire, et la traduisant dans une forme plus accessible à notre intelligence..

Enfin, l'Ecriture est un ensemble d'écrits:isolés et pour la plupart indépendants l’un de l’autre. Le temps et la tâche séparent les auteurs sacrés; chacun envisage soit un autre moment du développement de la révélation, soit un autre côté du christianisme. Les écrits diffèrent. entre eux par le degré de compréhension de l'auteur, par le but qu'il voulait atteindre, par le point de vue auquel il s’est placé. Le lecteur est donc en présence de diverses conceptions qui semblent souvent se contredire; pour se faire une idée complète du christianisme, il est obligé de réunir par un travail synthé. tique toutes ces conceptions en une seule, toutes ces peintures de détail en un tableau d'ensemble.

Disons d’abord que pour le laïque cette difficulté est moins grave, la nécessité d’un pareil travail moins pressante ; le grand nombre des écrits sacrés dont l'authenticité est incontestée, le grand nombre des passages dont le,sens saute aux yeux, même sans que le lecteur ait un commentaire en main, suffit pour lui donner une idée de l’enseignement biblique, et par là le moyen de vérifier l’enseignement de l’Église. Mais il va sans dire que le théologien ne peut s'arrêter là.

Le triple travail sans lequel un usage scientifique de l'Écriture nous est impossible, revient naturellement à la perspicacité de nos facultés intellectuelles. La critique veut arriver à des résultats historiques, elle veut donner des preuves réelles, qui persuadent non le cœur mais l'esprit, et doit done se soumettre aux lois de

Lt

toute recherche historique; l'exégèse veut interpréter les saintes Écritures , elle veut en trouver le sens réel, c'est-à-dire une signification qui puisse se justifier aux yeux d’une herméneutique rationnelle; il va sans dire enfin que le dernier travail veut arriver à une synthèse dont la précision et l’exactitude soient réellement scienifiques. Mais entendons-nous soumettre par là l'Écriture et son autorité à la raison de l’homme naturel ? Deux objections, l’une faite au nom de la vérité chrétienne, l’autre au nom de la raison elle-même, nous défendent d’entrer dans cette voie.

La vérité chrétienne a été révélée au monde d'une manière surnaturelle et miraculeuse. Elle est donc en dehors et au-dessus du domaine des facultés intellectuelles de l’homme naturel, dont Christ et les apôtres récusent l’autorité et le jugement. L’homme naturel, disent-ils, et ils entendent par là tout homme non régénéré, comprend bien les choses d’ici-bas, mais sa raison obscurcie par le péché est incapable de concevoir les choses divines. Le caractère de la vérité divine d'un côté, la mauvaise disposition de l'esprit humain de l’autre, nous font penser que les résultats auxquels arrivera l'homme naturel ne peuvent être acceptés par le chrétien. Car quant au travail critique, il rejettera comme imauthentiques tous les écrits qui témoignent de l’origine miraculeuse du christianisme ou ceux dont la rédaction à l'époque indiquée ne pourrait s’expliquer que par l'inspiration. Chargé du travail exégétique, 1l ira le texte comme un ouvrage tout humain, sans avoir des oreilles pour le langage du Saint-Esprit; il méconnaîtra et défigurera donc sans cesse la vérité divine; il sera sans cesse tenté de mettre sa propre

FC 57

pensée dans le texte sacré, et d'élaguer comme une forme inutile, comme un accessoire , les idées les plus fondamentales ; partout il trouve des difficultés, partout des idées et des développements dont il ne peut approfondir le secret, des argumentations qui lui semblent ridicules, des preuves qu'il ne peut admettre. Enfin, si c’est l’homme naturel qui fait la synthèse des idées bibliques, il ne manquera pas de trouver partout des contradictions en exagérant les différences, en méconnaissant le principe central qui unit toutes ces tendances, et qui dirige ce vaste développement d'idées religieuses. Ce sont là quelques-uns des résultats auxquels l’homme naturel arrivera nécessairement dans l'étude de la bible. Au nem de la vérité surnaturelle nous protestons contre sa méthode, ses principes et ses résultats.

En second lieu nous faisons remarquer que si l'on a une fois concédé à l’homme naturel le droit et la faculté de critiquer la révélation, de rejeter ce qui lui semble absurde, de n’admettre que ce qui trouve place dans son système, en quoi cet homme aurait-il encore besoin de la révélation et ne se suffirait-il pas à lui-même pour découvrir tout seul toutes les vérités religieuses ? Le rationalisme, qui soumet la révélation à la raison, est donc une théorie doublement fausse et inconséquente. L'homme naturel peut bien comprendre Île christianisme et la bible par leur côté naturel, mais le côté surnaturel, qui est la chose essentielle, lui échappe.

Aussi les saintes Écritures sont-elles avant tout le livre du chrétien ; c’est au chrétien seul qu'il appartient d’en faire l’objet d’une étude scientifique; son expérience chrétienne pèsera beaucoup dans son jugement. D'a-

bord, cette expérience, qui nous est une preuve irréfragable de la réalité du christianisme, nous persuade en même temps de la nécessité d’une autorité absolue en matière de foi, d’une parole divinement inspirée. En second lieu, c’est par le ministère d’une Eglise qui a à sa base un code sacré, c'est par une prédication qui est tirée de la Bible, que nous avons été sauvés ; nous en concluons que ce canon est, au moins dans son ensemble, le véritable et authentique monument de l'histoire sacrée. [ci encore nous concluons de leffet à la cause. En troisième lieu nous savons que le Saint-Esprit dirige l'Eglise, et nous prenons en main son canon avec la confiance que le Saint-Esprit a bien conduit la main de ceux qui en ont décrété la composition. Cette triple conviction avec laquelle nous ouvrons la Bible, c’est le témoignage du Saint-Esprit en nous. C’est ce témoïgnage qu'invoque saint Paul quand il rappelle aux Galates que c’est par sa prédication qu'ils ont reçu le Saint-Esprit, et quand il conclut que sa prédication ayant eu de de pareils effets, doit nécessairement être vraie et divine (Gal. II, 4-3). L'esprit qui nous anime c'est l'esprit qui souffle à travers l’Écriture et qui parle par la bouche des prophètes et des apôtres. L’écho dans notre âme est un témoignage pour la voix qui a produit cet écho.

Quant au travail exégétique, l'expérience chrétienne ne donne pas, 1} est vrai, à l’homme de nouveaux moyens intellectuels; elle ne remplace pas la réflexion naturelle, mais elle l’éclaire et la fortifie. La raison régénérée du chrétien, son intelligence sancuüfiée, qui seule peut se permettre un Jugement sur les œuvres de Dieu, et un examen de sa Parole (4 Cor. IT, 13), et qui est

l'instrument d’une exégèse pneumatique c’est-à-dire d’une exégèse conforme à la nature de son objet, à œuvre du Saint-Esprit, cette raison régénérée c’est la raison de l’homme que le christianisme a pénétrée de la conviction de sa réalité, et à laquelle l'expérience chrétienne à donné la clef du langage biblique. Notre expérience chrétienne est une interprétation continuelle du texte sacré; elle nous en ouvre les profondeurs et nous permet de saisir, même sous l’apparence la plus méprisable, dans les détails et dans l’ensemble, le mystère inconnu aux sages de ce monde.

Enfin, pour le chrétien la Bible n’est pas une collection désordonnée d'ouvrages juifs, et son contenu un ensemble de théories et de récits sans accord ni unité. Au contraire, sa foi lui imdique le.point central de toute révélation, la personne de Christ; grâce à cette conviction il voit comment dans les deux parties de l'Ecriture tout converge vers Christ et que, malgré la variété des écrits sacrés, tous sont pénétrés d’un même esprit, tendent vers le même but d’une manière plus ou moins évidente, et forment en définitive un tout, un enseignement complet, que la théologie doit reproduire. L'expérience chrétienne est un prisme qui nous permet de réunir en un foyer lumineux tous ces rayons épars et diffus à l'œil naturel.

Notre dernière recherche nous reporte à notre point de départ, à l’expérience chrétienne, et ce fait nous porte à croire que le développement dialectique de l’idée de la dogmatique est arrivé à son terme. Essayons de conclure.

Avant de devenir chrétiens nous avons bien connais-

sance du christianisme, mais une connaissance vague et imparfaite, suffisant cependant pour réveiller la foi dans nos cœurs; nous avons vu que notre expérience chrétienne seule nous donne les moyens d’arriver à une connaissance scientifique du christianisme. De la nature du christianisme, nous avons ensuite déduit la nécessité d’une autorité doctrinaire et objective, que nous avons trouvée dans l'Eglise ; la nature de l'Eglise nous obligea alors de chercher un principe réglant le développement de la vérité chrétienne dans l'Eglise et servant à le contrôler, et notre examen nous conduisit à admettre le principe de l'autorité du Canon, de l’ensemble des livres saints. Mais le contenu de ce Canon rend un travail critique indispensable , et ce travail ne peut se faire que si la raison critique, si nos facultés intellectuelles sont pénétrées et transfigurées par l’expérience chrétienne. Il s'ensuit que l’enseignement objectif du christianisme n’est autorité que pour la foi, et que le chrétien seul peut en appeler à son témoignage.

C'est là le résultat négatif de nos recherches. Voici maintenant notre résultat positif.

A côté de l'ensemble d'idées qui forment une partie intégrante de ce qui fait de l’homme un chrétien, et dont la coordination systématique est la première tâche du dogmatiste, le christianisme a trouvé une expression rationnelle dans le dogme de l’Église et dans l’Écriture sainte. Dans l’Église la vérité se développe lentement, l'expression qu’elle y trouve reste toujours encore incomplète, mais grâce à l'assistance du Saint-Esprit ce développement historique a déjà conduit à des résultats et à des conclusions, la base et le point de départ de toute nouvelle recherche, Dans l’Écriture nous trouvons

aussi un développement de la vérité chrétienne, mais tandis que dans l'Église nous voyons le développement de sa compréhension, l’Écriture nous présente les divers stages de sa révélation, c’est-à-dire l’histoire d’un développement dont l'Ecriture raconte à sa première page le commencement, et dans sa dernière partie la conclusion. Elle nous donne donc quelque chose de complet et d’achevé, et son ensemble forme un exposé du christianisme d’une pureté assurée, d’une exacte vérité et d’une autorité incommensurable. L'expérience chrétienne , le dogme, la parole divine sont donc un triple témoignage en faveur de la même vérité, un triple écho répétant la même révélation, mais dans une mesure différente.

Notre exposition a fait voir quel est le rapport qui existe entre ces trois sources de la vérité dogmatique, et quel est le caractère et le rôle de chacune d'elles. L'expérience chrétienne, qui est pour le dogmatiste l’expression la plus immédiate du christianisme, reste le premier et principal objet de son travail dogmatique. Mais il s’agit de prouver la justesse des résultats, et ici l’attention du dogmatiste se porte tout d'abord sur l’Ecriture, source éternelle de toute idée chrétienne, agent producteur de tout développement dogmatique. fl n’en appellera qu'aux parties du Gode sacré dont l’authenticité lui semble assurée ; mais ces livres, quel que soit le nombre, forment un ensemble, et c’est l'Écriture entière qui doit parler en faveur de son système. L’exposition dogmatique doit reproduire la vérité enseignée dans l’Écriture; or d’un côté l’idée chrétienne se développe dans l’Écriture dans la mesure dans laquelle les faits divins dont elle est l'expression se réalisent dans

Thistoire; d’un autre côté, de même que l’œuvre de Dieu -est arrivée à un certain terme par l'apparition de Christ, de même la révélation, la Parole de Dieu, a trouvé une expression finale et jusqu'à un certain point complète dans l'Écriture. Il faut donc que l'expression que le dogmatiste a donnée à l’idée chrétienne dans la mesure de sa foi et de son intelligence, soit essentiellement et formellement identique avec l'expression que cette idée a trouvée dans la Bible, d’abord aux divers stages de son développement, ensuite à l’époque de sa révélation finale. L’Ancien et le Nouveau Testament ont donc une valeur également importante: l’un nous fait comprendre les prémisses d’un développement dont l’autre nous donne les conclusions; le premier nous rend possible l’analyse des éléments d’une idée dont la synthèse nous échapperait sans le second.

L’Ecriture permet au dogmatiste de reconnaître la véritable Église et de s'assurer de la vérité du dogme. Est Église la communauté de ceux qui se placent sous l'autorité de la Bible et qui en tirent leur séve vitale; est dogme toute croyance de l’Église qui a ses racines dans l'Écriture. Le dogmatiste doit consulter l’expérience et le dogme de cette Eglise, pour pouvoir prouver que sa foi n’est pas d’une nature subjective et par conséquent corrompue, et que son interprétation de l'Écriture n’est pas arbitraire et par conséquent invraisemblable. L'approbation de l’Écriture lui sera surtout d'une grande valeur dans la série des questions sur lesquelles l'Église ne s’est formé un jugement qu'après de longues luttes, et dont la solution est un trésor chèrement acheté et inaliénable de l'expérience chrétienne.

La dogmatique est donc science de l'expérience chré-

tienne du dogmatiste, en tant que cette expérience est conforme à la foi de l'Église, et cette Église fidèle à l'Écriture. La’ manière dont uous définissons notre tâche est en même temps une garantie de la liberté de nos recherches, et un gage de la réalité de nos résultats. Y a-t-il une autre science qui soit dans des conditions aussi avantageuses ?

L'accord entre les trois témoignages sera la preuve de la vérité de notre exposition. Mais ni l’Église ni moins encore l'individu ne peuvent se vanter d’avoir épuisé le trésor d'idées contenues dans l’Ecriture. L'expérience chrétienne du dogmatiste est encore bien imparfaite, la foi de l'Église n’est pas encore arrivée au dernier stage de son développement, l’Écriture n'est donc encore qu'imparfaitement comprise. Il en résulte qu'il y aura toujours des erreurs et des contradictions dans nos résultats, et que nous ne pouvons prétendre à arriver à un accord complet des trois témoignages. Notre dogmatique sera un essai imparfait de réaliser notre tâche, le produit d’une compréhension qui est encore bien au-dessous de son objet, la pâle image de l'éternelle vérité; puisse la conviclion de notre faiblesse nous rendre humbles dans nos recherches! Mais cependant espérons que notre travail ne sera pas inutile. Dieu aidant, il sera un anneau de plus dans le grand développement de la vérité dogmatique, il contribuera à élargir, à approfondir notre expérience et celle de l’Église, il fera tomber quelque lumière sur l'une ou l’autre question, il augmentera le trésor des idées chrétiennes, et servira ainsi à faire avancer l’Église de quelques pas vers le but de son développement, c’est-à-dire vers l'intelligence complète des choses di-

64 FE vines. Que l’importance de notre tâche, que la gravité de notre mission nous empêchent de prendre notre étude à la légère, de tomber dans de vaines spéculations, de nous jaisser entraîner à des opinions trop hasardées, et d’obéir à notre propre intérêt en oubliant l'intérêt de Dieu et de l’Église, et le caractère sacré de notre travail ! Enfin si, arrivé au but de notre œuvre, nous jetons un regard en arrière et si alors nous sommes obligé de convenir de l'insuffisance d’un grand nombre de nos résultats, ne perdons pas le courage d'entreprendre de nouvelles recherches, et consolonsnous par l'espoir qu’un Jour notre pauvre fheologqia viatorum fera place à la fheologia beatorum , la science imparfaite de l’homme qui croit, à la glorieuse connaissance de celui qui voit Dieu face à face ! —

Vu , le Président de la soutenance, Permis d'imprimer. Strasbourg, le 29 juillet 1862. Strasbourg, le 30 juillet 1862. A. SCHMIDT. * Le Recteur, DELCASSO.

Page 1