‹ Prolégomènes a toute métaphysique future qui aura le droit de se présenter comme scienceChapitre 10 sur 83 · VI · texte numérisé non relu

VI

• Il s’agit ici d’une grande et certaine connaissance, dont l’étendue est déjà étonnante aujourd’hui , qui promet une extension illimitée pour l’avenir, qui emporte avec elle une complète certitude apodictique, c’est-à-dire une nécessité absolue, qui ne repose en conséquence sur aucun principe expérimental , qui est par le fait un produit de la raison, mais qui n’en est pas moins absolument synthétique. « Comment donc est-il possible à la raison humaine de réaliser tout à fait a priori une pareille connaissance? » Cette faculté, qui ne se fonde pas sur l’expérience et ne peut y prendre un point d’appui, 11e suppose-t-elle

pas quelque connaissance fondamentale a priori , profondément caché, mais qui pourrait se manifester par ses effets si l’on en recherchait avec soin les premières opérations?

S Vit.

Or, nous trouvons que toute connaissance mathématique a cela de propre, quelle doit exposer ses notions tout d’abord en Intuition , et même a priori , par conséquent en une intuition qui n’est pas empirique, mais pure, sans quoi elle ne peut faire un seul pas. Ses jugements sont donc toujours intuitifs, au lieu que la philosophie peut se contenter de jugements discursifs par simples notions, tout en expliquant ses doctrines apodictiques par une intuition , mais sans pouvoir jamais les en dériver. Cette observation sur la nature des mathématiques nous dirige déjà vers la première et suprême condition de leur possibilité, à savoir, qu’elle doit avoir pour fondement quelque intuition pure ou elle puisse exposer toutes ses notions in concreto, et cependant a priori , ou, comme on dit, les construire (1). Si nous pouvons découvrir cette intuition pure et la possibilité dont il s’agit, il sera facile de voir comment des propositions synthétiques a priori sont possibles dans la mathématique pure, et comment, par suite, cette science elle-même est possible. En effet, de même que l’intuition empirique permet sans difficulté d’ëtendre synthétiquement dans l’expérience la notion que nous nous faisons d’un objet

(1) V. Critique, p. 314.

par de nouveaux prédicats que nous offre l’intuition même, l’intuition pure donnera la même facilité, avec cette différence marquée cependant, que dans le dernier cas le jugement synthétique a priori sera certain et apodictique, et que dans le premier il sera certain a posteriori et empiriquement, parce que cette dernière espèce de jugement ne contient que ce qui se trouve dans l’intuition contingente empirique, tandis que la première renferme ce qui doit nécessairement se trouver dans l’intuition pure, puisque, comme intuition a priori ', elle est indissolublement liée à la notion avant toute expérience ou toute perception individuelle.

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