‹ Prolégomènes a toute métaphysique future qui aura le droit de se présenter comme scienceChapitre 12 sur 83 · IX · texte numérisé non relu

IX

Si notre intuition devait être de telle sorte quelle représentât des choses telles quelles sont en ellesmêmes , il n’y aurait aucune intuition a priori ; elles seraient toutes empiriques. Je ne puis en effet savoir ce qui est contenu dans l'objet même qu autant qu’il m’est présent et donné. Sans doute on ne comprend pas encore alors comment l'intuition d’une chose présente doit me la faire connaître telle qu’elle est en soi, puisque les propriétés de cette chose ne peuvent passer dans ma faculté représentative ; mais en supposant le fait possible, il n’y aurait cependant pas lieu à une intuition a priori , c’est-à-dire avant que l’objet me fût représenté ; condition sans laquelle le rapport de ma représentation à l’objet est inconcevable, si ce n’est par inspiration. II n’y a donc qu’une seule manière dont mon intuition puisse précéder la réalité de l’objet , et se constituer comme connaissance a priori , c’est quelle ne contienne que la forme de la sensibilité , qui précède dans mon sujet toutes les impressions réelles par lesquelles les objets peuvent m'affecter. Je puis en effet savoir a priori que des objets des sens ne sont perçus que suivant cette forme

de la sensibilité. D’où il suit que des propositions qui concernent uniquement cette forme de l'intuition sensible sont possibles et valables à l’égard des objets des sens , et à l’inverse que des intuitions qui sont possibles a priori ne peuvent jamais concerner que des objets des sens.

La forme de l’intuition sensible est donc ce par quoi nous pouvons percevoir des choses a priori, ce par quoi seulement nous pouvons connaître les objets tels qu’ils peuvent nous apparaître (à nos sens), non tels qu’ils peuvent être en soi ; et cette supposition est absolument nécessaire si l’on reconnaît la possibilité de propositions synthétiques a priori-, et, si elles sont réelles, sa possibilité doit être conçue et prédéterminée.

Or l’espace et le temps sont ces intuitions que la mathématique pure donne pour base à toutes ses connaissances, et aux jugements qui s’offrent eu même temps comme apodictiques et nécessaires ; car une mathématique doit d’abord présenter toutes ses notions en intuition, et une mathématique pure doit les présenter en une intuition pure, c’est-à-dire les construire, sans quoi (parce qu’elle ne peut procéder analytiquement, ou par décomposition des notions, mais synthétiquement) il lui est impossible de faire un pas tant qu’elle n’a pas une intuition pure, dans laquelle seule la matière des jugements synthétiques a priori peut être donnée. La géométrie a pour base l’intui--

lion pure de l’espace. L’arithmétique réalise ses notions numériques mêmes, par une addition successive des unités dans le temps. La mécanique pure surtout ne peut établir ses notions de mouvement qu’à l’aide de la représentation du temps. Or ces deux représentations ne sont que de simples intuitions ; car si l’on fait abstraction des intuitions empiriques des corps et de leurs changements (mouvement), de tout ce qui^est empirique, de tout ce qui appartient à la sensation, restent encore l’espace et le temps, qui sont (par consé* quent) des intuitions pures, qui servent de fondement a priori à tout ce qui précède, et dont on ne peut par conséquent jamais se défaire, mais qui, précisément parce qu’elles sont des intuitions pures a priori , prouvent qu’ils sont de simples formes de notre sensibilité, formes qui doivent précéder toute intuition empirique , c’est-à-dire la perception d’objets réels, et suivant lesquelles des objets peuvent être connus a priori, mais seulement , bien entendu, comme ils nous apparaissent.

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